Mais comment avons-nous survécu à notre enfance ??

La vérité c'est que je ne sais pas comment nous avons pu survivre a notre enfance !

En y pensant, il est difficile de croire que nous ayons survécu.

On voyageait dans des voitures sans ceintures de sécurité, sans sièges spéciaux et sans Airbag,

On faisait des voyages de 10 - 12 heures avec 5 personnes dans une Renault 4 ou une Mini et on n'avait pas le syndrome de la classe Touriste.

Nous n'avions pas des portes avec protections, d'armoires ou des boîtes de médicaments avec des couvercles spéciaux pour enfants.

On allait à vélo sans casque, sans protections pour les genoux ni les coudes.

Les balançoires étaient de métal avec des coins pointus et nous jouions pour voir qui était le plus fou.

On passait des heures à construire nos "véhicules" avec des bouts de roues pour descendre les côtes et alors seulement nous découvrions que nous avions oublié les freins.

Apres s'être éclatés contre un arbre, on apprenait à résoudre le problème.

On jouait au "mouchoir" et aux "gendarmes et aux voleurs" et personne ne souffrait d'hernies ou de vertèbres déplacées.

On sortait de la maison le matin et jouait toute la journée, et on rentrait seulement quand les lumières de la rue s'allumaient.

Personne ne pouvait nous localiser.

On cherchait du bois dans les poubelles ou n'importe où, et on faisait des cabanes pour passer un moment dedans.

Il n'y avait pas de portables.

On se cassait les os et les dents et il n'y avait aucune loi pour punir les coupables.

On s'ouvrait la tête en jouant à la guerre avec des pierres et tout se passait bien, c'était des trucs d'enfants et on se soignait avec du mercurochrome (rouge) et quelques points de suture, et le jour suivant on était tout content.

La moitié de nos compagnons de classe avait le menton cassé ou quelques dents en moins, ou une bosse à la tête.

On se battait et on se mettait sur la tronche les uns aux autres et on apprenait à le surmonter.

On allait en classe chargé de livres, tous mis dans un sac a dos qui, rarement, avait des renforts pour les épaules et encore moins souvent des roues !!!

On mangeait des bonbons et on buvait des sodas mais sans être obèses.

Oui des fois certains étaient gros comme dans tous les groupes.

On était toujours en train de courir et jouer en plein air.

On partageait des boissons et personne ne tombait malade.

On attrapait seulement des poux dans les cheveux, et nos mères arrangeaient tout ça en nous lavant la tête avec du vinaigre chaud.

On n'avait pas de Playstations, ni de Nintendo 64, de jeux vidéos, pas 99 chaînes de télé, ni films en DVD, portables, ordinateurs, Internet, mais on s'occupait en lançant des bombes à eau et en se battant sur le sol, en déchirant nos habits.

Nous, oui, on avait des amis.

On se donnait rendez-vous et on sortait ensemble.

Et si on n'avait pas de rendez-vous, on sortait dans la rue et là on se rencontrait et on jouait aux billes, à cache-cache ... que du high tech !

On y allait en vélo ou en marchant jusqu'à leur maison et on appelait à la porte.

Imaginez vous ! sans demander la permission aux parents, et on allait seul, là, dehors, dans ce monde cruel ! sans personne de responsable !!

Comment avons-nous fait ??

On inventait des jeux avec des bouteilles, des bouts de bois et des ballons de foot improvisés.

On buvait l'eau directement du robinet dans les fontaines publiques ou les chiens avaient bu !

On allait chasser des lézards et des oiseaux avec un fusil à plomb avant d'être majeur et sans adulte.

Aux jeux, à l'école, il n'y avait pas tout le monde qui participait. Ceux qui n'y participait pas, devaient surmonter seuls la déception.

Quelques écoliers n'étaient pas intelligents comme les autres et devaient redoubler. Ils n'avaient pas inventé les examens de rattrapage !

Et on sortait avec des filles en les persécutant pour leur toucher les fesses et les seins, on jouait à leur faire des bisous, avec audace et pour de vrai !

On était responsable de nos actions et on assumait les conséquences.

Il n y avait personne d'autre pour décider.

L'idée d'un père nous protégeant, si on transgressait une loi, était inadmissible, et si notre instituteur nous donnait une correction ou une claque, on se taisait de crainte d'en prendre une autre en racontant cela à nos parents.

On était libre, il y avait des hauts et des bas, des responsabilités et on apprenait à grandir avec tout ça.

Léon M.

Moby - Lift me up to libertarian sky

Il n'y a pas que Clint qui est libertarien. Il y a Moby aussi.

A lire ici

Asked about the drug issue by the Colorado Springs Gazette, July 27, Moby replied:

"I'm sort of a libertarian. People should be able to do what they want. I ultimately defer the wisdom to an adult to make their own choices. If someone wants to do drugs, I think it's their own business and not the business of the state."

(Source: 10 minutes with Moby, Colorado Springs Gazette, July 27, 2001, page GO13)

Million dollar baby

Je me devais de parler de ce film, cela va de soi. Toutefois, je ne savais que dire de plus que ce que les autres ont dit. Bien sûr, je puis vous parler de Clint, peut-être le cinéaste - acteur libertarien le plus connu au monde. Mais cela, vous le savez déjà pour la plupart. J'ai bien apprécié le film, même si j'ai préféré Sur la route de Madison et Impitoyable. Sans compter bien sûr les films dans lesquels il a joué, lui qui restera toujours à mes yeux l'Homme sans nom de Pour une poignée de dollars et de Pour quelques dollars de plus.

