77%

En 1986, année de naissance de nombre d’étudiants qui ont manifesté contre le CPE, la dette publique représentait en France 39% du PIB, comme aux Etats-Unis ; 58% en Grande-Bretagne. En 2006, ces chiffres s’élèvent respectivement à 77, 35 et 47% (source OCDE). Cela signifie que, sur la période, les parents anglais et américains ont moins dépensé que la richesse qu’ils ont créée, puisqu’ils ont réduit leur endettement, quand les parents français dépensaient 38% de plus que la richesse produite. Or, nous savons que cette « sur-dépense » n’a pas trouvé sa contrepartie en croissance et en emplois. La croissance française a été inférieure à celle des pays précités. Quant au taux de chômage, il atteignait, en 1986, 11% en Grande-Bretagne, 7,2% aux Etats-Unis, mais il est aujourd'hui inférieur à 5% dans ces deux pays, alors qu’en France il est passé de 10,2% à 9,7%. Depuis des années, la génération aux commandes a surconsommé et a été surprotégée (retraites, santé…) au détriment de ses enfants.

Le système a profité en réalité à une minorité de travailleurs. Et la multiplication des régimes spéciaux montre que plus on été protégé des effets de la mondialisation, plus on bénéficiait d’ « avantages acquis » (garantie de l’emploi, meilleure retraite, meilleure couverture santé) car on avait la capacité de bloquer le bon fonctionnement de ceux qui, eux, se trouvaient en première ligne. Quant aux syndicats, ils ont davantage défendu ceux qui avaient un travail que recherché les solutions susceptibles d’intégrer les exclus du monde du travail. Que dire d’un monde politique qui, des 35 heures à l’ISF, s’est acharné à mettre en place les mécanismes garantissant la fuite des capitaux et la délocalisation des entrepreneurs ? Enfin, n’oublions pas les syndicats de l’Education nationale qui, en partie par idéologie, en partie au nom de la défense d’intérêts catégoriels, se sont mis en travers de toute réforme qui aurait pu permettre d’adapter la formation au monde du travail.

Que de tels comportements aient abouti aux résultats que nous connaissons, rien de surprenant. L’économie est une branche de la logique. Que cette situation pousse une jeunesse au désespoir ou à la frustration, comment ne pas le comprendre même si on le regrette. Mais que cette jeunesse manifeste avec ceux qui n’ont eu de cesse d’ajouter leurs pierres au mur derrière lequel ils sont enfermés laisse quelque peu pantois. Les victimes ne sont pas obligées de manifester avec leurs bourreaux…

Marc de Scitivaux

Ma démocratie n’est pas la vôtre

La démocratie libérale occidentale a pris deux figures distinctes, l’une façonnée par la France, l’autre par la Grande-Bretagne. Ma préférence me porte naturellement vers l’expérience britannique, qu’on a appelé la « démocratie de Westminster ». Je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

En France, l’idéal républicain s’est construit non seulement contre la monarchie mais également et autant contre la religion. La république dans son principe, la souveraineté de la volonté générale, réalise dans la sphère politique le programme philosophique illuministe (faire advenir l’homme à sa majorité) : le gouvernement des hommes n’obéit plus à Dieu ou/et à la tradition mais à la raison. La république fait donc prévaloir une vision certes laïcisée mais encore transcendante de la politique. Celle-ci ne se réduit pas à l’administration des hommes mais a pour objet la définition et la réalisation d’un projet collectif de vie commune, ce qu’Hannah Arendt, dans La crise de la culture, appelle la concrétisation de la destinée historique de l’homme.

Ce fondement transcendant rend compte de la sacralisation du mandat représentatif. Dans la théorie républicaine, l’élu ne représente pas une collectivité donnée dans ses particularismes mais une parcelle de la collectivité nationale. Il est donc à ce titre dépositaire de l’intérêt général. La conception républicaine orthodoxe s’oppose donc incontestablement à toute notion de représentativité sociologique. Puisque le représentant est l’expression de la raison, il convient que soient désignés les plus capables : la république est élitiste.

