La Turquie c'est l'Europe

Lors de la signature, en 1963, de l’accord d’association Turquie – CEE, le président de la commission européenne de l’époque, Walter Mallstein, déclarait : « La Turquie est une partie de l’Europe. Cela confirme une vérité qui est plus que l’expression sommaire d’un concept géographique ou d’un fait historique qui tient bon depuis plusieurs siècles. La Turquie fait partie de l’Europe : nous pensons que c’est d’abord et avant tout le produit de la prodigieuse personnalité d’Atatürk dont nous rencontrons le travail dans tous les coins du pays, et de la voie radicale dans laquelle il a refondu tous les aspects de la vie en Turquie selon une ligne européenne. »

A cet effet, et en application de cet engagement initié par Adenauer et de Gaulle, une union douanière a été progressivement mise en place. Elle n’est entrée en vigueur qu’en 1996.

A présent, se pose la question de son éventuelle adhésion à l’Union européenne. Disons-le tout de go, à l’instar des conclusions du Conseil européen d’Helsinki, (décembre 1999) : la question n’est plus de savoir si ce pays appartient ou non à l’Europe, mais s’il remplit les critères de Copenhague en matière de démocratie et de respect des droits de l’Homme.

Voici l’une des plus anciennes civilisations du monde, voici le pays le plus peuplé du monde méditerranéen, voici Istanbul, la vraie capitale de la mer Méditerranée. L’Européen comprend à Ephèse que la Turquie a autant de lettres de noblesse à faire valoir que la Grèce dans notre identité commune.

Suite à Helsinki, sept paquets de réformes démocratiques ont été adoptés, allant de la suppression de la peine de mort, de l’autorisation de la radiodiffusion libre et de l’éducation en d’autres langues que le turc (on songe en particulier au kurde), jusqu’aux dernières séries de réformes modifiant la structure même du pouvoir, puisqu’elles restreignent le rôle du Conseil national de sécurité, par le biais duquel les militaires exercent leur influence politique.

Chacun reconnaît donc l’ampleur du chemin parcouru par Ankara, tout particulièrement, et ce n’est pas la moindre information, depuis que l’AKP, le parti démo-islamique (ou, comme il aime à se présenter, conservateur-démocratique) a obtenu la majorité absolue au parlement en novembre 2002.

Les opposants à l’entrée de la Turquie avancent cinq arguments pour justifier leurs thèses : en premier lieu, la Turquie ne serait pas encore suffisamment démocratique pour mériter son adhésion ; ensuite, l’armée serait le seul rempart efficace contre l’islamisme ; par ailleurs, l’islam ne serait pas compatible avec l’Europe ; d’autre part, l’entrée de la Turquie nécessiterait une profonde réforme de nos institutions ; enfin, le coût budgétaire généré par l’entrée de la Turquie serait en tout point prohibitif. Etudions-les un à un.

1) le déficit démocratique turc

Bien sûr, il y a une nuance de taille entre les textes récemment adoptés et leur application. On ne change pas du jour au lendemain le comportement quasi centenaire de l’administration, de l’armée et de la police. Mais force est de reconnaître que seule l’entrée effective dans l’Europe a permis de rendre irréversible l’exercice quotidien de la démocratie en Grèce post-colonels, en Espagne post-franquiste et au Portugal post-Salazar. Pourquoi en serait-il autrement de la Turquie ?

2) l’armée turque, rempart contre l’islamisme ?

Cet argument est en tout point fallacieux. N’est-ce pas un parti parlementaire, certes islamique mais modéré, comme peuvent l’être les démocrates-chrétiens, l’AKP, qui a mené la libéralisation du pays ? N’est-ce pas lui qui a assumé et prolongé l’héritage kémaliste de la laïcité ? Par ailleurs, la Turquie dispose d’une économie de marché capitaliste, basée sur 65 millions de consommateurs, sur des groupes d’envergure internationale (tels que Vakko ou Beymen dans l’habillement), sur un tissu de PME très compétitives, et sur une main d’œuvre de qualité. Cela est extrêmement positif, et peu étonnant de la part du pays qui, à en croire Hayek, a été le berceau du commerce à Çaytal Huyuk, en Anatolie, bien avant l’ère antique, près de 2 900 ans avant JC [1].

3) L’islam ne serait pas compatible avec le projet européen

Le débat sur la cohabitation culturelle est endémique. Outre que, nonobstant les propos d’Helmut Kohl jadis ou ceux de Silvio Berlusconi aujourd’hui, l’héritage chrétien de l’Europe n’est pas le fondement de la construction européenne [2], il est décisif que l’Europe puisse faire l’apprentissage de la cohabitation. L’intégration de la Turquie conférerait au modèle européen un rayonnement mondial en prouvant que l’islam est compatible avec la démocratie et l’économie de marché. Le conflit gréco-turc à propos de Chypre serait enfin transcendé.

4) L’entrée de la Turquie et la réforme des institutions

L’obstacle le plus sérieux à un élargissement à la Turquie a trait au poids territorial et démographique de ce pays, qui est susceptible de compromettre les équilibres fragiles de pouvoir au sein de l’édifice européen et de gripper les mécanismes de prise de décision au sein de l’UE. L’objection est sérieuse ; toutefois, il ne s’agit pas, en décembre prochain, de décider de l’adhésion de la Turquie mais de l’ouverture de négociations. Il faudra au moins dix ans pour les mener à bien, même si, une fois lancées les négociations, l’adhésion est quasi assurée. Par ailleurs, des procédures de transition seront instituées dans tous les domaines sensibles, à commencer par la libre circulation des travailleurs.

