Libération, subventions, piège à cons

Suis-je le seul à trouver cela scandaleux ? Rien que le chapeau de l'article du Monde me donne des boutons.

Le sort de Libération va-t-il devenir un enjeu de la campagne électorale à venir ? Mercredi 8 novembre, tandis que le comité d'entreprise (CE) du quotidien se prononçait, sans surprise, et à l'unanimité, contre la suppression d'une centaine d'emplois préconisée par l'audit de François Le Hodey, présenté la veille au conseil d'administration, plusieurs personnalités du Parti socialiste ont pris la défense du journal et de son ancrage à gauche.

Dans le même journal, même page, en petit :

« Politis » a réuni près de 900 000 euros

La souscription pour la sauvegarde du magazine Politis, lancée début octobre, avait atteint, lundi 6 novembre, 882 800 euros. « C’était inespéré, même >quand nous avons lancé comme un défi l’objectif du million d’euros », écrit Denis Sieffert, le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire de gauche, pour >qui c’est« un argument décisif pour juger de la qualité et de la solidité de notre projet» auprès du tribunal de commerce de Paris, qui doit rendre son >jugement le 15 novembre.

Outre le fait que la presse de gauche va très mal, ce qui me semble distinguer ces deux expériences, c'est l'opposition entre la morale (Politis, qui fait appel à des fonds privés) et l'immoralité (Libération, qui pique dans la caisse du contribuable, via ses appuis politico-maffieux).

Psychanalyse de l'antilibéralisme

Extrait des Echos du jour :

PSYCHANALYSE DE L'ANTILIBÉRALISME

LES FRANÇAIS ONT-ILS RAISON D'AVOIR PEUR ?

sous la direction de Christian Stoffaës Editions Saint-Simon, 2006, 20euros.

Cet ouvrage provient pour l'essentiel de communications faites à un colloque en Sorbonne le 18 juin 2003 : les auteurs ont sans doute voulu les garder, attendant le débat politique qui commence. De fait, il s'agit là d'un livre d'histoire de la pensée politique, avec une question qui prend des allures de hantise : pourquoi le libéralisme, né en France, s'y développe-t-il si peu et si mal, alors qu'il a gagné le monde ? Pourquoi la France a-t-elle perdu cette bataille des idées alors qu'elle les avait trouvées la première, ces idées qui devaient la faire gagner, parce qu'elles seules font gagner ? La faute aux idées ? Non disent les auteurs. Aux libéraux fondateurs, aux politiques, aux intellectuels, à notre histoire ? Plutôt.

De fait, le fil est complexe et le tricot conduit... à la psychanalyse en commençant par les intellectuels. Libéraux au XVIIIe siècle, aux avant-postes des idées, les voilà peu à peu ébranlés, puis retournés. L'acte fondateur, la révolution libérale de 1798 devient ainsi « bourgeoise ». L'histoire se réécrit, c'est-à-dire s'écrit par d'autres, sans qu'ils aient les moyens de s'y opposer. L'Etat qui devait être le gardien du libéralisme devient gestionnaire, répartiteur, organisateur. Il devait être minimal, le voilà keynésien. On voit le lyrique Michelet qui se prend au piège des mots et oublie les chiffres. De manière générale, les libéraux français sont moins philosophiques que les autrichiens, moins quantitatifs que les américains. D'où la figure psychanalytique du livre, en attendant le « retour de refoulé ». Mais il s'agit d'un échec : le libéralisme a été refoulé en France, parce qu'il a perdu. Il doit repartir au combat, cette fois en se coordonnant.

J.-P. B.

Hormis la dernière phrase que je ne saisis pas très bien, je vous invite à vous procurer et à lire ce bouquin, et à suivre le débat ici.

Consommation ou production ?

Comme l'écrit Jean-Louis :

La stimulation de la consommation, en aiguisant les appétits et en attisant les convoitises et les insatisfactions, conduit les individus à entrer dans des relations conflictuelles. L'incitation à la production, en obligeant les individus à s'insérer dans une nécessaire division collective du travail, conduit les individus à entrer dans des relations de coopération qui les rendent objectivement solidaires.

