Les mains sur la tête et crache ton chichon

Pendant que Vincent publie un excellent billet sur les inégalités en France et aux USA, et les richesses comparées des foyers français et US, Jeffrey Miron, Professeur à l'Université de Boston, sort un nouveau bouquin consacré à la folie sécuritaire des Américains à l'encontre des drogués et des dealers, intitulé Drug War Crimes: The Consequences of Prohibition.

On y découvre que 318 000 américains sont derrière les barreaux pour le pas avoir respecté la prohibition sur les drogues. Ce qui représente plus que le total des prisonniers incarcérés pour ce motif en Angleterre, France, Allemagne, Espagne et Italie cumulés. Plus d'un million et demi d'Américains sont arrêtés chaque année pour des infractions à la législation sur les drogues. Le plus souvent pour une simple possession, pas pour du trafic. La plupart des gens qui se font arrêter avaient en réalité violé des lois mineures (vol à la tire, excès de vitesse, prostitution, etc). Si bien que

  • la répression effectuée de la police américaine ne touche qu'une infime partie des utilisateurs de drogues (estimés à 28 millions)
  • si vous respectez le code de la route et diverses lois banales, il y a peu de chances pour que vous soyez repéré.

Par ailleurs, la prohibition des drogues ne permet de coffrer que le menu fretin, pas les caïds, qui, eux, bien sûr, restent intouchables. Les 33 milliards de dollars que le gouvernement des Etats-Unis dépense annuellement pour imposer la prohibition de drogue, ont été plus efficace pour stimuler la corruption parmi les fonctionnaires publics que pour réduire la consommation de drogue.

Miron explique a contrario comment et dans quelle mesure la prohibition accentue la violence de rues, les risques sanitaires des utilisateurs, la réduction des libertés individuelles. Comment elle empêche l'utilisation médicale et thérapeutique des drogues. In fine, cette législation répressive aboutit à un transfert massif de richesses au profit des criminels. Voici pourquoi la War on drugs doit être abolie.

A lire sur le blog d'xxc : Borloo futur prix Nobel d'économie.

Vive Constantin !

From DeviantArt

Constantin est l'un des tous meilleurs bloggeurs d'internet. Voici in extenso son dernier billet, je ne résiste pas à l'envie et au plaisir de vous en faire part ici :

Jarrod est né à Corpus Christi, au Texas. C'est un "Born-Again Christian", un membre d'une tendance très puritaine du protestantisme. Il ne boit ni ne fume. Il n'a même pas vingt ans et vient pourtant de se marier. Pour lui et son amie, il était en effet impensable d'avoir des relations sexuelles en-dehors des liens sacrés du mariage. Les hormones étant ce qu'elles sont ...

Hicham, lui, est né à Bruxelles. Il fait sa prière cinq fois par jour et se rend à la mosquée le vendredi. Chaque mois, il met un peu de son salaire de côté. Il espère ainsi pouvoir effectuer dans quelques années un pélerinage à La Mecque. Il ne boit jamais d'alcool, mais se laisse parfois aller au plaisir d'un petit "joint"...

Sabrina est coiffeuse à La Louvière. Tous les vendredis, elle retrouve quelques copines pour une virée en boîte. Elle est d'autant plus impatiente qu'on soit vendredi que ce n'est pas son tour d'être "Bob". Elle pourra donc ingurgiter autant de Vodka-Red Bull qu'il lui plaira. Si elle rencontre un garçon qui lui plaît, il est fort possible qu'elle ne rentre pas chez elle avant samedi ...

Benoît est un altermondialiste convaincu. Chaque année, il part avec ses amis protester contre la mondialisation dans la ville où se tient un congrès de l'Organisation Mondiale du Commerce. Benoît n'aime pas la violence. Il se contente de rédiger et de distribuer des tracs, et de mettre à jour le petit site internet de son mouvement. Avant-hier, il est allé à Bergen-op-Zoom dans un "Coffee-Shop" avec deux amis. Ils ont ramené un petit peu d'herbe, de quoi tenir le mois. Ben et ses copains ne sont pas de gros fumeurs, mais ils aiment bien regarder le Loft en fumant un petit "stick" histoire de bien se laisser pénétrer par l'absurdité de cette émission. Il a croisé Hicham en rue hier, et lui a vendu un peu d'herbe, histoire de le dépanner...

Albert est un petit fonctionnaire tranquille. Le matin, dans un café près de la Gare Centrale, il boit un petit Maes pour se mettre en forme. Le soir, avant de prendre le train, il retournera à "L'Empereur" pour en boire une petite dizaine pendant qu'il fait une belote avec ses collègues du ministère de la justice. Son médecin lui a dit qu'il ferait bien d'arrêter, que son coeur est fragile et que son foie n'est plus très en forme. Ca le déprime. Il commande un petit whisky pour se remonter le moral.