5) Un coût budgétaire prohibitif pour l’Europe des 25

La Turquie est un pays très pauvre (son niveau de vie actuel ne représente que le quart de la moyenne européenne) et agricole, deux caractéristiques voisines de la Pologne. La Turquie entrée dans l’UE aura vocation à bénéficier des crédits de la politique de cohésion économique et sociale. Ces aides sont pour l’instant plafonnées à 4% du PNB de l’Etat membre, soit 5 à 6 milliards d’euros pour la Turquie. Le montant net dont bénéficierait la Turquie, déduction faite de la contribution turque, serait de 10 à 11 milliards d’euros, soit un coût identique aux dépenses d’adhésion des dix nouveaux membres entre 2004 et 2006 .

Si on ajoute à cela une inflation endémique, une dette publique monumentale, une instabilité monétaire, ainsi qu’une libéralisation incomplète de son industrie et un secteur bancaire opaque et fragile, l’Europe subirait un choc budgétaire sans précédent. Est-ce une raison pour ne rien faire et décevoir un peuple turc trop longtemps bercé d’illusions ? Il faudrait d’ores et déjà que la Grèce et l’Espagne comprennent que les fonds structurels dont ils bénéficient seront réorientés très largement, tant vers la Pologne que vers la Turquie, que la correction britannique sur la PAC, en vigueur depuis 1984, cesse, que les grands Etats-membres tels que la France et l’Allemagne comprennent l’enjeu qui est le leur.

Il faudrait enfin cesser toute intervention de marché de la PAC, pour la concentrer sur des versements de solidarité, tels que ceux issus du FEOGA orientation (Objectif 1, initiative communautaire Leader +). Voici les transformations indispensables de l’UE, pour que la Turquie puisse intégrer cette Europe vers laquelle elle a toujours été tournée.

Notes

[1] Friedrich Hayek, La Présomption fatale, PUF, 1991

[2] Voir l’article 3 TCE

Zek, Marylin Manson et Cie

La blogosphère est archi exhibitionniste. Zek le rappelle à l'envie dans un excellent post, comme toujours. Il ne cite aucun blog, je le ferai donc à sa place, à tout le moins le blog de Despentes, dont on ignore s'il s'agit de Virgine, même si j'ai ma petite idée sur la question : http://www.20six.fr/Despentes. Passionnante est son existence. Voici par exemple sa journée d'hier :

je viens de voir que le pepsi citron que je prenais pour du light super bon et que je bois comme de l'eau depuis quinze jours est en fait un pepsi normal. voilà pourquoi ce light était super bon. ça va, tout rentre dans l'ordre. problématiques de la journée : où manger à midi, quel film aller voir cet après-midi, qu'est-ce qui se passe à la télé ce soir. Jouable.

Ouaah c'est cool la vie de Virginie.

quand j'srai grand, j'veux faire écrivaine moi aussi.

Zek n'a pas tort lorsqu'il écrit

Ce qui soulève la question : pourquoi les gens éprouvent-ils le besoin de s'exhiber, de plus en plus, et d"exhiber des choses de plus en plus triviales ? Certes tout écrivain est un exhibitionniste, mais il y a loin de Proust qui extrait la substantifique moëlle de son expérience, en tire toutes les leçons qu'un être supérieurement intelligent peut en tirer, aux copiés-collés d'un quotididien trivial que l'on nous assène, des obscurs blogueurs aux Goncourt et Médicis. Et quand l?imaginaire prend le relais, il est inévitablement trash ; en soixante pages de description insipide d'un stage au Japon, qui aurait valu 10/20 à n'importe quel élève de première, Amélie Nothomb, qui est sans doute la crème de la crème comparée à Despentes ou Beigbeder, ne nous glisse qu'une scène sans intérêt où elle renverse des ordures sur son corps nu. So what ? En quoi ma conception de l'homme et de sa place dans le monde a-t-elle avancé d'un iota après la lecture de ce fantasme inepte ? Pour quelle raison autre que de tuer le temps devrais-je subir cette prose ?

Les blogs sont propices à l'étalage des culottes sales de tout un chacun, et on n'a encore rien vu. Quand soixante millions de français seront connectés à Internet, on pourra suivre la vie privée de Madame Michu en temps réel. On sera tour à tour Winston et Big Brother. L'exhibitionnisme ne date pas d'hier. Il y avait les radio-crochets, la « Reine d'un jour », la presse féminine, Ménie Grégoire ; il y a maintenant la télé-réalité, « c'est mon choix », la pseudo-littérature en toc contemporaine, et l'usage que fait le blogueur moyen d'internet n'est qu'un prolongement de cet état d'esprit.

La conclusion de Zek, qui est si limpide qu'elle se passe de commentaire :

L'exhibitionnisme est une facette du mépris mutuel qui régit les rapports humains. L'exhibitionniste méprise son public en posant que tout lui vaut, qu'il ne mérite aucun respect. Puisque l'artiste, l'écrivain, le journaliste, le cultureux se comportent ainsi, le blogueur leur emboîte le pas. Puisque l'on paye pour voir des chiottes dans les musées « d'Art Contemporain », le blogueur nous dit qu'il a chié à 10h45. L'exhibitionniste se méprise aussi lui-même en reconnaissant qu'il n'a rien de mieux à offrir que ses misérables prout-prouts. Il pourrait mieux faire, mais il faudrait alors fournir un effort, et l'effort c'est mal, c'est bourgeois, Jack Lang est contre. Et puis ce serait témoigner du respect au lecteur, ça jamais !

