Les Anges exterminateurs

Les Anges exterminateurs, film français (2006), réalisé par Jean-Claude Brisseau, avec Frédéric van den Driessche, Maroussia Dubreuil, Lise Bellynck.

François, cinéaste, s'apprête à tourner un film policier. Il fait passer des essais pour une scène de nu à une comédienne qui lui révèle le plaisir qu'elle éprouve dans la transgression de petits interdits érotiques. Poussé par le désir d'apporter quelque chose de nouveau dans le cinéma, il décide de mettre en scène un film mi-fiction mi-réalité, tournant autour de ce qui se révèle de façon inattendue une énigme et un tabou : les petites transgressions qui donnent du plaisir. Sa recherche dans le domaine érotique le confronte à des questions de fond auxquelles, tout comme Icare s'approchant du soleil, il va se brûler les ailes.

Brisseau a été condamné pour harcèlement sexuel. Comme l'écrit Télérama, plutôt que de faire appel, il a choisi de faire un film. Il évoque sa quête d'absolu, ou plutôt de l'absolu féminin du désir, du plaisir et de la luxure. Ses difficultés à recruter trois actrices. Lesquelles se caressent avec allégresse devant sa caméra, que tient par procuration un très bon van den Driessche. Mieux encore, de scènes exhibitionnistes en scènes lubriques, les petites se jetteront corps et âme (au sens propre du terme) dans quelques petits plaisirs saphiques.

Que Brisseau fasse un film d'auto-justification, passe encore. C'est un mode de développement de ses thèses qui vaut bien le bouquin qu'on écrit, le blog qu'on tient, les discours qu'on prononce. Mais que Brisseau sombre dans le n'importe quoi, voilà qui est plus gênant. Sa mémé, qui, au début du film, lui conseille de ne pas franchir le rubicond ; sa femme, pas plus gênée que cela d'ailleurs par les penchants ultra-voyeuristes de son mari, qui pourtant ne fait jamais rien ; les actrices, soi-disant folles amoureuses de ce gros tas. L'une des dernières scènes, où Julie, l'une des trois actrices, la seule à tourner véritablement dans le film au final, lui dévoile sa flamme, et, par contumace, celle de ses complices de polissonneries, est proprement ridicule. A elle seule, elle détruit une large part de l'intérêt du scénario, et ramène les Anges exterminateurs à un film du dimanche soir d'M6 à peine amélioré.

Reste que je suis un indécrottable optimiste ; je reconnais donc au moins deux ou trois qualités à ce film, dont la moindre n'est pas la teneur des textes d'explicitation de l'orgasme, de l'excitation due à l'interdit, et de la jouissance féminine. Au final, et malgré mon jugement sévère (j'aurais pu plus encore insister sur la faiblesse incroyable de la mise en scène), je me rangerais néanmoins presque à l'avis du Monde :

La quête d’une émotion particulière, ou plutôt de la façon dont le cinéma peut la faire naître, est celle d’un cinéaste qui s’est lui-même, depuis toujours, nourri de façon boulimique de films pour essayer de percer ce secret. A une époque où toute émotion paraît suspecte, voilà peut-être le crime le plus parfait mais aussi le geste le plus libre.

C'est toujours un peu mieux que la Bestia in Calore, pour ne citer que celui-là.

Internet explorer

Je remarque à l'occasion qu'il y a des bugs non négligeables d'affichage de ce blog avec Internet explorer. A cela, j'ai enfin trouvé la solution !

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Un bon communiste

On va encore accentuer la capacité d'oppression des forces de l'ordre et de la justice. Bel exemple de pays qui sombre chaque jour un peu plus. Pendant ce temps-là, on oublie de fêter Mao. C'est un tort, on devrait au contraire garder une place de choix, au Panthéon de l'horreur, à tous les bouchers staliniens et plus encore, à leurs laudateurs. Ceux d'hier, qui pourtant n'ignoraient rien du Grand timonier, à qui ils rendaient visite et léchaient le cul, et aussi ceux d'aujourd'hui, pour lesquels rien ne vaudrait une bonne petite révolution, si possible dans le sang.

C'est pourtant simple, et Sartre ne s'est qu'en partie trompé : un bon communiste, c'est un communiste mort.

