Libéralisme et démocratie - 1

Que Zeus me foudroie, qu'Hephaïstos me brûle, que le Kraken me mange !

Je pense, à rebours de nombre d'éminents représentants de la liberlishaft, qu'il y a un lien ontologique entre le libéralisme et la démocratie.

Mais enfin, nuls remords, comme Huysmans il me plaît d'être à rebours.

Le libéralisme et la démocratie ont le même point de départ : l'individu.

Loin de penser que la démocratie serait une doctrine ancienne et collectiviste, et le libéralisme une pensée moderne et individualiste, comme le dit Constant, je crois que s'opposent en réalité un organicisme, un holisme, ancien et un individualisme moderne.

Voilà la vraie summa divisio.

Le holisme est aussi vieux que l'antiquité grecque : Aristote disait, dès les premières pages de la Politique, que le tout l'emporte nécessairement sur la partie puisque, le tout une fois détruit, il n'y a plus de parties, plus de pieds, plus de mains avec pour conséquence la nécessité naturelle (notons le terme "naturelle") de l'Etat et sa supériorité sur l'individu.[1]

A vrai dire, il faut attendre Grotius et Hobbes pour voir apparaître l'individualisme, plus de quinze siècles plus tard. Celui-ci part d'un état de nature axiomatique où il n'y a que des individus séparés les uns des autres par leurs passions et par leurs intérêts opposés, et contraints à s'unir de commun accord dans une société politique afin d'échapper à la destruction réciproque.

Ce renversement de point de départ a des conséquences décisives pour la naissance de la pensée libérale et démocratique moderne. En effet, le holisme ou organiciscme s'oppose à la fois au libéralisme, puisque le premier ne peut concéder aucun espace à des sphères d'action indépendantes du tout. Le holisme ne peut reconnaître une distinction entre sphère privée et sphère publique, ni justifier la soustraction d'intérêts individuels, qui trouvent leur satisfaction dans les rapports avec d'autres individus (le marché), à l'intérêt public.

Mais le holisme s'oppose aussi à la démocratie. La démocratie se fonde en effet sur une conception ascendante du pouvoir, tandis que l'organiscisme ou holisme se fonde a contrario sur une conception descendante, qui s'inspire des modèles autocratiques de gouvernement. Comme le dit Norberto Bobbio, il est difficile d'imaginer un organisme où les membres commanderaient et non la tête.[2]

Attention, je n'ai pas dit que l'individualisme libéral et l'individualisme démocratique seraient identiques. Il sont simplement cousins et compatibles. Aucune conception individualiste de la société ne fait abstraction du fait que l'homme est un être social ni ne considère l'individu comme isolé. De ce fait, l'individualisme ne doit pas être confondu avec l'anarchisme égotiste d'un Stirner (1806-1856).

Mais les rapports entre l'individu et la société sont toutefois différents entre ces deux notions.

Pour le libéralisme tout d'abord, coupe l'individu du corps organique de la société et le fait vivre, du moins pour une large partie de sa vie, en dehors du ventre maternel, et l'introduit dans un univers inconnu. La démocratie, elle, le réunit aux autres hommes, semblables à lui, afin que de leur union la société se recompose non plus comme un tout organique mais comme une association d'individus libres.

De l'individu, le libéralisme met en évidence sa capacité de se former soi-même, de développer ses propres facultés, de progresser intellectuellement et moralement dans des conditions de liberté maximale par rapport aux liens externes imposés de manière coercitive. La démocratie exalte surtout sa capacité de dépasser l'isolement par différents moyens qui permettent d'instituer un pouvoir commun non tyrannique. Si le libéralisme s'oppose au holisme, c'est par corrosion graduelle de la totalité, par laquelle les individus, tels des fils devenus majeurs, se détachent du groupe primitif omnipotent et omniscient et conquièrent des espaces toujours plus grands d'action personnelle.

Si la démocratie s'oppose au holisme, c'est par dissolution interne de l'unité globale compacte, où se forment des parties indépendantes et qui commencent à vivre leur propre vie.

Le premier processus a pour effet la réduction à ses dimensions minimales du pouvoir public, le second le reconstitue mais comme somme de pouvoirs particuliers, ce qui est évident dans le contractualisme par exemple, qui fonde l'Etat sur une institution juridique comme le contrat, qui appartient en propre à la sphère du droit privé, où se rencontrent des volontés particulières en vue de la formation d'une volonté commune. Bien qu'issus de deux logiques différentes, toutefois indissociables de nos jours tant on n'imaginerait pas un Etat libéral non démocratique ou un Etat démocratique non libéral, libéralisme et démocratie ont un fondement unique - l'individualisme. C'est bel et bien le holisme, et son descendant en ligne directe, le collectivisme, qui sont les véritables ennemis de ces deux notions.

Notes

[1] Aristote, Politique, trad. J. Barthélémy Saint-Hilaire, Paris, Dumont, Livre I, chap. 1, p.8

[2] Norberto Bobbio, Libéralisme et démocratie, Humanités, Cerf, 1996.

Empreinte écologique et liberté

Ce lien vous permettra de calculer votre empreinte écologique.

De quoi s'agit-il ?

de la surface fictive de sol productif nécessaire à une population pour répondre à sa consommation et à ses besoins d'absorption de déchets. On sait qu'elle augmente fortement passée un niveau de développement humain supérieur à 0,900.

Certains en concluent, par une addition simpliste des empreintes écologique de chaque individu, que l'expansion humaine sur Terre ne peut qu'être limitée, dans la mesure où notre niveau de développement, s'il était appliqué aux pays pauvres, nécessiterait une surface productive de 6 fois la Terre.

Seulement voilà, les Cassandre oublient de rappeler une chose pourtant nécessaire : l'empreinte écologique ne saurait se concevoir qu'à technologie courante, et non à technologie constante. Cela signifie que le calcul aboutissant aux six planètes dont je parlais n'a aucun sens. Sauf à supposer que le progrès technique n'apportera aucune intensification productive, ce qui est en contradiction flagrante avec l'histoire économique.

C'est pourquoi j'oppose au concept de développement durable catastrophiste celui de développement durable libéral. Il signifie que la plupart des actifs naturels n'ont de valeur que par les services qu'ils rendent. Pour assurer la durabilité de la croissance, il faut donc que le surplus retiré à l'occasion de l'exploitation d'une ressource naturelle non renouvelable à brève échéance (comme le pétrole par exemple) soit en partie réinvesti, pour augmenter le stock de capital substituable à cette ressource. Dès lors que le progrès technique est constant, voire exponentiel, celui-ci est en mesure d'assurer un jour la substitution.