L'exhibitionnisme et le collectivisme furent conçus par le même cerveau fêlé. Si le second vient du Contrat Social, le premier procède des Confessions. Est-ce à dire qu'exhibitionnisme et collectivisme vont de pair ? Je n'en suis pas sûr. Il y a quelque chose de protestant dans ce « je n'ai rien à cacher », et si en Sicile les volets sont fermés, en Suède il n'y en a pas, ni de rideaux. Mais il est probable que le socialisme favorise l'exhibitionnisme, puisqu'il prône l'abaissement de l'individu devant la masse, l'égalité parfaite, et l'abolition des normes sociales (ce dernier objectif étant en contradiction avec l'égalité parfaite, mais la contradiction est le propre des systèmes voués à l'échec).

Ouch... du grand Zek, comme toujours.

A lire sur le blog de Jugurta : une mise au point concernant la participation de Marylin Manson au film Bowling for Columbine. J'avais mal vu ce film, vraisemblablement, considérant que MM s'opposait au droit aux armes US.

Jugurta rétablit donc la vérité :

Un nouveau post qui parle d'une star du divertissement. Cela risque de faire venir du monde sur ce jeune blog. Pourquoi? Simplement pour répondre à l'excellent Fabrice ( je lui retourne ainsi le compliment).Tu viens cher Fabrice de m'obliger à revoir ce navet qu'est BFG. Heureusement que le double M n'apparaît que durant environs cinq minutes, cela m'a permis de vite revenir sur le réseau. Je peux t'affirmer que l'Antichrist Superstar" n'a en rien condamner le port d'arme. Sa présence dans le film de Moore, se résume à essayer de comprendre qui est responsable de la tuerie des deux lycéens de Columbine. Rappelons qu'il fut accusé par les bien-pensants d'avoir influencé les deux tueurs.Tout comme le Heavy Métal, les messes sataniques et les serviettes hygiéniques. La conclusion du sieur Manson à la question de Moore sur ce qu'il aurait dit aux ados s'il les avait rencontrés: "Je n'aurais rien dit à ces gamins. Je les aurais écoutés, ce que personne n'a fait".

Ce petit post sur la présence de Manson dans ce documentaire nous renvoie ainsi à la notion la plus importante chez les libéraux après la liberté, la responsabilité. Les seuls responsables de cette tuerie sont les deux gamins qui ont prémédité leur massacre.

Une arme ne tue pas sans le cerveau qui lui donne vie. Ainsi apparaît la faucheuse à travers le viseur. To be continued...

Enfin, sur le blog du non moins excellent xxc, un article sur la restriction, toujours plus grande, de nos existences :

L’habitude semble maintenant bien ancrée : dès qu’un fait divers tragique survient (ici l’incendie d’un centre équestre en Savoie le 5 août dernier), on conjure le mauvais sort par une loi gris-gris.

Ce faisant, nos aimables fanatiques du passage au crible législatif de nos existences ont dégoté un fabuleux filon : une excellente manière d’être aimés (et par suite d’être réélus) à peu de frais.

La manœuvre s’articule en deux temps. Premier temps : générosité et amour de la vie (il s’agit d’expliquer que l’on est vraiment très très gentil, que l’on dit "non !" au malheur et que l’on n’est pas rat lorsqu’il s’agit de la Vie). Deuxième temps : dénonciation des méchants cupides (afin de détourner l’attention de ceux qui douteraient du bien fondé de la nouvelle loi). À la fin, le citoyen n’a plus qu’à se faire une opinion en toute indépendance sur la proposition de loi : veut-il être un gentil ou veut-il être un méchant ?

La suite ici.

Et pendant que j'y suis,

Il est un tour de passe-passe si grossier que je m’étonne toujours qu’il marche encore : celui de la prétendue gratuité des services publics. Y croire, c’est aussi bête que de croire que dans un lot de six yaourts, l’un est gratuit. Bien sûr qu’il n’est pas gratuit le yaourt. Ou sinon je prends ce yaourt-là et je laisse les autres. Mieux, je prends six yaourts gratuits appartenant à six lots différents et je mange à l’œil.

La suite ici

Edit : enfin, les Pères fondateurs, des libéraux conservateurs pour ceux qui ne les connaissent pas, viennent de créer un site portail, complément de leur forum. A visiter.

D'autre part, Embruns.net, l'un des plus gros blogs francophones, parle de liberpedia - une fois n'est pas coutume.

Big blogger is watching you

Pardon pour le titre un peu calembour, j'espère qu'on ne vous l'a jamais fait.

Jugurta, sur son excellent blog, invite à s'interroger sur le devenir des sources d'informations face au défèrlement des blogs. Sa conclusion ?

Peut on s'informer sans passer son début de soirée devant la messe du vingt heure? Peut on s'informer sans lire le quotidien de référence qui paraît tous les soirs? A ces interrogations je réponds par l'affirmative. Certes, l'information doit être vérifiée pour être vraie. Mais rien aujourd'hui ne me garantie la non manipulation du savoir par une structure, qu'elle soit étatique, network privé ou publique...L'information en temps réel déposée sur nos écran par la fée électrique m'éloigne chaque jours qui passent un peu plus de la lobotomie ambiante. Le chacun pour soi est de mise dans un monde où le nouveau paradigme se nomme réseau. Il me semble que pour éviter les écueils d'une nouvelle paranoia du tous contrôle tous, (Big Brother à pour nom internaute blogueur) il suffit de s'immiscer entre les interstices des réseaux. Cela afin de ne pas sombrer dans les affres d'une indifférence et d'un dégoût pour tous ce qui a attrait à la vie réelle.