Proxicops

Sarko a supprimé la police de proximité en 2002. Il pensait à l’époque que ces pseudo-flics, dont le rôle essentiel consistait à jouer au foot avec les caïras, ne servaient à rien, voire étaient en danger car pas armés. J’aimais bien pour ma part la formulation d’îlotiers, à la fois pour son côté exotique et ensoleillé, comme le sont lesdits caïras en général, et pour son côté isolé, loin de la banquise de la police.

Sarko a supprimé cette police en 2002, au profit d’une mobilisation plus grande de la BAC, du renforcement du service de recherche et d’investigation, de la création de groupements communs avec la gendarmerie.

Aujourd’hui, un rapport sénatorial (de droite) remet en cause ce choix, en pointant du doigt ses faiblesses. Si la délinquance a baissé de 8 % en quatre ans, les violences contre les personnes ont augmenté d’autant. La solution ne me semble pas la bonne. La police de proximité avait à la fois son rôle et ses résultats. Il est bien dommage de les avoir foulés aux pieds. Le fait que les policiers soient partie intégrante des banlieues (on dit souvent quartiers, ce terme est débile) ne me choque pas, bien au contraire. Ce n’est évidemment pas une solution miracle, mais c'est une solution parmi d’autres. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Le principe de prévention en tant que tel me gêne : n’est-il pas opposé à toute forme de responsabilité individuelle ? n’est-ce pas surveiller pour mieux punir ? n’est-ce pas enfermer les gens dans une logique d’irresponsabilité (j’ai fait quelque chose de mal, certes, mais on aurait dû m’en prévenir) ? Je dois bien reconnaître que cet argument a du poids, mais refuser la prévention, et par conséquent tout miser sur la répression, c'est oublier que c'est toujours par rapport à la loi, ou plutôt à ce qu’on appelle « l’ordre républicain » que l’on se place. Et qu’on peut très bien ne pas le considérer comme légitime.

Cultiver la prévention, c'est aussi participer activement à l’évolution des mœurs et de la société. En ce sens, je ne suis pas sûr que la prévention participe à cette culture de l’excuse. Mais j’avoue modestement mon trouble, je serai ravi que vous m’aidiez à le résoudre.

Mort aux fumeurs (et aux vaches aussi)

Bob écrit souvent des conneries, même si je vous conseille ses Métamorphoses de la question sociale, parues il y a dix ans environ, qui est l'une des rares études sur l'histoire de la "question sociale". Une étude qui n'est pas qu'un bouillon de sociologue, mais aussi un exposé historique de certains points-clefs de la protection sociale en France et en Angleterre. Je vous conseille tout particulièrement ses chapitres consacrés au paupérisme.

Ici, le sujet est tout autre, et je vous laisse vous en délecter.

Il faut se réjouir que la décision soit enfin sur le point d'être prise d'interdire de fumer dans tous les lieux publics. Pourront ainsi être punis des individus assez inconscients ou assez cyniques pour s'autoriser à écouter du jazz dans un bar en grillant quelques cigarettes, ou à terminer un bon repas entre amis en accompagnant leur café ou leur cognac d'un cigare.

Cette victoire des forces du Bien sur les forces du Mal sera cependant incomplète, et il faut poursuivre dans cette voie. Ainsi est-il urgent de faire passer une loi interdisant de fumer même dans les rues et dans les parcs des villes, tant il devrait être évident que la fumée du tabac est plus dangereuse que tous les gaz polluants produits par la civilisation de l'automobile. Mais il faudra aussi étendre l'interdit jusqu'aux plus lointaines campagnes, car il y a encore aujourd'hui beaucoup de gens bornés au point de ne pas comprendre que la fumée d'une cigarette représente une menace pour le bien-être de l'humanité et l'équilibre écologique de la planète.

