L'Ivresse du pouvoir

Film de Claude Chabrol (2006), avec Isabelle Huppert, François Berléand, Patrick Bruel.

Jeanne Charmant Killman, juge d'instruction, est chargée de démêler une complexe affaire de concussion et de détournements de fonds mettant en cause le président d'un important groupe industriel. Elle s'aperçoit que plus elle avance dans ses investigations, plus son pouvoir s'acccroît. Mais au même moment, et pour les mêmes raisons, sa vie privée se fragilise.

Deux questions essentielles vont bientôt se poser à elle : jusqu'où peut-elle augmenter ce pouvoir sans se heurter à un pouvoir plus grand encore ? Et jusqu'où la nature humaine peut-elle résister à l'ivresse du pouvoir ?

Autant vous dire très vite, car mon billet sera rapide, que j'ai trouvé ce film assez mauvais, tant il est caricatural sinon insultant pour le spectateur, censé être trop con pour comprendre qu'un méchant ne porte pas forcément un collier en or par-dessus sa cravate ! L'intrigue est particulièrement confuse, totalement irréaliste, et, hormis Berléand, les acteurs chavirent en un cabotinage épatant (par charité, je ne parlerai même pas de Patrick Bruel, mauvais acteur, mauvais chanteur, qui crève cette fois-ci le plafond de sa médiocrité).

Un film à éviter, donc.

Pour un autre point de vue, voir ici.

Roots

J’ai déjà écrit à plusieurs reprises que j’étais issu d’un milieu modeste. Non pour m’en vanter, comme une lecture un peu superficielle pourrait le suggérer, mais pour établir un fait objectif, qui, d’une certaine manière, m’éloigne un peu des désormais célèbres pulls bleu-marine noué autour du cou et des mocassins à glands. C'est déjà ça de pris.

Sans vouloir faire pleurer dans les chaumières, j’ai toujours vécu en HLM, et mes parents, aujourd'hui encore, ne gagnent rien de plus rien de moins que le RMI. Ceux qui me connaissent un peu dans la vraie vie pourraient sans difficulté aucune l’attester. Là n’est pas la question.

Il s’agit juste de ne pas me prendre pour un énarque comme les autres. Si tant est qu’il existe un énarque moyen, ce qui du reste est beaucoup plus discutable que l’image d’Epinal semble le suggérer. Un énarque pas comme les autres, disais-je, pas seulement pour ses thèses anarcho-individualistes, mâtinées de relents libertariens, dressés sous les jupes peu ragoûtantes de l’austro-libéralisme. Un énarque pas comme les autres, aussi et surtout, de par son origine, qui dénotait déjà énormément, il est vrai, du temps de Sciences pipo, et plus encore à l’ENA. Une origine qui, à présent, fait figure d’obscénité dans le monde feutré – celui des rideaux rouges épais, des ors et des statues républicaines - de la ministérialité.

Une origine que pourtant j’assume, nonobstant les difficultés que cela me posent, quasi au quotidien, tant mon environnement social m’a éloigné de ce que mes origines étaient. Je ne peux m’empêcher de penser, sinon de lire et de relire encore, la Place d’Annie Ernaux, car j’aurais aimé avoir son talent pour parler de mon père, un homme qui sait à peine lire et pas écrire, devenu ouvrier avant de s'élever au rang de commerçant, et comme elle j’aurais aimé relater aussi toute la fierté des gens de peu, avec leur mode de vie et leurs expressions de tous les jours. Mais cela, je ne sais pas le faire.

Plusieurs passages m’ont particulièrement marqué, celui-ci notamment (p. 61) :

Obsession : « Qu’est-ce qu’on va penser de nous ? » (les voisins, les clients, tout le monde).

Règle : déjouer constamment le regard critique des autres, par la politesse, l’absence d’opinion, une attention minutieuse aux humeurs qui risquent de vous atteindre. Il (son père) ne regardait pas les légumes d’un jardin que le propriétaire était en train de bécher, à moins d’y être convié par un signe, sourire ou petit mot. Jamais de visite, même à un malade en clinique, sans être invité. Aucune question où se dévoileraient une curiosité, une envie qui donnent barre à l’interlocuteur sur nous. Phrase interdite : « Combien vous avez payé ça ? ».

