La double oligarchie

Est à lire ici.

Intérêt individuel

Puisqu'on ne peut pas commenter le blog de l'ami Xavier, et que seuls les trackbacks sont autorisés, je le remercie ici, et par lui plus encore Anton, le bloggeur des Carnets du chemin ascendant, pour la qualité de leurs billets respectifs.

Le mien, en l'occurence, ne représente que peu d'intérêt, j'en ai bien peur !

Zeurope sociale

Un très bon papier de Thomas Ferenczi, intitulé de manière si provocante en France « l’Etat doit-il fixer la durée de travail ? ». Il expose bien la logique contradictoire qui oppose et continuera d’opposer les partisans de la liberté et ceux du dirigisme. Sachant qu’à la tête de ces derniers, se trouve la droite française, tandis que le premier groupe est piloté par la gauche anglaise et allemande. Tout un symbole.

Comme il conclut en regrettant la quasi impossibilité à construire une Europe sociale, je ne peux, pour ma part, que m’en réjouir.

Welcome to the jungle

La sécurité est à nouveau un thème à la mode, comme lors des élections de 2002. La plupart des candidats de la dernière élection présidentielle – et non seulement Chirac comme on le dit souvent – ont surfé sur ce thème, Chevènement comme Villiers, Bayrou comme Le Pen. A vrai dire presque tous, à l’exception notable de Jospin et de Madelin, qui n’ont pas su ou pas compris l’importance que ce sujet revêtait pour le commun des mortels. Ce n’est pas le signe d’une grande clairvoyance, au surplus à la vue des « événements » (comme on parle d’événements pour évoquer la guerre d’Algérie) de l’automne dernier, dans les banlieues et ailleurs.

Le thème est à nouveau d’actualité disais-je, si j’en crois à la fois les polémiques causées depuis déjà longtemps par les outrances de Sarkozy, et à présent les écarts de langage sinon de conduite de Royal, qui ne sait plus quoi inventer pour se démarquer des autres candidats à la candidature au sein de son parti. Est-elle sincère ? ose-t-elle dire à présent ce qu’elle pensait tout bas depuis toujours ? Brise-t-elle un tabou, celui du décalage flagrant qu’il y a au PS depuis très longtemps, entre une base archaïque et qui croit encore au grand soir, depuis les préaux des écoles et les bancs de l’Education nationale, et une tête qui n’hésite pas à affirmer, en privé exclusivement, que les 35 heures ont été une monumentale connerie, que l’Etat-providence est moribond, que le marché du travail doit être réformé dans le sens d’une plus grande flexibilité ? Je suis relativement bien placé pour savoir ce qui se dit en « off », et croyez-moi, ça défrise souvent plus encore que Ségolène dans les meilleurs moments de sa course aux médias.

Revenons-en à elle un instant. Sur les 35 heures, elle tient à la fois un discours de gauche, en insistant sur la souffrance causée par cette réforme, pour les ouvrières du textile, et toutes celles et ceux qui, comme les ouvriers de Michelin, sont obligés de retourner bosser le samedi matin. A contrario, seuls les cadres auraient bénéficié de cette mesure phase de l’ère Jospin. C'est assez vrai, encore que la véritable injustice soit plutôt celle qui oppose les grandes entreprises, et les PME / artisans et commerçants, qui n’ont droit à rien du tout. Elle affirme que 250 000 emplois auraient été créés, mais c'est probablement faux, et cette réforme a probablement bien plus coûté qu’elle n’a rapporté, de très nombreux rapports internationaux ont fait la lumière sur ce point.

Ségolène tient aussi un discours de « droite » sur ce sujet, lorsqu’elle accuse le gouvernement Jospin d’avoir mis à mal tous ceux pour qui les heures sup permettaient d’arrondir les fins de mois, ou encore d’avoir empêché ceux qui voulaient travailler plus, pour des raisons qui ne regardent qu’eux, de le faire.

