Idiot

Outre les condamnations financières déjà évoquées, L'Idiot international fut victime d'une véritable persécution de la part du pouvoir de l'époque. D’étranges personnages infiltrèrent l’entourage de Jean-Edern Hallier. D’autres le suivaient dans la rue. Les émissions télévisées auxquelles on avait l’audace de l’inviter étaient subitement déprogrammées. Ses lignes téléphoniques furent bien sûr « branchées », mais aussi celles de sa cuisinière, de ses avocats, éditeurs et amis sans oublier celles de son bistrot et de son restaurant habituels. On « visita » son appartement, cambriola le coffre-fort d’un de ses éditeurs, vola la voiture d’un autre, braqua son conseiller financier. Ses imprimeurs potentiels furent menacés ; quand ils s’obstinaient, leurs locaux étaient mis à sac. (Voir le récit de ces persécutions dans le témoignage d'un gendarme en poste à l'Élysée, Interlocuteur privilégié de Daniel Gamba (Lattès) et dans Une famille au secret, de Ariane Chemin et Géraldine Catalano (Stock)

Ces persécutions sont d'ailleurs confirmées par le propre directeur de cabinet de François Mitterrand, le préfet Gilles Ménage, qui note dans son livre l'Œil du pouvoir (Fayard) que, pour entraver la parution de l'Idiot « furent mis à contribution, hors les cercles élyséens, le ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur, le ministère du Budget et le cabinet du Premier ministre. Les ministres et leurs collaborateurs directs, ainsi que les responsables des principaux services étaient parfaitement informés de ce qu’ils avaient à faire. Si, par hasard, leur zèle fléchissait, le Président se chargeait de leur rappeler sa volonté. »

A lire ici

Au passage, j'ignorais que Konk, dessinateur de National Hedbo et de Présent, entre autres revues lepénistes, était un ancien du Monde, du Matin et de l'Evénement du Jeudi.

Henning Mankell

Il faut lire Henning Mankell car il est beaucoup plus qu'un auteur de polar venu du froid (Suède). Loin des clichés d'une Suède aseptisée, il décortique les maux d'une société où les repères sociaux et familiaux se délitent, il en tire aussi quelques fils ténus porteur de bribes d'espérance. On retrouve avec émotion, de roman en roman, l'inspecteur Kurt Wallander, anti-héros, flic avec états d'âme, jamais blasé. Au fil des romans de Mankell, il prend humanité et épaisseur, contre-poids en sorte à l'univers sordide dans lequel on le suit, sans un instant d'ennui au fil des pages. Tout autour de lui, les autres personnages évoluent aussi : ses collègues du commissariat, son ex-femme, sa fille avec laquelle il entretient des relations difficiles (et qui devient le personnage de premier plan des romans les plus récents d'Henning), sa nouvelle copine, lettone, son père, qui meurt, ses amis, qui sont rares. Perclus de doute, certes, Wallander est aussi un authentique individu, avec sa grandeur et ses penchants misérables. Bien plus crédible qu'un inspecteur Cadin, du Français Didier Daeninckx. Auteur dont j'ai lu au moins quinze romans, il faudra donc que je vous en parle un jour.

Henning a eu une vie particulière, émaillée d'extraordinaire et de tragique. Très vite abandonné par sa mère, il est élevé par son père, juge d'instance. Il est le gendre d'Ingmar Bergman dont il a épousé en secondes noces la fille Eva. Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique où il a monté une troupe de théâtre, le « Teatro Avenida ».

Revenons un instant à l'inspecteur Wallander, policier de la petite ville d'Ystad, trou paumé de la Scanie, dans le sud du royaume de Suède. Plutôt qu'un long discours, voici les quelques romans que je me permets de vous suggérer, si toutefois vous souhaitez approfondir ce petit billet. J'en citerai quatre, ce qui est amplement suffisant pour découvrir ce désormais célèbre auteur. Vous pouvez les commander rien qu'en cliquant sur les images.

Meurtriers sans visage, c'est la première enquête de l'inspecteur Wallander. En pleine campagne, près de la petite ville d'Ystad, au sud de la Suède, un fermier découvre le corps sans vie de son voisin, atrocement massacré. La femme du malheureux ne vaut guère mieux : étranglée par un curieux nœud coulant, elle n'aura que le temps de murmurer "étrangers", avant de décéder à son tour à l'hôpital. Qui peut bien avoir commis pareille horreur et dans quel but ? Et pourquoi le ou les assassins ont-ils nourri la jument du vieux couple ? L'inspecteur de police Kurt Wallander se serait bien passé de cette enquête alors qu'il regrette le départ de sa femme, que sa fille refuse de le voir et que son père l'inquiète. Évidemment, les médias n'arrangent pas les choses. Mais faut-il vraiment suivre la piste des étrangers ? De nouvelles révélations faites par le frère de la vieille dame assassinée vont orienter et compliquer la tâche de la petite équipe de Wallander.

