Dehors les pauvres

J'habite à Lyon, ville dont Gérard Collomb est le maire socialiste.

Et c'est un bon maire.

Il estime qu'il y a trop de pauvres en centre-ville, sur la presqu'île pour ceux qui connaissent, et qu'il faut donc les virer.

C'est ce qu'il vient de faire.

Il vient de réaliser une opération financière de 87 millions d'euros, en vendant une dizaine d'immeubles à un groupe immobilier américain.

Bien sûr, les 250 locataires actuels auraient pu, si les logements avaient été vendus appartement par appartement, accéder à la propriété. Mais la propriété pour des pauvres, c'est un peu comme de la confiture pour des cochons.

Ils vont donc se faire virer, et le groupe américain, qui a acheté à un prix défiant toute concurrence, fera une belle opération en vendant, lui, appartement par appartement.

Et les pauvres n'ont qu'à aller en banlieue.

Ca sert à ça, la banlieue.

Le parti libertarien, c'est le parti de la reddition

La liberlishaft n'est pas unie. En son sein, s'opposent même violemment les liberaux et les libertariens. Un exemple, à lire sur capitalism Mag, cet article de Michael J. Hurd :

Sommaire : Le parti libertarien est pire que les partis républicain et démocrate -- et c'est peu dire.

http://www.CapitalismMagazine.com

Q : Dr. Hurd, je comprends que vous détestiez les démocrates et les républicains. Pourquoi ne votez-vous pas libertarien ? Ceux-ci veulent un gouvernement fortement limité, comme vous .

R : Le parti libertarien est pire que les partis républicain et démocrate -- et c'est peu dire.

Le parti libertarien est le parti du pacifisme inexcusable. Ils font rougir John kerry. Leur candidat à la présidentielle 2004 propose, par exemple, que toutes les troupes américaines, partout dans le monde, soient renvoyées à la maison immédiatement. Pourquoi ? Puisque, apparemment, tout gouvernement est mauvais. Quoi que le gouvernement fasse pour intervenir dans le reste du monde - même si ces interventions doivent protéger l'Amérique sur son sol - est mauvais.

Pire encore, les rapports présents sur le site Web officiel du parti libertarien indiquent que les Etats-Unis sont à blâmer en matière de terrorisme : Par exemple : "combien de temps les politiciens peuvent-ils feindre d'être étonnés lorsque les menaces de terroristes se transforment en réalité sanglante ? Combien d'Américains innocents doivent perdre leurs vies avant que les hommes de l'Etat se rangent à leur position et cessent d'interférer dans les affaires d'autres nations?"

L'implication de ce rapport est claire. Si les Etats-Unis n'avaient pas une présence militaire dans le Moyen-Orient, ni ailleurs, les terroristes nous laisseraient seuls. L'Amérique doit être blâmée, pas les terroristes.

C'est erreur telle que je ne pourrais jamais en imaginer. C'est le plus mauvais exemple de condamnation de la victime que je n'ai jamais rencontré de nos jours (c.-à-d., les Etats-Unis). Il ignore complètement le fait que les terroristes musulmans nous attaquent parce qu'ils nous détestent. Ils détestent notre séparation de l'Eglise et de l'Etat ; ils détestent nos libertés politiques ; ils détestent notre société essentiellement séculière ; et ils détestent nos libertés économiques. Ils ne nous veulent pas simplement hors d'Irak. Ils ne nous veulent pas simplement hors d'Israel. Ils veulent que nous plongions notre visage dans la terre. Ce n'est pas seulement mon interprétation. C'est ce qu'ils disent ; c'est ce que toutes leurs actions, maintes et maintes fois répétées, impliquent ; et c'est ce qu'elles cherchent à accomplir, peu à peu.

Hormis cette erreur massive, la position libertarienne ignore également le souci plus immédiat que si nous partions du Moyen-Orient demain, la production de pétrole serait instantanément stoppée. Les terres qui fournissent le moteur de notre civilisation - le carburant sur lequel nous comptons pour chauffer nos maisons, faire avancer nos voitures, faire vivre nos villes, faire voler nos avions - serait complètement mis sous la coupe des fondamentalistes religieux arabes. Et Alors ? répondent les libertariens. Le gouvernement - tout gouvernement - est mauvais, voici leur réponse à n'importe quel sujet. Renvoyez chez elles les troupes, et maintenant.