Sur la sécurité, la charge est plus rude encore. Des internat-relais à l’encadrement militaire, en passant par les écoles de parents et la mise sous tutelle des allocs, tout le programme du parfait sarkoziste est mis en pratique. L’UMP devra donc probablement faire de la surenchère, si elle veut conserver un minimum d’espace médiatique. Beau programme.

Pardon de tenir des propos d’un gauchisme exacerbé, mais y a-t-il réellement un problème d’insécurité en France ? Non que je nie la difficulté qu’il y a à vivre en banlieue, la montée de l’islamo-fascisme et du racisme anti-blanc. Seuls les socialistes, eux qui la plupart du temps habitent les beaux quartiers, le nient encore. Même les communistes l’ont compris, il y a longtemps déjà.

Mais je doute fort que l’encadrement militaire, ni même policier d’ailleurs, soit la solution. Le véritable problème, c'est que la France se paupérise, que les banlieues sont emplies de djeunz qui ne trouveront jamais de boulot, inemployables qu’ils sont depuis toujours. Merci à l’Education nationale, et à son mode de sélection si particulier, où contourner la carte scolaire est un sport national, où le collège unique a tant d’adeptes, où les filières techniques et l’apprentissage sont si dévalorisées. Ils ne trouveront jamais de boulot, et pour cause, quelle entreprise prendrait le risque de les embaucher, alors qu’elle ne pourra pas (ou extrêmement difficilement) les licencier ? La flexibilité est utile, elle est même vitale, mais elle l’est particulièrement pour ceux qui sans elle ne pourront jamais trouver de travail. Le CPE aurait du leur être réservé, car les diplômés, eux, n’ont pas besoin d’une plus grande flexibilité, ils l’ont déjà.

Réglez le problème du chômage, comme le Royaume-Uni, la Nouvelle Zélande, les Etats-Unis et tant d’autres, et vous aurez réglé la principale source de l’insécurité en France.

La sécurité doit évidemment être assurée dans la limite des fonctions régaliennes de l’Etat. Ce dernier doit exercer le monopole de la violence physique légitime, comme disait Weber. Qu’il existe à Trappes, La Courneuve ou Vénissieux des zones de non-droit, dans lesquelles la police n’ose pas s’aventurer, est scandaleux et doit être réformé. Mais qu’il faille transformer la France de 2007 en Etat-policier est tout autre chose. Je n’ai pas spécialement envie de vivre dans l’île de Manhattan de NY1997. Et comment ne pas voir que nous y allons à grands pas ? de l’état d’urgence décrété aux innombrables caméras présentes dans les lieux publics, de l’interdiction du tabac aux radars automatiques qui émaillent routes et autoroutes, de l’armée qui patrouille dans les gares aux policiers municipaux armés et qui se croient dans un film de John Woo, tout nous mène au rêve spartiate de nos principaux présidentiables. Avec à chaque fois la même bonne conscience, celle de défendre les plus faibles. Les pires bouchers romains, Caligula et Scipion en tête, prétendaient eux aussi défendre le bon peuple, contre les corps intermédiaires. Ils n’ont su que les envoyer se faire déchiqueter par ceux qui n’étaient pourtant pas leurs ennemis, mais ceux de leur Prince, et ont massacré tous les opposants, de toutes les manières que l’esprit humain peut imaginer.

Belle perspective, là encore.

La France, dont la puissance économique, et donc militaire, est en déconfiture, remplace le casque du troufion par le képi du flic. A défaut d’avoir de quoi taper du poing sur la table, elle espère faire illusion en tapant les manifestants et les beurs. En misant sur la démagogie, on gagne toujours il paraît. L’insécurité, c'est un peu comme le cul : on est sûr, à tous les coups, de faire une grosse audience. Peu importe si on raconte à peu près n’importe quoi. Ou si on fait courir un danger immense pour l’avenir.

Or nous n’avons besoin ni de GI Joe, ni d’inspecteur la Bavure. Pas plus que de baby sitters, hormis toutefois si ces dernières sont blondes avec des gros seins, auquel cas on peut encore discuter un peu.