En toute logique chronologique, pour ceux qui ne connaissent pas encore Wallander, c'est le livre par lequel on doit débuter l'œuvre romanesque de Mankell. Comme l'écrit un commentaire trouvé sur le net, il s'agit ici d'un roman policier sur des problèmes d'aujourd'hui : l'intolérance, le racisme, la distance entre la classe politique et les hommes, la difficulté d'adaptation à un monde en changement... Sans prétention particulière, mais avec beaucoup de recul et d'humanité. Kurt Wallander est un homme comme tant d'autres, qui se pose beaucoup de questions sur l'évolution de notre société.

Un peu comme pour le Guerrier solitaire, l'histoire racontée par Henning dans La Cinquième femme brille par une formidable originalité. Tout commence en Algérie, en mai 1993. Fait divers pour les uns, acte de guerre et "mission sacrée" pour d'autres, cinq femmes sont égorgées dans leur sommeil par des intégristes musulmans. Les victimes sont quatre religieuses et une touriste suédoise, la cinquième femme. Trois mois plus tard, une habitante d'Ystad, Suède, apprend que la cinquième victime n'est autre que sa mère.

Encore un an plus tard, en septembre 1994, l'inspecteur Wallander rentre de vacances et espère un automne calme. Mais il lui faut bientôt éclaircir une série de meurtres à donner froid dans le dos aux policiers les plus endurcis. Un vieil ornithologue a été retrouvé empalé dans un fossé, un autre, passionné d'orchidées, ligoté à un arbre et étranglé, le dernier, chercheur à l'Université, noyé au fond d'un lac. Pourquoi tant de férocité à l'égard de citoyens apparemment paisibles ? Et pourquoi ces mises en scène sadiques ? Parce que - selon la devise de Wallander - les êtres sont rarement ce que l'on croit qu'ils sont. Et si le crime était la vengeance d'une autre victime contre ses bourreaux ? Dans ce cas, l'inspecteur Wallander n'a plus qu'à se hâter pour empêcher un nouveau meurtre tout aussi barbare.

Un roman haletant, fort original, dont on ne sort pas indemne. Pour ma part, je n'avais pas du tout vu vers quelle fin Henning souhaitait nous mener. Autant dire que le suspense, et quel suspense !, est au rendez-vous. Une fois de plus, c'est notre civilisation elle-même qu'Henning interroge : qu'est-ce qui fait l'homme si seul ? Qu'est-ce qui amène un être a priori normal à basculer dans l'horreur ? Une enquête passionnante doublée d'une question à la fois simple et essentielle : qu'est-ce qui rend l'existence si difficile ?

Voici Les Morts de la Saint-Jean, mon préféré. Juin 1996. Nuit de la Saint-Jean. Trois jeunes gens ont rendez-vous dans une clairière isolée où ils se livrent à d'étranges jeux de rôle. Ils ignorent qu'ils sont surveillés. Peu avant l'aube, la fête tourne au drame : Août 1996. Le commissariat d'Ystad somnole sous la chaleur. Alors que des parents signalent la disparition de leurs enfants, Svedberg, un proche collègue de Wallander, est retrouvé mort, défiguré. La peur s'installe dans la région. Pour la première fois, notre sympathique inspecteur, aux prises avec des soucis de santé et des problèmes sentimentaux, est assailli par le découragement et le doute. Svedberg menait-il une double vie ? Pourquoi les jeunes gens étaient-ils déguisés ? Pourquoi le meurtrier visait-il des victimes jeunes et heureuses ? Pris dans l'enchaînement des découvertes macabres et des rebondissements contradictoires, Wallander parviendra-t-il à mener à bien cette nouvelle enquête qui s'annonce particulièrement ardue ?

Ce qui frappe, c'est l'aspect réaliste de la vie du personnage principal. Wallander a une vie à côté de son travail. Il mange (mal), il dort (mal aussi), il a du diabète il a des relations autres que professionnelles (quoi que...) il se pose des questions existentielles. Il doute, y compris de son engagement dans la police. Il ne comprend pas comment des crimes aussi sauvages peuvent être perpétrés. Il a peur que, devant la démission de la police, les individus fassent eux-mêmes leur loi. Ann-Brit, sa collègue, partage les mêmes doutes. Pourtant il faut bien avancer et trouver ce criminel, dangereux pour tous, y compris les policiers.

Last but not least. L'histoire du Guerrier solitaire sort clairement de l'ordinaire, au moins pour les pays de culture francophone. Comment une jeune fille peut-elle s'immoler par le feu, au beau milieu d'un champ de colza ? Et pourquoi ? Pendant que la Suède se protège de la canicule de cet été 1994 en suivant la Coupe du monde de football, l'inspecteur Kurt Wallander, de la police d'Ystad, assiste presque par hasard à cette scène apocalyptique. Pas question de partir en vacances... surtout que, dès le lendemain, s'enchaîne une série de meurtres atroces : un ancien ministre lubrique, un marchand d'art et un petit truand sont retrouvés scalpés... Quel est le lien entre eux ? Comment empêcher l'assassin de récidiver et pourquoi est-il devenu ce meurtrier sans pitié ?

Un roman extrêmement noir, désabusé et triste. Mélancolique même, ce qui vient ajouter une couche supplémentaire à l'image d'Epinal que nous avons des pays nordiques. Un dénouement certes relativement prévisible, mais une formidable capacité à raconter une histoire aussi rêche qu'un papier de verre.

