Casanova

J'ai beau ne pas avoir été invité au congrès de l'UDF, j'ai pu suivre, sur la Chaîne parlementaire, une partie des discours des orateurs. Parmi eux, Jean-Claude Casanova, le directeur de la revue Commentaire (et non pas communautaire, comme écrit sur le script) m'a fait forte impression, malgré la présence de pas mal de médecins en week-end, polo marine à l'appui. Sans vouloir être exhaustif, ni même totalement fidèle, je voudrais vous communiquer ces quelques impressions, posées presque pêle-mêle sur l'écran de mon ordinateur :

Jean-Claude Casanova a comparé Charles X, Victor Hugo et Villepin : les trois, a-t-il dit, entretiennent de relations surnaturelles. Le premier, Charles, communiquait directement avec Dieu, le deuxième, Victor, avec les esprits de l'au-délà, grâce à sa table tournante ; Villepin enfin, qui entretien un rapport direct avec Arthur Rimbaud.

Villepin et son mentor considéraient que la France était en crise, jusqu'au jour où, comme par enchantement, ils conquirent le pouvoir ; depuis, plus aucun diagnostic de ce type dans leur bouche. On peut penser, comme 99% des Français, qu'ils ont tort ; ou, comme le pourcent restant, celui qui souhaite que l'hôte de l'Elysée se représente, qu'ils ont raison. Casanova pose cinq questions, sans apporter de réponse :

  • Quelle est la place de la France et de l'Europe dans le monde ?
  • Quelle est la place de la France en Europe ?
  • Quelle est la prospérité de l'économie française ?
  • Quelle est l'état d'esprit de la société ?
  • Quelles sont les perspectives d'avenir ?

Le bilan, celui d'un Baverez ou d'un Imbert, est celui d'une France en déclin. Sans être illuminé, il considère son auditoire éclairé sur ce point. Et pour ma part, sans entrer dans le coeur de la question, car le positionnement franco-français me semble totalement dépassé, je salue la performance de Jean-Claude, toujours brillant, comme du temps où je le suivais ardemment sur les bancs de Sciences-po.

Copeauwards 2006

Lorsqu'une nouvelle année débute, et je peux le rappeler puisque nous sommes encore en janvier, il est de coutume de procéder à une top list de l'année précédente, de ce qu'on a le plus apprécié, ou au contraire détesté, en N-1. Pour autant, c'est plutôt vers l'avenir que nous allons regarder, vers cette année 2006 qui s'annonce d'ores et déjà riche en entraves plus ou moins ubuesques à toute forme de liberté. C'est pourquoi, dans le cadre de nos animations des quartiers sensibles, subventionnées par les crédits du Fonds social européen, du Fonds d'initiative locale, du Fonds d'intervention en faveur des quartiers défavorisés, du Fonds de protection du littoral, agrémentées, dans le cadre de la politique de la ville, par des crédits liés à la dotation de solidarité urbaine, couplée à la prime pour zone urbaine sensible, je me propose d'apporter ma petite contribution. Mon animation citoyenne à moi consiste à élire, chaque année, les meilleurs censeurs, les plus gentils inquisiteurs, les dictateurs les plus brillants et les délateurs les plus zélés. C'est l'objet même des Copeauwards, premiers du nom.

Pour lancer un peu notre quète de la quasi perfection, je voudrais citer nos deux premiers nominés, assez incontestables au demeurant :

  • Google, qui, après avoir fait croire à ces salauds d'anarmachins qu'il résistait au gouvernement US mieux que ses petits concurrents, a enfin rejoint le rang des sites bien propres sur eux avec Google China ; Mélodius montre par exemple les résultats de la requête Tien An Men square, c'est confondant.
  • l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui a fort heureusement rejeté une propositon de motion déposée par des fascistes et qui aurait consisté en une "condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires". Dantec - malgré ses égarements - écrit très bien : "À ce titre, l'Assemblée des Fossoyeurs Eurocrates aura une nouvelle fois parfaitement rempli sa mission, qu'elle a su avec génie appliquer à partir des préceptes orwelliens de 1984 : pour changer le futur, changez le passé. La liberté c'est l'esclavage. Le mensonge c'est la vérité." Il ajoute : "Il est temps (...) de se préparer activement à accueillir en son sein la Grande Utopie de ce siècle, il devenait donc urgent de réhabiliter celle qui avait dominé le précédent, il était temps d'avoir enfin l'audace d'affirmer que les cent millions de morts victimes du communisme sont des cons.