Henri avait écrit un article sur le principe de précaution qui prolonge ces courtes remarques

The liberal blog explosion

Comme le dit si bien Johan :

20:28 - EXPLAINING THE LIBERAL BLOG EXPLOSION: Another of the big discussions at Bloggforum was why classical liberals, libertarians and free-marketeers seem to be more active bloggers. This was my guess when I got the question:

– We are more dissatisfied with the media, so we have to be the media ourselves to get our point of view across.

– We love technology and the future, so when there are new ways to express ourselves, we are quick adapters.

– We are individualists, who think what we do because we personally think that the arguments point in that direction, and we are used to fighting for our views in opposition to others (in school, in the family, in the workplace). If you are more collectivist and want to compromise and reach a consensus, or just think what is politically correct or socially acceptable, it’s more difficult to explain your views and the reasons for them. And it becomes much less interesting to read.

Class 1984

Film de Mark Lester, avec Perry King, Roddy McDowall, Timothy Van Patten, Michael J. Fox.

CLASS 1984 de Mark Lester se présente comme un film de très légère anticipation : en effet, il est supposé se dérouler deux ans après 1982, l'année de sa sortie. Certains détails aperçus dans cette oeuvre relevaient alors de la science-fiction, notamment le portail détecteur de métal, qui est depuis apparu réellement dans certains lycées américains ! Lester reprend l'argument classique de GRAINE DE VIOLENCE réalisé en 1955 par Richard Brooks, réalisateur hollywoodien proposant des oeuvres "engagées" : un professeur se retrouve confronté à des élèves indisciplinés et violents...

CLASS 1984 dresse d'abord le portrait alarmiste d'un enseignement en crise. Les lycées se retrouvent confrontés à de dramatiques problèmes de violence et de trafic de drogue. L'école, censée être un sanctuaire protégé et réservé à l'éducation, devient le territoire d'un gang de délinquants qui y font prospérer toutes sortes d'affaires illicites. Si la situation a pu paraître excessive à certains spectateurs de 1982, elle nous semble aujourd'hui tristement réaliste.

Je laisse d'emblée la parole à DVDRama :

Critiques cinématographiques françaises d’époque dont la collection donne une idée typique de la réception du cinéma populaire américain par la critique cinématographique parisienne dans la France qui venait de porter Mitterrand au pouvoir. Une liberté de jugement – mis à part une ou deux exceptions d’ailleurs très relatives - étouffée d’avance par le préjugé qu’un film violent américain est a priori mauvais, attaques contre le public qui apprécie le film, prise de défense des voyous contre le metteur en scène du film, etc.

• Le Monde du 11/09/1982 : anonyme et médiocre…

• Le Monde du 05/10/1982 : Louis Marcorelles par une subtile dialectique pense que le film, en montrant des actes violents, passe à côté de son sujet : la réhabilitation du dialogue entre les jeunes et les adultes : écroulé de rire tant la mauvaise foi est patente !!!

• France Soir du 11/09/1982 : Robert Chazal attaque le public du film ! Il faut tout de même oser et j’ai rarement lu un texte aussi hallucinant.

• France Soir du 25/09/1982 : Monique Patel écrit un texte enfin honnête mais sans plus.

• Le Canard Enchaîné du 06/10/1982 : Patrice Vautier cite une intéressante remarque de Frankenheimer qui détestait et aimait à la fois Orange mécanique de Kubrick. La conclusion de la critique n’est pas triste : Vautier propose qu’on fusille Lester ! Parfait exemple d’une critique qui aurait pu être intelligente puisque son auteur avait les connaissances historiques pour l’écrire mais qui s’avère moralement ignoble.

• Télérama du 02/10/1982 : Pierre Murat qualifie le film « d’ignoble » : drôle.

• La Croix du 10/09/1982 : Jean Rochereau trouve que Lester exagère : ce n’est pas parce que la violence des faits est authentique qu’il faut l’étaler. Savoureux effroi : voyons Jean, n’ayez pas peur, revenez devant votre écran, il n’y a plus de violence, c’est terminé ! Bon allez, on va voir Les demoiselles de Rochefort pour changer un peu ?

• Révolution du 01/10/1982 : Joel Jouanneau déteste ce film « idéologique » (sic) à « l’écriture vulgaire et raccoleuse » (re-sic). D’une certaine conception du cinéma populaire chez les tenants de la conscience de classe (laborieuse).

• L’Humanité du 08/10/1982 : un anonyme écrit une critique négative mais pas inintéressante.

• Le Matin du 10/09/1982 : Marie-Elisabeth Rouchy écrit une critique qui n’est pas antipathique mais qui est assez drôle avec le recul sociologique et historique : décalage que je vous recommande de savourer.

• La Vie Ouvrière du 04/10/1982 : J.-C. Catala parle d’une « féroce ambiguïté » et, bien entendu, conclut négativement.

• Déclaration de Mark Lester à Brigitte Baudun pour le Figaro le 24/09/1982 qui revendique la sincérité de son film haut et fort ! Quelque part, encore une fois, c’est dans le Figaro de l’époque qu’on trouve la meilleure critique !

Heureusement, peut-on se dire après la lecture de cet impressionnant et dément florilège, que les temps ont un peu changé. Mais tout de même, tout cela conserve un goût amer : celui de la nullité morale et intellectuelle ambiante de 1982. Quand on pense que les critiques méprisaient le public à ce point-là, on en a rétrospectivement des frissons…





Ce film, basé sur des faits réels, rassemble deux genres relativement classiques : celui du gang de jeunes (depuis l'Equipée sauvage jusqu'à Orange mécanique), et d'autre part, pour paraphraser là encore dvdrama, ce film se veut une version actualisée – on pourrait presque dire « revue et corrigée » - d’une section particulière de l’espèce du genre précédent : les films consacrés aux gangs d’élèves opérant dans un environnement scolaire illustrés par Blackboard Jungle Graine de violence (USA 1955) de Richard Brooks, Up the Down Staircase Escalier interdit (USA 1967) de Robert Mulligan, Unman, Wittering and Zigo Les assassins au collège (GB 1970) de John MacKenzie, Why shoot the teacher Pitié pour le prof (Canada 1977) de Silvio Narrizano.





Class of 1984 est, de fait, une synthèse parfaite et définitive de ces deux lignes génériques et cela d’abord en raison de sa situation historique. Il renie définitivement l’optimisme et l’humanisme qui étaient les raisons d’être du film pataud et laborieux de Richard Brooks (cinéaste « liberal » c’est-à-dire « préoccupé par la question sociale et au cœur à gauche » dans le vocabulaire politique américain) qui était – faut-il le rappeler ? - encensé par un Georges Sadoul et de celui plus fin et intelligent de Robert Mulligan dont le même Sadoul, grand historien du cinéma mais communiste – faut-il aussi le rappeler ? - ignore tout bonnement l’existence, sans doute parce que Mulligan se définissait comme catholique ! – ainsi que de celui de Narizzano.