J'espère par ces quelques mots vous avoir donné envie de lire Henning Mankell, ces romans méritent vraiment le détour selon moi. Je n'ai - volontairement - pas évoqué ses productions les plus récentes, car je ne les ai pas encore lues, mais vous pouvez les trouver sans difficulté aucune dans toutes les librairies. C'est tout particulièrement le cas d'Avant le gel, qui opère un transfert des enquêtes entre Kurt Wallander et sa fille, Linda, qui s'est enfin décidée pour une carrière, dans la police, et à Ystad.

Enfin, pour approfondir le sujet, vous pouvez lire ceci, de Pierre Grimaud.

Teasing

Pardon pour mon absence un peu prolongée, elle était assez largement imprévue. Plus de nouvelles de ma part au prochain épisode, que j'espère rapproché. Je compte vous parler d'Henning Mankell, auteur suédois de polars désormais célèbre pour son personnage de flic d'Ystad, Kurt Wallander (et de sa fille, dans ses bouquins les plus récents). Je compte vous en parler très bientôt, plus longuement que ceci. Considérez donc qu'il s'agit d'un petit teasing sans prétention !

Onanisme

Ce n’est pas tout les jours - qu’on se le dise ! - qu’un fidèle lecteur de ce modeste blog sort un bouquin. Je sais qu’il y a nombre de lettrés parmi vous, lecteurs adorés, je vous salue bien bas. Mais tout de même, peu d’entre-vous ont déjà franchi le Rubicon de la publication. Non qu’ils manquent de talent, du reste : mes amis le Patron ou le Dr. Orlof pourraient parfaitement être édités un jour, et j’espère bien qu’ils le seront ; mais il est difficile de bénéficier d’une telle opportunité, les coûts de transaction de la publication d’un roman ou d’un essai sont bien plus élevés que ceux de la création d’un blog ou d’un quelconque outil numérique.

Bref, disais-je, l’un de mes lecteurs attentifs (c'est lui qui le dit, je le crois volontiers et ça m’arrange) vient de sortir son premier roman, intitulé Onanisme. Il s’appelle Olivier Denans. Je le salue donc au passage. Je vous invite bien évidemment à lire ce billet jusqu’au bout, mais, avant cela, je peux d’ores et déjà résumer mon point de vue de la sorte : si vous aimez lire ce blog, courez acheter ce bouquin, vous ne serez pas déçus. Non que je compare mon style avec celui d’Olivier, il me dépasse et de très très loin, mais la thématique abordée n’est pas sans rappeler certains billets ici présents. Si vous appréciez, je le répète, mes inestimables confrères Dr. Orlof et le Patron, vous apprécierez ce roman. On sent bien l’influence d’Olivier, certains passages ne rappellent rien moins que le meilleur de Céline. Le tout mâtiné de Houellebecq, période Extension du domaine de la lutte, l’écriture chiante et plate en moins.

Onanisme raconte l’histoire de Rémy, la quarantaine. Rémy habite Marseille. Il vit seul depuis que sa femme l’a quitté, apprenant sa stérilité définitive. Il y a dix ans déjà. Il vivait à l’époque à Paris, il avait besoin de refaire sa vie. Marseille était une bonne opportunité. Du moins, pas pire qu’une autre.

Rémy vit seul mais n’est pas malheureux, bien au contraire. Il a construit autour de lui une bulle protectrice qui le sépare du commun des mortels. Développeur de sites web, il n’entretient quasiment pas de contacts professionnels avec le genre humain, hormis quelques échanges de mails. Il n’a pas vraiment d’amis, n’en cherche pas, et encore moins de compagne. Car Rémy est un branleur. Un parfait branleur. Qui élève la masturbation et la vision de films pornos des seventies au rang d’un art consommé. Dans son appart, il y a une pièce entière dans laquelle il a empilé sur chaque mur des milliers de DVD de cul. Rien de moins.

Rémy est un peu le Lebowski de Marseille. Comme le héros des frères Cohen, Rémy s’emporte, vitupère, émaille ses propos d’un anarchisme assumé. Nihiliste convaincu, rien pour lui n’a d’importance, et surtout aucune morale, quelle qu’elle soit, ne peut s’opposer à sa manière de vivre SA vie. Comme l’écrit Olivier dans sa gentille dédicace (na na nè-re), et comme le disait Léo, Rémy pense que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c'est que c'est celle des autres. Et Rémy n’a vraiment pas envie de s’encombrer. Il a même inventé la « théorie de l’entonnoir » : un peu comme la concentration qui a précédé le big bang, les cultures, les langues, les dialectes, les tournures d’esprit se concentrent de nos jours. Et cette phase de concentration précède de peu celle de l’explosion. Celle de la destruction créatrice. Beau présage.

Entre deux visions des exploits de Brigitte, Marylin, ou plus encore Christie, Rémy mate sa voisine, Evelyne. Celle-ci à la fâcheuse habitude de rentrer tous les jours à la même heure précise de son jogging matinal. Et elle emporte toujours avec elle un attribut suffisant à éveiller l’esprit de Rémy (ainsi que d’un autre branleur, de l’immeuble d’en face) : son cul. Un cul magnifique, parfait, rebondi, souple, doux, tendre, généreux. Un cul de reine. Le cul de la Marie-Antoinette de Marseille. Le cul de Notre-Dame de la Garde. Rémy est hypnotisé par sa voisine comme l’insecte par le caméléon.