La barre est déjà placée bien haut. A vous de proposer des nominés potentiels à présent.

EDIT : Réflexion faite, je propose de nominer également l'encyclopédie Wikipédia, qui s'acharne à vouloir supprimer la page consacrée à Wikibéral, alors que nul ne s'oppose à la présence d'anarpédia, encyclopédie anarchiste, et que, comme l'écrit Apollon,

résultats google: 37 200 pour wikibéral. (0,15 secondes) et total d'environ 20 200 pour wikiberal. (0,16 secondes) (sans accent). Cette encyclopédie a donc une ampleur notable. Wikipedia peut et doit parler avec neutralité d'une encyclopédie concurrente engagée.

Blogudf

L'UDF invite des bloggeurs à son congrès, organisé les 28 et 29 janvier, à Lyon qui plus est.

J'aime bien l'UDF - en tout bien tout honneur hein, je n'en suis pas à coller des affiches du carriériste pyrénéen - et je suis d'autant plus déçu de ne pas avoir été invité ! Mon blog atteint tout de même un millier de visiteurs par jour, ce qui n'est pas si mal, et en plus, je ne leur aurais rien coûté. M'enfin, sans doute ont-ils peur du serpent libertarien qui en moi se terre. Ils préfèrent donc inviter des bloggeurs socialistes. Là encore, on a les invités qu'on mérite.

Les marchés pipés, la presse muselée

J'ai déjà évoqué à deux reprises les affres et les dérives des socialistes lyonnais (1 et 2).

Le maire de la ville, Gérard Collomb, et son entourage, paniquent littéralement. Pourquoi ? parce que les affaires se multiplient depuis quelques mois, il y a celles que j'ai déjà évoquées, il y a aussi le choc causé par les malversations et les rémunérations illégales touchées par l'un de ses proches, Bernard Rivalta, président du SYTRAL, le syndicat mixte des transports urbains. J'en parlerai bientôt.

Je voudrais juste noter ici que, face à des marchés publics annulés ou en cours d'annulation - ne citons que le cas du marché de chauffage urbain, déjà évoqué - l'équipe municipale a visiblement perdu toute sérénité, et n'hésite pas à faire pression sur la presse locale. Lyon Capitale a été touché au premier chef, son rédacteur en chef limogé, et les fonds versés pour les publicités des entreprises réduits ou annulés sur la demande insistante de Collomb. La Tribune de Lyon ensuite, pourtant très voix de son maître, a eu le malheur d'évoquer - comme votre serviteur - le financement occulte du PS local, dévoilé par l'ex-inspecteur Gaudino, celui qui a découvert jadis l'affaire Urba. Ceci a valu à son rédacteur en chef adjoint de se faire licencier.

Il est indispensable, face à ces dérives liberticides, que tous les partisans de la liberté de la presse se mobilisent. Je note du reste le courage de certains membres de l'équipe de Collomb ou du PS, qui ont osé marquer leur réprobation face aux méthodes ahurissantes du maire de Lyon. C'est le cas des Verts, c'est le cas de Christiane Demontès, qui est à la tête du PS du Rhône, ou encore de son acolyte Jean-Christophe Vincent. Ils ont compris, et ils ont raison, que la gauche court à la catastrophe en 2008 avec un tel leader. Il n'est pas trop tard pour en changer.

Peut-on être de droite et libéral ?

C'est la question à laquelle répond Alain Dumait.

Je ne suis pas nécessairement en désaccord avec lui, dès lors qu'il se qualifie d'abord "de droite" et ensuite seulement de "libéral". Du reste, puisque je me tue à dire que l'on peut être libéral et de "gauche", sans parler du "centre" bien évidemment, c'est que l'on peut tout autant être libéral et de droite. Ce que je regrette, c'est simplement que les deux termes soient souvent assimilés, notamment à gauche, et que les gens de droite, de leur côté, pratiquent une opprobre aussi prononcée à l'encontre de ceux qui refusent de les rejoindre. On a les adversaires qu'on mérite.