En revanche, Lester approfondit le portrait déjà quasi-impitoyable du jeune criminel psychopathe incarné par John Cassavetes dans le film de Siegel de 1956 : le Stegman de Class of 1984 est un bien un psychopathe mais surtout un criminel inexcusable. Sa mère est « aisée », il vit dans le bien-être matériel le plus évident mais il est maladivement animé par la volonté de puissance, tout comme les barbares qui constituent son gang. Le scénario du film de Lester reprend l’idée initiée par Brooks et MacKenzie (tentative - avortée – de viol d’une enseignante par un élève) mais, comme Kubrick en 1971, la mène à son terme. Alors que Kubrick ménageait sur le fond la chèvre et le choux en réalisant un film volontairement confus – Alex est-il bon ou mauvais ? La société est-elle responsable ou non de son comportement ? – et finalement déplaisant puisqu’il oscillait entre dénonciation et bonne conscience avec une constante mauvaise foi dont la violence visuelle fut seule garante d’un excellent résultat au box-office, Lester adopte la position réaliste d’un Siegel, d’un Corman ou d’un MacKenzie : le mal existe et la société, loin d’en être responsable, ne doit pas d’abord le « pardonner » ou le « soigner » mais se défendre contre lui, quitte à exterminer ses agents. De ce fait, on peut dire que Class of 1984 est à l’origine thématique et spirituelle de la récente série très violente des quatre The Substitute dont l’habileté scénaristique est de redoubler la donne : un mercenaire rompu aux techniques de combat se fait passer pour un professeur afin de venger les professeurs véritables qui ont été auparavant brutalisés voire tués par leurs élèves…

Comme ajoute par ailleurs Devildead :

CLASS 1984 est construit avant tout comme un affrontement entre Andrew Morris et Peter Stegman. Aucun des deux ne va céder, et la tension entre l'enseignant et l'élève va s'élever progressivement. Ni le système scolaire, ni la police ne vont rien faire pour régler la situation une fois pour toute. Cette lutte atteindra son paroxysme lorsque Stegman violera et kidnappera la femme de Morris. Il paraît injuste de considérer CLASS 1984 comme une simple apologie de l'autodéfense ou de la vengeance privée. Lorsque Morris se déchaîne, c'est qu'il doit agir à ce moment précis pour sauver son épouse. De même certains lui ont reproché de décrire une jeunesse complètement irrécupérable et détestable : là-aussi, le reproche est injuste et revient à faire l'impasse sur toute l'intrigue, assez humaniste, liée à l'organisation du concert. De même, les dialogues soulignent régulièrement que Stegman et ses compagnons sont des exceptions, très nuisibles, mais tout à fait minoritaires.

Perry King, cet acteur révélé en France par Mandingo Mandigo (USA 1974) de Richard Fleischer et Choirboys Bande de flics (USA 1977) de Robert Aldrich est ici hallucinant et trouve un de ses plus beaux rôles. Les autres rôles principaux sont très bien servis et parfaitement « épaulés » par la mise en scène : on n’est pas près d’oublier la construction de la scène où Roddy McDowall fait cours à une classe soudain sage et attentive parce qu’un contrechamp nous révèle qu’il braque sur elle un Colt 45ACP, celle de l’élève drogué montant le long de la hampe et s’écrasant mortellement avec le drapeau américain et toutes les séquences nocturnes de la dernière partie. Thimothy Van Patten (Stegman) est très étonnant et on s’étonne en effet qu’il n’ait pas fait une carrière plus riche. Stefan Arngrim (Drugstore) était la vedette du curieux film fantastique Fear No Evil Effroi (USA 1980) de Frank Lallogia mais joue ici les utilités. Roddy McDowall fournit une prestation certes attendue mais très réussie, conférant au film un surcroît de folie et d’humanité. Ce second terme a valeur pour une bonne partie du film : « - Ils ne sont pas tous comme ça » disent régulièrement les personnages positifs du film et, de fait, Lester filme des élèves en majorité « normaux » - confrontés à un engrenage infernal imposé par une minorité malfaisante. La déclaration de Lester reproduite dans les bonus du DVD a valeur de témoignage : la sincérité de sa position n’est au fond pas si éloignée de celle d’un Brooks et on la ressent dans celle de sa mise en scène, notamment dans la première partie et même dans l’un des derniers plans du film : celui où King veut une dernière fois sauver Stegman dont l’attitude est une dernière fois conforme à celle du Satan dépeint par Milton dans Lost Paradise. Raison pour laquelle il chute…





La peinture du mal est évidemment davantage l’objet esthétique de Lester et on ne s’étonne pas que le film, commencé sous les auspices d’un néo-réalisme « authentique » s’achève – quasiment – comme un film fantastique.





Andy Norris est soigneusement confronté à une situation dont tous les éléments sont pesés et soupesés pour paraître réels et découvre finalement qu’il n’a aucun moyen d’action autre que le meurtre pour combattre le mal. Faillite des institutions, rédemption par la lutte individuelle, volonté du dévoilement de la vérité derrière les apparences : le cinéma de Class of 1984 est porté par ce que le cinéma policier américain a toujours manifesté de plus puissant et de plus virulent. Il constitue le bouclage d’une boucle et un point de non-retour du genre spécifique auquel il appartient.

Évidemment, il s'agit d'une oeuvre d'exploitation, dont le discours est avant tout un alibi pour la représentation de séquences dures et à une certaine surenchère dans la brutalité. Nudité, viol, torture, scènes sanglantes sont bien au rendez-vous, avec notamment quelques clous restés fameux : Stegman se blessant lui-même en se cognant violemment contre des murs, un viol collectif, l'usage célébrissime d'une scie circulaire, un enseignant faisant la classe en pointant une arme automatique vers ses élèves... Voici toutefois un excellent film d'exploitation, peut-être pas au niveau de ses frères italiens, mais qui mérite d'être découvert ou redécouvert.

Stalker

in transit you pass among the strangers of the world paying tibute to the thief who stole away your shadow you look into the bedrock and listen to the bells calling liquid lust call for solid white

I see the stalker in your face the secrets of your skin

I keep the wisdom that you need the password that you want

I feel the stalker in your mind the fire in your veins

no hope to be released

I'm a multitude of travel to the other side through the broken wall I saw your fellow man to the west of the horizon there's a bitter world and if you try to sense the smell of your face for you found the keyhole but lost your backbone no courage left to join the march of endless time you saw the sleep of habit on those who walk in trance to their catatonic aimless lives

so let them start the engine grinding mountain dust and reproduce your ego too much is not enough you dig holes through the earth to meet the king of worms to steal away his wisdom and learn to decompose

you chant like fifty indians to charm the prince of eagles to learn the art of seeing and the tounge of the winds so don't you try to fool me for I watch your every move we are kindred spirits like two voices in the wild

Un score décevant pour Michael

Michael n'a recueilli que 376 000 voix, sur 112 millions de suffrages exprimés. Ce qui est peu (0,3%).