Rémy ne cesse de penser à sa stérilité, qui a fait basculer sa vie.

Sa stérilité l’habitait jour et nuit, le faisait rire et pleurer des larmes de sperme, bandait sa queue et brûlait ses neurones, les uns après les autres, patiemment, méthodiquement, sans état d’âme. Cette salope l’enterrait vivant, pelletée après pelletée, elle creusait sa tombe et curieusement il trouvait à son supplice un avant-goût de paradis. Avant que l’obscurité ne baisse son rideau d’éternité sur son effroyable inertie reproductive, il brandissait son sexe comme un glaive, illusoire combat dont il sortirait vaincu.

Rémy mène une fuite en avant. Tout tenter, tout risquer, tout vivre pendant qu’il en est encore temps. Même l’homosexualité, au service d’un Goldoblack bien membré qui lui a défoncé l’anus. Même le SM, l’échangisme. Les pages qu’Olivier consacre à ses périples héraultais sont irrésistibles, emplies de rombières ampoulées, soumises et sodomisées, de notables pervers à la queue molle, de pétasses situées au degré -1 de l’échelle de l’érotisme. Comme l’écrit encore Olivier, après le passage de Rémy dans un donjon SM des alentours de Montpellier,

Cette comédie grand-guignolesque, patchwork invraisemblable pétri de snobisme sexuel et de servilité de bas étage, nourrissait les âmes décharnées de sinistres pantins en mal d’identité. Les smistes reproduisaient inconsciemment une idéologie capitaliste où l’asservissement financier était symbolisé par un fouet.

L’illusion prolétarienne d’une prise de pouvoir, au prix d’un égalitarisme maoïste, régnait en maître dans la planète sadomasochiste, tendance soumission. Le smicard flagellait la femme du notaire pendant que son mari baisait la sienne en levrette, les mains ligotées dans le dos. Ils avaient réinventé la lutte des classes, sans le savoir, version hype, frissons garantis, le bon goût en moins, l’arrogance en plus.

Il y a d’autres passages épiques dans cet excellent roman, je ne résiste pas à l’envie de vous en citer quelques-uns :

Le concept de téléréalité était simple, selon lui. Prenez une quinzaine de trous du cul, enfermez-les dans un loft, dans une ferme, dans un pensionnat ou sur une île déserte, laissez mijoter à feu doux quelques semaines et vous obtiendrez un délicieux étron à partager en famille.

Pourtant, cette façade racoleuse et apparemment conne, cachait en réalité un message dévastateur et monstrueusement élaboré.

Comment donner l’illusion au peuple laborieux qu’il est libre ?

Tout simplement en lui offrant le spectacle de jeunes cons enfermés à double tour dans une cage dorée, truffée de micros et de caméras. C'était en filmant la séquestration volontaire que l’on octroyait au plus grand nombre l’illusion de pouvoir aller et venir à leur guise.

Ou encore ceci :

La société de consommation des vingt dernières années modélisait le sexe comme un produit marketing, estampillé, labellisé, répertorié, accepté, voire subventionné. Il s’attendait d’ailleurs à voir une étiquette AOC sur une croupe ici ou là, tant la traçabilité devenait une obsession. La notion d’interdit et de transgression disparaissait au profit d’un ratio de moralité qui sentait bon la tolérance zéro et le Pétainisme des grandes heures. Baiser oui, mais comme tout le monde. La normalité sexuelle comme médiocre frontière du comportement collectif. Sucer trois queues pendant une double pénétration devenait un must dans ces clubs. C'était une preuve d’engagement personnel et de bon goût partagé.

Toujours à propos des clubs échangistes :

Le libertinage, du moins ce qu’il en restait, ressemblait davantage à un mauvais film de cul américain, tourné en Hongrie, avec trois Polonaises et un étalon italien sur le retour.

Enfin, et ce sera ma dernière citation :

Marseille tirait sa renommée de cette fameuse artère (La Canebière, ndC) qui n’avait d’autre titre de gloire que d’abriter une ligne Maginot séparant le quartier arabe du reste de la ville. Dans la cité phocéenne, nul besoin de banlieue. Haut lieu du melting pot méditerranéen, cette ville avait réussi une ségrégation participative tout à fait exemplaire. Tout le monde cohabitait et les grandes avenues servaient de balises sociales. Plus on se rapprochait de la Canebière, plus les Arabes étaient nombreux ; à l’inverse, une fois accosté sur les rivages du Prado ou du square Monticelli, vous aviez la possibilité de croiser les happy few, ceux qui roulent en Range Rover vogue et qui connaissent un adjoint au maire, les radasses friquées de la corniche qui vont se faire dorer la tranche au Palm Beach pendant que leurs julots baisaient leurs secrétaires entre deux rendez-vous. Marseille c'est ça, un racisme omniprésent, l’hystérie collective pour onze connards en short. Bien qu’elle ne faisait que reproduire un schéma urbain classique, les riches d’un côté, les pauvres de l’autre et au milieu tout le reste, Marseille se démarquait par une jovialité ambiante qui faisait passer un réac de droite, raciste et un brin antisémite, pour un joyeux Provençal, digne héritier de la tradition pagnolesque. La réalité cachait pourtant un apartheid social et racial désastreux, baigné par un généreux soleil, à croire que le beau temps donnait des couleurs avenantes aux pires travers humains.