être Copeau

être Copeau, c'est choisir le combat permanent. Rien moins que cela. Affronter sa propre logique, mise à mal par les drogues et l'évidence. Lutter contre ses penchants, contre sa famille, ses amis, ses proches. Comprendre l'impensable, découvrir l'évidence cachée aux yeux de tous ; et se faire remettre dans le droit chemin, par ce foutu UniOrd. Pourtant, continuer le combat, ne jamais céder, reprendre son individualité foulée aux pieds. Et assouvir ses passions aussi, son combat pour un amour impossible parce qu'authentique. Retrouver Lilas, ses seins gonflés, son visage d'ange, et fuir ce monde absurde, pour une île méditerranéenne. Comprendre, là bas, que le bonheur n'existe pas encore, et reprendre le combat, alors que le havre de paix semble trouvé, contre ce monde absurde. Perdre encore au combat. Fuir, se soumettre, se démettre ? rien de tout cela n'atteindra Copeau, qui, lui, choisira toujours de se battre, et s'il doit périr dans les flammes avec Uni, c'est sans hésitation qu'il le fera. Voilà l'authentique liberté. Tenez-vous le pour dit.

Final Cut

Final Cut, film de avec Robin Williams

Dans un monde qui n'est pas le nôtre, mais qui n'est pas vraiment le futur non plus, les parents avisés et ayant les moyens peuvent payer à leur progéniture, avant même sa naissance, un implant d'un genre particulier, qui consiste en une sorte de caméra organique, qui filmera toutes les scènes, jusqu'aux plus intimes, de toute la vie du futur nouveau-né. A sa mort, il sera alors possible de réaliser un « film souvenir » des principaux moments de son existence, depuis l'accouchement de sa mère jusqu'à son décès, en passant par sa première rencontre, son mariage, son premier enfant, et tous les événements marquants de l'existence. Robin Williams occupe la fonction, rare et recherchée, de « monteur » professionnel, chargé de mettre en musique et en film les scènes de tout individu pour lequel on fait appel à lui.

Sur cette bonne idée de départ, à la saveur fortement dickienne, le réalisateur sort un film relativement médiocre. Tout tourne autour du droit à l'image, du droit à sa liberté, à ne pas être filmé, soit à son insu, soit en connaissance de cause. Des manifestants scandent des slogans anti-big brother et gardent le secret espoir que ce système totalitaire s'effondrera. Sauf qu'on ne croit pas une seule seconde à ce dilemme liberté – voyeurisme. Un affairiste récemment mort aimait beaucoup les petites filles, dont la sienne. Comment pouvait-il céder à l'inceste alors qu'il savait qu'il était filmé, ainsi que sa fille ? Voilà une grosse faille du scénario.

Robin Williams est plus ou moins crédible dans son rôle pas très drôle et même un peu lugubre, un peu à la manière de Par-delà les nuages. Mais on s'endort dans les interminables longueurs d'un film qui, partant d'un prémisse excellent, frôle la correctionnelle.

Gone fishing

Je vous laisse quelques temps, je pars à la pèche avec des copines, qui déjà m'attendent, non sans avoir récolté d'ores et déjà quelque menu fretin. Afin de ne pas vous abuser, les commentaires seront fermés durant mon absence.

A bientôt !

Bowling for China

On nous rebat les oreilles sur l'essor phénoménal de la Chine. Outre qu'un taux de croissance de 7 ou 10% là-bas peut être comparé en valeur absolue à un taux de 1% chez nous[1], il ne faut pas oublier que le régime chinois n'est pas capitaliste au sens où l'accumation du capital s'allie avec la liberté de contractuer et la liberté d'entreprendre. Au moins deux des trois items sont absents en Chine. Guy le rappelle très bien dans son dernier billet :

Cette anesthésie générale n’est pas contradictoire avec le modèle économique adopté en Chine : ce modèle est fondé sur l’exploitation d’une main d’œuvre docile et bon marché travaillant pour l’exportation. L’amnésie d’Etat , le décervelage, ce sont des éléments de calcul économique : il importe que le peuple ne pense pas trop par lui-même.

En Chine, la croissance est l’opium du peuple : ou, plus exactement, l’espoir de la croissance car les trois quarts des Chinois végètent dans une absolue pauvreté , sans ressources , souvent sans écoles et sans médecine.

Rappelons ici le sort de Shin Tao, autre journaliste en prison pour avoir posté un message sur un website démocratique : arrêté pour divulgation de secret d’Etat, il a été dénoncé par Yahoo.