Je ne m'inquiète pas d'autres propositions du parti libertarien, au sujet des impôts ou du gouvernement limité, avec lesquelles je pourrais être d'accord, en dehors du contexte actuel. Les erreurs que je viens de décrire viennent d'une pensée vers laquelle je n'irai pas et dont je ne me sens pas proche. Ce point de vue est impardonnable et inexcusable. Une reddition totale au Moyen-Orient et l'abandon de nos intérêts nationaux objectifs, au plus grand plaisir d'Osama Ben Laden et des mollahs iraniens - pour ne pas mentionner d'autres dictateurs terroristes présents dans le monde entier - réduira à néant toute volonté de réduire le rôle du gouvernement dans l'économie. Comment l'Amérique capitaliste peut-elle s'épanouir sous la menace d'un nuage nucléaire, d'une guerre biologique ou pire encore ? Si vous pensez que l'Amérique est en danger du fait d'une présence de troupe dans le Moyen-Orient et ailleurs, imaginez juste ce qu'il en serait si nous renoncions au combat tout à fait.

J'accuse parfois les démocrates d'être bien disposé avec nos ennemis, et je maintiens cette accusation. Cependant, la politique étrangère préconisée par le parti libertarien est la plus mauvaise chose que j'ai jamais vue. Nous avons même une meilleure chance avec Kerry qu'avec ce genre de mentalité. Les démocrates nous affaibliraient davantage que nous le sommes déjà. La politique étrangère libertarienne nous détruirait.

Au sujet de l'auteur : Dr. Michael Hurd est un psychologue, un psychothérapeute et l'auteur de Effective Therapy (New York : Dunhill, 1997) et de Grow Up America!. Visitez son site Web à : www.DrHurd.com.

Traduction par moi.

Ayn Rand, Nous les vivants

Nous les vivants, c'est le premier roman d'Ayn Rand. Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici comment l'histoire débuta...

La famille Argounova arrive à Petrograd, en 1922, par un convoi ferroviaire dans lequel s'amoncellent hommes et paquets. Les paquets étaient enveloppés dans des draps, des journaux, des sacs à farine. Les êtres humains étaient empaquetés dans des manteaux râpés et des châles.

Kira, 18 ans, est une jeune fille profonde, intelligente jusqu'à la provocation, imperméable aux questions politiques mais très consciente des bienfaits de l'accomplissement d'une vie par soi-même et pour soi-même. Alexandre Dimitrievitch, son père, à la tête de toute sa famille, est de retour à Petrograd après cinq années d'exil volontaire. Cet ancien bourgeois déchu par la Révolution espère commencer une vie nouvelle. Mais il n'a pas le sou.

Galina Petrovna, son épouse, a hate de retrouver sa soeur. Elle s'inquiète pour Kira, sa fille, qui, par sa froideur obséquieuse et son caractère entier, fait fuir tous les prétendants. Elle ne parvenait pas souvent à bien comprendre ce qu'elle nommait les « lubies » de Kira. Elle comprenait mieux Lydia, sa fille aînée, au comportement plus prévisible et plus pieux.

Les Argounova, au moment de la Révolution, quittèrent Petrograd pour la Crimée, afin d'attendre que la capitale soit libérée du joug rouge. Ils abandonnèrent leurs biens, leur demeure s'ouvrant sur Kamenostrovski, l'avenue élégante de Petrograd. Ils connurent cinq années de cabanons surpeuplés, avec les vents pénétrant de Crimée qui sifflaient à travers les poreux murs de pierre ; cinq années de thé à la saccharine, d'oignons frits dans l'huile de lin, de bombardements nocturnes et de matins de terreur quand seuls les drapeaux rouges ou tricolores annonçaient dans les rues aux mains de qui la ville était passée. Argounova pensait rentrer bien vite ; cinq ans plus tard, c'est dans une résignation morne et silencieuse que la famille prit le train pour rentrer à Petrograd. La ville avait vécu cinq années de révolution. Quatre d'entre elles avaient vu se fermer une à une les artères et boutiques, et la nationalisation avait déposé poussière et toile d'araignée sur les vitrines en verre laminé. La dernière année avait porté savons et lavette, de la peinture neuve pour les nouveaux propriétaires, car la N. E. P. (nouvelle politique économique) de l'état avait annoncé un « compromis temporaire » et autorisé les petits magasins privés à rouvrir timidement. La famille Argounova rend visite aux Dunaev, liés qu'ils sont à eux par Maria Petrovna, la soeur de Galina. Leur somptueux appartement n'est plus qu'un fourbis sans non, les vitres de leur porte d'entrée étaient remplacées par des planches clouées à la hâte, le tapis moelleux du rôle d'entrée avait disparu, et la cheminée sculptée à la main était couverte de graffitis. Galina retrouva sa soeur devant une porte capitonnée dont la toile huilée était en lambeaux, tandis que de gros morceau de coton souillé frangeaient le pourtour.