Alors, fainéantise aidant, je préfère vous renvoyer au blog de Pierrot, mon ami libertaire et fin cinéphile, qui écrit notamment ceci :

J’ai toujours pensé qu’il fallait essayer de voir dans les films ce qui s’accorde le plus à nos exubérantes lubies. Ainsi, j’aime à voir dans Eastwood non le républicain qu’il semble être (je dis « semble » car il s’est toujours montré irréprochable quant à la défense des minorités , des femmes) mais comme une espèce d’anar individualiste. Oh certes, ce n’est pas Ravachol (ni même Carpenter, bien moins ambigu du point de vue politique!) mais il y a toujours chez lui ce sentiment que la liberté prime avant tout, même celle de débrancher une personne condamnée qui le demande (et merde pour les cul-bénits !). Alors OK !

Lire ici (vous pouvez poster vos commentaires, puisqu'il les attend)

Pour une économie libérale collectiviste

Patrice écrit :

Les politiciens savent user de la rhétorique et produire des expressions consensuelles vides de sens. Ainsi, le traité constitutionnel européen entend promouvoir une économie « sociale » de marché. Cela veut dire qu’il existerait une économie de marché « antisociale ». Et puisque nous y sommes, pourquoi la gauche ne défendrait-elle pas une économie « libérale » collectiviste ?

Lire la suite ici

28 jours plus tard

Film de Danny Boyle (2004), avec Cillian Murphy, Naomie Harris, Chistopher Eccleston.

Je n’ai jamais vu Trainspotting, et Petits meurtres entre amis m’avait laissé une forte impression. Dans 28 jours, qu’Eskoh nous avait merveilleusement recommandé il y a un an environ, on est transporté dans un univers apocalyptique peuplé de zombies assoiffés de sang, au beau milieu d’un Londres dépourvu de tout habitant humain, ou presque.

Vous allez me dire : encore un film de zombies de plus. On connaît les nanards américains ou italiens des années 70. Je n’ai jamais été fan de la Nuit des morts-vivants, si tant est qu’on puisse assimiler les films de morts-vivants aux films de zombies. J’ai revu récemment le nanard absolu qu’est Le Notti Erotiche dei Morti Viventi du stakhanoviste du mauvais goût (ce qui est un compliment sous ma plume, bien sûr) Joe d’Amato. Ce dernier film compile film de morts-vivants et film érotique à la Emanuelle (Laura Gemser y tient d’ailleurs le rôle principal, même si on ne la voit presque jamais, un peu à la manière de Caligula, la storia mai racconttata. Le vieux Joe connaissait toutes les ficelles pour attirer le chaland à la manière putassière qu’on lui connaît. C’est également un spécialiste des plans fixes inutiles, des scènes où l’on suit Laura – ou une autre, dans la rue, en train de faire du shopping, d’arpenter les rues, de se regarder dans les vitrines des magasins, le tout pour faire durer le film jusqu’aux fatidiques 90 minutes réglementaires de tout film d’exploitation qui se respecte.

Plus récemment, je ne peux pas dire que Resident Evil m’ait passionné, malgré la beauté époustouflante et vénéneuse de la belle ukrainienne Milla Jovovich. Quoi qu’il en soit, je me suis fié à la fois au bon goût d’Eskoh et au hasard qui m’a fait tombé sur ce DVD. Et c’est une excellente surprise.

L’histoire : un homme tombe dans le coma à la suite d’un accident. Un beau jour ensoleillé, il se réveille, sur son lit d’hôpital. Il se réveille tout seul. Aucune infirmière, aucun médecin, aucun aide-soignant n’est présent. Il appelle. Personne ne répond. Rassemblant ses faibles forces, il décide de se lever. Sa chambre est fermée, la clé est tombée au sol. Il ouvre. Dans le couloir, tout est vide. Dans tout l’hôpital, tout est vide. Les distributeurs de boissons sont éventrés. L’accueil est déserté.

Dans les rues de Londres, pas un seul passant, personne, absolument personne. Que s’est-il donc passé ?

28 jours plus tôt, des militants de la cause animale ont tenté de libérer des singes, tenus dans des cages et sur lesquels des scientifiques menaient des expérimentations médicales. Seulement voilà : il ne fallait en aucun cas les libérer, car on leur avait inoculé un puissant et destructeur virus, extrêmement contagieux et sans remède connu.

Durant 28 jours, le virus s’est propagé à la vitesse de la lumière, jusqu’à atteindre la terre entière. Toutes les villes, grandes ou petites, ont été touchées. Londres n’est qu’un avatar parmi d’autres. Très peu de survivants ont réussi à y réchapper pour l’instant. L’armée diffuse un message enregistré, qui invite ceux-ci à rejoindre un camp retranché situé au nord du pays. Mais est-ce un piège ? y a-t-il un espoir ? sur qui peut-on se fier ?

Notre héros n’est pas au bout de ses peines, dans ce film au suspense haletant et à la photographie impressionnante.