C'est bien la seule nouvelle qui mérite de retenir mon attention.

A propos, je ne comprends pas le bushisme béat des conservateurs, et des autres qui, à l'instar de Madelin, prennent sa défense. Pour ma part, je m'étais rangé à l'opinion de The Economist, et par conséquent, s'il avait vraiment fallu que je choisisse entre Kerry et Bush, j'aurais choisi le premier.

Réflexions sur le nationalisme

Avant ma (longue) absence, et pour ne pas rester inactif malgré tout, je me permets de reposter ici un texte que j'ai rédigé il y a quelques années pour Catallaxia, consacré au nationalisme. Ou plutôt aux nationalismes, tant leur réalité est polymorphe . Jusqu'à en être insaisissable.

Le communisme s'est effondré en Europe, et le retour des nationalités nous est présenté comme une revanche du concret sur l'abstrait (ce qui serait plutôt positif), et même comme une revanche du vide sur le plein. Les nationalités sont en effet concrètes et vides, mais leur concret est peut-être plus menaçant encore que leur vide. Mais encore faut-il s'entendre sur ces termes, nationalisme, nationalités, et même nation.

La nation a-t-elle toujours existé ? Le dire serait un peu vite oublier que, jusqu'au XIIIe siècle, seules deux entités abstraites marquaient l'horizon de l'homme moyen-âgeux : la patria propria, le "pays" vu du clocher, et la patria communa, la catholicité, la réference à l'universel. Entre les deux il n'y avait rien. Il n'y avait par conséquent aucun sentiment d'identité entre le très proche et l'universel. Il n'y avait pas de nation entendue comme construction politique. La nation ne prend son sens moderne que par une double expérience, à la fois, et c'est fondamental, politique et économique : d'une part, la nation se découvre dans la lutte contre l'absolutisme, et d'autre part, ce sont les économistes, et singulièrement les physiocrates, qui découvrent un "marché national" : ainsi La Chalotais écrit en 1763 un Essai d'économie nationale. Le duc de Bourgogne, ou Boisguilbert par exemple, répondent à la même vision du monde.

Ce n'est que plus tard, au moment de la Révolution française, que les nouveaux hommes forts du régime éprouveront le besoin de qualifier la totalité sociale nouvelle qu'ils appelaient de leurs voeux : la nation devient le système de la souveraineté, son nouveau titulaire. Encore que cette vision ne dure qu'un temps, car dès la défaite de 1870, la France mais surtout le modèle français sortent battus : l'idée de nation est ramenée à son principe peut être le plus combatif : le rapport à autrui. Ce n'est pas un hasard si la problématique des nationalités commence à apparaître à cette époque. Deux conceptions s'affrontent alors, non, comme beaucoup l'imaginent, la nation individualiste et politique d'une part, et la nation holiste de l'autre : cette summa divisio, fondée sur l'histoire des grammaires, n'explique rien et n'est pas vraiment fondée.

S'affrontent en réalité d'un côté la nation en tant que vecteur de l'universel restreint, et de l'autre la nation-universel singulier. La première fait une expérience restreinte dans son champ mais pleine dans ses modalités de l'universalité. La seconde fait une expérience du monde dans l'approfondissement de la particularité (citons Goethe, Novalis, Levinas aussi pour l'expérience du judaïsme). Si la France semble avoir été la première nation à faire l'expérience de l'universel restreint, c'est par la conjonction de deux spécificités qui renvoient à l'histoire française. En premier lieu, en France, et en France seulement, et comme le dit très bien Marc Bloch, l'Etat a précédé la nation. Ce faisant, la politique rayonnante d'un roi-soleil a permis à la nation française, une fois constituée, de s'ériger en détentrice de l'universel. En second lieu, un siècle plus tard, la Révolution a été contrainte de marquer un moment tout spécial de l'abstraction : comme le dit Rabeau Saint-Etienne, la Révolution ne peut pas se définir par rapport à quelque chose qui est passé, car ce serait réincorporer une part de la substance royale.

Voici pourquoi la nation à la française n'a pas réellement pu s'exporter. Toutefois, l'opposition classique entre la définition française et la définition allemande de la nation mérite quelques eclaircissements : il y aurait donc, d'un côté, l'universalisme français fondé sur l'idée de civilisation, et de l'autre le particularisme allemand, fondé sur l'idée de Kultur et de Volk. Cette opposition a un sens, mais à condition de reconnaître que la nation de Rousseau, romantique, n'est pas si éloignée que cela de la nation de Herder, encore marquée par l'Aufklärung. Par ailleurs, dans le cadre de la reconquête de l'Alsace-Moselle, la France avait tout intérêt à faire de la surenchère française et à mettre en avant la volonté politique, le droit à disposer de soi-même. Alors que pour justifier leur prise, les Allemands avaient intérêt à faire de la surenchère allemande, à s'appuyer sur la langue et les coutumes germaniques de l'Alsace.

Mais revenons à la problématique des nationalités. Elle a pour ferment un certain nombre d'évidence. De gré ou de force, l'individu ne se fait pas seul, même pour devenir individu. On est né quelque part et on ne pense pas spontanément que c'est n'importe où. Natio, nationis, se référait, par l'étymologie, à ceux qui sont nés ensemble, mais en référait en même temps à la famille, la cité, le sang, le sol, l'époque, la génération. En tout cas, l'appartenance nationale n'est pas une idéologie : on est pour ou contre une idéologie, on l'approuve ou on la critique ; on est enthousiaste, reservé ou indifférent. L'appartenance nationale, au contraire, nous est imposée. C'est un lien, et même un double lien : c'est le droit d'avoir une identité, d'être protégé, et c'est le devoir de se conformer à des coutumes, voire de mourir pour l'entité qui protège, suprême ambiguïté que seul l'individu accepte ou refuse, pour lui seul, en dernier ressort. Mais qui refuse ?

L'internationaliste veut s'élever au-dessus de l'horizon bouché des nationalismes. C'est le digne descendant de la patria communa. Il trouve en face de lui les nationalistes, qui dénoncent l'emprise internationale voire le complot internationaliste. Tous les deux se parent de la liberté, de l'égalité, de la fraternité.

