D'une façon générale, je suis souvent interpellé sur le point de savoir quelle stratégie devrions-nous adopter pour diffuser au mieux nos idées, dont on ne peut pas dire qu'elles soient des plus populaires - ni d'ailleurs des plus connues en ce vert pays.

Il me semble que les divergences qui m'opposent à beaucoup tiennent moins en une finalité différente qu'en une vision différente de la stratégie à adopter.

En effet, je crois qu'on peut résumer en quatre idéaux-types les choix qui s'offent à qui veut s'engager pour la promotion de nos idées marxisto-collectivistes :

1. la voie solitaire (attention je n'ai pas dit "individualiste", car c'est pour moi un très beau mot). C'est celle que je prends avec ce blog. C'est celle de tous les guerriers solitaires du net et d'ailleurs. C'est celle que ceux qui refusent tout compromis, et qui refusent même de coopérer avec leurs semblables. Il y a des gens comme ça. Mais - je vais peut-être vous étonner, messieurs mes détracteurs - ce n'est pourtant pas mon cas. C'est une voie qui n'est pas nécessairement vouée à l'échec. Elle est même individuellement enrichissante, c'est incontestable. Mais elle est aussi stérile. Et qui veut plus doit s'y employer.

2. La voie opposée est celle de l'engagement partisan. Dans le combat politique, dans un parti. Outre que je n'aime pas spécialement faire la pute (j'ai dit "faire la pute", pas "me faire une pute", maman), je trouve cette stratégie pour le moins risquée lorsqu'on voit qu'un candidat se réclamant de nos couleurs ne parvient, nonobstant un charisme personnel indubitable, à se hisser qu'à quelques pourcents lors d'élections de prime importance. Il reste alors deux voies médianes, moins extrêmes que les deux précédentes. Etudions-les à présent, si vous le voulez bien.

3. Il y a la solution du lobbying. Peu importe la forme qu'il prenne : association, syndicat, le but est toujours le même : se servir de la société civile pour faire passer ses idées. Lorsqu'on parvient à obtenir une puissance non négligeable, cette voie est des plus rapides. Qu'il s'agisse de puissance technique et financière (par exemple, les Contribuables associés), ou de puissance médiatique (Lib chérie), la voie du lobbying est pleine d'avenir. Les ONG ont presque toutes été créées de la sorte.

Mais il y a un hic.

Le lobbying sous-entend que les thèses défendues sont populaires. Plus exactement, qu'elles sont susceptibles une fois connues de recueillir l'assentiment du plus grand nombre. Ce qui, je le répète, n'est pas notre cas. Alors à quoi bon faire le con avec une pancarte "vive moi" si c'est pour passer pour un hurluberlu fanatique ? A quoi bon planter deux tournesols en plastique dans un pot Riviera si c'est pour se ridiculiser ?

La solution du lobbying suppose résolu son principal obstacle : son degré d'accointance avec le vulgus pecus.

4. C'est pourquoi je crois meilleure une quatrième voie. Celle qui consiste à se dire que le combat que nous menons ne se gagne pas sur le terrain - ou pas principalement -, mais dans les esprits. C'est la voie choisie par les think tanks. Il est vrai qu'en France ils se font rares. Mais ils existent, et leur financement n'est pas toujours aussi aisé qu'ailleurs.

C'est la voie que j'ai - à mon très modeste niveau - choisie, avec catallaxia et le forum que vous connaissez peut-être. C'est la voie la plus exigeante intellectuellement, la plus prenante. Et - contrairement à ce qu'une vision superficielle pourrait laisser croire - l'une des plus tolérantes aussi. C'est accepter que des gens fort différents, tenant un discours très éloigné du mien, puissent s'exprimer en toute quiétude et liberté. C'est accepter la critique.

Chose que, semble-t-il, ni les artisans de la voie 2, ni ceux de la voie 3, ne peuvent concevoir. Je les plains : la critique est toujours constructive, c'est elle qui permet d'avancer.