Je la partage totalement, et cela me rappelle un vieil article de Catallaxia consacré à Pierre Lévy, auteur de World philosophie, bouquin en de nombreux points prophétique : http://www.catallaxia.org/article.php?sid=166

Human²

Une étape qu'on dit déjà irréversible vient d'être franchie, en Angleterre.

Le clonage d'embryons humains devient autorisé.

Attention, même si la technique est la même, il ne s'agit pas de reproduire un Fabrice bis, comme on a reproduit une Dolly bis il y a huit ans. Il s'agit plus prosaïquement d'autoriser la recherche médicale à cloner des embryons à des fins thérapeutiques, ce qui est est très différent.

Si je parlais comme W ou Zek, je dirai, "selon la Pravda" :

Jusqu'à présent, lorsqu'ils étaient autorisés, les travaux de recherche dans ce domaine n'étaient menés que sur des embryons initialement conçus dans le cadre d'une assistance médicale à la procréation, conservés par congélation et ne faisant plus l'objet d'un projet parental.

A présent en revanche, hors de tout projet parental, il sera possible de cloner un embryon pour améliorer le traitement du diabète. Il sera d'ailleurs possible, au-delà de la demande formulée ici par des scientifiques de Newcastle, de travailler à l'avenir non seulement sur des cellules d'insuline, mais aussi sur des cellules nerveuses, sanguines, musculaires, etc.

C'est un grand progrès pour la science, n'en déplaise aux Cassandre et aux papistes.

Pendant ce temps, dans notre chère patrie, on arrache des plants d'OGM. Bientôt, on brûlera les livres, avec l'appui de pompiers pyromanes. Un Pascal anglais dirait : Lumière en-deça du channel, obscurantisme au-delà.

Faut bien vivre

Pour attirer du monde sur son blog, il y a la technique Aristophane, largement éprouvée.

Sans m'y fourvoyer, voici une photo d'Ophélie. Son but ?

Aucun mon capitaine, sinon attirer le chaland ici :)

Le désordre étatique

A lire sur le blog d'XXC, un billet proprement hallucinant.

Les agresseurs antisémites d'un élève ont été réintégrés dans le lycée d'où ils avaient été exclus, par décision d'une cour administrative d'appel.

«Je constate avec amertume que l'expression «sale juif» ne constitue pas une faute suffisamment grave pour justifier une exclusion», s'est inquiété l'avocat de la famille de la victime, Me Charles Choucroy. «La décision de la cour est dangereuse : elle absout les agresseurs, incite les professeurs à fermer les yeux et les victimes à se taire», estime l'association de professeurs Perec (Pour une école républicaine et citoyenne). Enfin, le père de la victime, injoignable hier, avait expliqué en juin qu'«il n'était pas choqué par la réintégration des agresseurs, mais par la négation des faits».

Les faits me semblent tout de même relativement négligeables : le garçon en question est particulièrement chétif, et toute dispute de cour de récré passe vite en EFG pour un acte raciste. C'est une fois de plus le processus de victimisation qui joue à plein régime.

Je ne considère pas ces faits, avérés ou fictifs, comme suffisamment graves pour justifier une exclusion. Il ne faut pas exagérer. On entend "sale Arabe, sale Juif, sale pédé" partout dans les cours d'école. Fût-ce au lycée.

Mais une constatation n'est sans doute pas tout à fait étrangère à la décision finale :

La mère d'un des exclus, qui travaille à l'ambassade des Émirats arabes unis appelle la presse, révoltée par cette décision qui oblige son fils à quitter un établissement prestigieux qu'il ne fréquente que grâce à une dérogation. Il est maintenant scolarisé dans le XIIIe arrondissement où réside sa famille. A sa demande, la Ligue des droits de l'homme entame une contre-enquête, où des actes antisémites sont reconnus mais qualifiés de broutilles de cour de récréation. Les mêmes parents embauchent ensuite un avocat célèbre, Me Thierry Levy, pour les défendre devant le tribunal administratif.

Ouf, il s'agit d'un avocat juif. Si les parents des élèves exclus voulaient éviter les interprétations douteuses, ils ont bien eu raison de le choisir.


Je comptais terminer là mon billet.

Mais je vous vois venir.

Vous vous dites : quelle honte : ce salaud de Copeau soutient l'intolérable !

je n'ai jamais écrit cela.

Que l'insulte soit grave, c'est évident. Mais est-ce l'exclusion qui résoudra le problème ? J'en doute. Comme il me semble absurde de demander aux tribunaux de dire la vérité historique, face aux négationnistes, il me semble tout autant absurde de confier aux chefs d'établissements scolaires la responsabilité d'exclure ou non un raciste.

Je le répète : les propos que les deux accusés ont tenus sont honteux, c'est l'évidence. Si je tenais ces deux connards entre mes mains, je puis vous assurer qu'ils passeraient un très "sale" moment et qu'ils mangeraient de la purée pendant plusieurs jours..

D'autre part, cela n'a rien à voir avec ce qu'il se passe ailleurs, en l'occurence à Auschwitz, et là, c'est à la fois très grave et condamnable. Si je refuse la judiciarisation de la vérité et de l'erreur, la haine qui se déchaîne contre les Juifs est scandaleuse et il faut partout s'y opposer.

L'expropriation inique

C'est un peu technique mais fondamental d'un état d'esprit étatiste, qu'il faut dénoncer.

La France a grande habitude de se faire condamner par la Cour européenne des droits de l'Homme (COEDH), basée à Strasbourg, et non pas à Luxembourg comme la Cour de justice des communautés européennes.