Maria, femme si belle jadis, semblait usée et flétrie à présent. Celle qui était la chérie délicate et gâtée, que son mari portait dans ses bras jusqu'à sa voiture en hiver, dans la neige, paraissait à présent plus âgée que Galina Petrovna. Sa peau avait la couleur du linge souillé, ses lèvres n'étaient pas assez rouges, contrairement à ses paupières, qui l'étaient trop.

Vassili Ivanovitch, son mari, possédait avant la Révolution une entreprise de fourrure très prospère. Homme à la taille et à la puissance inouïes, il avait commencé comme trappeur dans les plaines de Sibérie, armé d'un fusil, d'une paire de bottes et de ses deux bras assez puissants pour soulever un boeuf. Il ne donna aucune nouvelle à sa famille pendant dix ans. De retour à Saint-Pétersbourg, il ouvrit un bureau dont sa famille n'aurait même pas pu se payer une poignée de porte. Il était aujourd'hui voûté, affaissé, changé. Irina, la fille de Vassili et Maria, était une femme de dix-huit ans destinée à des études artistiques. Elle avait une petite soeur, Acia. Victor, son frère, était étudiant communiste à l'institut de technologie, ayant pour ambition de devenir « ingénieur prolétarien », même s'il embrassait pas personnellement l'idéologie communiste. Les Dunaev survivaient d'ailleurs grâce à leurs deux enfants, puisque, comme le dit Maria :

« les cartes de rationnement, c'est que pour les employés du régime soviétique. Et pour les étudiants. Nous ne recevons que deux cartes de rationnement. Seulement deux cartes pour toute la famille... Et ce n'est pas facile. »

Les Argounova apprennent que leur maison de Kamenostrovski est à présent occupée par un peintre en lettres. Un vrai prolétaire. Ils apprennent que, même si la N. E. P. existe, et que les boutiques privées sont autorisées, ils n'auront pas d'argent pour acheter : « ils vous font payer dix fois plus cher qu'à la coopérative. Je (Maria) ne suis encore jamais allée dans une boutique privée. Nous n'avons pas les moyens. Personne n'en a les moyens. Nous ne pouvons même pas nous payer le théâtre. »

Vassili refusant absolument de prendre un emploi soviétique, les Dunaev survivaient en vendant petit à petit tous leurs biens. Il ne restait plus que des clous plantés dans des murs vides. Vassili était persuadé que le vent allait très bientôt tourner, que l'Europe, qui n'était pas aveugle, n'avait pas dit son dernier mot, que le jour viendrait bientôt de la libération de la Russie. Dans le fil de la conversation de retrouvailles, on évoque l'installation à Petrograd de la famille Argounova, la nécessité pour Alexandre d'occuper un emploi soviétique, la nécessité pour les deux filles d'avoir le statut d'étudiants et ses privilèges. Ou bien d'employés, pour avoir droit à du lard et du sucre, voire même à des chaussures et des billets de tramway gratuits. Mais Kira ne s'intéresse pas à la conversation. Peu lui importe qu'on débatte de son futur statut, car elle a choisi : elle sera ingénieur.

« Kira, fit son père, tu n'as jamais aimé les communistes et voilà que tu choisis l'un de ces métiers modernes qu'ils apprécient tant -- femme ingénieur !

-- tu vas construire des bâtiments pour l'état rouge ? Demanda Victor

-- je construirai des bâtiments parce que j'en ai envie ...