L'invention de l'Etat : prologue

Un petit billet très rapide pour votre inviter à lire cette brève parue sur alternatives économiques, au sujet du livre de Philippe Simonnot dont nous parlons depuis quelques jours.

Intéressante critique. Je cite quelques mots-clés, présents ici comme chez tous les tenants du prêt-à-penser : "courant ultralibéral", "choux gras", "propagandistes", sans parler "des gens qui meurent du SIDA" (quel rapport avec le livre ). Ne manque à l'appel que l'odieux capitaliste le poignard entre les dents ; Daniel a bien peu d'imagination.

Merde, y'a comme un problème : on dirait que le chroniqueur a lu le livre si attentivement qu'il a transformé son sous-titre, en, je cite, "Economie du droit du travail". Pour des donneurs de leçons de première, voici qui ne fait pas très sérieux. Ils ont du confondre avec le dernier bouquin d'André Gorz, c'est humain, que voulez-vous.

Remarquez, comme le dit le chapeau de la brève :

Il n’est pas nécessaire d’arriver au terme de ce livre pour en comprendre le message

OK - mais il serait bon tout de même d'arriver au moins au terme de la couverture, ça t'éviterait d'écrire des conneries.

A tribute to Max Pécas

Un billet pour remercier le plus grand réalisateur français de tous les temps :), j'ai nommé, mais vous l'avez bien sûr deviné : Max Pécas ! Trop de billets consacrés au cinéma trash et horrible ici, et pas assez de légèreté ! Par ailleurs, je me fais un devoir de défendre la veuve et l'orphelin du cinématiquement correct, les laissés pour compte du prêt-à-penser, les parias du festival de Cannes.

Bien sûr, vous allez me dire, et vous n'aurez pas totalement tort, que Max a créé le summum de l'humour beauf, qu'il est l'exact opposé du bon goût et même de la plus petite lueur d'intelligence.

Je sais tout cela. Mais je sais aussi qu'il écrivait, réalisait et produisait lui-même ses films. Qu'il a tout donné pour l'entertainment du plus grand nombre, ce qui n'est pas en soi condamnable, bien au contraire. Et qu'il a suscité nombre de fantasmes, par quelques-uns de ses films, auprès de l'adolescence d'alors, dont j'étais. Je pense tout particulièrement à sa trilogie de Saint-Tropez[1]. Il a découvert Ticky Holgado, Victoria Abril ou encore Caroline Tresca. Ses polars des années 60 étaient d'honorable facture. Enfin, il a écrit des dialogues qui m'ont personnellement marqués :

Evelyne: Qu'est ce que vous faîtes vraiment dans la vie Paul et toi?

Julius: On fait gaffe!

ou encore

Le commis: Cet homme là il a pas de coeur!

La bonne: Il a autre chose! A voir comme il s'est emballé la patronne, ça doit être extra!

Le commis: Tu parles! Une mécanique qu'a plus de cent mille bornes ça lache d'un seul coup tandis que le neuf ça part tout seul! La bonne: Et ça vous laisse tomber en route!

Je n'ai pas honte, ou plutôt pas plus honte que d'apprécier Chevallier et Laspalès, en vous conseillant d'acheter ce coffret, sorti l'an dernier :

Au fronstipice du site Max Pécas spirit, on peut lire ceci :

Max Pécas est au cinéma comique ce qu' Edd Wood est au cinéma de science fiction...

Nulle meilleure définition que celle-ci, ne trouvez-vous pas ?

Et comme vous êtes sympas, quelques photos d'Olivia Dutron, l'un des superstars de Max :

Notes

[1] Les Branchés de St Tropez, Deux enfoirés à St Tropez, et On se calme et on bois frais à St Tropez

lire la suite

L'invention de l'Etat, introduction (2/2)

Introduction – suite

La première partie est disponible ici

Hobbes comprend qu’on ne peut fonder le pouvoir uniquement sur la force. On lui en sait gré. Mieux que la force en effet, il y a le consentement. Les hommes sont mus par la vanité. C’est elle qui rend la vie proprement invivable, une guerre de tous contre tous dans l’état de nature. L’Etat n’est donc pas naturel, il est même l’artefact parfait. La création anti-naturelle par excellence.

Les hommes sont égaux dans l’état de nature, pour une raison simple selon Hobbes : parce que, quelle que soit la force du plus fort, le plus faible sera toujours assez fort pour porter un coup mortel à celui-là. Dans ces conditions, chacun a un droit sur toute chose, y compris sur le corps des autres. Dans De Cive, Hobbes pensait un peu bêtement qu’il suffisait de transférer les droits de propriété des individus à l’Etat pour sortir de l’état de guerre de tous contre tous. Dans Léviathan, il change de vocabulaire : il ne s’agit plus de transfert de droits, mais d’autorisation. Je trouve que sur ce point, Philippe est un peu rapide. Disons que les hommes transfèrent d’un commun accord au Souverain leur libre-arbitre de manière inconditionnelle et définitive. C’est un mécanisme à crémaillère, sans espoir de retour. Le souverain ne peut donc plus être déposé, puisque la convention originelle a été conclue sans lui. Elle n’a pas en effet été conclue verticalement entre le souverain et le peuple, mais horizontalement au sein du peuple lui-même. Il n’y a plus de justice, ni de propriété, puisque ces concepts sont définis par le souverain, à qui on ne peut les opposer. L’impôt est donc pleinement légitime.