Je dis souvent « nous » maintenant, parce que j’ai longtemps pensé de cette façon et je ne sais pas quand j’ai cessé de le faire.

Je ne voudrais pas non plus sombrer dans la honte un peu fugace qui a été la sienne, elle, la fille de marchand de journaux normand, devenue une « intellectuelle », sans que son père comprenne, à aucun moment, ce que ce mot pouvait bien signifier. Pas plus qu’il ne comprenait ses études, ses « lettres modernes ». La fille devenue bourgeoise, bourgeoise intellectuelle qui plus est, et qui s’est tant éloignée de son milieu d’origine que ses parents sont devenus, à ses yeux, des inconnus, aussi différents que le pékin moyen du coin de la rue. Mais des parents qu’elle continue à aimer malgré tout, comme on aime un animal de compagnie, mélange de tendresse et de condescendance.

Je ne veux pas sombrer dans cette posture-là.

C'est pourquoi oui, à tout prendre, je préfère encore être fier de mes origines plutôt que honteux. Et je ne puis nier qu’elles aient été – et qu’elles soient – sans influence sur mes opinions sinon mes combats. Quelqu’un qui n’a appris, en toutes circonstances et surtout les plus difficiles, à ne compter que sur lui-même, ne peut qu’être sensible au discours du Chacun pour soi. Etre individualiste, c'est une remise en question de tous les instants, une lutte qu’on mène sans cesse, contre soi-même, contre ses penchants et la facilité d’un mol oreiller du conformisme socialisant. Quand on part de rien (et qu’on arrive presque nulle part), on voit les choses autrement. Et on a le bonheur de se dire qu’on ne le doit à personne d’autre qu’à soi. Que voulez-vous ? on a les plaisirs qu’on peut.

C'est comme si le monde tournait sans toi, au-dessus des lois tout comme moi

Je sais qu'il y a trop longtemps que je n'ai pas mis à jour la radio obscure, même si je vous ai gratifié d'une récente copeaulation.

Je ne cherche pas à corriger cette irréparable erreur, tout juste à effectuer un tout petit complément à ladite radio. En vous offrant l'un des morceaux de ces derniers temps que j'ai le plus écouté. Il s'agit de Marginal, de 113. Ceci me permet de nuancer l'image que vous pourriez avoir de mes styles musicaux, fortement électro-goth si j'en crois les différentes playlists que j'ai mises en ligne. J'écoute tout autant du métal, de la variétoche, et même du rap, comme ici. Et puis ça me permet de faire un petit pied-de-nez (ou bras d'honneur, c'est comme vous voulez) à nos amis les bêtes mecs de droite. Dont acte.

Deux erreurs communes de raisonnement

Il existe à mon sens deux erreurs communes de raisonnement.

La première, sur laquelle je reviendrai par ailleurs, consiste à procéder à un immobilisme axiomatique. J’entends par là qu’il est illusoire d’avancer les mêmes arguments, la même logique de pensée, en toute circonstance, sans tenir compte du cas d’espèce ou des données conjoncturelles (pour employer dans un cas le langage du juriste, dans l’autre celui de l’économiste). Par exemple, il est à mon sens inutile et néfaste de dire : il faut plus de flexibilité dans le marché du travail. Encore faut-il savoir en effet de quel marché du travail il s’agit, aussi bien dans sa dimension synchronique (celui des années 60 ? 80 ? 2000 ?), que dans sa dimension diachronique (le marché français ? belge ? américain ?).

Cela semble évident, et pourtant, écoutez les discours qui nous entourent, et je ne parle pas des discours politiques, mais de la pratique discursive de vous et moi, en conversation au comptoir du café du coin : nous ne contextualisons jamais nos argumentaires, nous manifestons et nous opposons à l’ultrabidulechouette sans jamais comprendre que ce qui est vrai un jour peut être faux demain, que ce qui est vrai ici peut être faux là.