Mais il y a au moins trois nationalismes : celui qui prône l'appartenance locale entendue comme patria propria, et qui sera un régionalisme non pas fédéraliste mais indépendantiste. Celui qui dénoncent le complot internationaliste au nom de la nation entendue comme le lien ultime de tout individu. Enfin celui qui dénonce le mondialisme au nom d'une certaine conception de la solidarité qui n'est pas réductible à celle des autres conceptions. C'est typiquement le refus de l'internationalisme prononcé au nom de l'Etat-nation, au nom d'une certaine justice sociale que les libéraux estiment indéfinissable.

Plus généralement, toute politique non libérale peut s'emparer du phénomène national à ses propres fins, mais elle risque aussi d'être utilisée par le nationalisme qu'elle croyait utiliser. Ainsi en est-il des Lumières, qui estimaient que les cultures, faites de coutumes et de dogmes, provoquent les conflits et apportent la violence, alors que la nature, à travers la raison universelle et une morale univoque, témoigne de l'unité de l'homme. Mais la réaction romantique s'est chargée de montrer que c'est la nature qui est diversité, chatoiement, vie, tradition, singularité, et que c'est elle qui doit arrêter la nouvelle culture uniformisatrice, abstraite, aliénante et mercantile. Tout était donc inversé, renversé. C'est la même chose depuis deux siècles : à chaque vague de nationalisme, les intellectuels universalistes ont pensé que c'était le dernier âge des nations[1] Et une nouvelle vague déferle presque à chaque génération. Nous pouvons ainsi distinguer au moins cinq vagues différentes de nationalisme[2] :

  • Au moment des révolutions françaises et américaines, des nationalités émancipaient un peuple. En France, s'émanciper d'un régime absolutiste, et en émanciper aussi les autres peuples, mettait autant l'accent sur ce qui était national que ce qui était révolutionnaire et tendait à les confondre. En Amérique, au Nord puis au Sud, les anciens colonisateurs décidèrent de se gouverner eux-mêmes, de ne plus être assujettis à des Européens lointains et méprisants. Ce fut une première vague républicaine.
  • En appelant le genre humain à suivre l'universel exemple français, la Révolution exporta trop bien le sentiment national, notamment grâce à l'impérialisme napoléonien, la restauration conservatrice et la colonisation républicaine. Ce fut une vague romantique.
  • Les plus anciens Etats européens étant devenus des empires coloniaux, les retardataires voulurent imiter les grandes puissances. Des Etats-cités, des principautés, de petits royaumes se ressoudèrent (Allemagne, Italie). Des territoires longtemps dominés cherchèrent l'indépendance (Irlande, Pologne). C'est une vague d'indépendance politique, où la recherche de la puissance côtoie l'impérialisme tandis que la recherche de l'indépendance dans d'autre cas balkanise.
  • Suit alors une vague de décolonisation. Quand on ne reprend pas de récentes frontières coloniales, c'est que d'anciennes civilisations le permettent (Chine, Inde).
  • Enfin, dans la vague actuelle, on parle de vide à combler, de concret qui rejaillit, mais on retrouve d'abord des éléments des vagues précédentes : émancipation, décolonisation, imitation, réaction, balkanisation marquent la fin de la guerre froide. Chaque modification de l'équilibre planétaire semble faire le jeu des nations. C'est la politique et elle seule qui paraît ne rien pouvoir créer d'autre que la nation.

Définir le nationalisme

Le nationalisme sert souvent d'étiquette idéologique. Et ces étiquettes sont élastiques. Nationalisme désigne aussi bien une famille d'idéologies, telle ou telle doctrine, l'attitude d'un individu, d'un peuple, ou un excès, un travers, une démeusure du sentiment national. Mais il y a tout de même quelques traits récurrents propres à la plupart des nationalismes : l'identité, afin d'être soi, même à un prix politique ou économique très élevé. Le sentiment d'infériorité, ou au moins d'une menace externe ou interne. La tradition, c'est-à-dire une histoire, une mémoire et un patrimoine quelconque à préserver ou agrandir. Ou encore une conception de la solidarité que l'on sent menacée ou que l'on considère comme meilleure que les autres. Enfin l'usage de la propagande.

Stein Rokkan[3] remarquait que les clivages rural-urbain (liés au capitalisme marchand du XVIe siècle), Eglise-Etat (lié à la Révolution française), travail-propriété (lié à la révolution industrielle) perdaient de leur vigueur tandis que le clivage ethno-linguistique (renforcé à l'époque de la Réforme) était en plein essor. Mais l'éthno-linguistique n'a pas gagné pour autant. Il n'est pas non plus voué au seul national : il alimente aussi bien des identités locales, régionales, provinciales, immigrées.

A la Renaissance, une zone centrale, véritable colonne vertébrale de l'Europe, s'est fait jour. Elle était constituée de l'Allemagne de la Hanse, des Pays-Bas, de la Flandre, du Rhin, de la Bourgogne, du Rhône, de la Suisse, de l'Italie du Nord, de la Catalogne. Cette zone centrale, la plus européenne de l'Europe, fut un obstacle constant à l'unité étatique. C'était d'ailleurs une forteresse de l'Eglise. La dernière tentative de centralisation est fulgurante et brève : Napoléon unifie un empire éphémère mais exporte durablement l'idée nationale. Cette "Lotharingie" existe encore : aucune fédération européenne ne saurait ne passer de la France ou de l'Allemagne. Le modèle proposé par la Lotharingie n'est pas celui de l'Etat-nation, c'est une évidence. Ce n'est guère plus celui de la nation. C'est le modèle de l'empire, le seul qui permette la conjonction de nationalités non seulement diverses mais contradictoires aussi. La construction européenne doit répondre à ce défi.

Aujourd'hui, le nationalisme ne se porte pas plus mal que l'Etat-nation. Le clivage ethno-linguistique peut affaiblir l'Etat-nation de l'intérieur (régionalisme, cultures immigrées) et de l'extérieur (ethnismes contientaux, à la manière du choc des civilisations anticipé par Samuel Huntington). Mais comment concilier alors ces forces d'affaiblissement, qui nous semblent sympathiques, avec la liberté politique, laquelle se marie mal avec le nationalisme ? C'est par la fédération, déjà avancée par Proudhon, que se concilie le régionalisme et l'européisme avec la liberté. Voilà pourquoi les libéraux ne peuvent être que partisans du principe fédératif, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières.

On a cru que les nationalismes n'étaient que des éruptions passagères, liées soit à la fin de l'Ancien régime, soit à la décolonisation, puis déclinantes. Mais en réalité c'est l'inverse qui prévaut. Le nationalisme est plus tenace que l'Etat-nation. Il est l'exutoire de passions diverses, le refus de l'incertitude et des compétitions jugées trop menaçantes. C'est autant le refuge du conservatisme que du socialisme. De tous ceux pour qui la volonté générale rousseauiste représente l'horizon indépassable de la liberté politique, et qui ne voient pas que la vraie liberté dépend du jeu des checks and balances qu'un régime mixte et fédéral permet. En fait, le nationalisme semblerait presque avoir une neutralité idéologique tant est grande sa capacité à s'arrimer à n'importe quoi. Musil voyait dans le nationalisme la seule transition tolérée, parfois favorisée, d'un moi discipliné par les contraintes sociales vers un nous qui pouvait se permettre les actes vaniteux, immoraux, violents qui étaient d'ordinaire réprimés pour l'individu[4].