La dictature chinoise tient grâce au soutien des dirigeants politiques et économiques occidentaux : on achète les produits et l’on fournit la technologie... Ce choix de l’occident est évidemment immoral, mais est-il réaliste ? Le réalisme devrait nous inciter à écouter les Chinois et pas seulement leurs gardiens de prison.

Notes

[1] Voir la Guerre des deux France, de Jacques Marseille.

Pravda

Je ne veux pas verser dans un poujadisme aux relents nauséeux, que bon nombre de « libéraux » plus ou moins partisans de la liberté aiment à embrasser comme ses amis embrassent la mariée, mais je ne parviens plus, malgré ma volonté de cultiver un calme yogaesque, à supporter la propagande gauchisante des médias français. Ou plus exactement, des stations de radio et de télé publiques françaises. Prenez la télé : peu me chaut si Canal + est une chaîne gauchiste, au sens précis du terme, c'est parfaitement son droit, comme Claude Cabanes a le droit d'être le directeur du torchon que, jadis, Jean Jaurès créa. Mais que les séides de France 2 ou France Inter (Rance 2 et Farce Inter) se servent des ondes pour développer leur petite propagande m'horripile. Que ces petits robins du prêt-à-penser quotidien, qu'on doit lire comme l'enfant de chœur récite son missel, nous prenne sans cesse pour des cons parvient à me faire sortir de mes gonds.

Prenez – et ce n'est bien évidemment qu'un exemple entre mille – la revue de presse de Télématin, sur France 2. Notre ami journaliste juge bon de nous entretenir, chaque jour, de la une des quotidiens du jour. Outre que se limiter au titre d'une « une » est un peu léger comme travail d'anayse glaciale, approfondie et objective d'un média, et qui ne lui demande manifestement guère plus de sueur qu'à un postier ordinaire pour accomplir sa tâche, nous abreuver chaque jour de Libé et de l'Huma commence à me les brouter menues. Mieux encore, le mercredi, que n'a-t-on droit aux irremplaçables, que même Cuba nous envie, Charlie-Hebdo et Canard ! Pour que le tableau soit complet, il ne manque que Rouge et Révolution prolétarienne, mais ça ne saurait tarder.

Bien évidemment, je ne vous fais pas l'affront de préciser que Minute, pour ne citer que ce torchon-là, ne fait pas partie de la liste de notre sympathique ami journaliste.

Et il faudrait payer une « redevance » pour ça ? J'espère, mes amis, que vous n'avez pas la télé, car les médias publics, aux ordres du gouvernement dans le meilleur des cas, gauchistes au pire, sont une authentique incitation vivante à la fraude fiscale.

Qui sont les terroristes ?

Je sais que ce n'est pas très bien de repomper les textes parus ailleurs, mais je ne puis m'empêcher de le faire présentement :

Le terme de terrorisme que faute de mieux, l’on utilise à tout va, ne permet pas de définir véritablement ni de comprendre la lutte radicale engagée par les combattants d’Allah au sein même du monde musulman et contre l’occident. Cette lutte ou plus exactement ces deux combats, externes et internes à l’islam, leurs méthodes et leurs buts sont absolument neufs.

La méthode ? Là est l’innovation totale , aux conséquences incalculables. Les mouvements dits terroristes ont créé une arme nouvelle, le combattant martyr, formé, produit pourrait-on dire, en série. À la différence de l’anarchiste russe du dix-neuvième siècle , un individu prêt à mourir pour sa cause , de quelques rares tamouls qui se jettent sur une cible désignée et des kamikaze japonais , contraints par leurs officiers à s’écraser sur des navires américains , les nouveaux combattants islamistes sont innombrables, volontaires ,mus par leur foi et s’attaquent par priorité à des victimes innocentes et indiscriminées : volontaire ou manipulée ( mais ceci est un jugement extérieur et laïc ) , en nombre illimité, du Maroc à Java , cette armée invisible de combattants- martyrs rompt avec toutes les stratégies militaires antérieures à la manière dont l’arme nucléaire en 1945 , bouscula tous les calculs d’état-major anciens.Aucune arme classique, aucune armée traditionnelle ne semblent en mesure de vaincre sur le terrain , ce terrorisme nouveau.