Ce matin, en se rendant au travail, Hicham s'est fait agresser par de jeunes islamistes. Ils lui reprochaient de serrer la main aux infidèles. Ils l'ont même vu embrasser une fille sur la joue. Hicham s'est bien défendu, mais il a un oeil au beurre noir. Comment va-t-il expliquer ça à sa mère ?

La maman de Benoît aimerait bien que son seul souci soit le visage tuméfié de son rejeton. Ce matin, elle a été tirée de son lit par trois agents de police pourvus d'un mandat de perquisition. Ils ont trouvé du cannabis dans la chambre de Benoît et ont emmené ce dernier avec eux. Ils disent qu'on l'a vu en vendre en rue hier.

Sabrina, elle, pleure dans le petit réduit où se trouve la machine à café du salon de coiffure. Quelqu'un a écrit "sale putt" avec une bombe de peinture sur la porte de son petit appartement pendant la nuit. Elle se demande pourquoi les gens sont si méchants. Elle ne demande rien à personne, elle. Tout ce qu'elle demande, c'est qu'on la laisse vivre tranquillement sa vie. Après tout, elle n'a tué ni volé personne.

Benoît non plus n'a jamais tué ni volé. Il ne croit pas en dieu, mais ça ce n'est pas très grave. Il est en bonne santé et se demande ce qu'il peut bien faire derrière ces barreaux. Tout ça pour un petit bout de "shit" refilé hier à Hicham.

Vois-tu, Benoît, chacun est libre de se ruiner le foie à coups de Jupiler si ça l'amuse , ou de s'envoyer en l'air sans préservatif et en-dehors d'une union bénie par notre Sainte Mère l'Eglise. Jarrod, lui, désapprouve ce genre de comportement. D'ailleurs s'il connaissait Benoit il trouverait sans doute à redire à sa consommation de cannabis. Mais il ne se mêle pas des affaires des autres quand elles ne le concernent pas. On ne peut hélas pas en dire autant de l'Etat.

Syndicaux, piège à veaux

Le taux de syndicalisation s'élève en France à 9%. C'est pire que partout ailleurs, même en Espagne (10%) et en Allemagne (24%), pays pourtant marqués par un déclin rapide du syndicalisme. La représentativité des syndicats est donc quasi nulle.

Représentativité dis-je ? Mais de quelle représentativité parle-t-on ?

Le premier pas de la dictature est ici.

La loi du 27 décembre 1968 dispose que seuls les syndicats dits représentatifs - ceux qui n'ont pas commis de crime de collaboration avec les Allemands durant la Seconde guerre mondiale - sont admis à présenter des candidats aux élections, les autres ne pouvant se présenter qu'au second tour, à supposer qu'il y en ait un.

Vous ne me croyez pas, tellement c'est énorme ?

Et pourtant, c'est vrai. Pompidou avait accordé cet avantage auxdits syndicats pour s'acheter un peu de paix sociale, dès 1966. Deux ans plus tard, il a compris où ça l'a mené.

L'article L. 133-2 du code du travail dispose que " la représentativité des organisations syndicales est déterminée d'après les cinq critères suivants : les effectifs, l'indépendance, les cotisations, l'expérience et l'ancienneté du syndicat et l'attitude patriotique pendant l'occupation ".

En application de ces principes, cinq organisations syndicales bénéficient d'une présomption irréfragable de représentativité en vertu d'un arrêté du 31 mars 1966, il s'agit de la CGT, FO, la CFDT, la CFTC et la CGC. Cette qualité leur permet de désigner un délégué syndical, constituer une section, présenter des listes au premier tour des élections professionnelles.

Détermination des organisations appelées à la discussion et à la négociation des conventions collectives de travail

Le Premier ministre et le ministre des affaires sociales,

Vu la loi du 11 février 1950 relative aux conventions collectives et aux procédures de règlement des conflits collectifs du travail ;

Vu la décision du président du conseil des ministres et du ministre du travail et de la sécurité sociale en date du 8 avril 1948 ;

Conformément à la décision prise en conseil des ministres le 31 mars 1966,

Arrêtent :

Article unique. - La liste des organisations syndicales nationales de salariés désignées par l'article 2 de la décision susvisée du 8 avril 1948 comme les plus représentatives est modifiée comme suit :

" La confédération générale du travail ;

" La confédération générale du travail-Force ouvrière ;

" La confédération française démocratique du travail ;

" La confédération s'instituant Confédération française des travailleurs chrétiens,

en ce qui concerne l'ensemble des catégories professionnelles de salariés, y compris les cadres ;

" La confédération générale des cadres, en ce qui concerne la catégorie professionnelle des cadres ".