-- Franchement, dit Victor, ton attitude est quelque peu antisociale, Kira. Tu choisis un métier simplement parce que c'est ta volonté, sans penser un instant au fait que, en tant que femme, tu serais bien plus utile à la société dans une activité plus féminine. Nous devons tous penser à notre >devoir envers la société.

-- envers qui as-tu un devoir, au juste, Victor ? Demanda Kira

-- envers la société

-- c'est quoi, la société ?

-- si je puis me permettre, Kira, ta question est puérile.

-- mais je comprends pas, dit Kira en ouvrant des yeux dangereusement candides. Envers qui ai-je un devoir ? Envers ton voisin de pallier ? Où les miliciens du coin ? Ou l'employé de la coopérative ? Où le vieillard que j'ai vu faire la queue, à la troisième place, avec un vieux panier est un chapeau de femme ?

-- la société, Kira, est une entité extraordinaire.

-- on peut tracer toute une ligne de zéro,le résultat sera toujours nul, dit Kira ...

-- j'ai peur pour ton avenir, Kira, dit Victor. Il est temps que tu te résigne à accepter la vie. Tu n'iras pas loin avec de telles idées.

-- tout dépend de la direction que je souhaite prendre, répondit Kira. »

Je vous souhaite une bonne lecture !

Ils bradent le patrimoine national !

Les salauds, ils ont décidé de privatiser France Télécom.

Le gouvernement ultralibéral va donc encaisser 5 milliards, sur le dos des usagers, et au profit des spéculateurs apatrides.

Heureusement que les forces de progrès se battent pour que cet argent soit affecté à la recapitalisation publique d'EDF (500 millions), de GIAT, de Charbonnages de France ou encore de RFF et de CDR (qui liquide les actifs pourtant citoyens du Crédit Lyonnais). Et aussi au plan de cohésion sociale de Borloo.

La lutte continue !

! hasta el liberalismo, siempre !

Si vous parlez la langue de Cervantès, ce qui n'est pas rare pour les francophones, je vous invite cordialement à visiter le site liberalismo.

J'aime lire tout particulièrement les sections liberales et reseñas.

A noter ce qu'ils écrivaient sur catallaxia (rubrique enlaces, les liens quoi) :

Página de divulgación del pensamiento liberal, que puede considerarse nuestra precursora francesa. Excelente sección "Dix réfutations".

J'ai longtemps rougi du plaisir d'être considéré comme le précurseur de ce fabuleux site :)

A noter enfin la rubrique bitàcoras ; il s'agit de blogs hébergés par le site. Le blogroll contient d'excellente choses, par exemple Desde la caverna neoliberal, blog aux fort nombreux commentaires. Lire notamment cet article sur les otages français en Irak.

Je suis une légende

Merci mille fois Eskoh, de m'avoir fait découvrir Richard Matheson et son bouquin intitulé Je suis une légende.

C'est un gros flipp. Lisons le quatrième de couverture :

Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil... Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu'aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.

Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire.

Je ne sais que dire, sinon que j'ai particulièrement appréciée l'atmosphère de cet ouvrage. L'auteur est connu dans le milieu du cinéma : il a écrit le scénario de Duel, le fameux premier film de Spielberg. Il a un don avéré pour la narration du suspense.

Ici, Neville, le héros, se terre dans sa maison de banlieue. Il a vu mourir, l'un après l'autre, tous les siens. Sa famille, ses amis. Et à présent, toutes les nuits, c'est l'un d'entre-eux, Ben Cortman, son copain de toujours, qui le hèle... pour le tuer.

Sors de là, Neville !

Neville n'est pas fou, même s'il sombre très nettement dans l'alcoolisme. Il est prudent, et très organisé. Non seulement il ne sort pas de chez lui la nuit, mais il a créé un système de survie en autarcie (une serre, une citerne d'eau, un atelier, etc). Il peut tenir des mois comme ça. Voire des années.

ça tombe bien, il va lui falloir plusieurs années pour, à nouveau, se trouver en face de vivants.

Enfin, quand je dis vivants...

Maria Kuznetsova, Aka KOIKA

Si vous aimez Koika, vous aimerez cela, ceci et encore cela.

Si cela ne vous suffit pas, voir ici.

Marcelle est un con

Pierre Marcelle est journaleux à Libé. Et c'est un con. Un vrai de vrai. Un as. Un champion du monde.