Cette sacralisation trouve son reflet dans les solennités républicaines. De fait au-delà des projets de la Convention de fondation d’un culte citoyen (l’Être suprême) et d’une liturgie républicaine (scandée par le calendrier révolutionnaire et le bouleversement de la toponymie et des patronymes), la république a conservé des rituels quasi religieux. Maurice Agulhon a pu ainsi montrer que « chaque fête religieuse a son double profane ». Par ailleurs, la volonté d’édification est restée présente avec les catéchismes républicains (domaine dans lequel Jules Barni et Jules Ferry, qui rédigea lui-même une version en 1863, s’illustrèrent). Enfin, le formalisme du serment constitue l’analogue laïc du sacrement. Elle se manifeste également dans le rituel de l’acte de voter, conçu comme l’opération quasi mystique de dévoilement de l’intérêt général (le dimanche, en mairie, réglé par une « procession » - au sens étymologique mais aussi quasiment au sens religieux du terme de l’électeur de la table des registres à l’isoloir puis au bureau de vote, surélevé comme un autel) qui contraste avec la banalité des opérations électorales au Royaume-Uni (vote en semaine, dans n’importe quel lieu, supermarché, dispensaires…). Pour reprendre les termes de Dominique Schnapper (La démocratie providentielle), le scrutin est « le moment fugitif où la communauté des citoyens prend conscience d’elle-même ».

Cet idéalisme républicain tranche par rapport au modèle démocratique britannique, sans doute moins connu chez nous mais qui mérite de l’être bien plus. La démocratisation en Grande-Bretagne a pris quelque huit siècles (de 1215 à 1911). Elle est issue historiquement comme intellectuellement - c’est l’héritage de Locke puis de l’utilitarisme - de l’affirmation progressive des droits de l’individu : propriété, vie privée, sûreté etc. Alors qu’en France, la République constitue en quelque sorte une libéralisation du pouvoir (dont ses virtualités tyranniques voire totalitaires, écoutez mes copeaudcasts consacrés à Du Pouvoir de Jouvenel), au Royaume-Uni, la démocratie le contraint (cf. le mot de Lord Acton « Si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » et la théorie des checks and balance).

Loin de représenter une nouvelle transcendance (puisque, en apparence, le pouvoir suprême continue de procéder de la tradition et du religieux : le souverain est également chef religieux), la démocratie britannique est au contraire un art de concilier la liberté de chacun. Il est donc légitime que les intérêts particuliers soient représentés au sein du Parlement et ils ne peuvent pas mieux l’être que par les intéressés eux-mêmes. C’est ce modèle de Westminster qui, diffusé par le Commonwealth, imprègne la logique à l’œuvre dans des États comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Le Parlement doit offrir une maquette aussi fidèle que possible de la diversité de la population nationale. Dès 1780, John Adams, l’un des pères fondateurs de la démocratie américaine, défendait la logique de la représentation miroir en affirmant : « L’assemblée devrait être en miniature le portrait exact du peuple entier. Elle devrait penser, sentir, raisonner et agir comme lui ».

Vous croyez encore que le modèle républicain transcendant a de l’avenir, sérieusement ?

Ummavenir ?

Une lecture récente :

Attentas suicides, révolte dans les cités, intimidations (affaire des caricatures) pour borner la liberté de la presse… l’Occident apeuré découvre un extrémisme que la poésie médiévale et mystique d’Ibn’Arabi ne laissait pas présager. Certes, les séquelles de la colonisation, la guerre d’Irak, l’abcès israélo-palestinien contribuent à échauffer les esprits. Mais la question demeure : et si l’islam était allergique à notre conception de la modernité ?

En réalité, ce qui sépare l’Orient musulman de l’Occident chrétien, c'est moins l’attitude face aux techniques que face au pouvoir. Pour les disciples de Mahomet, le clan, auquel se substituera plus tard l’umma (communauté des croyants), constitue le trait d’union entre Dieu et les hommes. Pour les héritiers de l’antiquité judéo-chrétienne, c'est la terre. Paroisse, champ, royaume, peu importe. Mais un espace sur quoi fonder l’Etat-nation…

Triomphant au XIXe siècle, ce modèle européen survivra-t-il au XXIe ? rien n’est joué tant l’ontologie de l’islam semble irrésistiblement adaptée à la globalisation des échanges et à leur corollaire, l’émergence de normes supranationales, qui appelle une éthique propre à la communauté des hommes…

Ce qui n’est rien d’autre que le principe posé par l’islam.

Du Pouvoir - Chapitre 2 - Les théories de la souveraineté

Chapitre 2 de l'ouvrage de Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir. Les théories de la souveraineté.