Fait à Paris, le 31 mars 1966.

Le Premier ministre, Georges POMPIDOU

Mazette.

C'est insuffisant : la CGT aurait au moins mérité d'être compagnon de la libération.

Pendant ce temps, la terre continue de tourner.

  • En Italie, une contractualisation de l'emploi public soumet depuis 1993 le personnel des administrations au droit privé.

Pincez-moi, je dois rêver.

  • en Angleterre, la loi permet de condamner financièrement un syndicat pour un acte illégal qu'il a soutenu ou revendiqué, notamment un piquet de grève.

Là, j'hallucine, demain, promis, j'arrête les champignons.

  • en Suède, il y a une quasi-privatisation des services publics, avec un soutien des syndicats, qui ont obtenu en échange des hausses de salaires.

Ma p'tite dame, la patrie de la social-démocratie, c'est plus ce que c'était.

Le véritable choc des civilisations

Ronald F. Inglehart et Pippa Norris ont récemment invité [1] à une relecture de la thèse du « choc des civilisations », proposée en 1993 par Samuel Huntington et désormais bien connue mais aussi très controversée. Leur thèse principale emprunte la logique de ce choc tout en déplaçant le critère de la différenciation culturelle et du conflit possible.

Pour S. Huntington, la nouvelle source de conflits dans le monde doit être recherchée dans la division culturelle qui oppose la « chrétienté occidentale » d’une part et la « chrétienté orthodoxe et l’islam » d’autre part. L’attention a été focalisée sur la question de la démocratie. Si cette forme politique ne parvient pas à s’imposer partout dans le monde et en particulier dans le monde musulman, ce constat reposerait pour le « père » de cette thèse et selon les auteurs sur

« l’absence, dans le monde musulman, des valeurs politiques matricielles qui sont au fondement de la démocratie représentative dans la civilisation occidentale : la séparation de l’autorité politique et théologique, le règne du droit, le pluralisme social, les institutions parlementaires du gouvernement représentatif, la protection des droits individuels et des libertés civiles, qui font tampon entre les citoyens et le pouvoir de l’État ».

S’appuyant sur une enquête réalisée au niveau mondial par une organisation à but non lucratif, Freedom House, les auteurs relèvent que cette thèse apparaît justifiée s’agissant de la démocratie électorale. Ils indiquent que si, sur 192 pays, un tiers sont des démocraties électorales, ce pourcentage tombe à 25 % parmi les 47 pays à majorité musulmane recensés. Mais il leur semble qu’il ne s’agit pas d’un critère pertinent.

En effet, tirant les leçons des enquêtes menées en 1995-1996 et 2000-2002 dans le cadre de l’Étude des valeurs mondiale (dirigée par R. F. Inglehart), les deux auteurs font valoir que la démocratie et ses valeurs se sont progressivement implantées dans tous les pays. Quelles que soient les aires civilisationnelles étudiées, une majorité se dégage pour reconnaître les mérites du système démocratique. Les résultats de l’enquête montrent que, « en Albanie, Égypte, Bangladesh, Azerbaïdjan, Indonésie, au Maroc et en Turquie, 92 à 96 % de l’opinion publique soutiennent les institutions démocratiques - soit un taux plus élevé qu’aux États-Unis, où il n’est que de 89 % ». Les auteurs ne sont pas dupes de ces opinions exprimées qui ne reflètent pas toujours la réalité loin s’en faut.

Toutefois, ils en tirent la conclusion qu’un autre critère est plus caractéristique de l’existence d’un véritable clivage culturel. Ce critère est celui des rapports entre les sexes et plus précisément les opinions sur l’égalité des sexes et la libéralisation sexuelle. Selon eux et en un court résumé :

« Alors que les générations nouvelles devenaient en Occident, graduellement plus libérales en ces domaines, les nations musulmanes demeuraient, pour leur part, les plus traditionnelles au monde ».

Plusieurs questions ont été posées sur ces thèmes. Sur les questions suivantes : « Les hommes font-ils de meilleurs dirigeants politiques que les femmes ? » ou encore « La formation universitaire est-elle plus importante pour les garçons que pour les filles ? », l’écart se creuse. Les Occidentaux sont en moyenne à 82 % pour l’égalité tandis que dans les pays musulmans le pourcentage tombe à 55 %. Les auteurs indiquent d’ailleurs que tous les pays où le taux de réponse en faveur de l’inégalité est supérieur à 30 % ne sont pas des démocraties « avérées ». Et de citer la Jordanie, le Nigeria ou la Biélorussie.