En effet, il est reproché au droit public français son caractère fondamentalement léonin à l'encontre des particuliers. Je veux dire, de manière presque ontologique.

Un exemple, un seul : selon l'article 6-1 de la Convention européenne des droits de l'Homme, que la Cour du même nom se charge de faire respecter,

"toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle".

La COEDH s'est déjà payée plusieurs fois le Conseil d'Etat français (CE). En 2001 par exemple, dans un arrêt Kress contre France, elle a été jugé que la présence d'un commissaire du gouvernement - chargé de donner un avis impartial - au délibéré d'un arrêt du CE était illégale. De même, la présence au sein de la formation de jugement du président d'une section qui avait donné un avis favorable au texte qui faisait l'objet du recours, est illégale : la COEDH a jugé que le Conseil d'Etat ne respectait pas la notion de procès impartial.

La France a également été condamnée pour violation du délai raisonnable dans le fonctionnement de la justice, en 2002, dans un arrêt de la COEDH Lutz contre France. La France a d'ailleurs d'autant plus été condamnée qu'il n'y a pas de possibilité légale de se plaindre devant les juridictions internes de la violation d'un délai raisonnable de jugement.

Parfois c'est même le juge interne qui condamne la France : je ne citerai qu'un seul exemple, mais il est emblématique : le tribunal administratif de Paris à jugé, en 2003, que la responsabilité de l'Etat était engagée pour faute du legislateur dans l'affaire SA Fipp. Qu'avait donc fait le Parlement ?

Il avait voté une loi qui ne respectait pas la convention européenne des droits de l'Homme, et plus exactement le droit aux biens.

Mais l'hécatombe ne s'arrête pas là.

Je voudrais vous entretenir à présent d'un autre arrêt, et des conséquences qu'en ont tirées les juridictions françaises. Elles me semblent emblématiques d'un état d'esprit gallican voire nationaliste, étatiste et profondément stupide.

Le 24 avril 2003, la COEDH (arrêt Yvon contre France) a condamné la France a raison de la position dominante occupée par le - encore lui - commissaire du gouvernement, à la fois, nous dit la Cour, "expert et partie" dans la procédure d'expropriation, et de l'influence importante exercée par ce dernier dans le cadre de l'évaluation judiciaire de l'indemnité.

[1]

Selon la Cour de Strasbourg, et je ne peux que la suivre, la situation de l'exproprié n'est pas, compte tenu de ce qu'elle reproche à la France, conforme au principe d'égalité des armes et le droit français contrevient donc aux dispositions de l'article 6 § 1 de la Convention.

Un arrêt supranational doit être respecté immédiatement par les juridictions nationales. Comment ont-elles réagi ?

La Cour de cassation, organe suprême du droit privé, a, comme à son habitude, pris acte très rapidement des incidences de cet arrêt. Sans état d'âme, elle s'est alignée sur l'argumentaire européen. Dont acte.

Comment le juge administratif français, et le Conseil d'Etat en premier lieu, organe suprême du droit public, a-t-il réagi quant à lui ?

Ben... comme un hypocrite aux abois.

Il cherche, avec son ridicule extincteur, à éteindre tout un feu de forêt. A nier l'évidence. A montrer ses biceps, lui qui ne joue plus qu'aux jeux paralympiques.

Alors chacun y va de sa petite interprétation :

  • le premier commentateur nous dit : oui mais, le juge peut statuer au vu des des pièces fournies, en prenant acte des conclusions du commissaire du gouvernement, s'il considère que ces conclusions ne représentent qu'un avis indicatif.
  • un autre ajoute : c'est bien beau tout ça, mais c'est à l'exproprié d'établir en quoi il est victime d'une violation de la convention européenne, pas à moi, qui suis, ça va sans dire, un juge parfait !

Manifestement, les juges administratifs français n'ont rien compris au droit européen. La Cour a dénoncé l'ensemble d'une situation, pas un détail par-ci par-là. C'est en effet le directeur des services fiscaux du département qui exerce les fonctions de commissaire du gouvernement devant le juge. C'est donc un allié objectif de l'expropriant. Il défent les intérêts de l'Etat, pas ceux du particulier. Il met sa capacité d'expertise au service exclusif de l'expropriant, et ce d'autant plus qu'il dispose à cet égard d'un quasi-monopole et qu'il bénéficie d'un accès privilégié au fichier immobilier à partir duquel vont être répertoriées les mutations de référence.

Une fois encore, le droit européen - souvent communautaire, mais pas toujours, car ce n'est pas le cas ici - valorise l'individu et fait cesser une situation de dépendance hiérarchique à l'égard de ce fameux Etat qui n'est plus qu'un colosse aux pieds d'argile. Ses séides zélés pourront bien tenter de construire des barrages de fortune, ils n'y pourront rien.

Lorsqu'ils se retourneront, ils entendront chanter dans leurs poumons le vent de la liberté.

Notes

[1] Je rappelle pour mémoire que c'est le juge administratif qui, en France, décide du principe de l'expropriation, mais c'est le juge judiciaire, gardien de la propriété, qui fixe le montant de l'indemnité versée au particulier spolié.

Balance tes paiements !

J'espère que vous connaissez les 39 leçons d'économie contemporaine, de Philippe Simonnot, le célèbre éditorialiste du Monde.

De son bouquin à l'intelligence fulgurante, je voudrais vous entretenir aujourd'hui de son chapitre consacré à la balance des paiements.

Ah me direz-vous, quel sujet particulièrement chiant !

