OSS 117 : le Caire, nid d'espions

Égypte, 1955, le Caire est un véritable nid d'espions.

Tout le monde se méfie de tout le monde, tout le monde complote contre tout le monde : Anglais, Français, Soviétiques, la famille du Roi déchu Farouk qui veut retrouver son trône, les Aigles de Kheops, secte religieuse qui veut prendre le pouvoir. Le Président de la République Française, Monsieur René Coty, envoie son arme maîtresse mettre de l'ordre dans cette pétaudière au bord du chaos : Hubert Bonisseur de la Bath, dit OSS 117.

Huitième opus de la série, florissante dans les années soixante, et que j'ai vue je crois en totalité, cet épisode n'est pas beaucoup plus hilarant que les précédents, qui brillent, avec le recul, par un second degré involontaire irrésistible. Ce qui est à mourir de rire dans ce film, comme dans les précédents, c'est le fait qu'ils contiennent tout ce qui fut la France des années cinquante, la quatrième République, la fin de l'empire colonial, un rapport à la femme assez macho, assez misogyne même, mais aussi une certaine condescendance vis-à-vis des peuples colonisés. L'assistant d'OSS 117 dans sa planque d'élevage de poulets, Slimane (comme dans San Ku Kai) ne peut être qu'un mendiant avec dix enfants affamés et nu-pieds. Il n'a en réalité que deux fils, qui étudient à NYC. J'ignore si cette optique est celle des romans de Jean Bruce, que je n'ai pas lu, mais, avec le recul, il est jouissif et roboratif de rire autant de ce qui est et reste, qu'on le veuille ou non, une partie de notre patrimoine commun et de notre identité collective. De quelque bord de la Méditerranée que l'on vienne. Lisons allocine.fr :

Le scénariste Jean-François Halin et le réalisateur Michel Hazanavicius décrivent leur agent OSS 117. Pour le premier, "le personnage est traité au premier degré. Il est doué pour beaucoup de choses mais il n'a aucune intuition. Même s'il est franchement misogyne, heureusement pour lui, les femmes sont là pour l'aider à penser ! Lui reste convaincu qu'il est seul maître à bord et qu'elles rêvent toutes de coucher avec lui..." Quant au second, il avance que leur OSS 117 "est ancré dans son époque, il est misogyne, colonialiste, homophobe... C'est une sorte de synthèse ! Tout ce qui n'est pas français, blanc, masculin et de son âge, lui est inférieur ! Evidemment, tout le discours du film, si tant est qu'il y en ait un, c'est d'en rire !" Et Halin de conclure : "OSS 117 est tout sauf méchant. Sa bonne foi totale lui donne un côté enfantin. Cela le dédouane, mais Larmina et Slimane ont un rôle absolument essentiel dans la compréhension du personnage. Ils sont garants du positionnement du film. Ils permettent de voir que le film se moque du personnage et ne doit surtout pas être pris au premier degré."

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ces quelques citations :

* OSS 117 à Larmina, parlant d'une automobile qui les suit depuis un certain temps

- Vous voyez l'automobile derrière moi ?

- Oui...

- Ça fait un petit moment que je l'observe...

- Eh bien ?

- Eh bien, elle est absolument impeccable... C'est quand même bien mieux une voiture propre, non ? À l'occasion, je vous mettrai un petit coup de polish.

* OSS 117 à Slimane, lui offrant la photographie du président Coty :

- C'est notre Raïs à nous: c'est monsieur René Coty. Un grand homme, il marquera l'Histoire. Il aime les Cochinchinois, les Malgaches, les Sénégalais, les Marocains... c'est donc ton ami. Ce sera ton porte bonheur.

Le tout dans une Egypte à la Blake et Mortimer, émaillée des deux perles du désert que sont Aure Atika et Bérénice Béjo. Cette dernière est à croquer dans sa robe bonbon, un gros noeud dans le dos, ou dans sa robe moulante verte qui laisse pointer ses seins... Mais je m'égare, là. Tout ça pour vous dire que ce film constitue un assez bon moment de détente, quoiqu'on en dise. De très nombreux clins d'oeil grotesques sont présents (les voitures qui défilent devant un mur d'images, la coiffure gominée jamais décoiffée, etc) et contribuent au burlesque assumé.