Cependant, ces mesures seront elles aussi insuffisantes : il restera encore des fumeuses et des fumeurs. Que faire de cette race en voie de disparition ? On pourrait proposer de les regrouper dans des espaces séparés où ils seraient observés, surveillés, et peut-être même punis ou rééduqués (cette dernière option serait à débattre en fonction du niveau de tolérance de nos concitoyens). Malheureusement, cette formule risque d'évoquer le camp de concentration auquel reste associé le souvenir des horreurs du nazisme. On peut dès lors craindre qu'elle ne soit pas assez populaire pour pouvoir être adoptée, du moins dans l'immédiat (il serait toutefois possible d'organiser un sondage d'opinion sur ce point afin d'éclairer les décideurs).

Une autre mesure aurait peut-être davantage de chances de s'imposer. Il faudrait que la majorité qui sortira des urnes au printemps prochain, quelle qu'elle soit (c'est une cause nationale), ait le courage de proposer un projet de loi pour étendre l'interdiction de fumer jusque dans ces espaces privés que sont la voiture, l'appartement, les maisons particulières. Cependant, une fois la loi votée, il faudrait aussi que la police puisse vérifier qu'elle est bien respectée en faisant à tout moment irruption, de nuit comme de jour, dans les foyers. Il ne manquerait pas alors de défenseurs attardés des droits de l'homme pour dénoncer dans ces pratiques autant de violations de l'intimité et de la liberté des personnes, quand bien même les forces de l'ordre n'auraient fait que leur devoir en appliquant la loi. Comme la guerre au terrorisme, la lutte contre le tabac est donc un combat très difficile à mener, et il ne pourra être gagné que si l'on est impitoyable envers l'ennemi, en l'occurrence ici le fumeur : tolérance zéro. On ne peut dès lors qu'être reconnaissant envers tous ceux, de plus en plus nombreux, qui se mobilisent sans état d'âme pour faire triompher cette juste cause. Ils veulent notre bien, et militent avec beaucoup de dévouement pour que notre existence soit entièrement sécurisée dans une société dont ils auraient enfin éradiqué tous les risques. Que la sécurité l'emporte toujours sur la liberté, et ce serait le meilleur des mondes.

En ce qui me concerne et s'il me fallait participer avec mes faibles moyens à cette noble entreprise, je suggérerais à ces amis du Bien une mesure simple et dont la mise en oeuvre ne serait pas très coûteuse, mais dont la portée symbolique pourrait être considérable : que soient ouverts des cimetières pour fumeurs, le plus loin possible des espaces habités, et des cimetières qui accueillent les morts normaux. Comme autrefois pour les hérétiques et autres mécréants auxquels était dénié le droit de reposer en terre chrétienne, la stigmatisation des fumeurs vaudrait ainsi pour l'éternité.

Ils n'auraient que ce qu'ils méritent, et l'on pourrait alors entreprendre un véritable travail de mémoire pour reconsidérer l'admiration que l'on continue à porter à des délinquants notoires qui ne se sont pas repentis comme Sigmund Freud, Winston Churchill, Jean-Paul Sartre, André Malraux, Humphrey Bogart, Georges Brassens, Hannah Arendt et beaucoup d'autres. La preuve : on les voit toujours sur les photographies datant d'une époque barbare avec un cigare, une cigarette ou la pipe à la bouche. Il arrive même parfois qu'ils sourient, comme s'ils nous narguaient ou se moquaient de notre pusillanimité.

Certains esprits trop formalistes objecteront sans doute que c'était il y a longtemps déjà, que ces grands personnages ne savaient pas ce qu'ils faisaient, qu'il y a prescription, etc. Mais, si le tabac est bien devenu une figure du Mal absolu dont l'usage est assimilé au fait de commettre un crime ( «Fumer tue», comme il est écrit à des dizaines de millions d'exemplaires sur les paquets de cigarettes), il est nécessaire de revenir aussi sur la tolérance coupable dont il a bénéficié dans le passé. Le fumeur d'hier comme le fumeur d'aujourd'hui transgresse le seul sacré que nous soyons désormais capables de reconnaître, le culte du corps, de sa santé, de sa longévité, sur lequel s'est finalement rabattu le désir d'éternité. Il faut être d'autant plus impitoyable à l'égard de ceux et de celles qui apparemment ne communient pas dans la célébration de ces valeurs que chacun sent bien, au fond, que cette royauté du corps est éphémère, et que toutes les précautions du monde n'assureront pas l'immortalité. Mais, à défaut de pouvoir gagner contre la mort, on peut au moins stigmatiser ceux et celles qui vendent la mèche en donnant à voir à travers leur comportement irresponsable que c'est bien vers cette direction commune que nous allons tous.