La seconde erreur, c'est le sophisme des antisophistes. J’entends par là les arguments fallacieux avancés par ceux-là mêmes qui prétendent pourfendre de leur épée acérée les soi-disant arguments de leurs opposants. Prenons un exemple, celui de Bertrand Lemennicier, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, dans son dernier ouvrage, la Morale face à l’économie (p. 252, à propos des méfaits de la scolarité obligatoire) :

Admettons que le nombre « optimal » d’années de scolarité pour un groupe d’élèves est de huit années. L’âge optimal de sortie du système scolaire est donc de 14 ans. Contraindre les élèves à poursuivre leur scolarité au-delà de 14 ans revient à leur faire supporter un coût d’opportunité en excès des gains permanents attendus. Comme, par ailleurs, on interdit à un employeur d’embaucher un enfant de moins de 16 ans, les élèves n’y ont d’autre solution que de fuir l’école ou, s’ils sont contraints d’y aller par la force, de résister par la violence à un système scolaire qui les agresse. (…) Que l’on supprime la scolarité obligatoire, que l’on autorise le travail des enfants en deçà de 16 ans, et ces maux disparaîtront comme par enchantement. (…) Cette législation est faite normalement pour contraindre des jeunes et leurs familles, qui spontanément ne poursuivraient pas leur scolarité au-delà de 13 ou 14 ans pour diverses raisons, à le faire. L’idée est que le temps passé à l’école permet à ces élèves d’accumuler des compétences qui plus tard leur permettront d’avoir de meilleurs salaires. Nous avons un problème classique d’un législateur qui se substitue aux individus et aux familles en croyant savoir mieux qu’eux-mêmes ce qui est bon pour eux. (…) En résistant, les jeunes des banlieues pétitionnent pour leur liberté vis-à-vis d’une réglementation dont ils pensent qu’elle leur est nuisible.

De ce qui est une hypothèse parmi d’autres, sans doute roborative (tout le monde n’a pas envie d’étudier jusqu’à x années), Bertrand place la barre, arbitrairement, à 14 ans (et pourquoi pas 12 ? 17 ? 25 ? on pourrait tout autant dire que les jeunes n’ont pas envie de travailler et préfèrent vivre le plus longtemps possible la vie pépère de l’étudiant, et que donc la plupart aimerait être scolarisé jusqu’à trente ans). Pourquoi pas.

Le hic, c'est que de ce substrat pour le moins fragile découle une conclusion qui, elle, est péremptoire : les jeunes militent pour leur liberté en étant violents, tant ils aimeraient sortir plus tôt de l’école pour pouvoir travailler. Cette conclusion ne tient que si l’âge « optimal » est inférieur à 16 ans, et se retourne s’il est supérieur. Ne présenter qu’une moitié d’orange est fallacieux. Tout autant, car au final il en est le symétrique inversé, que l’argument qui prétend que ces jeunes, victimes d’un « malaise social », se révoltent contre la « société » qui ne leur « offre » pas de travail.

individuanasie

A lire sur ZoneL, le toujours excellent Jerome Morrow,

Pauvre individu ! Ecoute les paroles des prêtres t’apprendre ce qu’il faut croire. Pauvre individu ! Ecoute ton maître d’école t’enseigner ce qu’il faut savoir. Pauvre individu ! Au dessus de ta tête flottent sévèrement les autorités qui te rappellent ce que tu es, où tu te places et ce que tu dois faire et ne pas faire.

Sous les verrues

Grâce à Libérez-moi !, nouveau blog que peut-être je vous fais découvrir, on apprend que la police suisse vient d'arrêter l'administrateur des serveurs de Razorback, en concertation avec les autorités belges, les serveurs étant physiquement situés près de Bruxelles.

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas Razorback, disons simplement qu'il s'agit d'un des plus gros réseaux d'échanges P2P de fichiers sur le net.