Le second domaine, celui de la libéralisation sexuelle, est tout autant un révélateur du clivage. Les opinions favorables à l’homosexualité augmentent très sensiblement dans les pays occidentaux mais restent faibles dans les pays musulmans. Si tous pays confondus, à la question : « L’homosexualité est-elle justifiable ? », la majorité répond par la négative, le taux de « non » s’élève à « 99 % en Égypte et au Bangladesh, 94 % en Iran, 92 % en Chine populaire, 71 % en Inde. On leur opposera le plus faible niveau de rejet dans les démocraties stables : « 32 % aux États-Unis, 26 % au Canada, 25 % en Grande-Bretagne, 19 % en Allemagne ».

Ce qui est ici en cause, pour les auteurs, c’est le degré de tolérance qui est atteint, et le niveau de l’autonomie individuelle, c’est-à-dire des valeurs nécessaires à la vie démocratique. On retrouve donc, au travers de ces questions « sexuelles », le politique et les conditions d’installation d’une démocratie durable.

À cet égard, les auteurs de l’article font remarquer que le progrès économique constitue un facteur important de progrès s’agissant du statut des femmes (accès à l’éducation ; accès à un emploi rémunéré) et qu’il n’y a pas si longtemps encore, les femmes ne disposaient pas du droit de vote dans certaines démocraties (1944 en France !).

Installer la démocratie implique donc bien autre chose que la simple organisation d’élections.

Toutefois, l’évolution des mentalités est lente. L’accent doit donc être porté sur une « volonté de mobiliser les ressources nécessaires au renforcement du développement humain dans le monde musulman ».

Notes

[1] Le Débat, n°126, septembre-octobre 2003

Phinéas Fogg

Michaël Tronchon s'est livré à la police. Fort bien. Il risque perpète. C'est un paumé, un pauvre type pitoyable, en mal de reconnaissance.

Pendant ce temps, Bertrand la Tabasse prépare son extradition vers la France. Il a été condamné à 8 ans de niouf pour avoir buté sa copine.

Moralité ?

Mieux vaut buter sa grosse que profaner des tombes, ça coûte quatre fois moins cher dans notre beau pays. Etrange...

La Turquie c'est l'Europe

Lors de la signature, en 1963, de l’accord d’association Turquie – CEE, le président de la commission européenne de l’époque, Walter Mallstein, déclarait : « La Turquie est une partie de l’Europe. Cela confirme une vérité qui est plus que l’expression sommaire d’un concept géographique ou d’un fait historique qui tient bon depuis plusieurs siècles. La Turquie fait partie de l’Europe : nous pensons que c’est d’abord et avant tout le produit de la prodigieuse personnalité d’Atatürk dont nous rencontrons le travail dans tous les coins du pays, et de la voie radicale dans laquelle il a refondu tous les aspects de la vie en Turquie selon une ligne européenne. »

A cet effet, et en application de cet engagement initié par Adenauer et de Gaulle, une union douanière a été progressivement mise en place. Elle n’est entrée en vigueur qu’en 1996.

A présent, se pose la question de son éventuelle adhésion à l’Union européenne. Disons-le tout de go, à l’instar des conclusions du Conseil européen d’Helsinki, (décembre 1999) : la question n’est plus de savoir si ce pays appartient ou non à l’Europe, mais s’il remplit les critères de Copenhague en matière de démocratie et de respect des droits de l’Homme.

Voici l’une des plus anciennes civilisations du monde, voici le pays le plus peuplé du monde méditerranéen, voici Istanbul, la vraie capitale de la mer Méditerranée. L’Européen comprend à Ephèse que la Turquie a autant de lettres de noblesse à faire valoir que la Grèce dans notre identité commune.

Suite à Helsinki, sept paquets de réformes démocratiques ont été adoptés, allant de la suppression de la peine de mort, de l’autorisation de la radiodiffusion libre et de l’éducation en d’autres langues que le turc (on songe en particulier au kurde), jusqu’aux dernières séries de réformes modifiant la structure même du pouvoir, puisqu’elles restreignent le rôle du Conseil national de sécurité, par le biais duquel les militaires exercent leur influence politique.

Chacun reconnaît donc l’ampleur du chemin parcouru par Ankara, tout particulièrement, et ce n’est pas la moindre information, depuis que l’AKP, le parti démo-islamique (ou, comme il aime à se présenter, conservateur-démocratique) a obtenu la majorité absolue au parlement en novembre 2002.