En guise de conclusion, quelques photos de notre hôtesse levantine. Considérez qu'il s'agit d'une ode à sa beauté.

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V pour Vendetta

Film edmondantesque de James McTeigue, avec la sublime Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea

On a beaucoup parlé de ce film dans les milieux libertariens. En bien. En trop grand bien, à mon sens. Car s'il permet de passer un agréable moment, ce n'est tout de même pas le film de l'année 2006, loin de là. Voyons tout d'abord le synopsis, issu d'allociné.fr :

Londres, au 21ème siècle...

Evey Hammond ne veut rien oublier de l'homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n'aspirait qu'à l'anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans.

Une nuit, alors que deux "gardiens de l'ordre" s'apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant.

Son apprentissage commença quelques semaines plus tard sous la tutelle de "V". Evey ne connaîtrait jamais son nom et son passé, ne verrait jamais son visage atrocement brûlé et défiguré, mais elle deviendrait à la fois son unique disciple, sa seule amie et le seul amour d'une vie sans amour...

Comme vous le savez certainement, V pour Vendetta est l'adapation cinématographique de la bande dessinée homonyme écrite par Alan Moore et illustrée par David Lloyd, qui vit le jour en 1981 dans le mensuel indépendant Warrior. Fans de la BD V for Vendetta, Andy Wachowski et Larry Wachowski avaient écrit une ébauche du scénario dans les années 90. Mais ils se sont ensuite lancés dans l'aventure Matrix, qui les a mobilisés durant dix ans. Pendant la post-production des deuxième et troisième volet de la trilogie-culte, ils ont écrit une nouvelle mouture du script, et ont confié le soin de réaliser le film à leur premier assistant James McTeigue, qui signe ainsi son premier long métrage. Et ça se ressent, car la réalisation est à mon sens un peu à la peine. Ce n'est certes pas Joe d'Amato, mais voilà bien là, me semble-t-il, le gros point faible du film.

A propos de la complexité du personnage principal, James McTeigue note : "V est, d'un côté, un altruiste qui se croit capable d'amener de grandes réformes, et de l'autre, un tueur prêt à tout pour se venger de ses tortionnaires." Le comédien Hugo Weaving souligne pour sa part : "C'est un homme complexe et ambigu. Il a été emprisonné et soumis à d'atroces tortures physiques et mentales. C'est un assassin en même temps qu'un vengeur, un homme cultivé qui croit profondément en la liberté individuelle et lutte sans relâche pour restaurer la dignité de son peuple." Natalie Portman ajoute de son côté : "Dans ce film, V est davantage une idée qu'une personne. On peut abattre un homme, mais pas un concept. V incarne la vérité, la résistance et l'individualisme, une forme d'idéalisme politique étroitement mêlée à des pulsions vengeresses." Ce mélange d'anarchisme, de foi en la justice et d'individualisme (ce dernier aspect est pratiquement toujours occulté ou mésestimé) renvoit bien évidemment aux fondements mêmes du libertarianisme.

La phrase d'accroche de l'affiche, qui mentionne la date du 5 novembre ("Remember, remember, the fifth of november" / "Rappelle-toi, rappelle-toi, le 5 novembre") fait référence au 5 novembre 1605, date à laquelle un catholique du nom de Guy Fawkes et ses amis conspirateurs ont essayé de faire exploser le Parlement (alors que le roi James Ier se trouvait à l'intérieur) car ils étaient en désaccord avec la politique du Roi concernant les Protestants. Mais le complot, appelé "Conspiration des Poudres" a été découvert. Ainsi, Guy Fawkes et ses amis ont été exécutés pour trahison. A la suite de cette atteinte à la royauté, le 5 novembre est devenu une célébration en Angleterre consistant à brûler des représentations de Guy Fawkes tout en allumant des feux d'artifices. "Fawkes fut un des premiers anarchistes. Il nous sembla une excellente source d'inspiration pour notre personnage", confie David Lloyd.