Si donc on déclenche la guerre au tabac, il faut faire preuve d'assez de cohérence pour aller jusqu'au bout de sa logique et y voir un des derniers épisodes à ce jour de la bataille séculaire que le Bien livre au Mal et qui l'apparente à l'esprit de croisade. On aura compris que c'est ce que j'ai essayé de faire ici, certes en forçant un peu le trait. Je ne me vante pas de mon état de fumeur non repenti, je conseille à tout un chacun de s'abstenir de fumer, et je m'associerais même volontiers à des campagnes honnêtes visant à dissuader la perpétuation de pratiques effectivement dangereuses pour la santé. Mais en laissant à chacun la liberté de choisir. J'ai par contre plus que de la réticence à l'égard de ce mélange d'autoritarisme bien-pensant, de suffisance pseudo-savante et de bonne conscience sécuritaire qui caractérise souvent les ayatollahs de la santé. Ce n'est d'ailleurs pas seulement de tabac et de santé qu'il s'agit : gardons-nous de ceux qui choisissent notre bien à notre place et pour nous, et qui l'imposent par tous les moyens en ne doutant jamais d'avoir raison. L'interdit du tabac n'est pas la dernière des prohibitions que l'on nous prépare.

Robert Castel

Dépolitiser !

La question n’est pas de mieux faire participer les Français aux choix politiques collectifs, mais de réduire leur domaine au profit des choix individuels.

Aux magasins réunis des présidentielles, il y a effervescence au rayon bricolage des idées. Un nouveau produit vient d’apparaître; le «jury citoyen» lancé par Ségolène Royal. Certains de s’extasier, d’autre de surenchérir (Pourquoi ne pas filmer le Conseil des ministres ?). ou de dénoncer le maoïsme rampant de propositions «en droite ligne du trotsko populisme latino américain» (Alexandre Adler dans le Figaro). Il est vrai que la formulation de Ségolène Royal est ambigüe : «les élus pourraient être obligés de rendre des comptes à intervalle régulier avec des jurys citoyens tirés au sort qui évaluent les politiques publiques». Coté jury, on pense aussitôt à un tribunal populaire chargé de juger les élus. Côté évaluation des politiques publiques, on imagine un forum délibératif permettant de construire une opinion, ce qui d'ailleurs ne serait pas sans vertu.

Accordons à Ségolène Royal, au bénéfice du doute, le droit à l’erreur sémantique ou conceptuelle pour aller au fond de la question qu’elle pose, certes, maladroitement. Ce qui est en cause ce sont les dysfonctionnements de la démocratie française.

Une fracture politique s’est installée entre les français ordinaires, les institutions et ceux qui les dirigent. Elle se nourrit de l’impuissance publique à résoudre les problèmes essentiels (le chômage, l’école, la crise des cités, la protection sociale, le pouvoir d’achat...)

La multiplicité des affaires de corruption, les scandales comme ceux du sang contaminé ou l’affaire d’Outreau entretiennent la défiance. Et notre démocratie représentative malade apparaît ballottée entre une démocratie d’opinion capricieuse et une démocratie de revendication dispendieuse.

On ne peut bien entendu séparer la démocratie de l’opinion mais le rôle du politique n’est pas de plaire à l’opinion ou de la suivre, il est de l’informer et de la former. De même, s’il est normal que les revendications des corporations puissent s’exprimer, les minorités bruyantes, menaçantes ou influentes n’ont pas à faire la loi.