Philippe note à juste titre l’étendue des contradictions de Hobbes[1]. Il ne dit en revanche rien sur le fondement de sa conception, sinon par la formule classique : Quis custodiet ipsos custodes ?



Spinoza, parti d’un fondement opposé, aboutira au même résultat que Hobbes, à la souveraineté illimitée du prince. A ceci près que chez lui, c’est la nature, ou plus exactement la loi de la nature, qui fonde le contrat social. Cette position est peut-être fausse, mais elle a bien plus de cohérence que celle de Hobbes.

Philippe consacre ensuite plusieurs pages (bien trop) à Colbert. Comme si un robin du Roi pouvait se hisser à la hauteur de plus grands penseurs des temps anciens. Comme le dit toutefois Philippe, et à juste titre bien sûr, Colbert

est en grande partie responsable de la récession économique et même démographique qu’a connue la France à partir de 1680, la misère du peuple et la famine étant masquées par les fastes de Versailles.

Plus que Colbert, il me semble important de s’arrêter un peu sur la doctrine que le « colbertisme » ne fait que reprendre, à savoir le mercantilisme. Cette dernière est flatteuse pour les administrations qui sont en train de naître, en confondant l’Etat et la nation : la richesse de l’un est considérée comme synonyme de la prospérité de l’autre. C’est une macro-économie avant la lettre, qui conçoit le commerce international comme un jeu à somme nulle, où il faut absolument être gagnant si on ne veut pas être perdant. Colbert a donc institué des droits de douane sur les importations, et a interdit les sorties d’or à l’étranger. On ne pouvait donc arriver qu’à un blocage complet du système, ce qui sera le cas en 1672, lorsque éclate la guerre contre la Hollande, que Colbert appelait chaleureusement de ses vœux. Colbert n’a pas compris ce que les lecteurs de Copeau savent déjà : que la balance des paiements d’un pays est globalement toujours équilibrée. Tout obstacle tarifaire ou autre dressé contre des importations aura pour seul effet de réduire les exportations. De même tout encouragement aux exportations aura pour effet d’encourager les importations.

Enfin, la politique de Colbert, qui constitua de véritables monopoles d’Etat, générant de formidables rentes, a eu comme conséquence évidente d’empêcher les innovations, comme les métiers à tisser, qui auraient risqué de générer une production de masse. Quant aux salaires des ouvriers des manufactures d’Etat, ils étaient bien sûr réduits au plus bas niveau possible, de manière à ne pas compromettre la soi-disant compétitivité des produits français à l’export. Colbert n’était pas seulement un nul, c’était un criminel. Et aussi un ancêtre. Un ancêtre de la « politique industrielle » de Mitterrand et Mauroy durant les années 80. Celle des années Bull, si vous préférez.

Auteur suivant, Locke. Je ne m’attarderai pas trop sur lui, tout a déjà été dit sur Catallaxia. Je dirai simplement que Locke considère que l’état de nature soumet les hommes à l’obligation de se conserver. Et pour y parvenir, les hommes sont contraints de travailler. Quelle conséquence tire Locke de ce travail nécessaire ? l’existence du droit de propriété. En effet, dit Locke, le travail appartient à l’ouvrier, dès lors que ce qui reste commun suffit aux autres, en quantité et en qualité. Cette restriction, c’est le proviso lockéen. De là découle une grossière erreur, décidément fréquente, celle de la valeur-travail.

Pourquoi les hommes sortent-ils de l’état de nature ? pour deux raisons. D’une part, le risque de guerre, qui pèse comme une épée de Damoclès sur la tête des hommes de la nature ; d’autre part, le rôle accumulateur de la monnaie. En effet, cette dernière n’est pas seulement le produit spontané d’un consentement tacite, comme nous l’avons dit plus haut, mais c’est aussi le vecteur qui rend possible l’accumulation des richesses. De là Locke trouve le rôle de l’Etat : il doit protéger la propriété des hommes de la nature, qui choisissent d’entrer en société. C’est exactement l’inverse de Hobbes, qui croyait que le droit de propriété naissait après l’Etat. Le droit de propriété au sens de Locke vient donc s’opposer aux ambitions des gouvernants.

Philippe parle ensuite d’un auteur que personnellement j’adore, Cantillon. A la manière des samizdats, son essai circule sous le manteau, tant il est sulfureux. Un Copeau des temps anciens, si vous préférez… Il fonde l’individualisme méthodologique. L’Etat n’a pas d’existence en soi, il n’est qu’une collection d’individus. Il comprend, le premier, le vrai sens de la valeur : elle provient de l’évaluation subjective qu’en font les consommateurs. Le travail, plus généralement le coût de production, a un rôle, mais ce n’est pas celui de fixer le prix d’une marchandise. C’est celui d’indiquer si l’entrepreneur peut faire des profits ou s’il va encourir des pertes. Cantillon comprend d’ailleurs le premier quel rôle a l’entrepreneur : il équilibre les demandes et les offres dans le futur, si du moins il parvient à prévoir correctement l’avenir, et si on le laisse faire dans cette tâche.

