Deux saines lectures

Au gré de mes pérégrinations, j'ai pu trouver sur un seul et même blog, qu'au passage je salue, deux articles fort intéressants :

  • L'égalitarisme, ce grand pourvoyeur d'inégalités
  • Le soleil couchant d'Austerlitz : crise de notre identité nationale

A lire attentivement !

Privilocratie

Comme l'écrit fort justement Jean-Louis :

les recettes politiques échouaient à apporter des solutions viables aux problèmes de société dont les ministres veulent pourtant conserver le monopole de la gestion. Il est facile d’attendre tout de l’Etat, d’accorder son bulletin de vote en fonction d’avantages à préserver ou à conquérir, puis déclarer ne pas se reconnaître dans les hommes politiques. La démocratie a besoin du personnel politique ; mais la démocratie a aussi besoin d’individus responsables, innovants et entreprenants.

Voici quelles sont les raisons du malaise persistant, le vrai.

Terrorisme et étatisme

Le terrorisme est une guerre faite à l'individu. Il frappe par surprise, entretient l'imprévisibilité, pour destabiliser les consciences. Il fait peur parce qu'il est insaisissable, protéiforme, à la fois partout et nulle part. Il est dans les têtes, dans les cauchemars, dans les sueurs froides de chacun d'entre-nous lorsque, en période d'intense tension, nous jetons aux gens qui nous entourent un regard empli de prudence sinon de crainte. Evidemment, l'Arabe du coin sera particulièrement suspecté, surtout s'il porte la barbe, et plus encore, pour les plus avertis, s'il ne la porte pas, et s'il est rasé de près.

Il est clair que les terroristes, par leurs attaques épisodiques et symboliques, ne cherchent pas du tout à faire du chiffre, à tuer le maximum d'innocents. Les dégâts qu'ils causent dépassent très largement les pertes humaines et matérielles dont ils sont directement à l'origine. Comme le dit Mathieu,

Ils cherchent à briser la confiance, à embrouiller les esprits, à semer le doute et à répandre l'inquiétude. Ils espèrent ralentir le tourisme, freiner le commerce, frapper l'économie tout entière, c'est-à-dire l'échange humain et la liberté. Ils veulent assécher nos coeurs et étouffer notre vitalité.

Comme les terroristes peuvent frapper à toute heure, en tout lieu, toute cible, les grands esprits croient avoir trouvé la solution. Il faut, selon eux, que l'Etat régente tout, qu'il contrôle notre vie, qu'il nous suive à la trace, qu'il nous demande nos papiers à tous les coins de rue, qu'il nous surveille par l'objectif de ses caméras nombreuses et bourdonnantes, qu'il appréhende, trace, maîtrise tout, absolument tout.

A mesure que s'accroît la suspicion, s'étend le pouvoir.

Le terrorisme, même si ce n'est bien évidemment pas son but premier, est un vecteur privilégié de développement de l'ultra-étatisme. En ces périodes troubles et difficiles pour notre bien-aimé Etat-providence, c'est même la route la plus sûre que l'étatisme a choisi d'emprunter. Voici pourquoi les hommes de l'Etat n'ont que faire de l'éradication du terrorisme.

Sur le CPE

J'ai pour habitude de ne pas aborder les sujets de l'actualité brûlante, ou alors de manière très incidente, comme c'était le cas pour les émeutes des banlieues à l'automne. De manière incidente, ou plutôt en laissant la parole à d'autres. Sur le CPE, c'est vers Thomas Sowell que je vous propose d'aller.

Student riots in Paris remind us that education at elite academic institutions is not enough to teach either higher morals or basic economics. Not on their side of the Atlantic or on ours.

Why are students at the Sorbonne and other distinguished institutions out trashing the streets and attacking the police?

Because they want privileges in the name of rights, and are too ignorant of economics to realize that those privileges cost them jobs.

A lire ici.

Mort aux social-traîtres !

Constantin évoque dans ce billet la haine viscérale que les Français, et leurs proches cousins belges, vouent à l'entreprise, et même, plus généralement, à l'esprit d'entreprendre et à la responsabilité afférente. En ce sens, nul bien pensant n'a besoin de pratiquer un quelconque prosélytisme ; ce sont au contraire les libéraux, nous, qui devons faire oeuvre de propagande pour que nous ouvrions toutes et tous les yeux sur la réalité de l'enfer ultralibéral anglosaxon.