Les buts du terrorisme ? Là , le vocabulaire est trompeur. Ce qui en Occident est perçu comme terroriste, violence gratuite et absence d’objectif , du point de vue de bien des musulmans (pour nous concentrer ici sur le terrorisme islamique, laissant de côté arbitrairement, la Colombie ou le Sri Lanka), c’est un combat de libération. Un combat que les foules , arabes en particulier (à ne pas confondre avec les musulmans car seulement 20% des musulmans sont arabes) soutiennent ; eh oui , c’est embarrassant mais c’est un fait. Voyez la popularité de Ben Laden chez les jeunes et de Nasrallah maintenant , le leader du Hezbollah.!

Rappelons donc que pendant la deuxième guerre mondiale, dans toute l’Europe, les résistants au nazisme furent qualifiés de terroristes par le gouvernement allemand ; et que les combattants Tchétchènes sont appelés terroristes par le gouvernement de Moscou. Du point de vue des terroristes islamistes, leur combat est aussi une guerre de libération contre une occupation . Bush les traite de fasciste mais ces islamistes estiment que le fasciste c’est Bush.

En vrai , qui occupe qui et de quelle occupation s’agit-il ? En Tchétchénie, on voit bien. Et Israël ? L’Etat d’Israël est perçu par la plupart des Arabes comme une colonie d’occupation : peu leur importe que cet Etat soit reconnu par l’ONU et par la plupart des gouvernements arabes et musulmans.De toute manière, l’ONU et ces gouvernements sont aussi dénoncés par les combattants terroristes comme des occupants, réels ou symboliques, toujours illégitimes puisque non-islamiques. De même l’Irak et l’Afghanistan sont perçus comme occupés par les armées occidentales bien que ces armées aient libéré ces deux pays de leurs despotes. Mais l’Algérie et l’Egypte sont aussi occupés dés l’instant où leurs gouvernements sont laïcs et collaborent avec l’occident . Pareil pour l’Indonésie, le Pakistan, les Etats du Golfe, l’Arabie saoudite. L’Inde , récemment attaquée ? Les quelque cent vingt millions de musulmans qui y vivent sont décrétés prisonniers par les mouvements islamistes locaux parce que l’Etat indien est laïc et non musulman.

Bref, où que l’on regarde, il n’existe pas dans le regard des islamistes radicaux un seul Etat légitime ; à l’exception peut-être du Soudan qui se réclame de la charia et qui combat les infidèles sur son territoire. L’Iran ? À majorité chiite, il n’est pas légitime pour les Sunnites qui considèrent le chiisme comme une hérésie.

Au total , le seul Etat tolérable pour les islamistes , serait celui qu’ils dirigeraient comme l’Afghanistan au temps des talibans ; mais cela même serait provisoire puisque le but ultime des islamistes est le dépassement de tout Etat pour constituer une communauté sans frontières des croyants , la Umma , dirigé par un calife , successeur de Mahomet.Les guerres et attentats en Palestine , au Liban , à Bali, à Londres , à New York, à Madrid ne sont que des étapes vers le projet final de califat universel.

Si les Etats occidentaux sont coupables dans le regard islamiste , c’est tout de même à un moindre degré que les Etats musulmans ; leur culpabilité est moins fondamentale . Il leur est seulement reproché d’oppresser les minorités musulmanes ( interdiction du foulard dans les écoles françaises par exemple )et de s’allier avec des gouvernements impies dans les mondes musulmans ; l’alliance avec les Saoudiens est particulièrement abominable parce qu’elle empêche les islamistes de reprendre le contrôle des deux villes saintes. Un Ben Laden n’envisage pas de prendre le pouvoir aux Etats-Unis ; il ne s’attaque aux Etats Unis que dans la mesure où ceux-ci font obstacle à sa volonté de régner sur La Mecque.

La guerre de libération des islamistes est nécessairement mondiale : nul n’est à l’abri puisqu’il se trouve partout des musulmans opprimés et des Etats collaborateurs de cette oppression . Jusqu’en Chine ( les Ouighours ) ou au Brésil ( les immigrés libanais ). Au total, les ennemis des islamistes sont partout et tout le monde est susceptible, y compris par inadvertance, de devenir un ennemi ; voyez le Danemark , pour ses caricatures .

Mais quelle est donc la nature de l’oppression subie par les islamistes ?

Selon ceux-ci, elle n’est pas seulement de nature politique ni économique ; le terrorisme vise à détruire les Etats non-islamiques mais plus encore les civilisations non-islamiques . Des civilisations haïssables parce qu’elles polluent les esprits avec des valeurs impies : au coeur de ce combat est le statut de la femme.