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La consécration - intégration dans iTunes !

ça n'est pas sans une certaine fierté que je vous annonce que les copeaudcats sont désormais accessibles depuis le site d'iTunes Music store. Afin de vous abonner en un clic aux copeaudcasts, il suffit donc de suivre le lien suivant.

Clearstream - petits commentaires

L’ami Hashtable s’interroge sur la légitimité de la polémique liée à l’affaire Clearstream. Il considère que c'est l’exemple type du non-événement, car

Ici, les média manipulent clairement l'opinion pour obtenir une tête ; car enfin, qui se fiche réellement, à part les présidentiables et les quelques politiciens habituels gravitant autour, des tenants et aboutissants de cette affaire, qui, rappelons-le, est totalement bidon ? Qui veut réellement savoir si une enquête fut diligentée sur Sarko ? Vous ? Moi ? Honnêtement, je n'ai que foutre des petites turpitudes de ces gens là. Beaucoup, je pense, regardent se dérouler cette affaire, l'air mi-goguenard, mi-incrédule, comme devant un Interville aux vachettes effervescentes, attendant de voir qui va chuter ; mais en réalité, tout le monde se fiche du quidam qui se prend les coups de cornes, personne n'accorde d'attention à la vachette. Seule la chute compte.

S’il est vrai que les médias font enfler cette affaire comme ma mère les soufflés au fromage, et si Bruno Frappat a probablement raison lorsqu’il écrit que

On ne saura jamais comment Revel aurait commenté dans ses chroniques la terrible et sombre affaire Clearstream. On se doute un peu qu'il eût, une fois de plus, dénoncé le journalisme de précipitation et l'opposition enfiévrée s'additionnant pour réclamer la démission d'un premier ministre sous la seule raison qu'un témoignage indirectement rapporté l'accusait d'une vilenie non prouvée.

On imagine sans grand risque de se tromper que Revel eût brodé sur le masochisme français, sur notre incapacité à vivre la politique comme une lutte d'idées et de propositions, lui préférant la version feuilleton sordide, méchants terrés dans l'ombre, dagues sorties du fourreau, traîtres rodant dans les parages de la vertu, équipages douteux, associations d'intérêts et de malveillances. Il eût moqué la presse, le pouvoir, les assemblées, les benêts et les forbans, et renvoyé tout le monde dos à dos. Il eût redit qu'on ne faisait de bonne politique ni avec de bons sentiments ni avec de mauvaises pensées et que, décidément, cette France qui va, court à sa perte avec arrogance, fonçant dans les murs qu'elle dresse elle-même devant son propre avenir, se plaisant à donner au monde le spectacle d'une troupe d'ivrognes à la sortie d'une soirée trop arrosée et criant dans la nuit tandis que les braves gens essaient de dormir. Il eût brocardé cet échauffement, ce choc des outragés compétitifs et des vertueux ambitieux. Il eût rappelé quelques épisodes de l'Antiquité, cité des vers de Racine, une formule de La Bruyère et rêvé avec beaucoup que ce déluge, lui aussi, sur la terre de nos soucis "stagne un instant" puis disparaisse."

Du reste, Hashable l’écrit lui-même, car il détaille fort justement les tenants médiatiques qui tiennent tant en haleine la ménagère de moins de cinquante ans :

Avec l'affaire Clearstream, on assiste en effet à ce que la vie politique française a de plus croustillant. Tous les ingrédients d'un roman de gare efficace sont réunis dans ce scandale choc pour politicien chic en mal de chèques :

  • de l'argent, beaucoup. On parle de millions d'euros. De comptes au Luxembourg. De transferts, de banques discrètes...
  • des acronymes aguicheurs (DGSE, DST), des institutions importantes (ministère de l'Intérieur, cabinet du Premier, l'Elysée)
  • des taupes, des espions, des généraux dans le renseignement, de l'informatique haute-voltige
  • des juges incorruptibles, des policiers qui perquisitionnent
  • de l'aventure, du suspense, de l'action, des traîtrises, des coups de théâtre.