La preuve : ce billet de Themistocle.

La politique environnementale européenne, entre doutes et errements

L’environnement est une préoccupation récente pour l’Union européenne. Depuis le traité de Maastricht, il figure parmi les objectifs de l’Union. Toutefois, si l’UE vise un niveau de protection élevé, cet objectif doit être nuancé par le fait que des pans primordiaux de la politique européenne sont soumis à la règle de l’unanimité : la fiscalité environnementale, l’aménagement du territoire, les règles d’affectation des sols (hormis les ordures ménagères et les ressources hydrauliques), et plus généralement les choix énergétiques d’un Etat membre, qui ne peuvent être affectés par l’UE. La politique environnement prend en fait quatre formes différentes.

Le droit à l’information

C’est un domaine majeur qui a été par trop négligé jusqu’à présent. En effet, les projets susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement doivent être évalués, essentiellement sous la forme d’études d’impact. Il faudrait que le droit de la population à être consulté soit considérablement renforcé. Cette consultation du public, c’est à la fois un moyen et une fin de l’évaluation : son avis, qui doit autant que possible être recueilli, participe du rapport final, et en même temps, la procédure permet au public d’être informé en temps utile pour influer sur la décision.

L’action en matière de lutte contre la pollution de l’air et de l’eau

L’action de l’UE prend ici la forme de normes réglementaires, qui, pour être souvent utiles, ne sauraient pour autant être considérées comme suffisantes.

De nombreuses normes ont été actées, en matière de lutte contre la pollution de l’air[1], de lutte contre la pollution des eaux[2], de limitation de l’usage des nitrates[3], ou encore de pollution marine[4]. Toutefois, et pour le seul exemple de la pollution marine, les tragédies de l’Erika (1999) et du Prestige (2002) ont montré que l’aspect réglementaire et la sanction a posteriori étaient insuffisants. Le Fipol (fonds chargé de décider des indemnisations couvrant les pollutions par les hydrocarbures) a été un cuisant échec. Il a annoncé le plafonnement des indemnisations à 15 % des dommages causés par le naufrage du Prestige. Pourtant personne ne remet en cause l’existence même de cet organisme. Le ministre de l’environnement et du développement durable propose uniquement de « réorganiser le Fipol » en augmentant le plafond des indemnisations et en appelle à la création d’un nouveau fonds d’indemnisation, propre à la Commission européenne. Mais aucun dirigeant n’a l’audace d’imaginer un tout autre système qui, pourtant, s’impose à la raison lorsque l’on est confronté à l’échec du mécanisme de responsabilité collective.

Les Américains, eux, ont osé franchir le pas de la « vraie » révolution écologique en votant, au lendemain du naufrage de l’Exxon- Valdez, une loi, l’Oil Pollution Act, qui abandonnait toute logique d’assurance collective pour lui préférer celle de la responsabilité individuelle. Depuis treize ans, ce n’est donc plus un fonds commun qui assure l’indemnisation des victimes de la pollution, mais l’exploitant du navire lui-même. Ainsi, au lieu d’un mécanisme collectif, par essence totalement déresponsabilisant puisque tout le monde paie (les bons armateurs comme les mauvais), les Américains ont opté pour un mécanisme de responsabilisation véritable qui fait directement peser sur son auteur les conséquences d’une catastrophe écologique.

Le nouveau système américain semble avoir fait ses preuves puisque l’on n’a pas eu, depuis l’adoption de cette loi, à déplorer de marée noire au large des Etats- Unis. Tout simplement parce que l’ensemble de la flotte longeant les côtes américaines a été entièrement renouvelé sous la pression des compagnies d’assurances des exploitants de navire. Et c’est là toute l’ingéniosité de ce dispositif. Les compagnies d’assurances jouent désormais un rôle de régulateur de la pollution : elles proportionnent les primes aux risques de détérioration de la nature. La prime à payer pour un navire bien entretenu étant largement inférieure à celle versée pour un « navire poubelle », l’incitation au maintien de la qualité des navires est instantanée. Il ne reste plus qu’à interdire l’accès des mers territoriales aux navires non assurés pour laisser ensuite la régulation privée faire son oeuvre. Malgré l’indéniable efficacité de ce système, les dirigeants français et européens s’obstinent à maintenir un mécanisme archaïque de responsabilité collective et ne sont pas à la hauteur de la révolution annoncée.