Dans les écrits fondateurs du terrorisme islamique, en particulier chez l’Egyptien Sayd Qtub, dans les années 1950, il est clair que l’émancipation des femmes par les occidentaux et leurs alliés musulmans, est le péché capital du monde moderne : les terroristes meurent pour ré islamiser les femmes , les libérer de l’ asservissement immorale aux valeurs occidentales.

Voici des faits : chacun est libre de les interpréter à sa guise, par la psychologie, l’idéologie et la théologie. Mais pour un combattant islamique , il n’est pas de contradiction entre le combat politique et le combat psychologique : dans le Coran , le terme de Djihad apparaît deux fois , une première comme guerre sainte contre les infidèles , une seconde comme lutte intime contre le Mal en nous-même . Le terroriste peut donc considérer à bon droit , qu’il mène une guerre sainte , celle du territoire à libérer en même temps que celle des valeurs.

Voilà pourquoi les terroristes islamistes attaquent les musulmans autant que les non musulmans, les victimes musulmanes étant au total les plus nombreux. Voyez l’Irak ! Ce paradoxe a une explication théologique : selon certains exégètes du Coran, en particulier Ibn Tamiya au treizième siècle, un musulman qui ne pratique pas un islam véritable devient un renégat et doit donc être exterminé. Mais qui définit l’islam véritable ? En dehors du chiisme qui est organisé sur un mode hiérarchique et clérical, il n’existe pas d’autorité religieuse en islam : tout interprète n’a d’autre légitimité que celle qu’il s’arroge et que des disciples voudront bien lui reconnaître. Le Coran ne dit rien d’autre que ce que les exégètes du moment lui font dire .Les mouvements terroristes sont donc nécessairement émiettés, à l’image de l’islam lui-même ou, à la rigueur fédérés à la manière souple d’Al Qaida. Seul , le Hezbollah ressemble à une armée structurée parce que qu’il est chiite et donc hiérarchisé. C’est en vain que l’occident cherchera à décapiter le terrorisme islamique, puisque comme l’islam, il ne saurait avoir une seule tête.

Ce terrorisme islamique cessera-t-il , comment pourrait-il cesser ?

L’ambition des islamistes étant métaphysique autant que politique, rien ne pourra jamais les satisfaire. Si la Palestine devenait un Etat, il resterait Israël. Si Israël disparaissait, il resterait les Etats-Unis. Si les Etats-Unis se repliaient sur eux-mêmes, il resterait des gouvernements non-islamiques. Si la famille Saoud s’évanouissait, il y aurait encore l’Inde et sa démocratie. Et il resterait toujours des femmes musulmanes non voilées. On doutera donc que des concessions accordées aux islamistes les feraient disparaître ; ce serait ignorer la nature profonde de leur mouvement .De même , c’est une illusion de croire que la solution de conflits locaux mettrait un terme à l’islamisme mondial .

Il reste à vivre avec le terrorisme, le contenir, adapter notre mode de vie à sa menace réelle , constante et de plus en plus universelle ; cette politique de « containment » est le choix majoritaire en Europe, avec l’espoir secret d’échapper au pire et de reporter la violence vers le voisin. Une autre stratégie serait de réduire les conditions objectives qui ont favorisé la naissance du terrorisme islamique moderne : tel est le choix américain.

À suivre l’analyse, maintenant bien connue, des stratèges américains qui inspirent le gouvernement de George W Bush (mais tout autant Hillary Clinton et John MacCain, les deux candidats probables à la succession) , le terrorisme islamique serait né de la frustration politique et économique du monde arabe. C’est parce que les élites éduquées et semi éduquées de l’Egypte ou de l’Arabie saoudite n’auraient aucun moyen de s’exprimer dans le champs politique ou économique ou culturel , que l’islamisme serait devenu l’alternative séduisante . L’absence de perspective dans la plupart des pays musulmans et le contraste avec la prospérité de l’occident aurait précipité la jeunesse- par ailleurs fort nombreuse- vers des aventures immatérielles, religieuses et romantiques. Toutes ces frustrations auraient été récupérées par des prédicateurs religieux , eux-mêmes en quête d’autorité politique et spirituelle. La solution américaine consiste donc à favoriser la démocratie et le libéralisme dans les mondes musulmans avec l’espoir de canaliser les énergies vers les réalités concrètes, ici-bas plutôt que vers le paradis.