Pas si sûr. C'est sur des erreurs a priori secondaires que se fondent les certitudes des imbéciles.

En gros, la balance des paiements est composée de deux parties : la balance commerciale, qui, si on lui adjoint les invisibles (brevets, etc) devient la balance des paiements courants - je dirai donc "balance courante" pour simplifier -, et d'autre part la balance des mouvements de capitaux, appelons-la si vous me le permettez "balance des capitaux".

Première évidence : la balance des paiements est TOUJOURS EQUILIBREE. Par conséquent, parler d'excédent ou de déficit de celle-ci n'a pas de sens. Seuls les postes internes - balance courante ou balance des capitaux - peuvent être en déséquilibre, le déséquilibre de l'un se compensant par l'excédent de l'autre.

Deuxième évidence : parler de déficit commercial d'un pays n'a PAS DE SENS ; cela revient à donner une connotation péjorative à un phénomène qui ne l'est pas. D'ailleurs, ce n'est jamais un pays qui est en déficit, qui importe ou exporte, mais des entreprises, administrations, particuliers, qui achètent, vendent des marchandises, des services ou des papiers financiers.

Troisième évidence : toute vente est un achat, et tout achat une vente. Tout dépend du point de vue duquel on se place. Mieux : si je vends mon PC à Tarempion, et que celui-ci ne le règle pas instantanément, cela revient à dire qu'il l'achète à crédit. Ce qui est encore un achat. Simonnot l'explique mieux que moi :

Cela (l'achat sans monnaie) voudrait dire que je vous achète (...) à crédit. Autrement dit, cet achat se traduirait par la "vente" d'un petit bout de papier sur lequel j'aurais écrit : je vous dois tant (pour le PC). Le fait que vous acceptiez ce bout de papier en échange de votre PC implique tout simplement que vous me faites crédit. Sur ce même papier, je pourrai ajouter : et je m'engage à vous verser cette somme à telle date. Une date sur laquelle nous serions tombés d'accord l'un et l'autre.

En effet, la substitution du bout de papier, représentant une créance, à un autre bout de papier, papier-monnaie qui lui aussi est une créance, ne nous fait pas sortir de l'équilibre de la balance des paiements.

Le fait de parler de déficit ou d'excédent de la balance des paiements, ou de tel poste pris isolément, conduit à une norme de comportement implicite et fausse sur le bon taux de change d'une monnaie. Du déficit de la balance courante, les gouvernements déduisent que le taux de change de leur monnaie est surévalué. Ceci s'est produit en France durant quarante ans : certains groupes d'intérêts se manifestaient pour se plaindre qu'ils ne parvenaient pas à exporter parce que le franc était surévalué, et qu'il fallait donc le dévaluer. D'autres se plaignaient que puisque le franc était surévalué, les autres devises étaient sous-évaluées par rapport au franc, et que de ce fait les marchandises étrangères disposaient sur le sol français d'un avantage concurrentiel déloyal. Nous entendons ce même genre de discours de nos jours, avec l'euro, et sa soi-disant surévaluation par rapport au dollar.

Ces gens-là ont les moyens d'exprimer leurs jérémiades au parlement, dans les cabinets ministériels et dans la presse. Lorsque de telles campagnes étaient orchestrées contre le change du franc, se déclenchait contre celui-ci une spéculation qui venait s'ajouter à la pression excercée sur le gouvernement pour qu'il dévaluât. Mais la dévaluation ne servait à rien. Le déficit commercial persistait, et l'excédent allemand aussi, quand bien même le mark était-il surévalué.

Pourquoi ? parce que rien ne dit que le bon taux de change est celui qui permet d'équilibrer la balance courante. Il est proprement stupide de prétendre vouloir équilibrer la balance des paiements poste à poste, comme l'a rappelé notre première évidence.

A présent, il est impératif de tenir compte de deux réalités formelles :

1. les données statistiques sont diffusées dans l'ordre chronologique suivant : mouvements de marchandises, puis balance courante totale, puis bien plus tard le reste - les fameux mouvements de capitaux - qui semblent donc constituer le solde de la balance des paiements. Mais il n'en n'est rien et c'est une erreur de journalistes.

2. le hic, c'est que les mouvements de capitaux, c'est aujourd'hui, en volume, 20 à 30 fois celui des marchandises. Deuxième erreur de journalistes.

Allons plus loin : pourquoi une balance des capitaux est-elle excédentaire ? je veux dire, vraiment, pourquoi ? Et sans répondre bêtement : ben pour compenser le déficit de la balance courante, m'sieur. Si on la considère en elle-même, pourquoi est-elle excédentaire ?

C'est parce que l'épargne nationale est insuffisante. Et pourquoi est-elle insuffisante ?

Parce que le dynamisme des particuliers et des entreprises du pays concerné est tel que ceux-ci sont obligés de faire appel à des épargnants étrangers pour financer leurs projets. C'est ce qui explique, par exemple, qu'un pays en voie de développement aura obligatoirement une balance courante déficitaire - et par conséquent une balance des capitaux excédentaire.