Cantillon est un auteur génial. Il comprend que la croissance de la population est déterminée tout à la fois par les ressources naturelles, les facteurs culturels et le niveau technique. Ce qui signifie que les peuples adaptent leur croissance démographique à leurs ressources économiques. Ce qui est déterminant, c’est la manière dont les riches consomment. Les innovations pénètrent toujours par le haut.

Quelle est pour Cantillon l’origine du droit de propriété ? c’est, dès lors qu’on dépasse le stade nomade, le droit du conquérant de répartir son butin comme il l’entend, terres comprises, entre ses favoris. C’est un argument peu convaincant, je trouve. Mais il permet à Cantillon de pointer du doigt l’essentiel : la loi de la concentration du capital foncier. Dans tous les cas de figure, dit Cantillon, l’inégalité finira par prévaloir, car les propriétaires devront employer des fermiers et des laboureurs. Il faudra leur assurer la subsistance. Et pour le reste ? le propriétaire le versera au prince ou à l’état, sous forme de revenu foncier.

De Cantillon, nous passons à Condillac. Je crois que Philippe l’aime beaucoup. C’est le premier à penser explicitement les rapports entre l’économie et la politique. Murray Rothbard et l’école de Chicago sont les héritiers directs de notre abbé (car il était abbé). Plus fort que Cantillon, Condillac explicite des notions jusque-là floues et incomplètes. Il fonde la valeur sur l’utilité. La valeur est donc subjective, et même deux fois subjective : elle répond aux besoins du sujet, et elle ne devient valeur que par une estimation subjective. Ce sont donc nos besoins qui déterminent la valeur des choses. Evidemment, on sent moins les besoins dans l’abondance que dans la rareté, mais le fond du nœud est bien là. Comme le dit Condillac dans un éclair de génie,

Une chose n’a pas une valeur parce qu’elle coûte, comme on le suppose ; mais elle coûte, parce qu’elle a une valeur.

On passe de la valeur au prix par l’échange. C’est là où Condillac est vraiment génial. Il dit :

Il est faux que dans les échanges on donne valeur égale pour valeur égale.

(en se référant implicitement à Thomas d’Aquin. Bien au contraire :

Chacun des contractants en donne toujours une moindre pour une plus grande.

L’inégalité des valeurs subjectives est le moteur de l’échange. Et cet échange, s’il est librement consenti, améliore forcément le bien-être des deux parties, qui, sinon, n’échangeraient rien du tout !

Le seul déplacement d’un objet de la personne A à la personne B augmente le bien-être de l’ensemble des deux personnes si B accorde plus de valeur que A à cet objet ! C’est l’échange qui révèle les prix, car aucun prix n’est absolu, tous sont relatifs. Ils n’apparaissent absolus que parce qu’ils sont exprimés en monnaie, mais même dans ce cas, ils sont relatifs au prix de la monnaie.

Chez Condillac, la liberté humaine est fondée sur l’efficience économique, pas sur la morale ou sur la religion. L’échange profite aux parties parce qu’il est libre. La plus petite contrainte exercée sur l’une ou l’autre aboutirait à un moindre bien-être. Il propose de restaurer la liberté des échanges pour réduire les disettes et stabiliser les prix, ce qui, comme le rappelle justement Philippe, est aussi scandaleux au XVIIIe siècle, que de vouloir aujourd’hui libérer de ses réglementations (SMIC, 35 heures, etc) le marché du travail pour réduire le chômage.

Dans son grand tableau, l’Etat a une place : celle de l’Etat gendarme, dont l’impôt constitue le salaire de protection des propriétaires. Mais le souverain ne peut être protecteur que s’il n’a pas de préférences propres. C’est là le trou noir du raisonnement de Condillac : comment empêcher l’Etat d’avoir ses propres préférences, et à partir de là comment l’empêcher d’interférer sur les préférences des particuliers ? Condillac ne le dira pas.

Adam Smith est un auteur mineur. Simonnot le pense, moi aussi. La Richesse des Nations est remplie d’erreurs et de contradictions. C’est Smith qui donnera une grande aura à la valeur-travail, malgré Condillac. Chez Smith, l’entrepreneur est un zombie, qui n’a aucune influence sur ses concurrents, ses fournisseurs, ses clients. Son entreprise est identique aux autres entreprises. Il ne court aucun risque, jamais. Cet entrepreneur-bureaucrate, comme le dit Philippe, est en fait un technicien supérieur juste capable d’administrer une entité quelconque.

On nous dit : oui, mais Smith a créé le concept majeur de toute la pensée économique libérale, la main invisible. Outre que ce n’est pas l’inventeur de cette idée, mais simplement de la formule, Smith n’y croyait en réalité qu’à moitié. Toutes sortes d’activités n’y relèvent pas, chez lui, du laisser-faire : la défense nationale, la navigation au long cours, les ponts, les ports, les routes, la poste, la construction des murs coupe-feu, la conservation des hypothèques, l’exportation de blé, etc. Par ailleurs, Smith continue à prôner un plafonnage à 5% des taux d’intérêt, alors qu’à la même époque ses « confrères » français, Cantillon et Turgot, qu’il connaît, plaident pour une déréglementation totale du marché de l’argent. En réalité, et Philippe reprend presque texto l’un des premiers chapitres des 39 leçons, la main invisible cache chez Smith la main, bien visible, de l’économiste d’Etat, au service du Prince bienveillant. Une sorte de souverain-économiste, comme Platon rêvait à un souverain-philosophe.