Evidemment, Le serveur "Razorback2" est désormais hors de fonction. Ce qui réjouit la MPAA (l'association du cinéma américain qui défend les intérêts des grands studios de Hollywood notamment contre le peer to peer).

Comme l'ajoute Libérez-moi,

même si l'industrie musicale et cinématographique a remporté une bataille de plus, le démantèlement de serveurs entraîne systématiquement la migration des utilisateurs vers d'autres serveurs, ce qui laisse présager une vie encore très longue et mouvementée pour le P2P.

Par contre, ce qui est beaucoup plus inquiétant, c'est que l'administrateur de razorback2 est aujourd'hui en prison. Et oui, ben laden est en liberté, le dépeceur de Mons et l’assassin du petit Gregory aussi, mais par contre, l'administrateur de razorback, grand défenseur de la diffusion massive de culture dans le monde, est derrière les barreaux.

Afin de comprendre le point de vue de tous ceux qui s'opposent à la notion fallacieuse de propriété intellectuelle, je vous invite à lire les autres articles dudit blog consacrés à ce thème, ainsi bien évidemment que le wiki.

Morne peine

Mais si la forme est tangible, le fond demeure flou et la fonction reste à la libre discrétion du créateur. On pourrait bien entendu douter qu'il y en ait une. Aussi la définis-je en trois étapes. Premièrement, protéger, défendre et servir une entité supérieure du nom de nation, à laquelle personne ne s'identifie, mais qui doit bien avoir une utilité puisque l'on ne s'en est pas - encore - débarrassé. Deuxièmement, faire vaguement décoller des petits et des gros navions, avec la sotte prétention de les faire - logique contrepartie - atterrir. Troisièmement, assurer à une importante frange de mous du bulbe, assistés jusqu'à la dépendance, une écœurante sécurité de l'emploi et du bon temps qu'ils s'emploieront à dépenser avec une application déconcertante. Et au cœur de cette morne plaine à l'accès réservé, fruit d'une réalité distordue, improbable faille temporelle dans laquelle je glisse allègrement, vit une race oubliée que l'isolement ne rebute pas et à qui la connerie ne fait ni peur ni défaut.

A lire obligatoirement ici

Copeaulation 2.0

Voici enfin le deuxième opus des copeaulations. Plutôt que de détailler les très nombreux titres, je préfère vous les faire écouter. Cliquez sur le lien clignotant dans le menu de gauche.

EDIT : et puis non, je vais vous parler un peu de tel ou tel titre. Un morceau de New Wave archi-classique, histoire de répondre au Patron, The Sun always shines on TV, que je ne vous ferai pas l'affront de développer. Un BlutEngel, quasiment comme à chaque fois, et de nombreux morceaux d'EBM ou d'électro-dark ou encore de darkwave. Assemblage 23, groupe Canadien, Angels Only!>, Cat Rapes Dog, Calva Y Nada, et sa reprise d'un morceau allemand traditionnel, Front 242 bien sûr, les fondateurs de tout un genre, Hexedene, X Marks the Pedwalk et j'en passe.

Une mention spéciale aux Brésiliens d'Aghast View, avec un mortceau particulièrement virulent, Pay Off, qui plus est remixé par les martiaux Funker Vogt.

Une autre mention pour FLA, Front Line Assembly, groupe canadien dont je vous ai déjà présenté les oeuvres side-projectiennes, celle de Delerium. Leur style est assez inimitable, inclassable même, tout comme sont inclassables Kas Product ou encore Sex in Dallas et son morceau, Berlin Rocks, si enivrant.

Deux morceaux old school de metal, Alice Cooper et sa B.O. de Class 1984, et Bark at the Moon, des criminels d'Heavydance, accusés de lèse-métal.

Enfin, deux morceaux de Mesh, groupe que vous connaissez j'espère, et T'as rien, de mon ami libertarien Gégé.

Bonne écoute !

Encore la directive Bolkestein

On reparle en ce moment de la directive Bolkestein. Ou plutôt d’une sous-directive, édulcorée à force d’être découpée sur le lit de Procuste des syndicats et de la gauche, et vidée ce faisant de sa substantifique moelle.