Rappelons également ces mots de Pascal Salin :

Un entrepreneur, un vrai entrepreneur, n’est pas une simple machine enregistreuse de coûts qui seraient déterminés par ailleurs à partir de données purement techniques (comme s’il existait une seule manière de produire un bien donné). C’est quelqu’un qui regarde un marché, essaie d’en prévoir l’évolution, détermine la nature et le prix de ce qu’il veut vendre et cherche ensuite les moyens de produire de la manière la plus économique, c’est-à-dire évitant de gaspiller des ressources qui sont nécessairement rares, afin d’obtenir une probabilité de profit aussi élevée que possible.

Le mage Lepage

Une petite brève, et les brèves sont relativement rares sur ce blog, pour vous signaler un événement majeur : la sortie du blog d'Henri Lepage, l'excellent économiste et essayiste libéral français.

Pour plus d'infos sur l'auteur de Demain le capitalisme, vous pouvez consulter le célèbre wikibéral ou le prometteur Liberpédia.

Garelloose

Que fait, depuis tant d'années, Jacques Garello sur une radio ouvertement fasciste ?

Quel pied-de-nez nous fait-il en parlant, là bas, du libéralisme ? Comment ose-t-il se référer, quasi systématiquement dans ses liens, à wikibéral, sans sourciller ?

Evidemment, rien de neuf dans mes propos, mais je tenais à clamer une fois encore à quel point ça me fait mal. Un grain à moudre pour Controvertia.

Busherie

L’Amérique sombre depuis 2001, et je ne parle pas des attentats du 11-septembre, mais de la politique liberticide menée par le président Bush. Je pense tout d’abord – et bien évidemment – au Patriot Act, espèce de loi interlope qui accorde aux autorités fédérales un arsenal de prérogatives sans précédent, en matière de surveillance, de détention et d’investigation. Ce texte supprime le cloisonnement entre services secrets et police, donne accès aux informations confidentielles (genre dossier médical ou mails), et autorise les perquisitions à l’insu de l’occupant ou du propriétaire. Les défenseurs des libertés individuelles, que nous sommes, ne sauraient trop se révolter contre l’usage exponentiel des « national security letters », qui sont émises par le FBI, sans aucun contrôle judiciaire, et qui permettent à la police fédérale d’accéder au courrier, aux mails, aux appels, aux relevés bancaires d’un individu sans qu’il en soit informé, et sans que celui qui doit appliquer la lettre du FBI n’ait le droit d’en parler ou d’engager un recours. Ne croyez pas que ce soit anecdotique : le FBI émet 30 000 lettres (vous avez bien lu) par an.

Mais le FBI n’est pas seul dans son travail de sape des libertés individuelles aux Etats-Unis. On trouve à ses côtés la crème de la crème des services secrets, la Counterintelligence Field Activity (CIFA), une agence ultrasecrète du Pentagone. Sous le nom de code Talon, la CIFA fiche tout un chacun, suspecté de près ou de loin d’activisme terroriste. Lorsqu’on sait que les opposants politiques de Bush sont fichés, que les Quakers le sont également, il conviendrait plutôt de dire « de très très loin d’activisme terroriste ».

La NSA (National Security Agency) met sur écoutes n’importe qui, à la manière de Tonton du temps béni de sa grandeur élyséenne.

John Dean, qui fut jadis conseiller de Nixon, a écrit Pire que le Watergate (2005), ouvrage dans lequel il explique que W Bush a commis, par son action depuis 2001, « un acte passible d’impeachment ». La défense de la sécurité nationale américaine justifierait-elle tout et n’importe quoi ? la surveillance antiterroriste des militants de Greenpeace ? les ébats amoureux des couples new-yorkais par l’hélicoptère de la police ? la détention indéfinie de « combattants ennemis » ? la torture, le goulag de Guantanamo, les écoutes ?

Ecoutons Andrew Sullivan :

« L’Amérique a vu le jour en rejetant les pouvoirs d’un roi George. C'est perturbant d’imaginer que l’on serait discrètement en train d’en introniser un deuxième ».