Tout le monde se croisait, aux terrasses des cafés, sur la rue saint Fé, au stade Vélodrome, sur les plages du Prado. Cependant, le prolo de base marseillais vouait une haine féroce pour son voisin de serviette arabe, et vice versa, une sorte de Palestine provençale, « la putain de ta race d’Arabe » comme on dit ici.

Vous l’avez compris, c'est excellemment bien écrit. Je me suis régalé en le lisant, ou plutôt en le dévorant. J’en redemande donc.

Vous l’avez remarqué, je ne dévoile pas la fin de l’histoire, bien au contraire. Ce sera à vous de la découvrir, en vous procurant ce roman. Vous saurez qui est vraiment Evelyne, ce qu’elle va devenir, et comment l’humanité, sinon la sociabilité, a un peu retrouvé Rémy par un canal inattendu. Lui qui pourtant l’avait abandonnée.

Vous pouvez cliquer sur sa couverture ci-dessus pour commander le premier roman de mon ami Olivier.

Montebeurk

Le désormais célèbre député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg déclarait, en avril dernier dans Télérama, sa ferme intention de ne plus participer aux ridicules émissions de divertissement genre Grand Journal et consorts. Il disait alors :

Tout le monde (...) nous explique que nous ne pouvons pas faire autrement que d'aller nous faire ridiculiser par des animateurs qui ne connaissent rien des problèmes de notre temps. (...) Je ne supporte plus cet avilissement. C'est décidé, je boycotte

Ce qui mordait le ciel

Serge a la particularité de faire preuve d'une étonnante et sans cesse renouvelée originalité. C'est vrai pour nombre de ses romans policiers, ça l'est tout autant pour ses romans de SF. Ce qui mordait le ciel en est un parfait exemple.

Imaginez une compagnie de pompes funèbres, d'échelle intergalactique, qui met sur le marché des technologies ou services funéraires parfaitement adaptés aux rites de chacun des peuples de la galaxie. Supposez qu'un peuple idéalise le corps intact du décédé, mieux que l'embaumeur, mieux que la momie statufiée. Que seul un quartz parfaitement indestructible puisse calmer leur deuil.

Imaginez, donc, que la compagnie parvienne à créer une molécule générée à la mort de l'individu qui la porte ; que celle-ci recouvre instantanément ou presque le corps du mort d'un cristal funéraire. Vous aurez compris quel marché juteux a la compagnie avec la planète Sumar, située aux confins de la galaxie.

Seulement voilà, il y a eu un petit hic : le service d'expédition de la compagnie n'a pas destiné la molécule aux humains de Sumar, mais aux thomocks, joyeux pachydermes situés entre le mammouth et le bovin. Devant la taille des bêtes, ces abrutis du service d'expédition ont cru bon, au surplus, de multiplier par mille la dose.

Cinquante ans se sont écoulés. La compagnie vient seulement de se rendre compte de sa bévue, à l'occasion d'un contrôle de routine. Il faut donc agir, et vite. Elle décide de dépêcher sur Sumar un commercial quelconque, David, qui devra faire un rapport détaillé de la situation à sa compagnie. Afin que celle-ci recrute une armée d'avocats destinés à la couvrir contre tout recours éventuel.

David n'imagine pas, mais alors vraiment pas, à quel point les habitants de Sumar ont dû modifier leurs modes de vie pour faire face au cristal, à quel point leur quotidien a perdu tout repère, tout sens. Les "immobilistes" refusent de bouger et s'adaptent aux conditions créées par le cristal ; les "canonniers" bombardent inlassablement les cristaux ; les "séismophiles" ne sont peut être pas loin de la solution pour détruire ceux ci.

Le style de Serge est certes d'une platitude birkinienne, mais la topographie et le relief de son imagination sont sans borne. Un très bon, quoique très court, roman, que je me permets donc de vous conseiller.

100 000 couillons

Il n'y avait pas 100 000 personnes au congrès de l'UMP, loin de là. Il faut arrêter les conneries.

Ségo et l'ISF

Evidemment, la presse écrite comme la blogosphérique ne pouvaient que se faire l’écho des quelques 900 € que Ségolène paye au titre de l’impôt de solidarité sur l’infortune, depuis deux ans. Je n’entrerai évidemment pas dans le détail des comptes, elle déclare si j’ai bien compris 355 000 € de patrimoine (33% d’un appart de 120 m² à Boulogne-Billancourt, 40% d’une maison de vacances dans les Alpes-Maritimes, 100% d’une maison à Melle). Son compagnon la fraise des bois aurait lui environ 600 000 € de patrimoine. Soit au total un petit million de patrimoine. Ni actions, ni obligations, ni assurance-vie, une bagnole de merde, peut-être même le chien qui dit bonjour sur la lunette arrière, voilà tout le patrimoine du couple.