Sur de tels décombres démocratiques, voici donc la classe politique, toutes tendances confondues, qui cherche à mieux légitimer ses décisions et ses choix politiques. Si les élus locaux n’ont d’ailleurs pas attendu ce débat pour mettre en place comités de quartier et autres formes de démocratie participative, au niveau national, la tâche est beaucoup plus complexe.

Ce n’est pas en suivant une opinion, inquiète et déboussolée, émotive et souvent manipulée, volontiers incline aujourd’hui à se tourner vers les rebouteux après tant d’échecs de la médecine politique officielle, que l’on trouvera les remèdes aux problèmes du pays. Ce n’est pas danvantge en institutionnalisant la participation des corporations à la confection de la loi.

La question n’est pas d’organiser une meilleure participation des citoyens aux choix politiques collectifs, mais de réduire notre trop plein de choix collectifs.

En fait notre société se divise entre - d’un côté, une économie marchande productrice de richesse et d’emplois, soumise à la concurrence où le consommateur commande - de l’autre un large domaine public qui échappe à la concurrence (du moins nationale) et où le politique commande.

Notre niveau de dépenses publiques record (53,6% du PIB) trace la frontière entre ces deux domaines. Au fil des ans, le domaine des choix collectifs n’a cessé de s’étendre au détriment des choix individuels.

Ceci freine la croissance et l’emploi. Ceci pèse aussi sur les citoyens qui dans une société toujours plus ouverte, plus complexe et plus diverse ne se reconnaissent pas dans ces choix collectifs : les 35 heures pour tous, la retraite fixée arbitrairement à 60 ou 62 ans, l’assignation à résidence de ses enfants dans l’école imposée par la carte scolaire...

Ce « one size fits all » (la même pointure pour tous ) -comme disent les Américains- ne tient pas compte des situations particulières et fabrique mécontentement et ressentiment. Pire même, comme la bureaucratie finit par s’apercevoir de l’absurdité de ces choix collectifs obligatoires, elle tente de les corriger au travers de multiples dérogations, de passe-droits, de faveurs particulières octroyées arbitrairement sous la pression de l’opinion et des corporations. D’où une complexité administrative qui alimente le travail des fonctionnaires, fait le bonheur de quelques initiés et le désarroi démocratique des Français.

Il ne s’agit pas tant de faire participer les citoyens ou les syndicats à la prise de décision collective, que de donner chaque fois qu’on le peut la plus large liberté de choix au citoyen ou au consommateur.

Imaginons que l’on institue un service public de boulangerie d’Etat. Dans l’hypothèse – assez vraisemblable – ou la qualité du pain ou du service s’en ressentirait, il est douteux qu’une large concertation syndicale ou des comités d’utilisateurs décentralisés puissent obtenir de meilleurs résultats qu’une franche concurrence des boulangers et une liberté de choix des consommateurs.

Sans aller jusqu’à cet exemple virtuel, on se souvient de l’ORTF du monopole d’Etat sur la télévision et du service minimum les jours de grève. La liberté audiovisuelle a assurément apporté une meilleure réponse que n’importe quelle participation citoyenne ou syndicale. Ce qui était vrai hier de la télévision ou du téléphone l’est aujourd’hui -pour peu que l’on y réfléchisse- de l’école, des universités, du travail (conditions de travail et contrats de travail) de la sécurité sociale, des retraites...

Il ne s’agit pas forcement dans tous ces domaines de renoncer au rôle de l’Etat mais celui-ci peut tout aussi bien et même mieux s’exercer au travers d’un cahier des charges pour les services d’intérêt général. Ainsi au menu unique du choix politique collectif on substitue le choix à la carte du citoyen responsable.

Cercles libéraux

La sensibilité individualiste

ZoneL aime Georges Palante je crois - c'est mon cas également. Cet auteur est à mon sens un peu kidnappé par les libertaires, comme d'autres l'ont été par les libéraux ou les libertariens. Il est aussi insuffisamment lu et connu. C'est pourquoi je prends la liberté de reproduire ici l'un de ses textes, parus au Mercure de France en 1908, et intitulé "La sensibilité individualiste". Ce texte est intéressant en soi, captivant même, et aussi parce qu'il expose mieux que tout autre la pensée de Stendhal, auteur célèbre et pourtant si méconnu. Enfin, pour terminer ce petit avant-propos, je ne saurais trop vous conseiller de vous rendre sur ce site, qui lui est consacré.