Pour finir, je voudrais citer deux réflexions pertinentes, issues toutes deux d’interviews accordés au Point de la semaine dernière, et proférées par deux figures absolument opposées de la vie politique américaine. Mais deux citations qui lèvent pas mal d’ambigüités et qui ont le mérite de prendre les bien-pensants à contrepied. Rien que pour cela, qu’ils en soient loués. :)

Voici la première citation :

« La doctrine actuelle du pouvoir présidentiel est conçue par des réactionnaires, des étatistes extrémistes qui rêvent d’un régime de tyrannie. Cela fait peur, mais je crois qu’il y a assez de liberté aux Etats-Unis pour que les gens résistent. »

Et la seconde :

« Bismarck n’a-t-il pas dit que la guerre préventive équivalait à commettre un suicide par peur de la mort ? (…) J’avoue être resté moi-même perplexe en voyant que (les néocons) étaient en quelque sorte les architectes intellectuels du grand projet pour le Moyen-Orient. Ils avaient (pourtant) passé les trente dernières années à combattre énergiquement ce qu’ils appelaient l’ « engineering » social, qui consiste à amener des changements politiques et sociaux dans des pays lointains par des actions directes ou indirectes. Cela m’a semblé totalement contradictoire. »

La première est de Noam Chomsky, la seconde de Francis Fukuyama. Voilà qui relativise pas mal de certitudes.

Amirak

It would be wrong to say that the insurgents are beating the Americans on the battlefield. But they don't have to. The insurgents win merely by making Iraq ungovernable. The occupying forces and their Iraqi allies have been losing fewer men than before. But they are no longer the main targets. The Americans and their allies must not stay indefinitely: virtually all Iraqis long for them to go. Yet most of Iraq's elected leaders, struggling to build a coalition, agree that an American rush for the exit would, at this stage, still be likelier to provoke a descent into all-out civil war than prevent it.

A lire ici

Tant qu'il y aura des esprits rebelles

La mainmise des politiques sur des sujets éminemment moraux est l'un des dangers majeurs de notre époque. Notre siècle pourrait bien être celui du plus grand hold-up moral de tous les temps. Cette érosion de la responsabilité personnelle par l'effet de l'intervention arbitraire de l'Etat résulte, en défintive, de l'incapacité de voir que les normes politiques ne relèvent pas nécessairement du même ordre que celles de la vie morale. Ne nous replions pas pour autant dans le pessimisme convaincu que la nature même de nos démocraties nous enferme à jamais dans cette logique infernale. Au contraire. C'est justement parce que tout est individuel, et parce qu'il existe toujours des esprits authentiquement rebelles et avides de liberté que l'espoir d'une résurrection de la décision et de la responsabilité personnelles ne pourra jamais s'éteindre.

Mathieu Laine, ''La Grande nurserie'', 2006, JC Lattès.

Deux erreurs communes de raisonnement

Il existe à mon sens deux erreurs communes de raisonnement.

La première, sur laquelle je reviendrai par ailleurs, consiste à procéder à un immobilisme axiomatique. J’entends par là qu’il est illusoire d’avancer les mêmes arguments, la même logique de pensée, en toute circonstance, sans tenir compte du cas d’espèce ou des données conjoncturelles (pour employer dans un cas le langage du juriste, dans l’autre celui de l’économiste). Par exemple, il est à mon sens inutile et néfaste de dire : il faut plus de flexibilité dans le marché du travail. Encore faut-il savoir en effet de quel marché du travail il s’agit, aussi bien dans sa dimension synchronique (celui des années 60 ? 80 ? 2000 ?), que dans sa dimension diachronique (le marché français ? belge ? américain ?).

Cela semble évident, et pourtant, écoutez les discours qui nous entourent, et je ne parle pas des discours politiques, mais de la pratique discursive de vous et moi, en conversation au comptoir du café du coin : nous ne contextualisons jamais nos argumentaires, nous manifestons et nous opposons à l’ultrabidulechouette sans jamais comprendre que ce qui est vrai un jour peut être faux demain, que ce qui est vrai ici peut être faux là.