Les auteurs de la bande dessinée reconnaissent que leur objectif était de dénoncer la politique thatchérienne :

Notre attitude à l'égard du gouvernement ultraconservateur de Margaret Thatcher se reflète dans notre peinture d'un État policier et fasciste

confie Lloyd, qui ajoute :

La motivation première de V est la destruction de ce système (...) le message clé est que chaque individu doit pouvoir conserver son autonomie et sa liberté. Il a le droit et même le devoir de s'opposer au conformisme ambiant (...) V s'y oppose de manière frontale en s'attaquant aux organisations gouvernementales et en exécutant les partisans du régime. Cette histoire n'illustre pas seulement un combat contre la tyrannie. Elle parle aussi du terrorisme et de ses justifications éventuelles.

A noter au passage la filiation directe de ce film avec l'oeuvre d'Orwell, et le film 1984 qu'en a tiré Michael Radford, puisque le héros, incarné par John Hurt, est le dictateur chancelier de V pour Vendetta.

En ces temps de sarkozisme et d'encadrement militaro-ségolistes, le clin d'oeil à l'actualité me semble assez évident. Si le film n'est pas particulièrement brillant, sans être la dernière des merdes, le fond reste capital. Ce qui n'est déjà pas si mal.

Au passage, je voudrais souligner le rôle phare de Natalie, plus belle que jamais, et - pardon, mais on est Copeau ou on ne l'est pas ! - l'un des plus belles paires de fesses du cinéma de l'année, dans la scène où, de dos, elle apporte des documents aux producteurs de la chaîne de télé gouvernementale dans laquelle elle travaille. A voir, rien que pour cela.

Abandon

Je vous abandonne quelques jours, mais reviendrai gonflé à bloc, ne reniant rien, ne reculant devant rien, et certainement pas devant le mauvais goût, le borderline, le non-conformiste aussi.

A.B. je ne t'ai pas oublié, non plus que ceci, et me livrerai donc à une réponse dès que possible.

See you soon !

EDIT : revenu, j'intègre l'expérience blogosphérus.

Parité et discrimination positive

Peut-on décemment excommunier l'un et béatifier l'autre ? N'y a-t-il pas une légère contradiction ?

La loi naturelle n'est pas si naturelle que cela

La loi naturelle au sens de Rothbard, si j'en crois l’Ethique de la liberté, est fondée sur la loi de nature. En d’autres termes : les droits naturels, issus de la loi naturelle, ont leur origine dans la nature de l’homme et du monde, à l’opposé du droit positif. Ils sont issus d’une loi universelle, révélée par la raison, qui se trouve à l’état potentiel dans la nature, et que la fin poursuivie par un homme instrumentalise, ou plutôt, rend possible. Si la nature d’une pomme c'est de tomber, ce n’est pas sa nature que d’être mangée par un homme. En revanche, la nature du silex est de permettre à l’homme de chasser ou de travailler. La loi naturelle est donc une discipline scientifique à part entière. C'est donc par l’application de causes spécifiques à des natures spécifiques, que la loi naturelle produit des effets spécifiques. La raison révèle cette loi, laquelle est objective et vraie à tout moment pour tout homme, qui peut choisir de l’employer ou pas. S’il ne l’emploie pas, l’homme n’atteint pas son bonheur, défini par Rothbard au sens substantiel du terme.

Sans entrer dans le débat qui oppose les tenants de la loi naturelle et de ses droits, à ceux de l’utilitarisme et de la praxéologie, je voudrais simplement dire ici que le terme de « loi naturelle » me semble inapproprié. Ou plus exactement, trop vague.

En effet, le terme de « loi naturelle », comme du reste celui de « droit naturel », omet la dimension rationnelle de sa révélation, et omet aussi son but, qui est le bonheur humain objectif. En décomposant chacune des idées, en référence à leurs racines grecques, nous obtenons je crois cinq thèmes complémentaires :

Il y a tout d’abord l’usage de la raison = logos

Dans un but donné = telos

Au bénéfice d’une action = praxis

Présente dans la nature = phusikê

et découverte par l'homme = andropos

je propose donc, plutôt que loi naturelle, d’employer la formulation suivante : la nature téléologique de l'action humaine. Ou, si on veut vraiment employer le mot "loi", je propose alternativement la loi téléologique de la nature.

Ces termes me semblent mieux caractériser la pensée de Rothbard. On peut certes en trouver d'autres encore.

Qu’en pensez-vous ?

