Revel

Chacun y va de son texte, tant et si bien que je ne sais quoi ajouter. Je préfère donc vous inviter à lire ceci, ou encore ce billet et enfin celui-là.

Lunettes noires

Vous souvenez-vous de Lunettes noires, chanson interprétée par Helena (à l'époque LNA) Noguerra, la sublime petite soeur de Lio ? J'aimerais bien vous la faire écouter, si tel n'est pas le cas, mais je n'ai pas de fichier son, juste le clip.

Ca date de 1989, c'est musicalement extrêmement mauvais, et Helena se dandine durant tout le clip, parfois en bikini, parfois en robe moulante, parfois enfin dans des tenues plus improbables encore. Du grand art. Je laisse la parole à Emilie, qui nous brosse (à reluire) le portrait de notre amie Helena :

La vie est parfois injuste : alors que certaines filles accumulent visage ingrat, anonymat et cellulite, d’autres se gardent pour elles la beauté, la notoriété et le talent. C’est le cas de Carla Bruni, mais aussi d' Helena Noguerra, qui s’est fait connaître grâce à sa demi-sœur Lio, mais qui ne doit sa réussite qu’à elle-même, transformant tout ce qu’elle touche en or et en perles divines. Top Model, animatrice télé, actrice, chanteuse piquante et sensuelle, romancière inspirée et auteur de textes plein d’humour, Helena a su s’imposer avec brio dans tous les domaines et prouver que l’on pouvait avoir à la fois un corps de rêve, un visage d’ange et un cerveau bien fichu…

Helena Noguerra n’est pas vraiment née dans la nature, mais dans une grande ville, à Bruxelles, le 18 mai 1959. Le jeune fille se retrouve sur les podiums dès l’âge de 15 ans, parcourant le monde entier pour défiler en robe haute couture. Après son expérience de mannequin, Helena fait l’animatrice pour la télévision mais aussi pour la radio. On la retrouve aussi sur le grand écran, et aussi dans les bacs puisque dès 1989, la jeune femme sort son premier single, « Lunettes Noires ». Après la sortie d’un second titre en 1992, « Rivière rouges », Helena joue en groupe avec Ollano puis revient en solo en 1996 avec l’album « Projet Bikini ».

En 2001, Helena sort un deuxième opus en solitaire, « Azul », dont les sons bossa et la voix sexy de la chanteuse séduisent le public comme la presse spécialisée. Pour la composition des chansons de ce nouvel album, c’est Helena qui s’est chargée de l’écriture des textes, tandis que son compagnon Philippe Katerine s’est occupé des arrangements et des mélodies. Un an plus tard, Helena s’essaye à la littérature et publie « L’ennemi est à l’intérieur ».

Il faut attendre 2004 pour que paraisse le troisième disque en solo d’Helena, « Née dans la nature » qui de nouveau emballe les foules et défraye la chronique. Une fois de plus, Helena a écrit les paroles, souvent très drôles et décales, de ses nouveaux morceaux, et Philippe Katerine a apporté son talent hors pair de compositeur inspiré et original à cet excellent album. Sur cette nouvelle galette, Helena s’est réapproprié avec beaucoup de piquant le « Can’t Get You Out of My Head » de Kylie Minogue. La même année, Helena a publié un nouveau roman, « Et je me sus mise à table ».

Bon, je ne savais pas nécessairement qu'un phare de la pensée s'était levé, non pas d'ailleurs en 1959 mais en 1969 (la pauvre, l'erreur n'est pas très sympathique). On en apprend tous les jours.

C'était son anniversaire hier, et je m'excuse platement auprès d'elle de l'avoir loupé. J'espère me rattrapper en la rappelant à vos bons souvenirs.

Ma démocratie n’est pas la vôtre

La démocratie libérale occidentale a pris deux figures distinctes, l’une façonnée par la France, l’autre par la Grande-Bretagne. Ma préférence me porte naturellement vers l’expérience britannique, qu’on a appelé la « démocratie de Westminster ». Je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

En France, l’idéal républicain s’est construit non seulement contre la monarchie mais également et autant contre la religion. La république dans son principe, la souveraineté de la volonté générale, réalise dans la sphère politique le programme philosophique illuministe (faire advenir l’homme à sa majorité) : le gouvernement des hommes n’obéit plus à Dieu ou/et à la tradition mais à la raison. La république fait donc prévaloir une vision certes laïcisée mais encore transcendante de la politique. Celle-ci ne se réduit pas à l’administration des hommes mais a pour objet la définition et la réalisation d’un projet collectif de vie commune, ce qu’Hannah Arendt, dans La crise de la culture, appelle la concrétisation de la destinée historique de l’homme.