Tout ceci s'exprime très bien de manière mathématique (ne vous affolez pas, c'est archi-simple) : j'ai d'un côté des ressources, c'est-à-dire la production sur le sol national (Y), à laquelle j'ajoute les importations de biens et services (M). D'un autre côté, j'ai des emplois : je consacre ces ressources à la consommation (C), à l'investissement (I) ou encore à l'exportation de biens et de services (X). J'obtiens donc :

Y + M = C + I + X

Sachant par ailleurs qu'Y est la somme de tous les revenus, je sais que ceux-ci seront ou bien consommés (C), ou bien épargnés (S). J'obtiens donc une seconde équation :

Y = C+ S

Si je retire C, présent dans les deux équations, j'obtiens :

X - M = S - I

Tout se résume dans cette modeste équation de rien du tout. Quel que soit le solde de ma balance courante (X - M), le solde interne de l'emploi des revenus sera le même. Autrement dit, si les exportations sont supérieures aux importations, si donc la balance courante est excédentaire, c'est que l'épargne (S) est supérieure à l'investissement. Dans le cas contraire d'un déficit de la balance courante (X inférieur à M), j'aurai obligatoirement une épargne inférieure à l'investissement.

C'est tout con en fait. Pas besoin de sortir de l'ENA pour comprendre ça.

Et on arrive pile-poil à l'erreur majeure des protectionnistes : croire qu'il n'y a pas de relation entre exportations et importations. Or, en vérité, le protectionnisme d'un pays nuit non seulement aux pays étrangers (chose qu'il vise, en principe), mais aussi à lui-même car toute action sur les importations ne peut avoir d'effet que sur les exportations, le solde restant le même... Simonnot rappelle d'ailleurs de manière incidente que le grand théoricien du protectionnisme au XIXe siècle, Friedrich List, prévoyait que les Pays-Bas et le Danemark seraient voués à stagner, sauf à fusionner avec l'Allemagne...

Par conséquent, une balance courante excédentaire, donc - si vous m'avez suivi, une balance des capitaux déficitaire - est un très mauvaise chose.

A contrario, une balance des capitaux excédentaire - c'est-à-dire courante déficitaire, c'est pas compliqué bordel - est une très bonne chose.

C'est d'autant plus vrai que, lorsqu'en France la balance commerciale est excédentaire, cela signifie que les capitaux fuient notre pays. Pourquoi agissent-ils ainsi ? parce que l'épargne est surtaxée. Les prélèvements obligatoires et le remboursement de la dette publique accaparent plus de 55% du revenu national ! Il faut donc réduire les impôts.

Mais baisser les impôts impose de réduire la dépense publique, alors l'homme de l'Etat détourne son regard, la caravane passe et les chiens continuent à aboyer...

The fountainehead

A lire sur Chacun pour soi, un post de Ronnie consacré non pas au roman d'Ayn Rand, mais plus exactement à la morale qui s'en dégage. Et particulièrement au travers de la diffusion récente du film de King Vidor, avec Gary Cooper.

Ronnie expose de manière convaincante que

Le "public" est considéré comme un ramassis de collectivistes, simplement parce qu'il n'aime pas les oeuvres novatrices de notre héros. C'est, me semble-t-il, introduire dans le domaine économique une conception politique. Car qui est le public? Ce n'est pas ici la majorité tyrannique qui oblige la minorité à se soumettre à sa loi implacable via les contraints étatiques. Non, il s'agit des clients effectifs et potentiels ! En gros, la peinture qui nous est faite par Rand des relations économiques n'est pas très éloignée des slogans misérabilistes des alter-mondialistes actuels qui clament à tue-tête: "la culture n'est pas une marchandise". Tous ceux qui offrent des services à leurs consommateurs sont décrits comme autant d'êtres faibles et/ou corrompus - ou encore comme de purs minables. "Un architecte a besoin de clients, mais il ne doit pas se subordonner à leurs désirs" s'écrie Roark ! Les consommateurs sont donc relégués au rang peu enviable d'esclavagistes parasitaires.

SOS Bohneur

Tiens c'est marrant, Eskoh publie sur ZoneL un article de présentation d'SOS Bohneur, de Van Hamme et Griffo. J'avais commandé il y a deux semaines un exemplaire de l'édition intégrale sur amazon, que j'ai reçue hier. Je lisais donc hier soir les premières histoires, dont celle qu'évoque Eskoh, relative au système de santé publique gratuite et soviétoïde. On n'en est pas loin avec l'actuel parlement français qui vient d'interdire les distributeurs de confiseries dans les établissements scolaires dès la rentrée du mois prochain.

Pour ma part, j'ai préféré l'histoire suivante, celle des vacances étatisées, où il faut gagner des points, ne pas avoir d'amende, pour espérer partir à la mer, et si possible pas en hiver. Quiconque voudra ne pas se soumettre aux G.O. débiles sera rapidement remis dans le droit chemin. Car en effet, le groupe est tout, l'individu n'est rien.

Violences domestiques, parité et socialisme

José Luis Zapatero a été élu à la tête du gouvernement espagnol il y a cent jours. C'est durant cette période d'euphorie, propice aux grands bouleversements, que traditionnellement les nouvelles têtes exécutives lancent leurs grands chantiers, ou font passer les réformes les plus difficiles, celles qui provoquent en général la fronde des administrés.

Et bien, durant ses cent jours, qu'a fait Zapatero ? s'est-il occupé de l'économie (florissante) de son pays ? du nombre encore important de chômeurs ? de la relance du processus européen, mis à mal, précisément, par l'Espagne aidée - du bout des lèvres - de la Pologne ?

Non, José, lui, y s'occupe des femmes battues.

Ah je ne dis pas que ce n'est pas intéressant, qu'il n'y a pas des femmes soumises voire battues en Espagne, bla bla bla. Je dis simplement que j'ai du mal à considérer ce sujet comme la priorité des priorités, sachant qu'il doit toucher environ 4% des femmes espagnoles, soit, grosso modo, 2% des Espagnols tout court.