Des diverses sortes d'Individualisme

Conférence prononcée le 10 Décembre 1921, pour le dixième anniversaire de L'IDEE LIBRE (Grande Salle de la Maison Commune)

Camarades,

Sont-ils nombreux - j'entends en dehors de cette salle - ceux qui peuvent se rappeler avec fierté les souvenirs d'avant-guerre, ceux qui se rendent avec justice le témoignage qu'ils sont les mêmes en 1921 qu'en 1913, les mêmes qu'en 1915 ou en 1917 ?

Nous sommes restés fidèles à nous-mêmes et cependant nous n'acceptons pas sans quelque amendement la formule que grincèrent toujours les girouettes contre les êtres de fermeté. Oui, nous sommes ceux qui n'ont rien oublié. Sommes-nous ceux qui n'ont rien appris ? Ah ! de quel détail abondant et lamentable notre expérience s'est enrichie. Mais les cadres de notre pensée étaient assez larges et assez solides pour recevoir, sans en être brisés ou faussés, le terrible apport nouveau. Pour dire les choses d'un seul mot et d'un seul exemple, les horreurs de la guerre n'ont ni surpris, ni diminué, ni même beaucoup augmenté notre horreur de la guerre.

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La subvention canadienne aux transports d'Ile-de-France

Une remarque en passant :

Que Bombardier soit protégé sur son propre marché ne change rien à l'affaire, car le raisonnement précédent vaut aussi vu d'outre-Atlantique. En permettant à Bombardier de vendre ses produits plus cher sur son marché intérieur, le gouvernement d'Ottawa oblige ses citoyens à supporter des coûts de transports plus élevés et finance par là même la capacité de Bombardier à proposer à un prix plus bas des moyens de transport en Ile-de-France : le gouvernement canadien fait donc subventionner par sa population des transports moins chers pour les Parisiens ! En appauvrissant ses citoyens, le Canada prive aussi d'autres entreprises, locales ou mondiales, de nouveaux débouchés : les gains des uns sont mangés par les pertes des autres, et les consommateurs, considérés globalement, obtiennent moins de services pour la même quantité de richesses. Le bilan du protectionnisme est toujours globalement négatif.

Angelina Jolie jouera bien le rôle principal d'Atlas Shrugged

Pendant des années, le producteur Albert S. Ruddy avait tenté de l'adapter. Des personnalités comme Clint Eastwood, Robert Redford ou Faye Dunaway étaient sur les rangs pour l'interprêter. Finalement La Révolte d'Atlas, pavé (plus de mille pages) d'Ayn Rand, sera porté à l'écran avec Angelina Jolie dans le rôle principal. Toute une batterie de producteurs se retrouvent derrière le projet, parmi lesquels Michael Burns et Michael Paseornek à la tête du studio indépendant Lions Gate, Howard et Karen Baldwin déjà à l'origine de Ray, et enfin Geyer Kosinski le propre agent de Jolie.

Fondatrice de l'objectivisme, Rand n'est pas à proprement parler quelqu'un d'extrêmement consensuel. Toutefois, Angelina a, à plusieurs reprises, indiqué qu'elle admirait beaucoup Ayn Rand. Elle est, tout comme Brad Pitt, une adepte des travaux de Ayn Rand, et il lui tenait à coeur d'incarner Dagney Taggart, le personnage féminin le plus puissant des roman de Rand. On ne saurait le lui reprocher, à une époque où les célébrités font un concours de socialoconformisme.

Comme l'écrit Cinémovies :

Publié en 1957, le livre dissèque les aspects d'un possible effondrement économique aux États-Unis. Ainsi, dans l'Amérique industrielle des années 50, les grands entrepreneurs disparaissent un à un en réaction à l'intrusion du gouvernement dans la conduite de leur affaires.

La fin du roman - violente et apocalyptique - est l'un des principaux problèmes à son adaptation pour le grand écran.

Evidemment, mon billet n'apprend rien aux fans, mais il permet de sensibiliser les autres. Sortie en 2008 sur les écrans.

EDIT : par ailleurs, si j'en crois ceci, une adaptation de Révolte sur la Lune serait en préparation. Je vous en dirai plus plus tard.