Apaisante et tolérante, toujours libérale, la conscience nationale parvient à un équilibre subtil entre la mémoire et l'oubli, la lucidité et l'amnésie, la tradition et l'imagination. Il suffit que ce dosage change et des groupes de toutes sortes, appliquant et dévoyant toutes les doctrines possibles, fabriquent de l'humanité féroce et des individus fanatiques.

Bye et à bientôt :)

Notes

[1] Isaiah Berlin, A contre-courant, Paris, Albin Michel, 1988.

[2] Gil Delannoi, "Reflexions sur le nationalisme", Esprit, n° 198, janvier 1994.

[3] Shmuel Eiseinstadt et Stein Rokkan, sous la dir. de, Bulding States and Nations, London, Sage, Beverly Hills, 1973, et Centre-Periphery Structures in Europe, Frankfurt, New York, Campus Verlag, 1987. Sur Stein Rokkan : Hans Daalder, "Stein Rokkan, 1921-1979: a Memoir", European Journal of Political Research, 1979, 7.

[4] Essais, Paris, Seuil, 1984.

Osama de Sedigh Barmak

Une petite fille de douze ans, sa mère et sa grand-mère ont survécu aux répressions qui ont suivi les manifestations organisées par les femmes afghanes au début du régime taliban. Le film commence sur cette scène violente, où les femmes vêtues du voile manifestent et sont rejetées à coup de lances à eau (on voit un foulard projeté dans la boue). Les femmes sont toutes vêtues de la burqa - un lourd voile qui couvre chaque centimètre carré de leur corps. Même leurs visages sont voilés, à l'exception de leurs yeux qui sont cependant recouvert d'une étoffe grillagée à maille grossière.

La mère et la fille travaillent dans un hôpital, mais sont informées que les talibans ont renvoyé tout le personnel et fermé les portes de l'établissement. Un enfant handicapé a bien du mal à traverser un long couloir sur lequel s'attarde le réalisateur. Les talibans s'assurent qu'aucune femme ne peut désormais s'aventurer hors de sa maison sans compagnon "légal". Dans le cas contraire, elles seront sévèrement punies. La mère lache : pourquoi Dieu m'a-t-il donné une fille ? si seulement j'avais eu un fils !

Le mari et le fils étant décédés, personne ne peut servir de "caution" à la famille, et la grand-mère, poussée par le chômage, décide avec la mère de changer l'apparence de sa fille : désormais, ce sera un garçon. La décision terrifie la fillette, angoissée que sa véritable identité ne soit reconnue par les Talibans. A noter que ce n'est pas elle qui décide.

Elle trouve du travail chez un vendeur de lait, et se fait presqu'immédiatement enrôlée par les talibans, afin de suivre une formation coranico-militaire. On lui apprend les ablutions, comment réciter le Coran, le maniement des armes, mais sa véritable identité est découverte très vite.

Alors que les talibans veulent exécuter "Osama", à l'instar d'un journaliste occidental qui se fera fusiller pour avoir osé filmé les talibans, celle-ci est sauvé par un mollah qui l'épouse, un vieil obsédé qui devient son propriétaire légal. "Osama", dans sa nouvelle demeure, fait la connaissance des autres femmes du mollah, et devine toute la tragédie de sa vie future, à commencer par son viol, imminent...

Ce film très bon, primé du Golden Globe, permet de bien réaliser quel était le niveau de vie des Afghans du temps des talibans, ainsi bien sûr que la condition féminine. Il est tragique de justesse mais aussi du poids immense de la tradition, des moeurs archaïques, de cette société. Jamais la jeune héroïne ne choisit son destin ; sa famille, la sachant menacée par les talibans, la renverra néanmoins à l'école jusqu'à ce qu'elle se fasse prendre. Certains ont fui au Pakistan ; "Osama" n'a pas eu cette chance.

Lapidons mes frères, oui, lapidons tous ensembles !

Comme le fait remarquer fort justement Prométhée, il est un peu étrange que les vierges effarouchées de la lutte contre l'homophobie, choquées des propos de membres de la future commission Barrosso, n'aient rien vu à redire à la nomination de certains lapidateurs de renom, à un groupe de "sages" qui porte bien mal son nom.

Pendant ce temps, Libres.org pointe du doigt les nominations politiques de la chiraklatura, n'hésitant pas à comparer notre Grand Vizir, ami-des-barbus-et-des-faschinois, au débonnaire Caligula.

La pratique des nominations est donc une tare de notre Vème République qui ressemble plus à l’époque de l’Empire ottoman qu’à la démocratie du début du XXIème siècle. Ce système pervertit le fonctionnement d’une démocratie, alimente le copinage et le népotisme et empêche les réformes et les initiatives. Philippe Séguin osera-t-il publier un rapport explosif sur les dépenses de l’Elysée ? Les membres du CES sortiront-ils des études révolutionnaires pour réformer l’Etat ? On peut en douter. On a rarement vu des courtisans contredire les princes.

Ce qui est vrai de l'Etat-Chirac est toutefois tout aussi vrai de l'Etat-PS :

Les postes ne sont pas accordés seulement aux battus, à ceux que les Français ne veulent pas, mais qui sont quand même imposés par le pouvoir, mais aussi aux escrocs et aux coupables. Comment expliquer la nomination de Bernard Tapie au ministère de la Ville en avril 1992, trois mois avant sa mise en examen (que tout le monde attendait) ? Ou bien celle de Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales à l’époque du scandale du sang contaminé (1984-85), accusée d’empoisonnement, battue aux élections législatives de 1988, à la tête de la Croix-Rouge française tout en conservant un bureau à l’Elysée ? Impliqué dans deux affaires retentissantes, Rainbow Warrior et Luchaire (vente clandestine et illégale d’obus à l’Iran), le ministre de la défense, Charles Hernu, ne démissionnera que parce que ces scandales (en particulier le premier) prirent des dimensions internationales. Immédiatement, on lui proposa, non pas la Maison de la Santé, mais le siège du PS et un poste d’expert en questions de Défense.

Quant au reste, je vous souhaite un bon week-end en compagnie de Kylie, du haut de son mètre 54 et de ses 43 kgs.