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individualisme et solidarisme

Sainte-Beuve, Volupté :

«Après tout, les grands évènements du dehors et ce qu'on appelle les intérêts généraux se traduisent en chaque homme et entrent, pour ainsi dire, en lui par des coins qui ont toujours quelque chose de très particulier. Ceux qui parlent magnifiquement au nom de l'humanité entière consultent, autant que personne, des passions qui ne concernent qu'eux et des mouvements privés qu'ils n'avouent pas. C'est toujours plus ou moins l'ambition de se mettre en tête et de mener, le désir du bruit ou du pouvoir, la satisfaction d'écraser ses adversaires, de démentir ses envieux, de tenir jusqu'au bout un rôle applaudi.»

police numérique

Le Forum des droits sur internet (FDI) vient de publier ses recommandations, dans l'optique de la campagne présidentielle qui débute. En Grèce, un forum mondial se réunit en ce moment même. J'ai beaucoup de respect pour la première instance, qui après tout, issue du monde associatif, vaut bien mieux qu'un quelconque comité Théodule étatique.

ça ne l'empêche pas de faire des recommandations stupides. Passons sur les plus loufoques, comme celle qui consisterait à inclure dans les comptes de campagne des candidats les coûts des blogs ou sites qui entretiennent des "relations étroites" avec tel ou tel candidat. Attendu que sur internet tout ou presque est gratuit, de l'hébergement au temps passé à administrer un site, cela semble pour le moins... difficile à mettre en oeuvre.

Je ne citerai pas non plus le cas des vidéos associées, que tout un chacun peut mettre en ligne, et pour lesquelles le CSA s'est fort justement déclaré incompétent. Qu'à la rigueur la CNIL encadre la prospective politique par mail, et partant les spams politiques, passe encore, mais c'est bien le maximum.

Le FDI propose a contrario d'aller plus loin. Parmi ses autres recommandations, on trouve l'application plus ou moins fidèle des règles du code électoral. Les partis devront par exemple interdire les dons financiers en ligne en dehors des périodes électorales et s’assurer qu’ils proviennent de « personnes physiques ».

Au-delà, le FDI propose de mettre fin aux bandeaux publicitaires ou aux liens sponsorisés. De proscrire l'usage sauvage de mots-clés « qui portent atteinte aux droits des tiers ». Dans le premier cas, je ne vois pas très bien pourquoi il faudrait légiférer ou intervenir. Dans le second, les règles de code civil sont bine suffisantes, sans qu'il faille aller au-delà. L'idée qui consiste à règlementer un univers libre et spontané, voire auto-régulé, comme le net, est une idée stupide et néfaste. C'est le rêve de tous les gouvernements totalitaires. Pas le mien.

On se gargarisait il y a quelques années de l'absence de fiabilité de l'information sur internet, qui était démultiplée et souvent contradictoire. Or, quelques années plus tard, on voit bien que le système s'est régulé seul, car les internautes, par leur surf et l'expérience acquise, ont de fait accordé une crédibilité plus ou moins grande à tel ou tel site, tel ou tel blog. Etait-il nécessaire, et même bénéfique, de procéder à une intervention publique ? bien sûr que non, et il en est de même pour la communication politique.

Enfin, internet n'est pas qu'un espace de liberté. C'est aussi un espace de communication et d'échange. Afficher son opinion sur tel ou tel candidat, c'est aussi engager un dialogue avec d'autres internautes, du même avis ou d'un avis opposé. De la même manière qu'on le ferait autour d'un zinc, dans un repas de famille ou entre amis. C'est à mon sens très exactement ce principe même d'un échange non régulé, non soumis à autorisation préalable, et qui du coup échappe totalement à l'emprise des hommes de l'Etat mais aussi à celle des grands couturiers du prêt-à-penser, qui constitue le plus grand danger pour les censeurs de tout poil. Et c'est le fondement même de leur combat.