Remontons le temps : en janvier 2004, la commission Prodi adopte la proposition de directive du commissaire Fritz Bolkestein, qui entend supprimer les obstacles mis par les Etats à la libre circulation des services.

Devant la protestation de tout ce que la gauche comprend en Europe, et en France en particulier, et sous l’effet connexe du « non » français au référendum de 2005, le projet de directive a été ajourné. Nombre de mes amis étaient des partisans du « non », car ils pensaient que l’Europe, dans son constructivisme, était trop technocratique, trop bureaucratique et potentiellement liberticide.

Aujourd'hui, on soumet à nouveau au parlement européen le projet de directive. Savez-vous ce qu’il en ressort ? Barroso, président de la Commission, accepterait la proposition faite à la fois par le groupe PSE (socialistes de gauche) et par celui du PPE (socialistes de droite), gommant tous les aspects libéraux du projet de directive, en supprimant la règle du pays d’origine. Pourquoi Barroso agirait-il ainsi ? Il s’explique :

« Nous ne voulons pas camper sur nos grands principes et ignorer qu’il y a eu un référendum en France et aux Pays-Bas »

Sous-entendu : le vote « non » dans ces deux pays était un vote antilibéral, altercomprenant, et il est compris comme tel par les instances européennes. Qui osera encore affirmer que la victoire du « non » a été une victoire pour les libéraux ?

En outre, je voudrais revenir un instant sur la règle du pays d’origine, qui fait pousser aux Cassandre un concert de cris d’orfraie. Il ne faut pas oublier que le projet de directive Bolkestein distingue deux cas de figure, selon qu’il s’agit de prestations de services temporaires ou définitives.

S’il s’agit de prestations de services temporaires, l’opérateur est tenu de respecter les normes de son pays d’origine et non celles du pays dans lequel il travaille. Toutefois, et c'est là l’élément important, le salarié envoyé dans un pays étranger pour une durée limitée est « détaché », ce qui signifie qu’il gagne au moins le salaire minimum de ce pays, et qu’il doit respecter les règles issues du code du Travail (y compris les 35 heures pour la France).

S’il s’agit d’un établissement définitif, l’opérateur respecte toutes les règles du pays de destination.

Entendons-nous bien : le projet de directive est déjà équilibré et modéré, car je discuterais volontiers le bien-fondé de la règle du détachement, et tout sauf dangereux. Supprimer cette avancée revient à vider totalement de sa substance la directive, qui du coup deviendra caduque. D’autant que, conformément à la règle selon laquelle le public peut faire concurrence au privé s’il se comporte comme un acteur du marché, le projet de directive a vocation à s’appliquer aussi aux services publics marchands (notamment les SPIC, services publics à caractère industriel et commercial, ou encore les services sociaux, comme les organismes d’HLM). C'est un vrai combat que celui-là, pas un combat contre les moulins à vent de certaines caricatures, et je vous invite, si vous souhaitez le mener à nos côtés, à relire ce fameux article de Pascal, intitulé « il faut sauver le soldat Bolkestein ».

EDIT : la directive a été adoptée il y a quelques minutes, et elle est totalement amputée. La vraie question demeure.

Université et universalisme

Excellent papier de Laurent Greilsamer dans le Monde du 14 février. Il parle du juge Burgaud, oisillon déplumé et hagard. Il évoque les critères de sélection des futurs magistrats à l’entrée de l’ENM (école nationale de la magistrature). Pour intégrer la prestigieuse école, il faut non pas faire preuve de capacité d’écoute, d’équilibre personnel, d’expérience, mais il faut avoir ingurgité quelques bonnes doses de droit, et un peu de « culture générale ». J’en sais quelque chose, le concours de l’école nationale d’administration en étant très proche. Il en est de même en médecine : alors que les besoins à moyen terme sont de l’ordre de 15 000 médecins, l’Etat fixe un numerus clausus à 7 000. De la même manière que pour les futurs magistrats, juge-t-on les futurs médecins sur leur sang-froid, le capacité de compréhension, la qualité de leur entropie ? non, bien sûr, car on les ingurgite de maths, de physique, de chimie. Comme le dit Laurent,