Ce fondement transcendant rend compte de la sacralisation du mandat représentatif. Dans la théorie républicaine, l’élu ne représente pas une collectivité donnée dans ses particularismes mais une parcelle de la collectivité nationale. Il est donc à ce titre dépositaire de l’intérêt général. La conception républicaine orthodoxe s’oppose donc incontestablement à toute notion de représentativité sociologique. Puisque le représentant est l’expression de la raison, il convient que soient désignés les plus capables : la république est élitiste.

Cette sacralisation trouve son reflet dans les solennités républicaines. De fait au-delà des projets de la Convention de fondation d’un culte citoyen (l’Être suprême) et d’une liturgie républicaine (scandée par le calendrier révolutionnaire et le bouleversement de la toponymie et des patronymes), la république a conservé des rituels quasi religieux. Maurice Agulhon a pu ainsi montrer que « chaque fête religieuse a son double profane ». Par ailleurs, la volonté d’édification est restée présente avec les catéchismes républicains (domaine dans lequel Jules Barni et Jules Ferry, qui rédigea lui-même une version en 1863, s’illustrèrent). Enfin, le formalisme du serment constitue l’analogue laïc du sacrement. Elle se manifeste également dans le rituel de l’acte de voter, conçu comme l’opération quasi mystique de dévoilement de l’intérêt général (le dimanche, en mairie, réglé par une « procession » - au sens étymologique mais aussi quasiment au sens religieux du terme de l’électeur de la table des registres à l’isoloir puis au bureau de vote, surélevé comme un autel) qui contraste avec la banalité des opérations électorales au Royaume-Uni (vote en semaine, dans n’importe quel lieu, supermarché, dispensaires…). Pour reprendre les termes de Dominique Schnapper (La démocratie providentielle), le scrutin est « le moment fugitif où la communauté des citoyens prend conscience d’elle-même ».

Cet idéalisme républicain tranche par rapport au modèle démocratique britannique, sans doute moins connu chez nous mais qui mérite de l’être bien plus. La démocratisation en Grande-Bretagne a pris quelque huit siècles (de 1215 à 1911). Elle est issue historiquement comme intellectuellement - c’est l’héritage de Locke puis de l’utilitarisme - de l’affirmation progressive des droits de l’individu : propriété, vie privée, sûreté etc. Alors qu’en France, la République constitue en quelque sorte une libéralisation du pouvoir (dont ses virtualités tyranniques voire totalitaires, écoutez mes copeaudcasts consacrés à Du Pouvoir de Jouvenel), au Royaume-Uni, la démocratie le contraint (cf. le mot de Lord Acton « Si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » et la théorie des checks and balance).

Loin de représenter une nouvelle transcendance (puisque, en apparence, le pouvoir suprême continue de procéder de la tradition et du religieux : le souverain est également chef religieux), la démocratie britannique est au contraire un art de concilier la liberté de chacun. Il est donc légitime que les intérêts particuliers soient représentés au sein du Parlement et ils ne peuvent pas mieux l’être que par les intéressés eux-mêmes. C’est ce modèle de Westminster qui, diffusé par le Commonwealth, imprègne la logique à l’œuvre dans des États comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Le Parlement doit offrir une maquette aussi fidèle que possible de la diversité de la population nationale. Dès 1780, John Adams, l’un des pères fondateurs de la démocratie américaine, défendait la logique de la représentation miroir en affirmant : « L’assemblée devrait être en miniature le portrait exact du peuple entier. Elle devrait penser, sentir, raisonner et agir comme lui ».

Vous croyez encore que le modèle républicain transcendant a de l’avenir, sérieusement ?

Clearstream - petits commentaires

L’ami Hashtable s’interroge sur la légitimité de la polémique liée à l’affaire Clearstream. Il considère que c'est l’exemple type du non-événement, car

Ici, les média manipulent clairement l'opinion pour obtenir une tête ; car enfin, qui se fiche réellement, à part les présidentiables et les quelques politiciens habituels gravitant autour, des tenants et aboutissants de cette affaire, qui, rappelons-le, est totalement bidon ? Qui veut réellement savoir si une enquête fut diligentée sur Sarko ? Vous ? Moi ? Honnêtement, je n'ai que foutre des petites turpitudes de ces gens là. Beaucoup, je pense, regardent se dérouler cette affaire, l'air mi-goguenard, mi-incrédule, comme devant un Interville aux vachettes effervescentes, attendant de voir qui va chuter ; mais en réalité, tout le monde se fiche du quidam qui se prend les coups de cornes, personne n'accorde d'attention à la vachette. Seule la chute compte.