Philippe évoque ensuite Daunou, et ne dit pas un mot sur Bastiat. Puis vient Marx qui, dans sa jeunesse, a développé une idée intéressante : celle d’un Etat recherchant son propre intérêt, ou plus précisément composé d’individus recherchant leur propre intérêt[2]. Cette idée, il l’a abandonnée ensuite, ne voyant plus, dans Le Capital, dans l’Etat que la force armée au service de la classe dirigeante. Commons, bien moins connu, et auteur dispensable, cherchera, lui, à prouver que le jeu libre du marché ne peut produire aucun ordre, car l’Etat précède le marché, et non l’inverse. Il rend possible le marché, en assurant la compatibilité mutuelle des conduites. Il ne comprend pas ce que nous verrons plus loin, à savoir qu’un droit est concevable – et a existé – sans Etat.

Bizarrement, Philippe achève son introduction par l’école de Chicago. Pourquoi tant de trous, d’oublis volontaires ? je l’ignore. Il évoque Frank Knight, fondateur de l’école et de sa liberté de ton si particulière. Sa matrice ? le fait que la recherche de l’intérêt individuel se manifeste dans tous les secteurs de la vie en société. Milton Friedman prendra la relève, en démontrant que la crise de 1929, et son aggravation, revient non pas au marché, mais à ceux qui ont prétendu le réguler. Coase, lui, a montré qu’il est efficient de laisser pollueur et pollué négocier entre eux, plutôt que de taxer le pollueur à tous les coups. Posner a lancé, avec Coase, l’analyse économique du droit. Becker, enfin, a lui aussi frappé très fort, en montrant notamment que les gens avaient du goût pour la discrimination contre les Noirs, et étaient prêts à payer pour cela. Le résultat paradoxal est que la discrimination raciale nuit aux capitalistes blancs et aux travailleurs noirs, alors qu’elle profite aux capitalistes noirs et aux travailleurs blancs.

Nous verrons ensuite, bien plus rapidement, le livre 1er de l’ouvrage, consacré aux outils de l’économiste.

Notes

[1] Hobbes nous dit que les hommes ne sont pas capables de coopérer dans l’état de nature. Mais alors pourquoi le sont-ils assez pour convenir entre eux d’un pacte social ? D’autre part, alors qu’il écrit (chapitre 18) que la violence est nécessaire, il la répudie au chapitre 28 !

[2] Voir le 18 Brumaire, par exemple

Paul Reynaud

Je vous conseille vivement la lecture de cette monographie de Paul Reynaud.

C'est un homme important du XXe siècle français, et injustement méconnu. Leader de la Chambre bleu horizon, il a été exemplaire durant les années 1920 et 1930. Or on ne connaît de lui que son passage à la tête du gouvernement durant l'Occupation, ce qui est largement injuste. Cet ouvrage de Thibault Tellier remet pas mal de pendules à l'heure. Qu'il en soit remercié.

WIP 1 : nazixploitation

Vous connaissez mon goût immodéré et un rien canaillou pour le cinéma bis, qui a l'insigne avantage d'être à la fois trash et malséant, un peu comme ce blog, en somme. Je vous ai donc déjà entretenu tant des superstars du genre, essentiellement transalpins, que sont Tinto Brass (Caligula ou Cosi Fan Tutte, pour n'en citer que deux), Laura Gemser et son stakhanoviste de réalisateur, Joe D'amato, ainsi que des délicats ''snuff movies''. J'ai même abordé le comique léger des films d'Edwige Fenech. Je compte bien vous parler à l'avenir des films de cannibales, autre genre fondateur, des westerns spaghettis, et même de la blaxploitation, pour ne pas parler que de l'Italie. Autre genre injustement méconnu, celui du polar rital, qui, depuis le fameux Cadavres exquis, a tenu durant toutes les années 70 (les années de plomb) la dragée haute aux films français, malgré Melville ou Verneuil.

Cela dit, autant faire tout de suite dans le trash, hardcore, malsain, malfaisant, choquant, ignoble d'entrée de jeu. Le tout sur fond érotico-porno, comme il se doit chez Copeau (y'a tout c'qui faut...). Le cinéma italien des années 60-70-80 ayant été - et de très loin - le plus original et le plus innovateur, nous allons encore une fois nous concentrer sur lui. Levons de voile, ne tardons plus : je veux parler du distingué genre des WIP. Que sont les WIP ? Non pas les White international Protestants. Non, vraiment pas.

Il s'agit des films dit Women in prison, dans lesquels le principe est simple : on réunit en un même lieu clos, des femmes apeurées, des gardiens lubriques, des directeurs sadiques et surtout des voisines de cellule friponnes. Je consacrerai un billet spécifique à ces films.

Mais ce genre a engendré un sous-genre, ô combien plus distingué : celui de la nazixploitation. Là, on va très très loin, à la fois dans le n'importe quoi, et dans le choquant de très mauvais goût. Que du bonheur, en somme.