Les opposants à l’entrée de la Turquie avancent cinq arguments pour justifier leurs thèses : en premier lieu, la Turquie ne serait pas encore suffisamment démocratique pour mériter son adhésion ; ensuite, l’armée serait le seul rempart efficace contre l’islamisme ; par ailleurs, l’islam ne serait pas compatible avec l’Europe ; d’autre part, l’entrée de la Turquie nécessiterait une profonde réforme de nos institutions ; enfin, le coût budgétaire généré par l’entrée de la Turquie serait en tout point prohibitif. Etudions-les un à un.

1) le déficit démocratique turc

Bien sûr, il y a une nuance de taille entre les textes récemment adoptés et leur application. On ne change pas du jour au lendemain le comportement quasi centenaire de l’administration, de l’armée et de la police. Mais force est de reconnaître que seule l’entrée effective dans l’Europe a permis de rendre irréversible l’exercice quotidien de la démocratie en Grèce post-colonels, en Espagne post-franquiste et au Portugal post-Salazar. Pourquoi en serait-il autrement de la Turquie ?

2) l’armée turque, rempart contre l’islamisme ?

Cet argument est en tout point fallacieux. N’est-ce pas un parti parlementaire, certes islamique mais modéré, comme peuvent l’être les démocrates-chrétiens, l’AKP, qui a mené la libéralisation du pays ? N’est-ce pas lui qui a assumé et prolongé l’héritage kémaliste de la laïcité ? Par ailleurs, la Turquie dispose d’une économie de marché capitaliste, basée sur 65 millions de consommateurs, sur des groupes d’envergure internationale (tels que Vakko ou Beymen dans l’habillement), sur un tissu de PME très compétitives, et sur une main d’œuvre de qualité. Cela est extrêmement positif, et peu étonnant de la part du pays qui, à en croire Hayek, a été le berceau du commerce à Çaytal Huyuk, en Anatolie, bien avant l’ère antique, près de 2 900 ans avant JC [1].

3) L’islam ne serait pas compatible avec le projet européen

Le débat sur la cohabitation culturelle est endémique. Outre que, nonobstant les propos d’Helmut Kohl jadis ou ceux de Silvio Berlusconi aujourd’hui, l’héritage chrétien de l’Europe n’est pas le fondement de la construction européenne [2], il est décisif que l’Europe puisse faire l’apprentissage de la cohabitation. L’intégration de la Turquie conférerait au modèle européen un rayonnement mondial en prouvant que l’islam est compatible avec la démocratie et l’économie de marché. Le conflit gréco-turc à propos de Chypre serait enfin transcendé.

4) L’entrée de la Turquie et la réforme des institutions

L’obstacle le plus sérieux à un élargissement à la Turquie a trait au poids territorial et démographique de ce pays, qui est susceptible de compromettre les équilibres fragiles de pouvoir au sein de l’édifice européen et de gripper les mécanismes de prise de décision au sein de l’UE. L’objection est sérieuse ; toutefois, il ne s’agit pas, en décembre prochain, de décider de l’adhésion de la Turquie mais de l’ouverture de négociations. Il faudra au moins dix ans pour les mener à bien, même si, une fois lancées les négociations, l’adhésion est quasi assurée. Par ailleurs, des procédures de transition seront instituées dans tous les domaines sensibles, à commencer par la libre circulation des travailleurs.

5) Un coût budgétaire prohibitif pour l’Europe des 25

La Turquie est un pays très pauvre (son niveau de vie actuel ne représente que le quart de la moyenne européenne) et agricole, deux caractéristiques voisines de la Pologne. La Turquie entrée dans l’UE aura vocation à bénéficier des crédits de la politique de cohésion économique et sociale. Ces aides sont pour l’instant plafonnées à 4% du PNB de l’Etat membre, soit 5 à 6 milliards d’euros pour la Turquie. Le montant net dont bénéficierait la Turquie, déduction faite de la contribution turque, serait de 10 à 11 milliards d’euros, soit un coût identique aux dépenses d’adhésion des dix nouveaux membres entre 2004 et 2006 .

Si on ajoute à cela une inflation endémique, une dette publique monumentale, une instabilité monétaire, ainsi qu’une libéralisation incomplète de son industrie et un secteur bancaire opaque et fragile, l’Europe subirait un choc budgétaire sans précédent. Est-ce une raison pour ne rien faire et décevoir un peuple turc trop longtemps bercé d’illusions ? Il faudrait d’ores et déjà que la Grèce et l’Espagne comprennent que les fonds structurels dont ils bénéficient seront réorientés très largement, tant vers la Pologne que vers la Turquie, que la correction britannique sur la PAC, en vigueur depuis 1984, cesse, que les grands Etats-membres tels que la France et l’Allemagne comprennent l’enjeu qui est le leur.