Logique du libéralisme

Jacques de Guénin vient de publier un opuscule intitulé Logique du libéralisme, édité par l'Institut Charles Coquelin. C'est un texte introductif à la pensée libérale classique, fortement inspiré par les écrits de Frédéric Bastiat, ce qui n'est pas étonnant lorsqu'on sait que Jacques est le président des cercles consacrés au génie landais. Un bon moyen de débuter en libéralisme, même si je regrette les nombreux raccourcis pris par l'auteur. Son chapitre consacré à la religion judéo-chrétienne est particulièrement faible. Considérer que cette religion constitue un fondement incontestable à l'individualisme, ce qui se défend, et se cantonner à cela, sans citer le Syllabus, l'Eglise et son socialisme larvé, et plus profondément la haine viscérale que de nombreux catholiques portent au libéralisme (des lecteurs de Témoignage chrétien à ceux du Pèlerin magazine), c'est pour le coup vraiment trop court. Il y a pourtant de bonnes choses dans ce livre, et notamment la troisième partie, consacrée à l'économie.

Mais on n'aborde pas par-dessus la jambe les sujets de société et l'éthique libérale. Dans un genre proche, quoique plus philosophique, je préfère - et de très loin - Alain Laurent, tiens.

Draghixa

Draghixa Laurent, plus connue sous le nom de Draghixa (on écrit parfois Dragixha), née le 3 juin 1973 à Split (Croatie), est une ancienne actrice porno française. Elle a joué dans une cinquantaine de films, au milieu des années quatre-vingt dix. Sa carrière a débuté aux Etats-Unis, en 1994, et s'est poursuivie brièvement (elle a tourné environ deux ans seulement) en France, chez Marc Dorcel.

Son film le plus célèbre est une superproduction, selon les canons de l'époque, et même encore ceux d'aujourd'hui, Le Parfum de Mathilde, dans lequel joue également Julia notamment. En vérité, on ignore assez largement si Draghixa est d'origine serbe ou croate, les infos sont en l'espèce parfaitement contradictoires. Ses autres "standards" (comme on dit en musique) sont Citizen Shane, Hamlet, Le Voyeur, Tout le monde dit oui, ou encore un opus de la célèbre série Taboo 12. J'avoue de pas avoir vu beaucoup de ses films, mais je connais bien Le Parfum de Mathilde, c'est déjà ça. Draghixa brille de toute sa beauté slave, extraordinaire pour l'époque, même si, de nos jours, la poussée des filles de l'Est dans le porno (tout comme dans la prostitution je crois) rend ce charme si subtil un brin surfait.

Par ailleurs, et si ma mémoire est bonne, elle a joué dans le clip de Silmarils intitulé Cours vite, à l'instar de nombreuses autres stars de l'époque.

Cette actrice m'a toujours semblé bien plus intéressante que ses deux plus fameuses contemporaines, Tabatah Cash et Laure Sainclair. Je la trouve plus sensuelle, bien plus naturelle, plus authentique, plus "fun", plus proche de l'esprit d'une patinette, par exemple. Presqu'une des dernières réminiscences du early porno des seventies. Est-ce exagéré ? qu'en pensez-vous ?

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Citoyen de la galaxie

Je poursuis ma lecture attentive quoique tardive des romans d'Heinlein. Après le très médiocre Etoiles, garde-à-vous ! (qui a depuis endossé son label hollywoodien en s'appelant Starship Troopers), j'ai poursuivi avec l'excellent Révolte sur la lune, et le non moins remarquable quoique assez différent En terre étrangère. Je persiste avec à présent un roman beaucoup moins connu, traduit en français il y a longtemps et indisponible depuis, sauf chez un bon bouquiniste de quartier, si vous avez la chance d'en avoir un pas loin.

Citoyen de la galaxie est un roman que Robert a publié en 1957. Soit avant En terre étrangère et Révolte sur la lune. Lisons le quatrième de couverture :

Le marché aux esclaves se tenait sur la Place de la Liberté, du côté du port spatial, en face du capitole des Neuf Mondes. Le marchand de chair humaine psalmodiait les enchères sur un ton monocorde, constamment interrompu par le rugissement des fusées.