Pour la république

Il est de bon ton, chez les libéraux et affidés, de traîner dans la boue la démocratie. Lafronde, par exemple, écrit ceci :

Le suffrage universel s’oppose à la hiérarchie des valeurs. A l’inverse, c’est un relativisme moral qui voue un culte à l’égalité par opposition à une séléction naturelle fondée sur l’expérience, l’histoire, l’effort personnel mais aussi les déterminismes en tout genre. Tout un chacun est immédiatement transformé en acteur politique de premier plan par la baguette magique d’un universalisme abstrait. Et ce au mépris des spécificités individuelles qui fleurissent dans le genre humain ; c’est un fait qui montre que l’on ne saurait accorder à tous la même capacité à peser dans la gestion politique de la Cité. Le fait de donner le même pouvoir politique à l’honorable et estimé chercheur et, d’autre part, au nuisible energumène qui conchie son pays autant qu’il peut mais qui vit de ses largesses, est une falsification ridicule car ce n’est pas l’égalité devant les urnes qui fait l’égalité des esprits et des compétences. Le suffrage universel c’est la guerre déclarée contre l’intelligence.

Pour lui préférer la monarchie, dans une optique toute hoppéenne.

Je pense qu’il s’agit d’une mauvaise lecture de la notion même de démocratie. Celle-ci n’est pas une donnée abstraite, issue de la pensée rousseauiste comme l’eau du puits, mais le fruit d’un accouchement issu des traditions antiques. Remontons donc un peu le temps.

Si la démocratie représente l’aboutissement du régime républicain, elle n’en constitue pas la modalité obligatoire. Dans son Esprit des lois, Montesquieu distingue la République démocratique, qu’il conçoit à l’image de la Suisse ou des cités du monde hellénique antique, de la République aristocratique, dont le modèle est Venise : « Le gouvernement républicain est celui où le peuple en corps, ou seulement une partie du peuple, a la souveraine puissance ».

Cela explique que le modèle républicain n’est cessé d’être, au moins symboliquement, inspiré par les cités antiques qui étaient des régimes élitistes ne groupant qu’une minorité de la population (les citoyens mâles).

Tout d’abord, ce qui distingue la République est la forme de légitimité qui la fonde. Les règles républicaines de dévolution de la souveraineté n’obéissent pas à la force comme dans les régimes despotiques. Pour être légitimes, elles n’obéissent pas non plus à la tradition, comme pour les monarchies ou dans les théocraties (en ce sens, une république islamique est une contradiction dans les termes) ou au charisme d’un chef comme dans les autocraties.

Le principe de légitimation de la République est la raison. Le régime républicain possède sur les autres formes de gouvernement une supériorité rationnelle. Cette supériorité emprunte des formes distinctes selon la modalité, démocratique ou aristocratique du régime républicain.

La République aristocratique, historiquement la plus ancienne, repose sur une logique oligarchique : le gouvernement des meilleurs ou au moins, des seuls citoyens capables.

La République démocratique, repose sur un autre postulat rationaliste, formulé dès le XVIIe siècle par Pascal puis théorisé par Rousseau : le large partage des lumières parmi l’ensemble des citoyens sains d’esprit. L’idée que chaque individu est dépositaire de la raison fonde le principe d’égalité sur lequel repose la République démocratique.

L’ambition du régime républicain est donc particulière : il ne s’agit pas seulement d’atteindre au bon gouvernement, efficace et modéré, qui justifie par exemple la monarchie dans les écrits de Burke ou de De Maistre, mais de construire une société réglée par la raison.

La République est donc irréductible à ses institutions (la dévolution non héréditaire du pouvoir) et à la démocratie (puisque la proportion de monarchies effectivement parlementaires est voisine de celle des républiques véritablement démocratiques). La République, au plein sens du terme, est indissociable de la formulation d’un projet politique.

Ainsi, exprimé en termes philosophiques, la République est l’instrument de construction de l’histoire selon les préceptes de la raison.

Préférer la « société concrète » à la « société abstraite », comme le font Hoppe et Burke, Bonald ou De Maistre avant lui, c’est aussi préférer la tradition à la raison.

Or la raison fonde le substrat même des Lumières et du libéralisme. Certains prétendent même que le « droit naturel », issu de l’observation des faits humains, est révélé grâce à la raison. Refuser la raison, c’est donc refuser le libéralisme . Quoi qu’en dise Hoppe.