Il faudrait enfin cesser toute intervention de marché de la PAC, pour la concentrer sur des versements de solidarité, tels que ceux issus du FEOGA orientation (Objectif 1, initiative communautaire Leader +). Voici les transformations indispensables de l’UE, pour que la Turquie puisse intégrer cette Europe vers laquelle elle a toujours été tournée.

Notes

[1] Friedrich Hayek, La Présomption fatale, PUF, 1991

[2] Voir l’article 3 TCE

Le désordre étatique

A lire sur le blog d'XXC, un billet proprement hallucinant.

Les agresseurs antisémites d'un élève ont été réintégrés dans le lycée d'où ils avaient été exclus, par décision d'une cour administrative d'appel.

«Je constate avec amertume que l'expression «sale juif» ne constitue pas une faute suffisamment grave pour justifier une exclusion», s'est inquiété l'avocat de la famille de la victime, Me Charles Choucroy. «La décision de la cour est dangereuse : elle absout les agresseurs, incite les professeurs à fermer les yeux et les victimes à se taire», estime l'association de professeurs Perec (Pour une école républicaine et citoyenne). Enfin, le père de la victime, injoignable hier, avait expliqué en juin qu'«il n'était pas choqué par la réintégration des agresseurs, mais par la négation des faits».

Les faits me semblent tout de même relativement négligeables : le garçon en question est particulièrement chétif, et toute dispute de cour de récré passe vite en EFG pour un acte raciste. C'est une fois de plus le processus de victimisation qui joue à plein régime.

Je ne considère pas ces faits, avérés ou fictifs, comme suffisamment graves pour justifier une exclusion. Il ne faut pas exagérer. On entend "sale Arabe, sale Juif, sale pédé" partout dans les cours d'école. Fût-ce au lycée.

Mais une constatation n'est sans doute pas tout à fait étrangère à la décision finale :

La mère d'un des exclus, qui travaille à l'ambassade des Émirats arabes unis appelle la presse, révoltée par cette décision qui oblige son fils à quitter un établissement prestigieux qu'il ne fréquente que grâce à une dérogation. Il est maintenant scolarisé dans le XIIIe arrondissement où réside sa famille. A sa demande, la Ligue des droits de l'homme entame une contre-enquête, où des actes antisémites sont reconnus mais qualifiés de broutilles de cour de récréation. Les mêmes parents embauchent ensuite un avocat célèbre, Me Thierry Levy, pour les défendre devant le tribunal administratif.

Ouf, il s'agit d'un avocat juif. Si les parents des élèves exclus voulaient éviter les interprétations douteuses, ils ont bien eu raison de le choisir.


Je comptais terminer là mon billet.

Mais je vous vois venir.

Vous vous dites : quelle honte : ce salaud de Copeau soutient l'intolérable !

je n'ai jamais écrit cela.

Que l'insulte soit grave, c'est évident. Mais est-ce l'exclusion qui résoudra le problème ? J'en doute. Comme il me semble absurde de demander aux tribunaux de dire la vérité historique, face aux négationnistes, il me semble tout autant absurde de confier aux chefs d'établissements scolaires la responsabilité d'exclure ou non un raciste.

Je le répète : les propos que les deux accusés ont tenus sont honteux, c'est l'évidence. Si je tenais ces deux connards entre mes mains, je puis vous assurer qu'ils passeraient un très "sale" moment et qu'ils mangeraient de la purée pendant plusieurs jours..

D'autre part, cela n'a rien à voir avec ce qu'il se passe ailleurs, en l'occurence à Auschwitz, et là, c'est à la fois très grave et condamnable. Si je refuse la judiciarisation de la vérité et de l'erreur, la haine qui se déchaîne contre les Juifs est scandaleuse et il faut partout s'y opposer.

Violences domestiques, parité et socialisme

José Luis Zapatero a été élu à la tête du gouvernement espagnol il y a cent jours. C'est durant cette période d'euphorie, propice aux grands bouleversements, que traditionnellement les nouvelles têtes exécutives lancent leurs grands chantiers, ou font passer les réformes les plus difficiles, celles qui provoquent en général la fronde des administrés.

Et bien, durant ses cent jours, qu'a fait Zapatero ? s'est-il occupé de l'économie (florissante) de son pays ? du nombre encore important de chômeurs ? de la relance du processus européen, mis à mal, précisément, par l'Espagne aidée - du bout des lèvres - de la Pologne ?

Non, José, lui, y s'occupe des femmes battues.