In bed with Segolène

Très franchement, vous y croyez vraiment à une candidature de Ségolène ?

J'avoue que pour ma part, j'ai un certain mal à accorder un quelconque crédit à une candidature qui, j'en suis persuadé, n'est rien qu'un hochet agité par des journalistes parisiens en manque de reconnaissance et de sensations. Je ne puis croire sérieusement, ne serait-ce qu'une seule seconde, à la candidature de la plus sexy des socialistes, avec peut-être Elisabeth Guigou, à l'élection présidentielle.

Après nous avoir bassiné avec un traditionnalisme familial qu'on ne renirait pas dans les beaux quartiers, de sa voix aussi sensuelle que celle de Karen Cheryl à la pire époque, Ségo nous la joue à présent protection de l'enfance tendance paramilitaire. Sarko n'a qu'a bien se tenir, la liberté aussi. Les socialistes hurlent au loup, ils ont raison, à ceci près que, à l'instar du film de Rino Di Silvestro, c'est plutôt une louve (déchaînée ?) qu'il faut craindre. On est content d'apprendre que son flan de copain ne partage pas "toutes" ses idées. Comme il n'en a aucune, et elle très peu, il s'agit donc d'une équation à une inconnue, pas trop difficile à résoudre. Chirac a largement été fabriqué par les médias, et son attachée de presse, Claude. Ségolène n'a même pas besoin d'attaché, je veux bien croire que François en serait d'ailleurs un très mauvais, tant les médias l'adorent, Nouvel Obs et autres torchons en tête. Car ainsi va la vie politique : moins on a d'idées, moins on risque de les appliquer, et plus on est aimé.

Villepin en sait quelque chose, il paraît.

Madeloose

Franz-Olivier Gisbert nous a récemment refait le coup de ses cahiers à spirales, sur lesquels il note l'intégralité de ses rencontres avec les hommes politiques français du moment. Je dis refait, car il vous suffit de relire le quatrième de couverture de la Fin d'une époque, écrit alors que FOG n'était pas encore un transfuge du Nouvel Obs au Figaro, pour comprendre que tout ne sera pas de l'ordre de l'exclusivité dans La Tragédie du président, et qu'il y aura donc une part non négligeable de resucée. Et c'est bien le cas.

Toutefois, il y a à mon sens des passages pas inintéressants du tout, tels que celui-ci, lorsque, au sortir de l'été 1995, Alain Juppé, tout juste nommé Premier ministre, congédie sans ménagement Madelin. Lsions FOG :

Ce limogeage à la hussarde est une erreur politique. Certes, Alain Madelin est trop impulsif, trop balourd, trop "personnel". Un turlupin, doublé d'un malappris. Chaque fois qu'il serre la main, il perd un électeur, car il est rare qu'il le regarde. Surtout pas dans les yeux. Il a beau se prendre pour un intellectuel, citer Frédéric Bastiat, et se piquer d'idéologie, il y a chez lui une grossièreté et un sans-gêne qui font de son compagnonnage une épreuve redoutable.

Et on apprend une précision intéressante.

Juppé prétend qu'il n'avait pas le choix : "La veille de sa déclaration, j'avais réuni tous les poids lourds du gouvernement pour mettre au point la stratégie de septembre. On a parlé très librement et il était entendu que rien, de nos débats, ne devait filtrer à l'extérieur. Pas question de mettre le feu aux poudres. Ni de provoquer les syndicats de fonctionnaires. Quelle n'est pas ma stupéfaction quand, le lendemain, j'entends Madelin reprendre mot pour mot nos propos ! C'était un cas d'école de parole non tenue. D'irresponsabilité aussi. Quand j'ai vidé Madelin, je lui ai dit exactement ça : "je ne peux pas garder dans mon gouvernement quelqu'un qui ne joue pas le jeu".

Je trouve, pour avoir cotoyé l'un des protagonistes, de loin, que tout cela sonne très juste.

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