La seconde erreur, c'est le sophisme des antisophistes. J’entends par là les arguments fallacieux avancés par ceux-là mêmes qui prétendent pourfendre de leur épée acérée les soi-disant arguments de leurs opposants. Prenons un exemple, celui de Bertrand Lemennicier, que j’apprécie beaucoup par ailleurs, dans son dernier ouvrage, la Morale face à l’économie (p. 252, à propos des méfaits de la scolarité obligatoire) :

Admettons que le nombre « optimal » d’années de scolarité pour un groupe d’élèves est de huit années. L’âge optimal de sortie du système scolaire est donc de 14 ans. Contraindre les élèves à poursuivre leur scolarité au-delà de 14 ans revient à leur faire supporter un coût d’opportunité en excès des gains permanents attendus. Comme, par ailleurs, on interdit à un employeur d’embaucher un enfant de moins de 16 ans, les élèves n’y ont d’autre solution que de fuir l’école ou, s’ils sont contraints d’y aller par la force, de résister par la violence à un système scolaire qui les agresse. (…) Que l’on supprime la scolarité obligatoire, que l’on autorise le travail des enfants en deçà de 16 ans, et ces maux disparaîtront comme par enchantement. (…) Cette législation est faite normalement pour contraindre des jeunes et leurs familles, qui spontanément ne poursuivraient pas leur scolarité au-delà de 13 ou 14 ans pour diverses raisons, à le faire. L’idée est que le temps passé à l’école permet à ces élèves d’accumuler des compétences qui plus tard leur permettront d’avoir de meilleurs salaires. Nous avons un problème classique d’un législateur qui se substitue aux individus et aux familles en croyant savoir mieux qu’eux-mêmes ce qui est bon pour eux. (…) En résistant, les jeunes des banlieues pétitionnent pour leur liberté vis-à-vis d’une réglementation dont ils pensent qu’elle leur est nuisible.

De ce qui est une hypothèse parmi d’autres, sans doute roborative (tout le monde n’a pas envie d’étudier jusqu’à x années), Bertrand place la barre, arbitrairement, à 14 ans (et pourquoi pas 12 ? 17 ? 25 ? on pourrait tout autant dire que les jeunes n’ont pas envie de travailler et préfèrent vivre le plus longtemps possible la vie pépère de l’étudiant, et que donc la plupart aimerait être scolarisé jusqu’à trente ans). Pourquoi pas.

Le hic, c'est que de ce substrat pour le moins fragile découle une conclusion qui, elle, est péremptoire : les jeunes militent pour leur liberté en étant violents, tant ils aimeraient sortir plus tôt de l’école pour pouvoir travailler. Cette conclusion ne tient que si l’âge « optimal » est inférieur à 16 ans, et se retourne s’il est supérieur. Ne présenter qu’une moitié d’orange est fallacieux. Tout autant, car au final il en est le symétrique inversé, que l’argument qui prétend que ces jeunes, victimes d’un « malaise social », se révoltent contre la « société » qui ne leur « offre » pas de travail.

Université et universalisme

Excellent papier de Laurent Greilsamer dans le Monde du 14 février. Il parle du juge Burgaud, oisillon déplumé et hagard. Il évoque les critères de sélection des futurs magistrats à l’entrée de l’ENM (école nationale de la magistrature). Pour intégrer la prestigieuse école, il faut non pas faire preuve de capacité d’écoute, d’équilibre personnel, d’expérience, mais il faut avoir ingurgité quelques bonnes doses de droit, et un peu de « culture générale ». J’en sais quelque chose, le concours de l’école nationale d’administration en étant très proche. Il en est de même en médecine : alors que les besoins à moyen terme sont de l’ordre de 15 000 médecins, l’Etat fixe un numerus clausus à 7 000. De la même manière que pour les futurs magistrats, juge-t-on les futurs médecins sur leur sang-froid, le capacité de compréhension, la qualité de leur entropie ? non, bien sûr, car on les ingurgite de maths, de physique, de chimie. Comme le dit Laurent,

« Ainsi l’Université rejette-t-elle à coup sûr d’excellents éléments, préférant garder précieusement des étudiants qui correspondent davantage au profil de jeunes chercheurs. »

L’Académie de médecine propose d’avancer le couperet, aujourd'hui fixé en deuxième année, à l’entrée en première année. Quelle différence, puisque cette même Académie propose de retenir les notes du bac ? Comme si le bac avait pour vocation de filtrer les psychologues, ceux qui ont du flair, le talent des futurs cliniciens…

D’ailleurs, on trouve à la tête des universités des enseignants. Ont-ils jamais été évalués sur leur capacité de parler en public, sur leur gestion d’un groupe, sur leur autorité naturelle ? bien sûr que non, car le système est non seulement fou, il est aussi débile.

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