L’action en matière de risques majeurs, de déchets et de substances chimiques

Nombreux sont les textes applicables, depuis la directive Seveso de 1982 jusqu’aux directives relatives aux déchets. Sur ce dernier point tout particulièrement, soulignons l’application positive qui est faite du principe pollueur-payeur, puisque les Etats-membres doivent mettre en place un réseau intégré et adéquat d’installations d’élimination des déchets, et les faire payer par les pollueurs eux-mêmes (entreprises aux réseaux de collecte et/ou traitement privés, particuliers par la taxe ou la redevance d’enlèvement des ordures ménagères). Toutefois, et comme précédemment, le volet de la responsabilité est trop négligé. Il convient à tout le moins d’harmoniser sur tout le territoire les conditions et procédures de détermination des responsables, y compris dans les cas de montages par des sociétés de dispositifs leur permettant de faire payer la remise en état de sites pollués par les contribuables, en empêchant la remontée jusqu’à leur responsabilité.

La protection de la nature

Dernier volet de la politique environnementale européenne, et l’un des plus connus. Divers textes régissent la conservation de la vie sauvage[5] , ou encore le maintien de la biodiversité[6]. Le réseau européen d’espaces protégés, Natura 2000, synthétise ces actions menées de manière fort satisfaisante.

Toutefois, l’environnement n’est pas seulement une politique communautaire. C’est aussi une préoccupation qui irrigue plusieurs autres politiques communautaires, qui ne sont pas sans incidences sur l’environnement. C’est le cas de la politique des transports, de la politique de cohésion économique et sociale, via les orientations du FEDER (fonds de développement régional).

L’environnement et les autres politiques communautaires

Outre la politique régionale, qui, notamment via le FEOGA section orientation, agit parfois pour la protection de l’environnement, la PAC constitue un secteur privilégié. En effet, depuis le début des années quatre-vingt-dix, de nombreuses normes ont vu le jour pour favoriser l’extensification de l’agriculture européenne. On pratique le gel des terres[7], on verse même des aides aux agriculteurs qui réduisent, durant cinq ans, une ou plusieurs productions[8]. On encourage enfin la production biologique[9].

C’est oublier que le vrai problème de la PAC, ce n’est pas l’intensité de la production, c’est le régime d’aide qui fait des agriculteurs les premiers fonctionnaires d’Europe. En ce sens, le futur découplage des aides européennes et de la production est la meilleure façon de réduire les stocks excessifs et les crises de surproduction du secteur.

En matière de politique industrielle enfin, un label écologique est institué depuis 1992. Outre que des institutions privées indépendantes devraient seules fournir lesdits labels, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, il serait souhaitable que ceux-ci s’appliquent aussi aux denrées alimentaires, aux boissons et aux produits pharmaceutiques, pour avoir un quelconque effet sur les consommateurs.

Notes

[1] La directive 80/779/CEE du 15 juillet 1980 et la directive 84/360/CEE du 28 juin 1984 visent à réduire toute forme de pollution atmosphérique, notamment celle résultant des automobiles, et, plus récemment, le CFC et le gaz carbonique.

[2] Par exemple, une liste noire de produits dangereux a été établie par une directive de 1980. Ou encore, une série de directives régissent les rejets de cadmium et de mercure.

[3] Les Etats membres sont tenus d’élaborer des codes de bonne conduite agricoles, qui doivent contenir des dispositions relatives aux périodes d’épandage des fertilisants, et au stockage des déjections animales. Un maximum de 170 kg d’azote par an et par hectare de déjections animales à épandre est autorisé.

[4] Nombreuses sont les conventions signées, tant pour la mer du Nord (convention de Bonn en 1984) que pour la Méditerranée (conventions de 1977 et de 1981).

[5] Convention de Berne du 19 septembre 1979, directive 79/409/CEE du 2 avril 1979 relative à la conservation des oiseaux sauvages, etc

[6] Directive « habitats » 92/43/CEE du 21 mai 1992.

[7] Voir le règlement n°2328/91 du 15 juillet 1991

[8] Voir le règlement n°1115/88 du 21 décembre 1988.