On accuse le couple, Jo-la-Science en particulier, de tenir un double langage, au moment même où ce dernier prône une augmentation de l’impôt pour les plus riches. Pour ma part, j’ai du mal à voir où il y aurait contradiction (on peut très bien souhaiter que les plus riches, soi-même y compris, participent plus « à la solidarité nationale » (et autres foutaises collectivistes, mais là n’est pas la question)).

Disons qu’il est extrêmement malvenu que Dupont-Lajoie prenne de telles positions sans toutefois balayer au préalable devant sa porte, en attendant d’être acculé (non ce n’est pas un gros mot) par la presse et la rumeur pour enfin oser dévoiler son patrimoine. En terme de stratégie, on est proche du n’importe quoi. Si Madame gère demain avec une telle dextérité les dossiers chauds de la France, au plan national comme international, il ne faudra pas longtemps pour que la France détrône l’Amérique dans le cœur de tous les caricaturistes mondiaux.

Cela étant, mon propos est ailleurs : j’aimerais bien savoir pourquoi, à chaque élection, il faut paraître le plus clodo possible, le plus humble, le plus pauvre. Je me souviens encore de Jospin et de sa R21 de merde. Ou sa Laguna, je ne sais plus. Il s’en enorgueillissait, le con. Un type qui a fait l’ENA, a toujours été dans les plus hautes sphères de la République, a enseigné en université, a connu moult ministères, était haut fonctionnaire, officier de réserve et j’en passe, et qui n’est pas foutu de tenir son porte-monnaie à tel point qu’arrivé à l’âge de la retraite il a autant d’épargne qu’un panier percé, on devrait l’élire président ?

Qu’une femme conseillère de tribunal administratif, qui gagnait par conséquent en début de carrière l’équivalent de 3 500 à 4 000 € mensuels, tout en provenant d’une famille aisée, qui, depuis ses élections successives de députée, de présidente de conseil régional, sans compter ses fonctions de ministre, a depuis une vingtaine d’années un revenu mensuel de, disons, 15 000 € nets (sans compter les innombrables avantages en nature, vous savez aussi bien que moi que jamais un élu de premier plan ne paye son repas au resto, ne paye jamais le moindre frais de déplacement, ni de représentation) n’ait pas, aujourd'hui, un patrimoine supérieur à 350 000 € me semble une TOTALE ANOMALIE. Qui prouve une chose, malgré ses quatre enfants, et compte tenu des revenus plus que confortables de son mari : qu’elle ne sait pas gérer son propre argent. J’ai, en dix ans de labeur, économisé proportionnellement bien plus qu’elle.

Et vous voulez que demain elle gère celui de tous les Français ? Vous êtes fous !

Bien évidemment, je subodore que mes commentaires peuvent s’appliquer à d’autres joyeux lurons également.

Une autre question est soulevée : pourquoi, en France, quelqu’un qui aura réussi (surtout à partir de rien, façon self-made-man) et sera riche, deviendra de facto, sinon de jure, impropre à la consommation électorale ? Pourquoi faut-il faire semblant d’être pauvre, même lorsque c'est contre toute évidence, pour se faire élire ?

Et si vous voulez lire un truc intelligent sur l'ISF, en tout cas plus intelligent que ce billet, cliquez ici.

Même pas mal

Olivier Bousquet et Arnaud Devillard livrent un livre (pardon pour la rime assez forte) original, consacré aux répliquent cultes des films d'action qui ont bercé notre adolescence (tardive, voire récurrente, pour certains). Leur Petite anthologie des répliques cultes de films d’action vient de sortir chez Flammarion. Vous me direz : voir Steven Seagal, Schwartzy, Bruce et tant d'autres dans un bon nanard pour adolescent (plus ou moins attardé, en ce qui me concerne) prête déjà à rire. Des films au scénario inversement proportionnel à la taille des biceps de l'acteur principal. C'est vrai. Mais lire, à tête reposée, les productions verbales desdits acteurs, n'est pas inintéressant non plus. Loin de là. Et peut dérider les zygomatiques des plus rudes dogs of war. C'est l'expérience que je voudrais tenter à distance : vous faire esquisser un petit et éphémère sourire avec ces quelques citations qui, je l'espère, réveilleront en vous des souvenirs (un peu trop) enfouis.

- Identifiez-vous.

- C’est les huissiers, salopard. Ton cul est en fin de crédit et je viens le prendre.

(Streetfighter)

- Les voyous, c’est comme le gibier : faut que la viande pourrisse un peu pour qu’elle soit bonne.

(Dobermann)

- Putain de temps de merde.

- C’est le Bon Dieu qui pleure.

- Je crois plutôt qu’il nous pisse dessus, cet enculé.

(Gangsters)

- Comme disait Jules César : c’est au vainqueur qu’appartient le butin.

- Je pourrais citer un autre dicton : ne me pissez pas sur les pieds en me faisant croire que c’est la pluie.

(Josey Wales, hors-la-loi)

- Maintenant, je sais pourquoi vous êtes cuistot : vous frappez comme une gonzesse.

(Piège en haute mer)

- Les opinions, c’est comme le trou du cul : tout le monde en a.