La mondialisation coupable

A lire sur le blog du gauchiste repenti :

Voici comment la présentatrice du 13 heures de France 2, Béatrice Schoenberg, présentait tout à l’heure un reportage sur la fermeture d’une entreprise bretonne de marbrerie : « une fois encore, c’est la mondialisation qui est en cause » ! Pourquoi, lorsque la même journaliste évoque les ventes d’Airbus, de Renault, de LVMH ou de la viticulture française à l’étranger, ne dit-elle pas de la même façon : « une fois encore, c’est la mondialisation qui explique ces succès »?

Comment les français ne seraient-ils pas effrayés par le monde dans lequel ils vivent puisque chaque fois que l’on évoque la mondialisation dans les médias, c’est pour lui imputer toutes les difficultés du pays ? Celle-ci est devenue un véritable bouc émissaire, notre souffre-douleur, le responsable de tous nos maux. Fermons nos frontières, replions-nous sur nous-mêmes, fuyons le reste du monde et tout ira mieux ! Tel est le message subliminal de nos journalistes, imbibés qu’ils sont de tout ce climat antilibéral qui préfère imputer au reste du monde nos problèmes plutôt que de se pencher sur nos propres responsabilités.

Pendant ce temps, l’Allemagne bat tous les records d’excédents commerciaux et devient le premier exportateur mondial. Comme ne dirait pas Mme Schoenberg, c’est la mondialisation qui lui permet cette incroyable performance !

Grande Jonction

Roman futurisco-mystique de Maurice G. Dantec (2006)

Link de Nova est un gamin passionné de musique électrique. Il adore prendre une Gibson et improviser un riff puissant, que crachent en cadence ses Marshall. Il a aussi une autre qualité : il est capable de parler aux machines. Ou plus exactement, d’entrer en relation avec les parties post-machiniques qui maillent la structure physique des individus du milieu du XXIe siècle. Ceux d’après la première Chute, et d’après sa deuxième version, huit ans plus tard. D’une époque où les hommes, plus totalement humains mais pas encore véritablement cyborgs, s’étaient interconnectés à un réseau central. D’une époque où, après un update raté, la Chose était entrée en dévolution. Les machines se sont toutes transformées en légumes, tout juste bonnes à émettre des sons binaires. Les implants électroniques des humains lâchaient à tout moment, causant leur mort immédiate. Les deux tiers de l’humanité ont sombré. Mais, dans ce coin paumé du continent Nord-Américain qu’on appelait jadis Québec, et Heavy Metal Valley aujourd’hui, un petit homme de douze ans, Link de Nova, conjure le mauvais sort et guérit définitivement les machines et les entités post-machiniques qu’il rencontre.

La Chose le sait, la Chose a durant quelques années élaboré un plan pour aboutir à la destruction définitive du genre humain. En s’attaquant au langage même. Les hommes ne sont alors pas transformés en légumes, mais en modems crachant là encore du binaire, pour enfin mourir. Link est sous la protection de deux chasseurs de primes, redoutés et estimés dans ce monde à la Mad Max, Chrysler et Youri. Sans compter le shérif Langlois. Ses parents adoptifs aussi, lui qui est né à la seconde même de la première Chute, mais à l’âge de huit jours. Saura-t-il conjurer la puissance de la Chose ? Et comment faire pour répliquer à l’entité qui attaque le langage, la seule arme dont il disposait jusque là ? Le thomisme et la révélation mystique, le christianisme et le millénarisme, pourront-ils lui porter secours, tout comme cette mystérieuse et gigantesque bibliothèque que son père adoptif et un savant texan font venir, à grand frais dans un monde de ruine, de Rome ?

Maurice G. Dantec n’en est pas à son coup d’essai de roman étrange. Mais disons qu’au plus il avance en âge, et au plus son cas s’aggrave. Non content d’être un mauvais français, émigré, de fustiger l’islam au gré d’une conversion au catholicisme, il inscrit désormais, avec Grande Jonction (et auparavant Cosmos Incorporated) son œuvre dans un mysticisme postmoderne néo-machinique poussant à l’extrême les prémices des Racines du Mal sinon de Villa Vortex.

Vous pouvez le commander rien qu'en cliquant sur l'image. Ne dites pas merci, tout le plaisir est pour moi.

John Galt's revenge

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