[9] Cf règlement n°2092/91/CEE du 24 juin 1991

Les capitalistes ont-ils un pouvoir de négociation supérieur ?

Le principal argument avancé en faveur du syndicalisme et de tous les privilèges dont bénéficient les syndicats, c'est leur "pouvoir supérieur de négociation".

Cela étant, en expliquant comment le marché du travail fonctionne réellement, Mises a démoli cette thèse.

Sur le marché du travail, la concurrence parmi des entrepreneurs permet un équilibre étroit entre la productivité marginale du travail et la compensation des travailleurs.

A lire ici.

Et qu'est-ce tu bois bobo dis-donc ?

Suite à une récente discussion sur le sujet, je ne résiste pas à l'envie de vous faire découvrir, si ce n'est déjà fait, la physiologie du bobo selon Zek.

Et vous, quel bobo êtes-vous ? grand bobo, petit bobo, boma ou bozo ?

Qui était vraiment le Che ?

According to Jean Paul Sartre, he was ‘the most complete man of his age’. John Berger likened the photograph of his corpse to Andrea Mantegna’s ‘Dead Christ’. When I went up to university, in the month of his death, October 1967, the walls were quilted with his image — the famous Korda photograph of the implacable revolutionary, with the beret, the Comandante star, the wispy hair and beard. I remember particularly a sickly poster version in psychedelic colours — mauve and turquoise and green — taped to the wall of a friend’s room. Even then, I thought, Che Guevara was unlikely to have had much to recommend him, a mythic fanatic adulated by ersatz revolutionaries in Cambridge. Hardly anything was known about him, but that was one source of his iconographic ubiquity: ignorance is bliss, where heroes are concerned. Over the past 30 years or so, Che has become an industry, appearing in ever more absurd and ironic guises, on T-shirts, scarves, baseball hats, key rings, even in the form of ‘Che’ brand cigars and beer. It is the revenge of the market, turning the puritanical revolutionary into a logo. ‘Che vive!’ as it says in the slogan, but mainly as a fashion accessory. There was also a famously bad movie, released in 1969, with Omar Sharif as Che and Jack Palance as Castro. Now we have another film, out this week — The Motorcycle Diaries — executive producer Robert Redford. Revolution repeats itself, first as tragedy, then as entertainment. The new film is a pleasant, anodyne tale described by its director, Walter Salles, as ‘a story of two young men who leave on an adventurous journey throughout an unknown continent, and the journey of discovery becomes one of self-discovery as well’.

The oddity about the cult of Che is that, despite all the attention, despite the torrent of articles, books, documentaries and movies, despite the pervasiveness of the image, he is now more mysterious than ever. Che is complete as a symbol, a void into which people can pour their yearnings for a more adventurous, a more rebellious life. But how many of those with his picture on their chest could tell you three facts about him?

The essential fact about Che was that he misunderstood his own experience, and then tried to apply it as a rule for the whole world, with predictably disastrous results. He was a savage ideologue, a mesmeric fool and, in the end, a poetic blunderer, possessing some extraordinary qualities, certainly, but without the judgment and humility to make those qualities count. His moment of glory was as a guerrilla leader in the two years of the revolution in Cuba, leading to Castro’s victory in 1959. He had sailed as a doctor on the Granma — the yacht which in November 1956 carried Castro’s tiny rebel army from Mexico to Cuba. Once they had landed, it soon became apparent that Che was a talented and effective fighter. Severely asthmatic, he struggled with the physical demands of war, but he more than made up for it by his determination, his courage under fire, his power of command and his absolute ruthlessness.

In the ramshackle, amateurish conflict in the Sierra Maestra, where Castro’s forces were numbered in dozens and, at most, hundreds, Che was a man who did not mind getting his hands dirty. If a man was accused of being a traitor, or an informer, or even of defeatism, Che could, and often did, condemn him to death. He was not averse to carrying out the sentence himself. Pistol to the temple, pull the trigger, has to be done.... The peasantry

soon learnt to fear him. Che wrote in his memoirs: ‘Denouncing us did violence to their own conscience and, in any case, put them in danger, since revolutionary justice was speedy.’