Cette analyse américaine est historiquement fondée ; elle est partagée par des libéraux musulmans du type de ceux qui dirigent aujourd’hui la Turquie, la Malaisie et l’Irak. Mais, trop matérialiste, cette analyse butte tout de même sur des caractéristiques propres au monde arabe : celui-ci, pour beaucoup, vit dans la nostalgie d’un âge d’or passé. L’opinion publique arabe est plutôt en quête d’un nouveau Saladin salvateur (hier c’était Nasser) que d’institutions démocratiques. De plus, l’établissement de la démocratie requiert une homogénéité ethnique et sociale qui se rencontre rarement dans le monde arabe où chacun s’identifie plus volontiers à sa communauté qu’à une nation aux contours artificiels, dessinés dans les années 1920 par des Européens. Ajoutons que la démocratie et le libéralisme sont des processus très lents qui répondent mal aux désirs immédiats des foules adolescentes. Enfin et surtout, n’est-il pas étrange que les Américains, nation très religieuse, sous-estiment à ce point la séduction irrésistible de l’islam sur les Arabes ?Il n’est pas démontré que le mysticisme soit soluble dans la démocratie libérale.

Et cependant, malgré les limites de l’analyse américaine, qui propose autre chose ? Pourrait-on feindre de ne pas voir le terrorisme, croire que l’on y échappera ? Le mouvement islamiste est bel et bien en voie de mondialisation : arabe au départ, il a gagné tous les mondes musulmans et les musulmans de nationalité occidentale. Bush ou pas Bush, hier Sharon ou pas Sharon, les islamistes poursuivront leurs actions parce qu’eux les estiment justes.

Et nous en Europe, devrions-nous continuer à soutenir les tyrannies dans le monde arabe parce que celles-ci prétendent aussi lutter contre le terrorisme ? C’est en gros, la position cynique de la France. Est-ce plus réaliste que le choix américain ? Mais là où l’on soutient les tyrannies , on accroît en même temps , la clientèle future des islamistes. Tel est bien le dilemme dans lequel les islamistes ont choisi de nous enfermer. À choisir entre ces deux maux, il me semble plus cohérent, plus porteur de solutions à terme de parier sur la démocratie en terre d’Islam ; la difficulté tient à la transition, on le constate en Irak.Des élections libres en Palestine, dans les Etats du Golfe, au Maroc, en Jordanie, permettent aux islamistes de s’approcher du pouvoir , voire de s’en emparer. Est-ce redoutable ? Mais , un parti islamiste n’est pas nécessairement terroriste ; il peut, au contraire, être le mieux équipé pour lutter contre le terrorisme. L’exemple de la Turquie, certes singulier, montre que la fin de la violence passe peut-être par le pouvoir des partis musulmans, les démo-musulmans. Qui est mieux placé qu’un musulman pour comprendre un autre musulman et pour l’empêcher de verser dans le terrorisme ? La fin de la terreur ne viendra pas de l’extérieur de l’islam ; elle ne peut venir que des musulmans eux-mêmes . À nous d’aider les bons .

Guy Sorman, Paris 12 août 2006

En terre étrangère

Copeaudcast consacré à En Terre étrangère, de Robert Heinlein.

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My Girlfriend's girlfriend


En cadeau, un petit clip de Type O Negative.

Guerre au droit, guère le droit

A lire de toute urgence sur le blog de Chacun pour soi, un texte majeur de Ronnie Hayek et consacré aux rapports qu'entretiennent les guerres totales menées par les démocraties contemporaines et leur soumission, pourtant scandées par ces dernières elles-mêmes, au droit. Il n'y a pas pire argument que celui de la mauvaise foi.

Qu’il s’agisse du droit des neutres, de la liberté de commercer (sur les mers, notamment), de la proportionnalité des ripostes, il s’agissait de confiner sévèrement les États dans leurs limites. Un des principes fondamentaux était qu’aucune armée belligérante n’était légitimée à s’en prendre à des parties extérieures au conflit, et donc à de paisibles civils. Cette distinction rigoureuse entre civils et puissances hostiles fut fortement mise à mal par notre époque démocratique : puisque la démocratie était censée reposer sur la "souveraineté du peuple", le "peuple" devait désormais être tenu pour solidaire des actions du gouvernement supposé en émaner - pour le meilleur et pour le pire. C’est toujours sur ce raisonnement fallacieux que sont assises la plupart des actions gouvernementales. Dès lors, la population tout entière est devenue de la simple chair à canon ou, au mieux, un gigantesque bouclier humain servant de protection aux irresponsables qui régissent les citoyens.

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