Je n'ai vu que deux films de ce style, ce qui fait un peu juste pour porter un jugement définitif. Cela dit, sachant qu'il est aujourd'hui absolument méconnu et pour tout dire honni, je me devais d'en parler un peu plus. Il s'agit de Salon Kitty, sans doute la référence du genre, même si tous ne le pensent pas, réalisé par le grand Tinto Brass, et de Love Camp 27, de Mario Caiano. A noter aussi l'existence, notamment, de Night Porter, avec Charlotte Rampling et Dirk Bogarde, tout de même, et de llsa, She Wolf of the SS, que pas mal considèrent comme le meilleur film du genre. Vous en trouverez ici une galerie très fournie.

Par ailleurs, fidèle à mon habitude, à la fin de ce billet vous trouverez à la fois une liste (non exhaustive) de ce genre de films, ainsi qu'un assez grand nombre de photos, à ne pas mettre à la portée de tout le monde, bien entendu.

Nikita offre ici un panorama assez réussi du genre nazixploitation :

il s'agit de la vague de la «Nazi-Exploitation», qui fit des ravages dans les années 70, avec une vague de films, majoritairement italiens, étalant des fantasmes sado-sexuels sur fond d’hypocrite dénonciation du nazisme. Cette mode, désagréable entre toutes, avait pourtant des origines nobles, puisque son origine se trouvait dans un film de Luchino Visconti, «Les Damnés » («La Caduta degli Dei», 1969), chef-d’œuvre contant la décadence d’une grande famille Allemande, parmi mille turpitudes sur fond de montée du nazisme. Le film abondait en situations sexuelles perverses, sublimées par la mise en scène d’un Visconti à son sommet. Ce formidable film devait cependant avoir une postérité plus que douteuse dans la décennie suivante : l’année 1974 vit en effet la sortie de deux films qui donnèrent le vrai coup d’envoi de la vogue «Nazi-Exploitation» ou «Nazixploitation», ou «Nazisploitation», ou «Porno-nazi», ou «Gestaporn». Aux USA, «Ilsa, She-Wolf of the SS» («Ilsa la louve SS», alias «Le SS était là, les gretchen aussi» !), était centré sur les méfaits d’une doctoresse nazie sexy et sadique dans une débauche de situations scabreuses(le film donna naissance à toute une série de films avec l’actrice Dyanne Thorne). En Italie, un film plus raffiné, «Portier de nuit» («Portiere di notte»), reprenait deux des acteurs des « Damnés », Dirk Bogarde et Charlotte Rampling, dans une trouble histoire de sado-masochisme entre un ancien SS et une déportée qui se retrouvent après la guerre et recommencent leurs jeux sexuels. Ce dernier film causa un véritable scandale et déclencha aussitôt la ruée des producteurs désireux de surfer sur la vague : en 1975, Tinto Brass signe «Salon Kitty», où Helmut Berger (un autre acteur des «Damnés») sévit au temps du nazisme au sein d’un bordel, où les filles sont notamment obligées de s’accoupler avec des monstres ! (dont déjà l’homme-singe Baccaro !). A partir de là, c’est le déluge de films plus trash et vulgaires les uns que les autres, qui vont pendant deux-trois ans déferler comme un fleuve de boue sur les malheureuses salles de cinéma : «Le Camp des filles perdues », « Les Déportées de la section spéciale SS», «Erika la plus sadique des kapos», et autres «L’Enfer des femmes» ! Ce sous-genre, typique des années 70 où l’on pouvait tout se permettre, a encore quelques fanatiques dégénérés mais, de l’aveu général, compte davantage de navets (antipathiques de surcroît) que de nanars.

Sur La Bestia in Calore, Nikita poursuit

Or, le spectacle se voudrait horrifiant mais atteint des sommets de ridicule rarement vus au cinéma. Visiblement très motivé, l’homme-singe ne fait pas très attention et envoie de la buée sur l'objectif de la caméra lors des gros plans (on n’a pas refait la prise, visiblement). Batzella en rajoute dans l’ignominie dans une scène vers la fin, où le monstre arrache les poils pubiens d’une femme et se met à les manger en bavant. L’image est en effet assez désagréable, mais en partie désamorcée par les grimaces impayables de Salvatore Baccaro et par l’usage très maladroit de ketchup et de peinture rouge lors des scènes de torture.

Le fin du fin est encore dans les croix gammées : j’ai en effet remarqué que dans un certain nombre de scènes, les svastika (sur les brassards ou les drapeaux) sont…à l’envers ! Il ne s’agit pas d’une inversion de l’image, car on voit cohabiter dans la même scène des croix gammées à l’envers et à l’endroit. Soit le costumier et le décorateur ont fait n’importe quoi, soit il ne restait plus que ça dans les stocks de Cinecittà ! Ou alors, à la fin de la guerre, les nazis n’avaient plus le temps de se pencher sur ce genre de détails…La reconstitution historique, globalement, n'est même pas au niveau d'une dramatique télé des années 50. A noter également une scène de folie : lors de l'attaque du village par les nazis, alors que les habitants fuient en pleine panique, nous voyons passer au premier plan un vieux paysan, qui croise les Allemands d'un air placide, sans donner le moindre signe d'inquiétude. Il s'agissait visiblement d'un habitant du village où a été tourné la scène, qui faisait sa promenade...On imagine l'instant : «Hé, papy, barre-toi du champ de la caméra! Rhaaa, on la refait!» «Heu, non, patron, y'a plus de pellicule... » «Crotte, bon c'est pas grave, on la garde, si ça se trouve les spectateurs n'y verront que du feu...»