Enfin, je ne suis pas l'ami José, qui, pour montrer que lui, au gouvernement, ne bat aucune femme, a accordé à des représentantes de celles-ci autant de ministères qu'aux hommes de son équipe. Belle démagogie, mais je ne comprends toujours pas pourquoi il faudrait favoriser les femmes plus que les hommes.

Tout le monde sait bien que les femmes gagnent moins d'argent que les hommes, qu'elles font encore parfois des enfants, qu'elles sont moins présentes aux postes de direction.

Mais ce sont aussi celles qui travaillent le moins, et de loin.

Ne me tuez pas, j'explique : la quasi-totalité des employés à temps partiel sont des employées. Je veux bien que ce soit parfois une contrainte, mais il s'agit d'une contrainte familiale, pas professionnelle. C'est un fait que les femmes plus que les hommes participent à l'éducation des enfants. Ceci dit, ce n'est pas moi qui ait créé tous les avantages sociaux dont bénéficient les femmes à ce titre, et qui sont d'ailleurs en passe de disparaître.

Mais je crois plus en l'évolution des moeurs - les hommes au foyer, voilà une valeur d'avenir - et surtout à la logique sociale pour remédier à cet état temporaire. En effet, les filles réussissent en moyenne bien mieux que les garçons à l'école, et c'est vrai jusqu'au doctorat. Déjà des filières entières sont totalement féminisées (administration en général, magistrature, voire postes de commissaires et de lieutenants de police). La chimie constitue un autre exemple.

Alors, faut-il vraiment accorder un avantage légal aux meilleures ?

Prétentieux !

Créer son propre blog a quelque chose de mesquin. Oui, de mesquin.

Tout d'abord, il faut avoir conscience du fait que le nombre de lecteurs de la prose de l'auteur sera au mieux étriqué, au pire quasi inexistant. Pour parler chiffres, on peut imaginer que ce blog atteindra de manière poussive 50 visiteurs par jour, et encore, les meilleurs jours, lorsqu'il tombera des cordres dehors et qu'en plus, les gens s'ennuiront tellement au travail ou chez eux que, contre toute attente, ils jetterons un oeil à ce qui se passe ici. C'est donc un peu inutile que de miser un quelconque intérêt sur cet outil sympathique mais objectiviement médiocre, en termes d'efficacité.

Par ailleurs, ce blog a ceci de particulièrement mesquin qu'il a été nominatif. Et, soyons clair, il n'existe aucun blog nominatif dans la blogosphère francophone. Je ne parle même pas des quelques blogs présents à la gauche de ce texte, je parle de tous les blogs francophones. Rien de tel en revanche dans les pays anglo-saxons, où il est fréquent de rencontrer un blog nominatif, qui n'existe que par et pour son auteur, qui n'emploie d'ailleurs que la première personne du singulier pour exprimer SES idées à lui, du haut de sa parfaite individualité. Du haut de sa totale subjectivité aussi, qui bien souvent prend la forme d'une singulière mauvaise foi.

C'est dans ce registre-là que j'ai toutefois choisi de m'inscrire, et tant pis si d'aucuns trouveront cela prétentieux, voire mesquin, comme je le disais plus haut. Mon but n'est absolument pas de me mettre en avant au point de perdre pied, de me croire une superstar du web alors que je ne suis rien. Il est tout simplement de revenir aux fondements, aux principes initiaux des weblogs, qui étaient des espèces de journaux intimes en ligne.

Alors, me direz vous, c'est bien joli mais comment attirer le chaland avec un journal intime ?

Outre que ce n'est pas à proprement parler mon principal souci, et que mes autres sites pallient largement à mon besoin inné d'expression sinon de reconnaissance, je dirai simplement que ce blog sera le reflet de ma personnalité dans toute son individualité immarescente. Je me fous aussi bien des qu'en-dira-t-on que des tabous. Des biens-pensants que des censeurs. Je n'aurai donc ici aucune autre limite que celle que je me fixerai. Ceux qui me connaissent seront surpris. Les autres hausseront les épaules, n'en pensant pas moins.

Je ne chercherai pas le lecteur à tout prix, je n'autoriserai d'ailleurs pas systématiquement les commentaires je pense.

Il pourra se passer des semaines entières sans que je ne mette le nez ici.

Mais d'autres fois je posterai trente messages dans la journée.

Les billets que je posterai partiront sans doute dans toutes les directions, et je me ferai un point d'honneur à surtout ne jamais me relire. Je ne suis pas un perfectionniste, je suis un touche-à-tout qui par définition ne sait absolument rien faire de bien.

J'aurais aimé faire un blog bilingue voire trilingue, sur le modèle de Merde in France ou du Dissident Frogman. Mais je n'en ai pas le temps, sinon les compétences. Et comme l'anglais est déjà bien pris, j'aurais plutôt vu un duo franco-italien ou franco-espagnol par exemple, eh oui, mes affinités électives sont plus latines que saxonnes.

A l'instar des blogs nominatifs, importants ou quelconques, étrangers, je vous souhaite donc la bienvenue sur ce blog, qui s'intitulait tout simplement le blog de ....

... Jusqu'à ce que je sois contraint à rentrer dans l'anonymat. La raison ? Mon statut d'énarque. Je ne cherche pas à être l'anonymat incarné, façon Zek. Mais simplement à faire preuve d'une relative discrétion. D'ailleurs, je suis plus ou moins énarque. Plus ou moins jeune. Plus ou moins lyonnais. Voilà de quoi brouiller les pistes !

Puisse votre visite vous apporter un quelconque intérêt. Mais j'en doute :)

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