S’il est vrai que les médias font enfler cette affaire comme ma mère les soufflés au fromage, et si Bruno Frappat a probablement raison lorsqu’il écrit que

On ne saura jamais comment Revel aurait commenté dans ses chroniques la terrible et sombre affaire Clearstream. On se doute un peu qu'il eût, une fois de plus, dénoncé le journalisme de précipitation et l'opposition enfiévrée s'additionnant pour réclamer la démission d'un premier ministre sous la seule raison qu'un témoignage indirectement rapporté l'accusait d'une vilenie non prouvée.

On imagine sans grand risque de se tromper que Revel eût brodé sur le masochisme français, sur notre incapacité à vivre la politique comme une lutte d'idées et de propositions, lui préférant la version feuilleton sordide, méchants terrés dans l'ombre, dagues sorties du fourreau, traîtres rodant dans les parages de la vertu, équipages douteux, associations d'intérêts et de malveillances. Il eût moqué la presse, le pouvoir, les assemblées, les benêts et les forbans, et renvoyé tout le monde dos à dos. Il eût redit qu'on ne faisait de bonne politique ni avec de bons sentiments ni avec de mauvaises pensées et que, décidément, cette France qui va, court à sa perte avec arrogance, fonçant dans les murs qu'elle dresse elle-même devant son propre avenir, se plaisant à donner au monde le spectacle d'une troupe d'ivrognes à la sortie d'une soirée trop arrosée et criant dans la nuit tandis que les braves gens essaient de dormir. Il eût brocardé cet échauffement, ce choc des outragés compétitifs et des vertueux ambitieux. Il eût rappelé quelques épisodes de l'Antiquité, cité des vers de Racine, une formule de La Bruyère et rêvé avec beaucoup que ce déluge, lui aussi, sur la terre de nos soucis "stagne un instant" puis disparaisse."

Du reste, Hashable l’écrit lui-même, car il détaille fort justement les tenants médiatiques qui tiennent tant en haleine la ménagère de moins de cinquante ans :

Avec l'affaire Clearstream, on assiste en effet à ce que la vie politique française a de plus croustillant. Tous les ingrédients d'un roman de gare efficace sont réunis dans ce scandale choc pour politicien chic en mal de chèques :

  • de l'argent, beaucoup. On parle de millions d'euros. De comptes au Luxembourg. De transferts, de banques discrètes...
  • des acronymes aguicheurs (DGSE, DST), des institutions importantes (ministère de l'Intérieur, cabinet du Premier, l'Elysée)
  • des taupes, des espions, des généraux dans le renseignement, de l'informatique haute-voltige
  • des juges incorruptibles, des policiers qui perquisitionnent
  • de l'aventure, du suspense, de l'action, des traîtrises, des coups de théâtre.

Il n’empêche qu’il y a dans cette affaire quelques points que pour ma part j’aimerais assez voir élucidés. Au premier rang desquels la place précise qu’a occupé dans cette affaire, ou plutôt la nature des liens, qui unissent la tentative de manipulation et les milieux de l’armement, puisque il est assez clair à présent que ceux-ci sont fortement impliqués. Ensuite, j’aimerais savoir s’il y a bel et bien eu disparition de certaines pièces judiciaires – et lesquelles – comme l’affirment les deux magistrats chargés de l’enquête. Enfin et surtout, j’aimerais savoir si cette affaire de manipulation n’en est qu’une, autrement dit si elle est totalement sans fondement, ou bien si, comme il n’y a jamais de fumée sans feu, se cache derrière cette agence de placement de véritables turpitudes, comme spontanément je le crois.

I don't want to live in your wheel

Alors que j'écoutais Question de feeling des indispensables Richard Cocciante et Fabienne Thibeault, Xav m'a fait découvrir cette vidéo de l'Acton Institute, qui, si elle est d'une réalisation quasi parfaite, et dont il faudra s'inspirer (voici pourquoi je la linke ici), n'en est pas moins un peu trop "religieuse" à mon goût. Cela étant, je sais bien que c'est parfaitement conforme à l'optique toujours choisie par l'AI.

Une idée qu'il serait de bon aloi de creuser, surtout pour les organisations qui visent le plus grand nombre.

La campagne a commencé

...si j'en crois les premiers billets publiés ici ou là, se référant à la création de blogs destinés à soutenir tel ou tel candidat. Un exemple ? DSK.

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