Ah je ne dis pas que ce n'est pas intéressant, qu'il n'y a pas des femmes soumises voire battues en Espagne, bla bla bla. Je dis simplement que j'ai du mal à considérer ce sujet comme la priorité des priorités, sachant qu'il doit toucher environ 4% des femmes espagnoles, soit, grosso modo, 2% des Espagnols tout court.

Enfin, je ne suis pas l'ami José, qui, pour montrer que lui, au gouvernement, ne bat aucune femme, a accordé à des représentantes de celles-ci autant de ministères qu'aux hommes de son équipe. Belle démagogie, mais je ne comprends toujours pas pourquoi il faudrait favoriser les femmes plus que les hommes.

Tout le monde sait bien que les femmes gagnent moins d'argent que les hommes, qu'elles font encore parfois des enfants, qu'elles sont moins présentes aux postes de direction.

Mais ce sont aussi celles qui travaillent le moins, et de loin.

Ne me tuez pas, j'explique : la quasi-totalité des employés à temps partiel sont des employées. Je veux bien que ce soit parfois une contrainte, mais il s'agit d'une contrainte familiale, pas professionnelle. C'est un fait que les femmes plus que les hommes participent à l'éducation des enfants. Ceci dit, ce n'est pas moi qui ait créé tous les avantages sociaux dont bénéficient les femmes à ce titre, et qui sont d'ailleurs en passe de disparaître.

Mais je crois plus en l'évolution des moeurs - les hommes au foyer, voilà une valeur d'avenir - et surtout à la logique sociale pour remédier à cet état temporaire. En effet, les filles réussissent en moyenne bien mieux que les garçons à l'école, et c'est vrai jusqu'au doctorat. Déjà des filières entières sont totalement féminisées (administration en général, magistrature, voire postes de commissaires et de lieutenants de police). La chimie constitue un autre exemple.

Alors, faut-il vraiment accorder un avantage légal aux meilleures ?

L'Occident et le Tiers Monde

A lire sur l'indispensable site de Jack : la préface de Jean-François Revel à l'ouvrage de Carlos Rangel, l'Occident et le Tiers Monde, paru en 1982.

La simple citation du premier paragraphe devrait vous inciter à courir le lire :

Carlos Rangel traite dans ce livre d'un sujet sans espoir. En effet, dans leur majorité, les gouvernements qui dominent aujourd'hui la planète n'ont aucun intérêt à mettre en oeuvre les moyens de réduire les inégalités entre nations riches et nations pauvres, parce que l'exploitation politique et idéologique de ces inégalités se trouve être pour eux plus lucrative que leur correction. Bien plus, leur correction ferait disparaître les formes de pouvoir qui règnent dans la plus grande partie du tiers-monde, et qui apportent aux politiciens sachant s'en servir les satisfactions d'un mélange unique de toute-puissance et d'irresponsabilité.

Bovin

Voici ce qu'écrit l'ami Bugmaster, et croyez bien que je l'approuve en tout point :

José, je n'aime pas ta moustache, alors au nom du Comité Anti Moustache, je vais te la couper. Et c'est légitime, parce que ta moustache ne me plaît pas (admirez le raisonnement écolofacho de première classe). José, mon petit Bovinou, tu sais quoi ? Je t'encule avec ce livre de 742 pages, et puis j'y ajoute ça, oui ça n'a pas de rapport direct avec Jojo, je sais, mais comme ça je les place quelque part. Ah, et comme il faut bien l'imprimer cette dernière page, j'y ajoute une petite imprimante, et puis tant qu'on y est une imprimerie, sinon le livre serait jaloux. Voilà, il va bien ton anus ?

José, mon petit José. Si tu ne veux pas manger des OGM, c'est ton droit. Mais moi, je veux. Et pourquoi j'aurais pas le droit ? Alors s'il te plaît, va te faire enculer sur la lune. Non, sur Mars, ou même plus loin, si c'est possible.

Et j'en ai rien à branler que ça puisse être mauvais, si c'est vraiment mauvais, bien j'en mangerai pas, mais je revendique le droit au suicide. "Même si pour toi j'aimerais bien que ça soit un devoir", suis-je tenté d'ajouter, mais de toute façon il y aura toujours un autre abruti encore plus grave que toi pour prendre ta place.

José Bové, arme de destruction massive.

Je revendique la légitime défense pour les plants de maïs, par procuration (Parce qu'on a pas encore inventé les plants de maïs avec bazooka intégré. Hmmmm. Bonne idée, non ?). Et putain de convention à la con qui interdit de mettre des mines antipersonnel ! Ca aurait ête drôle. Quoi que, je ne connais pas les traités, peut être que c'est possible si on prévient et que c'est pas dans le cadre d'une guerre et blablabla.