Goldemiche et le Zyklon B

Taranne pense que sans la télé et les médias, le FN ne serait rien. Et que tous les coups médiatiques de Jean-Marie et sa bande visent à leur permettre de retrouver un peu d'air frais. C'est aussi un bon moyen de cacher des dissensions internes, je pense à Marine-belle comme un camion, ou encore à Marie-France Stirbois et son appel d'Orange.

Alors cette fois ci, Bruno Goldemiche a trouvé comme thème porteur les chambres à gaz, c'est toujours mieux que la fiscalité des anciens combattants ou encore les gardes d'enfants à domicile.

Mais, que faisons-nous, pauvres blogeurs ? Ne somme-nous pas en train de commettre la même erreur qui consiste à pérorer sur un tel sujet, en lui donnant toujours plus d'audience ? (enfin, je parle pour mon blog, dont l'audience dépasse le 10 000 visiteurs par jour, pas pour celui de Taranne).

Sinon, dans la rubrique futilités, vous devez normalement voir un nouveau logo. Si ce n'est pas le cas, changez d'ordinateur. Ou bien de lunettes.

Le prix Nobel de l'éducation

Le prix Nobel d'économie vient (comme toujours) d'être attribué à deux ultra-libéraux assoiffés d'argent et sans coeur, Kydland et Prescott. Ce sont les copains de Robert Lucas, autre néofasciste libéral nobélisé.

Décidément, il n'y a pas beaucoup d'exceptions à cette dictature des libéraux sur le Nobel prize. Il n'y a, ces dernières années, que Sen à sortir du lot et à tenir un discours progressiste. Encore qu'il y aura toujours un Chitah pour vous dire qu'en fait c'est un pédé d'ultralibéral lui aussi.

D'ailleurs, chaque pays devrait avoir son quota de prix Nobel, on voit pas pourquoi c'est toujours les mêmes qui sont récompensés. C'est pas juste.

D'autre part, la Comission Thélot vient de sortir son rapport sur l'école. Malgré des avancées, les propositions qui découlent de cette commission sont pour certaines sauvagement antisociales, et ça c'est pas cool. Il faut quand même avoir le courage de rappeler que le collège unique reste la meilleure manière de garantir l'égalité des élèves. Et ce n'est pas le fascisme ultralibéral qui doit prendre le pas sur celui-ci.

Enfin, Liberté Chérie, l'association de droite, vient de sortir une bibliothèque en ligne. Je n'y trouve pas le bouquin qui m'a le plus frappé, Du Pouvoir de Bertrand de Jouvenel. C'est bien dommage.

Snuff movies

Toujours dans le cadre de notre enquête sur les films du cinéma bis ou d'exploitation, viollement alternatifs ou contestataires, je voudrais à présent évoquer le cas des snuff movies. On entend par là des films mettant en scène de véritables tortures et meurtres, perpétrés délibérément pour les mettre sur pellicules à des fins de "divertissement". Je tiens à rappeler en préambule que je goûte fort peu les films d'horreur, et que c'est plutôt le message qui se dégage de ces films qui m'intéresse.

Le terme "snuff" à ce sujet a été lancé en 1976 dans un livre de Ed Sanders, traitant de la rumeur voulant que le serial-killer Charles Manson et ses complices filmaient des assassinats (ce qui n'était pas exact, d'ailleurs). Puis, le film américain Snuff (1976), bricolé apparemment à partir d'un film du début des années 70, connut un beau succès grâce à une rumeur (fantaisiste, évidemment) lancée par son distributeur : il contiendrait de véritables images de meurtres commis pour être inclus dans ce métrage. Cela déclencha un scandale aux Etats-Unis, et la police mena une enquête, tandis que la presse se régalait de rumeurs infondées, colportées notamment par les bigots ennemis du porno : désormais, le grand public était convaincu qu'en Amérique du Sud se tournaient des snuff movies destinés à des spectateurs sadiques qui les payaient une fortune... La légende urbaine des snuff movies était née !

Si des films snuff tournés délibérément relèvent de la fiction, leur principe est à rapprocher de celui des journaux télévisés, dont les nombreuses images de violence sont d'autant plus traumatisantes qu'on les sait réelles. Si j'en crois les pérégrinations sur internet, des cassettes proposant des séquences d'accidents, d'éxécutions, d'animaux subissant des mauvais traitement dans des laboratoires et autres autopsies (tout cela étant parfois bidonné), ont été largement commercialisées en vidéo (on pense notamment à la série amorcée par Face à la mort (1978)...). Ces films s'inscrivent dans la tradition des films de Gualtiero Jacopetti, réalisateur italien de documentaires à scandale, reprenant des images réelles d'horreurs et de bizarreries, tel que son Mondo Cane (1962). A noter aussi les films gore italiens des années 70, qui trouvaient malins de tuer des animaux pour donner plus de véracité aux scènes d'horreur.

On trouve encore le cas particulier de Camp 731 (1987), un film de fiction chinois de Tun Fei Mou retraçant les atrocités commises dans un camp de prisonniers tenu par les japonais pendant la guerre : parmi les séquences gore, on trouve la véritable autopsie d'un cadavre d'enfant pratiqué par des médecins qui ont accepté de porter les costumes du film et d'être filmés. Mais, encore une fois, les souffrances ou les meurtres d'hommes ne sont pas délibérément commis pour être filmés. Par ailleurs, il s'agit à bien des égards d'un film de propagande commandité par le pouvoir communiste pour raviver la flamme de la haine anti-japonaise, nonobstant le fait que ceux-ci se sont comportés durant l'occupation de la Mandchourie comme de véritables nazis.

Dans un autre genre, certains films de fiction ont été promus comme étant des snuff movies, ou tout du moins, comme contenant des enregistrements authentiques d'atrocités. On a déjà vu plus haut le fameux Snuff. Mais, une des branches les plus fameuses du genre reste le pseudo-documentaire sur les exactions soi-disant "authenthiques" de tribus cannibales. Le cinéma cannibaliste nécessiterait à lui seul un billet entier. Je m'y emploierai peut-être, dans quelques temps. Parmi les nombreux exemples, citons celui des américains Osa et Martin Johnson, qui tournent "au péril de leur vie" Chasseurs des têtes des mers du sud, présenté comme une authentique enquête sur un clan de cannibales. Dans le même genre les français Paul-Antoine et Roger Lugeon filment Chez les mangeurs d'hommes (1928), avec une scène de sacrifice humain pseudo-snuff, filmée soit-disant en caméra cachée, très en avance sur son époque : en fait, tout cela a été tourné en studio ; ce document truqué a été présenté à l'exposition coloniale de Paris comme authentique et représentatif des moeurs de certaines peuplades des mers du sud.