(La Dernière Cible)

- Repars dans le New Jersey, caïd. Ici, c’est la cité des anges et t’as oublié tes ailes.

(L.A. Confidential)

- Toujours une voiture volée. Ils laissent le moteur tourner, sur le trottoir, de loin, elle paraît bien garée, et après la fuite, ils s’en débarrassent et disparaissent, comme la virginité un soir de surboum.

(Point break)

- Lieutenant, les décisions que j’ai à prendre forceraient le roi Salomon à chier des bulles.

(À armes égales)

- Tu merdes avec le taureau, tu te prends les cornes.

(Kiss of death)

- Quand on sort avec une chienne, on la tient en laisse.

(Roadhouse)

- Viens faire chier le bélier et tu choperas ses cornes au cul.

(Shaft)

- Mon ring, c’est la rue.

(Rocky V)

- Donnez une épée à un Arabe, il en fera un couteau.

(Le Treizième Guerrier)

- Le pire, c’est tirer une balle dans le cul. Avec une balle dans le cul, tu te tords de douleur pendant quinze minutes, puis tu crèves. C’est comme chier des lames de rasoir brûlantes.

(Dernières heures à Denver)

On peut être terroriste international ou agent du FBI, on n’en est pas moins homme. Et même assis sur une bombe à retardement, l’homme aime rire. Les jeux de mots, par exemple. L’homme d’action adore. Et plus ils sont mauvais, plus il aime.

- Vous cherchez qui, une âme sœur ?

- Un hameçon.

(Piège à grande vitesse)

- Eh Ducon, attends !… Tu vois : tu dis « Ducon », il s’arrête.

(Une journée en enfer)

- Je vais choquer le monde en pulvérisant du caca comme un feu d’artifice.

(Piège à grande vitesse)

- On va archiver ça à "C".

- "C" ?

- "Connerie"

(187, code meurtre)

- T’as voulu ouvrir un bar kasher, t’as pas le droit de refuser l’entrée aux poulets.

(Nico)

- Pappas. Angelo Pappas.

- De merde. Footballeur de merde.

(Point break)

- On est arrivé. Bienvenue au Club Merde.

(Tango et Cash)

- Bienvenue à Anormale Sup’.

(X-Men)

- Pourquoi vous dites à tout le monde que vous êtes des services secrets ? Si c’est secret, ne le dites à personne.

(Mort subite)

- Oh ! Putain, il y a plus de plastic que dans Cher !

(L’Arme fatale 4)

- Les blacks font du cheval maintenant ?

- Depuis que les bagnoles sont trop dures à voler.

(Le Dernier Samaritain)

- T’es un magicien, toi.

- Si tu veux, je peux te sortir un lapin des fesses.

(Hors limite)

Y'a pas à dire, ils sont mauvais, non ?

Comme l'écrit la Libre Belgique,

si on n'est guère friand de xénophobie, d'homophobie, de misogynie, si on a n'a pas une vénération pour la vulgarité, ce petit livre tombe assez vite des mains!

Bref, je conseillerais donc ce bouquin à tous les maîtres penseurs du bon goût, du politiquement correct et du conformisme. Je sais qu'ils sont nombreux à me lire.

(ça va, je plaisante, je me lynchez pas de suite)

Poste timbrée

L’Allemagne veut aboutir à une réforme du service postal. Quel est l’objet de la directive en préparation ?

Elle vise à faire en sorte que les prix (du service) reflètent les coûts (de l’envoi du courrier). On crie au loup, pourtant est-ce véritablement choquant ? Est-il anormal que les gens situés en milieu rural, en zones périurbaines ou que les insulaires payent plus cher l’envoi de leur courrier à compter de 2009 ? Je rappellerai simplement, pour mémoire, que la problématique majeure, de nos jours, de l’aménagement du territoire et de toutes les politiques attenantes (les transports publics, par exemple) tourne autour de la question périurbaine voire rurale : du fait de la cherté des villes-centre, l’habitat se fait de plus en plus dispersé, reléguant à la fois les pauvres à la périphérie des villes, mêmes de taille modeste, et les plus aisés plus loin encore, là où l’on trouve l’habitat pavillonnaire de qualité.

Cela coûte excessivement cher aux pouvoirs publics, car, au nom d’un principe d’égalité globale, on apporte des services à prix identique à des gens qui, en réalité, coûtent autrement plus cher. Pour prendre là encore l’exemple des transports publics, le problème est encore plus déformé par l’absence, dans la plupart des cas, de tout financement du service hors agglomération. Le versement transport, perçu sur les entreprises de plus de 9 salariés, n’est, la plupart du temps, pas applicable en zone périurbaine.

Les mêmes viennent donc protester contre le fait de caler le prix du courrier sur son coût. Je trouve cela un peu gonflé. D’autant que le projet allemand n’est vraiment pas révolutionnaire : à la différence de l’Angleterre, qui a instauré un système ambitieux de zonage tarifaire selon les régions, le projet entend bien préserver le « service universel postal », autrement dit l’offre d’un service minimal au prix identique partout. Ce qui me semble largement suffisant. On pourrait par exemple imaginer un tarif social fixe partout en France, et un tarif « commercial » fonction du coût réel.