José, si tu me lis, pardon, si tu sais lire : je te fais pipi dessus, je te fais caca dessus, non je n'aime pas le roquefort et je m'en porte très bien, non je n'aime pas les hamburgers et je m'en porte très bien aussi mais moi au moins je te laisse bouffer ton roquefort, et puis je t'encule, je te vasectomise, je te lambeaute, je te viole les trous du nez, non j'ai mieux, je t'encule avec du maïs transgénique jusqu'à ce que tu en meures.

Sinon, j'ai regardé la télé, histoire de rire un peu : José et ses copains pas capables de faire une phrase grammaticalement correcte, et puis y avait quelques belles gueules d'altermondialistes et d'autres plus écolofachos (qui font vraiment peur).

Ah oui, j'oubliais : j'espère que cette fois tu t'es renseigné mon petit José, et que tu n'as pas détruit des plants pouvant servir à sauver des vies d'enfants atteints de maladies génétiques.

Sinon, sur le forum liberaux.org, j'ai vu qu'un autre forum parlait de ce premier. C'était assez drôle, en fait pour eux les libéraux sont de gros fachos autoritaires (réaction du libéral moyen : "???!!!! loooooooooooooooooooooooooooool"). Remarquons au passage que leur forum est modéré, c'est à dire que tout ce qu'on dit doit être approuvé avant d'être posté.

Hihihipouetpouet.

Comment l’Etat dégraisse-t-il la fonction publique ?

Voici un texte que j'aurais réservé à Catallaxia, avant... Merci aux Contribuables Associés pour leur... contribution.

Déficits rampants et dette publique abyssale font aujourd’hui que l’Etat est incapable d’assumer son train de vie. Le nombre de fonctionnaires a effectivement augmenté, en France, de 30% au cours des quinze dernières années, leurs charges grevant désormais de moitié le budget de l’Etat.

En 2003, le gouvernement s’était donc engagé à geler partiellement l’embauche de nouveaux fonctionnaires en supprimant 1 745 postes. A en croire différents communiqués ministériels : tous les fonctionnaires partant à la retraite ne seraient pas remplacés !

Dans son dernier rapport sur l’exécution de la Loi de finances, la Cour des comptes décrypte la manière dont « l’ambitieuse » opération dégraissage a été menée :

- Au ministère de la culture, 1 297 emplois ont été transférés à des établissements publics, notamment au musée du Louvre. Or, les fonctionnaires des établissements publics ne sont pas comptabilisés dans les effectifs de la fonction publique d’Etat… D’où une baisse totalement artificielle du nombre de fonctionnaires puisque les 1 297 emplois en question sont désormais financés par le biais de subventions ministérielles.

- Au ministère de l’Education nationale, 5 600 emplois de maîtres d’internat et de surveillants ont été supprimés, provoquant à l’époque une vive émotion dans les rangs des syndicats. Cette suppression fut compensée, quelques mois plus tard, par l’embauche de 20 000 assistants d’éducation sans aucune autorisation de la Loi de finances initiale, c’est-à-dire du Parlement.

Au bout du compte, les magistrats nous révèlent que la suppression programmée de 1 745 postes dans la fonction publique d’Etat s’est traduite par la création de 18 600 nouveaux emplois : 5 600 titulaires et 13 000 contractuels !

Bravant toutes autorités légitimes, l’Administration française nous rappelle que c’est toujours elle qui gouverne le pays et la manière dont elle envisage la « réforme de l’Etat ».

Bobby Hitler ?

Le célèbre champion d'échec Bobby Fischer est acutellement détenu par les autorités japonaises, qui menacent de l'extrader aux USA. Son crime ? il a violé les sanctions internationales opposées à la Yougoslavie, en allant faire là-bas une partie d'échec en 1992.

Je l'ignorais, mais Fischer n'est en réalité qu'un néo-nazi qui prône ouvertement des thèses antisémites. Comme le dit Catallarchy, c'est quelqu'un qui

"enjoyed humiliating his chess opponents, and admired Hitler for “imposing his will on the world”. A man who openly cheered the 9-11 attacks, claiming the US should be “wiped out”.

Cependant, et même si le personnage ne m'éprouve aucune sympathie, il me semble étrange de considérer que le fait de participer à une partie d'échec serait un délit, voire un crime. Ce n'est pas à l'Etat de dicter à un individu privé s'il doit ou ne doit pas voyager. Il ne peut que lui faire des recommandations, notamment pour sa propre sécurité.

Qu'on le poursuive pour ses paroles et ses écrits, mais pas pour ce prétexte fallacieux.

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