Il n’empêche qu’il y a dans cette affaire quelques points que pour ma part j’aimerais assez voir élucidés. Au premier rang desquels la place précise qu’a occupé dans cette affaire, ou plutôt la nature des liens, qui unissent la tentative de manipulation et les milieux de l’armement, puisque il est assez clair à présent que ceux-ci sont fortement impliqués. Ensuite, j’aimerais savoir s’il y a bel et bien eu disparition de certaines pièces judiciaires – et lesquelles – comme l’affirment les deux magistrats chargés de l’enquête. Enfin et surtout, j’aimerais savoir si cette affaire de manipulation n’en est qu’une, autrement dit si elle est totalement sans fondement, ou bien si, comme il n’y a jamais de fumée sans feu, se cache derrière cette agence de placement de véritables turpitudes, comme spontanément je le crois.

I don't want to live in your wheel

Alors que j'écoutais Question de feeling des indispensables Richard Cocciante et Fabienne Thibeault, Xav m'a fait découvrir cette vidéo de l'Acton Institute, qui, si elle est d'une réalisation quasi parfaite, et dont il faudra s'inspirer (voici pourquoi je la linke ici), n'en est pas moins un peu trop "religieuse" à mon goût. Cela étant, je sais bien que c'est parfaitement conforme à l'optique toujours choisie par l'AI.

Une idée qu'il serait de bon aloi de creuser, surtout pour les organisations qui visent le plus grand nombre.

Du Pouvoir - Chapitre 1 - De l'obéissance civile

Chapitre 1 du livre 1 de l'oeuvre de Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir.

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La campagne a commencé

...si j'en crois les premiers billets publiés ici ou là, se référant à la création de blogs destinés à soutenir tel ou tel candidat. Un exemple ? DSK.

Souveraineté, libertarianisme et avortement

A lire cet excellent article d'Omer.

Il y critique le concept de souveraineté, issu du droit des relations publiques internationales, et non du droit des gens, ou du droit civil. C'est bel et bien par et pour l'Etat que le concept de souveraineté est né, ou plus exactement l'Etat se l'est approprié pour accroître encore sa puissance naissante. En effet, pour Jean Bodin, la souveraineté se bornait à la faculté d'édicter des lois et de les abroger, et Jean s'opposait dans le même temps à l'absolutisme royal, préfigurait la séparation des pouvoirs et défendait le droit naturel de l'individu contre l'Etat.

Bref, pour Omer, le concept pernicieux de souveraineté, qui devrait être aborrhé par les libertariens, est pour autant repris par une partie d'entre-eux, dans le cas bien particulier de l'avortement. Il considère que loin de s'y opposer, certains libertariens reprennent et adaptent le concept de souveraineté aux relations inter-individuelles, plus précisément ici à celles qui lient une mère et son enfant. Ce qui, d'après lui, est un biais cognitif majeur. Il considère donc que la position rothbardienne est injustifiée.

A ces réflexions, j'en ajoute une autre série, suggérée par le wikibéral :

L'avortement est-il exclusivement une affaire privée ou doit-il être pénalisé ? Cette question est problématique dans une perspective libertarienne, où le droit public et le droit pénal (qui fait partie du droit public) n'existent plus, et où l'on ne peut aller en justice que pour réclamer réparation d'un tort qu'on a soi-même subi : de quel droit quelqu'un d'étranger à l'affaire peut-il réclamer la pénalisation d'un avortement si la famille est consentante ? Et si pénalisation il y a, quelle peine doit-être infligée ? Doit-on appliquer la même peine que pour un homicide comme le suggèrent les arguments anti-avortement ?

Modification du flux du copeaudcast

Suite à divers soucis dûs aux changements de version de Dotclear et de son plug-in, le flux des copeaudcasts a été régéneré et modifié. La nouvelle adresse xml est la suivante :

http://www.copeau.org/copeaudcast.xml

Pour pouvoir lire ces fichiers, il faut bien sûr utiliser un lecteur de flux RSS adapté - la plupart le sont à présent, ou à défaut iTunes, le logiciel de lecture des fichiers audios d'Apple, ou encore Google Reader, le lecteur en ligne de Google, qui gère la lecture des flux podcastiques.

Zappa(ta)

Il n'est donc pas surprenant que Frank Zappa ait pu être approché par les responsables du Parti Libertarien (dont les théories s'appuient sur Lysander Spooner et non Proudhon ou Bakounine) lors des élections de 1988. La régularité de ses interventions dans le champ du politique explique, par ailleurs, son désir de se présenter à la candidature aux Présidentielles de 1992. Plus démocrate que Bill Clinton, il aurait entraîné avec lui un courant chamarré libertaire issu de la contre-culture.

Lire ici

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