Vous pensez que c'est un retour en arrière, que vous paierez le timbre plus cher ? pensez à deux choses :

  • le courrier que vous enverrez dans votre ville ou votre département sera moins cher qu’aujourd'hui, ce qui n’est pas si mal, à une époque où le mail concurrence fortement le papier
  • les syndicats craignent une réduction d’effectifs à la Poste, et ils ont raison. Cette réduction d’effectifs, causée par la libéralisation du marché et la concurrence, diminuera le coût global du courrier. Qui en profitera ? pour partie les actionnaires (et alors ? c'est bien légitime compte tenu des risques que prend celui qui investit), et pour partie… les clients, c'est-à-dire vous en moi.

Pour ces deux raisons, je ne comprends pas très bien le combat d’arrière-garde de certains.

Sur l'affreux modèle social anglais

Lire ceci : si la proportion de la population en-dessous du seuil de pauvreté est plus forte en Angleterre qu'en France, c'est selon les seuils de pauvreté relatifs de chacun de ces deux pays. Autrement dit, il y a comparativement plus d'Anglais sous le seuil de pauvreté anglais que de Français sous le seuil de pauvreté français.

Comme le seuil de pauvreté est la moitié du salaire médian, celui-ci ne mesure qu'une pauvreté relative.

Or, le salaire médian anglais est nettement plus élevé que le salaire médian français.

Ce qui signifie qu'en moyenne, un pauvre anglais est plus riche qu'un pauvre français, et que la répartition des salaires est plus large en Angleterre qu'en France. On est loin de l'image d'Épinal du barbare modèle rosbif.

Apocalypto

Film amazonien de Mel Gibson (2007). L'histoire se passe dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation Maya.

Jeune père porteur de grandes espérances, chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d'un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux Dieux de la Cité Maya, il découvre un monde régi par la peur et l'oppression, dans lequel une fin déchirante l'attend inéluctablement.

Poussé par l'amour qu'il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à cœur.

Ce film réalisé par Mel est brusque, violent, et vraiment pas marrant. Un petit air frais (quoique putride) de Cannibal Holocaust se dégage de cette forêt amazonienne. Et comme dans ce dernier film, les principaux dangers viennent des hommes, pas des animaux. Les hommes peuvent se révéler bien plus cruels que les animaux. Comme on le sent très bien, les acteurs de ce film sont loin d’être tous des professionnels. Ils ont été recrutés dans le milieu local, et parlent en dialecte maya. Après l’araméen de la Passion du Christ, Mel remet le couvercle de la bizarrerie.

Poursuivi par une panthère et des tueurs emplumés, le héros Patte de Jaguar s’enfuit à longues enjambées, dans une course folle et perdue d’avance. S’il court si vite après avoir miraculeusement échappé à un atroce sacrifice, c’est à la fois pour semer ses bourreaux et pour revenir à temps chez lui, sauver son fils et sa femme enceinte, incapables de remonter seuls du fond du trou, et qu’un orage menace de noyade.

Je n’y connais foutrement rien, mais il paraîtrait que Mel ait confondu Mayas et Aztèques, tout en faisant un petit clin d’œil solaire aux Incas de Tintin. Que les Mayas n’étaient pas les barbares qu’il dépeint, que leur civilisation connaissait l’astronomie, les mathématiques, une architecture exceptionnelle. Je veux bien le croire.

Certains, comme Jean-Luc Douin dans le Monde, y voient même une critique masquée (très masquée, en ce qui me concerne) de la politique irakienne de George Bush : mieux vaut faire confiance en la nature, en la parentèle, en l’harmonie naturelle, que de tenter d’évangéliser à tout prix le vil peuple païen. Je trouve ce rapprochement rien moins que débile. D’autant que l’Amérique de Bush ne veut pas, que je sache, évangéliser le Proche-Orient, mais y imposer la démocratie, ce qui n’est tout de même pas la même chose. Mais ce n’est pas le sujet. Dans le film de Mel, l’action est omniprésente, la violence et l’hémoglobine aussi, et ne vous attendez pas à un seul instant de répit, il n’y en aura pas. Les massacres s’enchaînent à un rythme effréné et relativement rare pour un film « grand public ». Cela mérite d’être souligné et me fait tirer sur ce point un chapeau bas à Mel.

Pour le reste, je suis un peu déçu, car je trouve que Mel choisit parfois la solution de la facilité. Il n’oppose certes pas la civilisation à la barbarie, celle des Espagnols contre celle des Mayas, ce qui serait très éculé. Mais il oppose un peu trop brutalement à mon goût la douceur pastorale du village de Patte de Jaguar et de sa famille, avec la brutalité de hordes de mayas barbares qu’on pourrait croire sortis d’un épisode de Ken le Survivant, plumes et peintures tribales y compris. Je le trouve donc en demi-teinte, et loin du statut de chef d’œuvre que d’aucuns lui attribuent un peu trop rapidement à mon sens.

Si vous voulez passer un moment intense, pour ensuite disserter à la fois sur la nature violente de l’homme, et sur la violence au cinéma, allez voir ce film. Sinon, vous pouvez sans peine passer votre chemin. Et tant pis si mon opinion ne fait pas l’unanimité.

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