Mais le plus célèbre, dans ce genre, est bien entendu ''Cannibal holocaust'' (1979) de l'italien Ruggero Deodato, dans lequel des journalistes filment les massacres commis par une tribu de cannibales avant de passer à la casserole. Ah ce cinéma d'exploitation italien, quelle référence ! C'est vraiment dans ce genre de films des années 70 que nombre de thèmes ont été inventés, sur un mode provocateur et choquant, avant d'être popularisés et édulcorés dans les décennies ultérieures. Comme l'écrit Trash-times :

Cannibal Holocaust, un magma horrifique où les barrières morales sont annihilées et duquel on ne se remet jamais vraiment. Tout ceux qui l’ont vu vous le diront : on conserve un souvenir traumatisant (d’un élément) du film. Pour votre serviteur, la scène de l’accouchement le met vraiment au bord de la nausée.

Difficile donc de rester objectif ou insensible face à un oeuvre aussi violente que Cannibal Holocaust tant ce dernier demeure une expérience personnelle de laquelle on ressort fortement éprouvés. Appartenant (sans risque) à cette longue liste de « films scandaleux » qui sont impossibles à regarder jusqu’au bout et rejoignant (sans problème) tout ce qui a été fait d’extrême dans le genre, Cannibal Holocaust est un film culte pour certains ; un vomitif exécrable pour les autres.

Dans cette tradition de films pseudo-snuff, on ne peut pas oublier de mentionner ''Le projet Blair Witch'' (1999) de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, petit film d'horreur tourné avec très peu de moyens et promu comme un véritable documentaire. Il est vrai que ce film, excellent au demeurant, se particularise par le travail réalisé autour de lui, via son site internet, des publications écrites, divers supports, qui avait comme objectif unique de nous faire croire à l'authenticité de la balade des trois cinéastes. Le terme de "documenteur" relate assez bien ce genre de films.

Le Voyeur

Enfin, de nombreux films de genre font référence aux snuff movies. Le premier d'entre eux est le passionnant Le voyeur (1960) de l'anglais Michael Powell : à Londres, un sadique assassine des jeunes femmes et filme leur agonie à l'aide d'une caméra portable. Parmi les oeuvres européennes, citons Black Emanuelle en Amérique (1976), avec Laura Gemser dont j'ai déjà parlé, et réalisé par le multi-récidiviste Joe d'Amato : la belle journaliste enquête sur les snuff movies et, comme toujours, paie de sa personne pour recueillir des informations ; les séquences pseudo-snuff de ce film, très éprouvantes, sont restées célèbres[1] ! Avec Hardcore (1979) de Paul Schrader (La féline (1982)...), c'est désormais les thrillers de Hollywood qui s'intéressent à ce sujet : un homme d'affaire tente de retrouver sa fille disparue en enquêtant sur le milieu du cinéma pornographique... Dans le génial Vidéodrome (1985) de David Cronenberg, réalisateur dont il faudra que je parle un de ces jours, le directeur d'une chaîne télévisé parvenait à capter une chaîne étrange diffusant des snuff movies étranges. Enfin le thriller à gros budget 8MM (1999) de Joel Schumacher, avec Nicolas Cage, raconte l'enquête que mène un homme à propos d'un petit film horrible tourné en 8 millimètres.

Videodrome

Si la rumeur des années 70 voulait que ces films soient tournés en Amérique du sud, depuis la chute du mur de Berlin et le développement de la mafia russe, ce sont les pays de l'est qui inspirent maintenant les scénaristes de films noirs : ainsi, dans Témoin muet de Anthony Waller, une jeune fille muette assiste par accident au tournage d'un snuff movie à Moscou, et se retrouve traquée par les coupables de ce crime. Plus récemment, Gunblast vodka (2000), du français Jean-Louis Daniel, raconte comment une jeune top-model se retrouve entraînée dans un réseau de tournage de snuff movies dans les pays de l'est.

Citons enfin Tesis de Alejandro Amenábar, cinéaste que j'ai déjà évoqué ici. Amenábar dénonce l'hypocrisie de nos sociétés : la fascination pour le morbide est une composante de la face sombre des êtres humains. Les images proposées par notre société sont violentes car ce spectacle nous fascine. Mais cette théorie du spectacle de la violence, poussée jusqu'au bout, mène à la réalisation des snuff movies. Almenabar met donc en question la responsabilité des médias (journaux télévisés...) et des systèmes de production de films. Entre l'hypocrisie angélique et la folie meurtrière, il faut donc trouver un chemin dans le complexe monde des images qui nous entoure.

Les prochaines fois que je parlerai de films d'exploitation, j'évoquerai la blaxploitation, le cinéma de Cronenberg, celui de Carpenter, notamment Invasion Los Angeles et Assault, ou encore le film français La Bête, de Walerian Borowczyk avec Marcel Dalio et Elisabeth Kaza (1975).

Notes

[1] Black Emanuelle en Amérique présente plusieurs particularités : 1) tout d'abord, c'est un film qui présente des scènes de snuff particulièrement sauvages, ce qui frappe d'autant plus que le premier opus de la série, Black Emanuelle en Afrique est d'une tiédeur soporifique ; 2) ensuite, il faut reconnaître à d'Amato, dans nombre de ses films, un avant-gardisme assumé en matière de moeurs. Il ne s'agit pas seulement de scènes érotiques, mais parfois de passages de quelques secondes hardcores, au milieu d'une heure et demi de film érotique ! Ces scènes ont d'ailleurs la particularité d'être souvent interraciales, ce qui était très rare à l'époque, qui plus est en Italie : c'est le cas de la plupart des scènes dans lesquelles joue la noire Emanuelle bien sûr, mais aussi de la blonde Karin Schubert qui, dans BE en Afrique, fait l'amour avec un pompiste africain pendant qu'Emanuelle fait le plein ; c'est le cas d'une scène ou deux de BE en Amérique, c'est le cas aussi de Caligula, la storia mai racontatta, qui n'a rien à voir avec ce film-ci. Dans la version de d'Amato, il n'y a qu'une scène de sexe, une orgie explicite de 12 minutes, et vers la fin de celle-ci, une femme fait l'amour avec un black. Ceci n'est pas sans rappeler les films de blaxploitation, notamment le premier Shaft, mais qui, lui, n'était pas explicite. 3) Enfin, BE en Amérique comprend une scène zoophile : une femme satisfait un cheval, comme, d'ailleurs, dans le Caligula de d'Amato. D'une part, je rappelle pour info que, malgré le fait que la série des Black Emanuelle est diffuséée par le Studio Canal +, la version disponible en zone 2 est expurgée et seule la version zone 1 est intégrale. Il est possible de la trouver en P2P mais vous savez que c'est illégal. D'autre part, il faut souligner que la zoophilie est en tant que telle illégale en France depuis peu.

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