Here was a guy — ‘Che’, by the by, means ‘guy’ or ‘mate’ in Argentine slang — who had been a medical student and traveller, who had become inebriated with the sonorous simplicities of Marxism, who had stepped on to the Granma with a risible, adolescent poem in his pocket — ‘Canto a Fidel’ — which he planned to give to the future caudillo while they were at sea (‘Let’s go, ardent prophet of the dawn...’). Here he was, tramping the hills of Cuba, in the full flood of the romance of his own life, with permission, granted by the armour of the ideology, to separate the quick from the dead.

In admiring Che, we are valuing more than his personal qualities — self-sacrifice, honesty, dedication to the cause. We are signing up to the idea that violent solutions are not merely, at times, justifiable but desirable, that a brutal narrow-mindedness is somehow redeemed if you utter the right mantra over the corpses. When Castro won his revolution, Che became responsible for prosecuting members of the former regime. Even his highly sympathetic biographer, Jon Lee Anderson, does not shrink from the facts: ‘Che, as supreme prosecutor, took to his task with a singular determination, and the old walls of the fort rang out nightly with the fusillades of the firing squads.’ Hundreds were shot on Che’s orders, and he only stopped the executions reluctantly, at Fidel’s insistence. Moving on from his role as Castro’s Fouquier-Tinville, he took charge of Cuba’s economy. According to his ‘Theory of Value’, which Fidel supported, the value of an object was defined not by supply and demand but by its moral and social worth. Che was left to decide which priorities should be followed. His years in command of the Cuban economy drove it to ruin.

He was undaunted by the deaths he had ordered and the errors he had made. He had larger dreams than the fate of the Cuban economy. He was excited by the vision of a grand, global confrontation between imperialism and socialism, and he viewed the prospect of nuclear war with equanimity. Speaking to the First Latin American Youth Congress, in July 1959, he stated: ‘These people of Cuba you see today tell you that even if they should disappear from the face of the earth because an atomic war is unleashed in their names ...they would feel completely happy and fulfilled....’ During the Cuban missile crisis, Che wanted to fire the missiles at the United States, and was furious that Khrushchev backed down in the face of US pressure.

In 1965 he left Cuba to become a wandering guerrilla at the service of revolutions around the world. Che believed that the Cuban revolution offered a model that could be applied throughout what was then called the ‘Third World’. He was wrong. First stop was the Congo, where he wanted to combat the white mercenaries operating in the country. After nine months of trying to train an African force, he was sickened by the incompetence of his recruits and their arbitrary savagery. In October 1966 he moved to Bolivia, where he hoped to create a ‘second Vietnam’. Once again, Che didn’t quite get it. North Vietnam was able to confront the United States not through Che’s kind of insurgency but because a nation of some 20 million people under arms, supplied by both China and the Soviet Union, represented a formidable force.

The lessons of Cuba weren’t, in any case, applicable to Bolivia, which was one of the least promising places in South America to start a revolutionary guerrilla war. Che, with his utopian rhetoric, had nothing to offer the Bolivian Indians; they owned their land, and saw him not as a saviour but as a threat. In the 11 months he spent in the Bolivian jungle before he was captured and killed by CIA-trained troops, the local peasantry stubbornly refused to rally to his cause. He remained, to the end, the Argentine aristocrat of his origins, so concerned to help the People that he hardly bothered with the awkward details of who they were and what they wanted.

By the end, he had exhausted the patience of even those who might have supported him. The Soviets loathed him, suspecting him: they helped to undermine him by withdrawing the support of the Bolivian Communist party; they may also have used an undercover agent they had placed beside him, Haydée Tamara Bunke — ‘Tania’ — to sabotage his campaign. They suspected Che, rightly, of sympathy for Maoism, which, at the time of the Sino-Soviet split, was a cardinal crime in their eyes. What they failed to see was that Che’s dreams were doomed to failure, in Bolivia and throughout Latin America. As ever, they had the whole thing out of focus; the Cuban example wasn’t applicable anywhere else in Latin America, Marxism wasn’t the future, and there was no ‘historical inevitability’ ensuring the victory of socialism over ‘imperialism’ and ‘capitalism’. Che wasn’t going to come out on top, and neither was the Soviet Union.

They were right about one thing, though: Che was trouble, not just to his enemies but also to his friends. Sanctifying him is, to quote Vladimir Ilyich, ‘an infantile disorder’. He is one of the most oversold figures of the past half century.

© 2004 The Spectator.co.uk

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