Pourquoi un marché d'esclaves dans cet avenir lointain, dans cette Galaxie repue de progrès ? Pourquoi y vendre un jeune homme, thorby, aussitôt après son arrivée ? Et qui est thorby au juste ? Les gens sont libres. Chaque vaisseau spatial est un état souverain. Mais les Libres Marchands ont peut-être trouvé la pire solution au plus difficile problème : comment être humain et survivre dans toutes les situations. Et Thorby se pose une question : à quoi bon être un Citoyen de la Galaxie ?

Une bonne introduction pourrait être constituée par la lecture de cet article de l'ami Sylvain, qui, dans sa critique de Johan Eliot (la lune seule le sait), écrit :

Les seuls à s’être frottés à ce désir d’utopie et à avoir élaboré quelque chose d’intéressant sont finalement des auteurs plutôt classés « à droite ». Je ne reviendrai pas sur le roman « Révolte sur la Lune » mais je mentionnerai du même Robert Heinlein « Citoyen de la galaxie », un roman qui était une réponse en 1956 à la constatation de l’anthropologue Margaret Mead que la Science Fiction moderne ne proposait plus d’utopies. Il y a également des textes de Cyril M. Kornbluth et d’Eric Frank Russell non dénués d’intérêt.

Je n'insisterai pas sur la classification "à droite" de Robert, qui me semble particulièrement discutable, et c'est bien la raison pour laquelle Sylvain l'écrit entre guillemets. Ce que je voudrais souligner, c'est l'importance de ce roman, qui d'une certaine façon préfigure à la fois Révolte sur la lune et En terre étrangère, dans la mesure où le thème de la liberté y est omniprésent. Et son contraire, l'esclavage. Et même lorsque le héros est libre, il ne l'est pas encore tout à fait ; la Famille, qui l'a accueilli et qui est une sorte de guilde de commerçants, un peu à la manière de Franck Herbert, ne lui apporte pas la liberté. Une anthropologue (là encore), qui, dans le roman, étudie les modes de comportement de la Famille, lui dit avant de partir :

Elle : - La famille est libre. C'est leur principale fierté. N'importe lequel d'entre-eux te dira que c'est la liberté qui fait la différence entre eux et les frakis (les autres, quoi). La Famille est libre de parcourir les étoiles sans être jamais enracinée nulle part. Si libre que chaque vaisseau est un Etat souverain, qui ne demande rien à personne, n'implore la protection de personne, ne coopère que si cela l'arrange. Oh, la Famille est libre. Cette vieille galaxie n'a jamais contemplé autant de liberté. Une civilisation de moins de cent mille personnes réparties sur un quart de milliard d'années-lumière au carré et absolument libres d'aller n'importe où n'importe quand. (...) Ah oui, la Famille est libre. - Elle fit une pause - Mais à quel prix ?

Thorby cligna des yeux d'étonnement.

- Je vais te le dire. Pas au prix de la pauvreté. La Famille jouit du niveau de vie le plus élevé de toute l'histoire. Les profits de votre commerce sont fantastiques. Ni au prix de la santé physique ou mentale. Je n'ai jamais vu de communauté où l'on rencontre si peu de maladies. Vous n'avez pas payé non plus en sacrifiant votre bonheur ou votre amour-propre. Vous êtes heureux, satisfaits de vous-mêmes. Votre orgueil démesuré dépasse les bornes ; vous avez évidemment de quoi être fiers. Mais ce que vous avez payé pour votre incomparable liberté... c'est la liberté elle-même. Non, je ne fais pas de jeu de mots. La Famille est libre... A condition que chacun d'entre-vous perde sa liberté individuelle. L'Officier chef et le Capitaine ne font pas exception. Ils sont peut-être encore les moins libres de tous.

De la part d'un ancien militaire, voilà qui a de quoi étonner. Ce roman est un bon et grand roman, je vous invite donc à le lire quand vous le pourrez.

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