« Ainsi l’Université rejette-t-elle à coup sûr d’excellents éléments, préférant garder précieusement des étudiants qui correspondent davantage au profil de jeunes chercheurs. »

L’Académie de médecine propose d’avancer le couperet, aujourd'hui fixé en deuxième année, à l’entrée en première année. Quelle différence, puisque cette même Académie propose de retenir les notes du bac ? Comme si le bac avait pour vocation de filtrer les psychologues, ceux qui ont du flair, le talent des futurs cliniciens…

D’ailleurs, on trouve à la tête des universités des enseignants. Ont-ils jamais été évalués sur leur capacité de parler en public, sur leur gestion d’un groupe, sur leur autorité naturelle ? bien sûr que non, car le système est non seulement fou, il est aussi débile.

Homme d'Etat ?

J'en profite pour vous glisser deux mots :

  • lisez ce billet de h16, qui explique quel est la summa divisio entre un homme de bien et un homme d'Etat ;
  • et relisez-le encore, cette fois-ci en ayant à l'esprit une nouvelle importante, du moins pour moi : je quitte dans quelques jours les rangs de l'Etat, pour aller "pantoufler" dans le privé. Il s'agit de l'aboutissement d'un projet de longue date, à vrai dire, et tout sauf une décision prise sur un coup de tête. J'étais déjà à mi-chemin entre le public et le privé, il ne me restait plus que quelques pas à faire. Bien souvent, la carte de visite de l'ENA vaut mieux, voire beaucoup mieux, que les postes qu'un énarque peut occuper dans les sphères étatiques. Souhaitez-moi bonne chance, malgré tout.

Les caricatures

Notez que je n'ai pas abordé pour l'instant la question des caricatures prophétiques du prophète. Et bien je ne vais pas le faire plus encore dans le présent billet, dans la mesure où beaucoup (trop) d'encre numérique a coulé sur cette sombre affaire.

Je préfère vous renvoyer vers ce qu'écrit Objectif liberté :

* L'affaire n'en aurait pas été une si les Frères Musulmans, organisation salafiste intégriste, n'avaient passé les 5 mois qui ont séparé la publication des dessins et les premières émeutes à "faire monter la mayonnaise" par des procédés de désinformation classiques.

* Le fait que les manifestations conduites par les intégristes aient été violentes, bruyantes, spectaculaires et choquantes par les messages qui y étaient lisibles ne doit pas cacher qu'elles n'ont pas mobilisé les masses, sauf en quelques lieux où l'affaire a fait l'objet d'une récupération par des régimes tyranniques. Les réactions de quelques sommités du monde musulman, qui ont condamné ces excès comme bien plus nocifs pour l'Islam que quelques caricatures sans talent, attestent qu'il n'y a pas bipolarisation du monde entre les populations musulmanes et les autres.

* En s'excusant face aux islamistes, et en exhortant la presse à limiter leur usage de leur liberté d'expression, les dirigeants politiques et les intellectuels qui battent leur coulpe font le jeu des nazis verts qui, par ce type de manipulation, cherchent à radicaliser leurs opinions et les notres pour déclencher le "choc des civilisations" qu'ils appellent de leur voeux.

J'ajouterai pour ma part que ces messages d'excuse, de repentance et de condamnation "pour irrespect de la foi" de la part de nos dirigeants en dit très long sur l'énergie qu'ils sont prêts à mettre dans la défense de nos libertés contre tous les fanatismes. Mais pourquoi auraient-ils fait preuve en l'espèce d'un courage politique dont ils se montrent par ailleurs totalement dépourvus...

EDIT : à lire également, le point de vue que je partage largement, de BHL sur Catallaxia, site qui a tendance à vivoter, bien malheureusement, depuis quelques mois déjà.

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