D'autant que vous pouvez offrir à noël la poupée Ilsa ! Laquelle Ilsa ne s'est pas contentée de films nazixploitation (la voir par exemple ici en gardienne de harem, tout un programme).

De façon plus objective, on pourrait dire que les films nazixploitation, ou encore Nazisploitation, ou Nazi-exploitation, ou Porno-nazi ou Gestaporn, sont des films qui ont la particularité d'être intégralement basés sur l'exhibition des tares des nazis, notamment sous leur jour sexuel. Les films de nazisploitation ont pour la plupart été réalisés dans les années 1970, principalement en Italie mais également dans d'autres pays comme les Etats-Unis. Le genre se caractérise par une propension à vouloir choquer le public par tous les moyens, par la description de sévices grand-guignolesques, scènes sado-masochistes et tortures de femmes à poil. La présence de femmes tortionnaires nazies est généralement un plus. Le tout se double parfois d'une dénonciation particulièrement délicate et bien amenée des horreurs de la guerre, histoire de nous rappeler que nous voyons un film à message. Historiquement, la vague des films nazisploitation s'est développée dans la seconde moitié des années 70, s'inspirant du succès de scandale de trois grands films précurseurs (Salo de Pasolini, Portier de Nuit de Lila Cavani et Salon Kitty de Tinto Brass) pour dériver vers toujours plus de Z, tendance trash. Le film Ilsa, la louve des SS avec la sculpturale Dyanne Thorne, est caractéristique du genre. Passée de mode à partir du milieu des années 80, la nazisploitation s'est largement fondue dans le film de prisons de femmes qui n'en est parfois guère qu'un dérivé, les costumes nazis en moins. La carrière du réalisateur Sergio Garrone est à ce titre assez exemplaire, qui illustre bien la grandeur et surtout la décadence du Bis et du Z italien : réalisateur de spaghetti western dans les années 60 (Django le salaud), il se tourna quand le genre fut éteint vers le polar violent (Killer Gold), puis la nazisploitation avant que d'entamer une série de films sur les femmes en prison.

Le premier film, Salon Kitty, mérite le détour. Il raconte l'histoire d'une mère-maquerelle berlinoise dont le bordel va être utilisé, à son insu, par l'officier SS Wallenberg afin d'espionner des hauts-gradés nazis. Piochant un peu dans Salo et Portier de Nuit, et beaucoup dans Les Damnés (on retrouve d'ailleurs ses deux acteurs principaux : Helmut Berger et Ingrid Thulin), Brass ébauche une réflexion sur les dangers du pouvoir, multiplie les séquences déshabillées et fait preuve d'un goût prononcé pour la provocation (surtout dans la première demi-heure) et les délires décoratifs (les étonnants uniformes nazis portés pour Berger). On n'est pas loin de Caligula, au final.

Le second film, Love camp 27, ''Destin de femme'' en français, raconte l'histoire d'une héroïne interprétée par Sirpa Lane, qui est juive, et qui est capturée et obligée de se prostituer dans un bordel SS. Comme le dit la jaquette, plus précisément, un couple de jeunes Allemands vivant dans l'Europe troublée des années 30, s'aime tendrement. Elle est juive, et les persécutions l'obligent à émigrer, pour se réfugier avec sa famille à Paris. Au cours d'une rafle, elle tue un soldat nazi. Sa mère s'accuse de ce meurtre et est exécutée. Elle connaîtra alors de nombreuses expériences fort éprouvantes. Violée par des soldats SS, prostituée dans une maison close, humiliée et offensée, elle sera sauvée d'une mort certaine par l'officier qui commande le camp... J'ai trouvé que ce film est un nanar sans grand intérêt, très complaisant vis-à-vis de la violence et même de l'imagerie nazie.

Je n'ai pas vu d'autres films, notamment Holocaust nazi, si bien que je peux difficilement me faire une opinion définitive. Je navigue bien sûr entre trois pôles : d'une part, bien sûr, le plaisir canaillou des films erotico-kitch, à tendance BDSM ; d'autre part, le bonheur manifeste de foutre un coup de pied au cul du bourgeois bien-pensant, lecteur de Télérama, des Cahiers du Cinéma, du Monde et de Libé ; enfin, le dégoût procuré par ces mises en scène scabreuses et peu râgoutantes. Je ne peux pas juger avec si peu. Les deux films que j'ai vu sont, au final, assez bons, mais apparemment peu représentatifs du reste de la production. Ceci dit, je partage a priori le point de vue de Mad Movies, pour qui ces films, qui hérissèrent le poil de tous les critiques, ne sont, le plus souvent, que des fantasmes d'opérette, plus proche des bédés SM américaines et d'une esthétique grand-guignolesque qui rappelle les couvertures des insanes Men's Adventure Magazines.

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Chicas Bonitas

Ajout dans les liens d'un blog érotique intitulé Chicas Bonitas, qui comprend une version espagnole et une version anglaise. C'est un babelog ordinaire, à ceci près qu'il accorde une importance majeure à l'amour saphique, ce qui mérite un détour fructueux.

Par ailleurs, on y trouve quelques séries de Koika, issues de MetArt pour la plupart, comme celle-ci.

Carte des camarades

Voici une carte interactive sur laquelle vous pouvez, si vous le souhaitez, vous positionner :

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