L’obscurantisme et le clergé statolâtre

Le train qui me mène à mon prochain périple roule péniblement dans la nuit naissante. BlutEngel chauffe mes oreilles, l’acier chauffe les rails, mais l’obscurité est froide et humide. Je repense à ce proviseur limogé, capitaine Dreyfus dont on casse sur la place de la Concorde l’épée, contre la cuisse de l’obscurantisme moderne, celui qui n’a rien à envier au clergé du XIIe siècle.

Cet obscurantisme, c'est celui qui consiste à ne plus croire en l’Eglise, mais en sa nouvelle réincarnation, l’Etat.

Naïf que j’étais, je croyais que les Lumières nous avaient averti des méfaits de l’ignorance couplée à l’irrationalisme, et que plus jamais, demain, l’individu ne serait l’enfant du temps de la marine à voile, qui, tel l’oisillon, attend dans son nid, le bec ouvert, le retour de sa génitrice. J’avais tort : l’homme n’a pas changé, et continue à tout attendre des autres, plutôt que de se retrousser les manches par lui-même. On a fait si souvent miroiter le grand soir ! La Révolution d’Octobre aurait pourtant du en alerter plus d’un, mais elle n’a pas empêchée 1936, 1968 ou 1981. Ni d’ailleurs le putsch paramilitaire de 1958, pour s’en tenir bien sûr à l’exemple français. A chaque fois, les illusions des faibles d’esprit ont trouvé leur écho dans les désillusions de leurs enfants, et j’en suis un. Mais le supplice de Tantale ne finira pas.

Aujourd’hui, on attend tout de l’Etat, qu’il contrôle les loyers, alors que ceci incite les propriétaires à ne plus louer voire même à vendre leurs logements pour investir dans des produits financiers, qu’il interdise le tabacs, tout en le taxant à 80%, qu’il subventionne les banlieues alors qu’il les a lui-même créées, qu’il lutte contre la précarité alors qu’elle provient du chômage causé par le salaire minimum, qu’il use un jour de l’arme atomique contre des gens qui ne m’ont rien fait, comme Chirac l’a rappelé très récemment, qu’il me culpabilise alors que le vrai coupable, c'est lui.

Revenons un instant à notre comparaison religieuse : l’Etat est le nouveau messie. Depuis Constantin et surtout Théodose, l’Eglise a considérablement assis son pouvoir sur la société, qui s’est alors confondu avec elle, pour n’être plus qu’une chrétienté. Saint Augustin s’est chargé de faire de l’Eglise le passage obligé de la rédemption. Le pape a été appelé à la rescousse par Charlemagne, qu’il a couronné à noël, et, nonobstant la querelle des Investitures, il a montré au temps béni des Croisades qu’il était le véritable patron. Lui, et pas le roi.

Aujourd'hui les choses n’ont pas fondamentalement changé : l’Etat prétend gouverner toute la société, sans exception, et ses thuriféraires, bien plus nombreux que les maigres et fauchés opposants que nous sommes – ils ne manqueront pas d’ailleurs de me gaver de messages d’insultes ici même, comme d’habitude – professent la parole officielle, établie avec la subtilité d’un Beria au mieux de sa forme. On en revient toujours à Jouvenel : l’Etat a vaincu définitivement l’Eglise, et concentre à présent le pouvoir total, que nul ne peut lui contester. Les élus ne sont que les dépositaires temporaires d’un pouvoir qui les dépasse et de très loin, et qu’ils orientent à leur plus grand profit bien sûr.

Heureusement, moi qui ait le profil psychologique parfait de l’imbécile heureux, à en croire un psy de mes connaissances, je préfère donc en prendre mon parti et continuer à danser, comme la chanson de Saez. Et je vais bien m’amuser, puisqu’ici rien n’a de sens, et puis j’irai gentiment me coucher, même si demain rien n’ira mieux pour autant. Je crois bien que nous sommes donc tous des pions, contents d’être à genoux.

Cela étant, je serai bien d’accord avec le premier qui dira qu’il y a plus important dans la vie, à commencer par l’amour. Je n’en parle pas souvent, il faudra donc que j’y remédie, qu’en dites-vous ?

Puisque je citais à l’instant Saez, je finirai donc par Jeronimo :

J’ai les mains qui tremblent

Ce n’est pas la drogue

Ce sont les couleurs

De tes jolies robes

Que je n’oublie pas

J’ai les mains qui tremblent

Ce n’est pas l’alcool

Ce sont les paillettes

De tes yeux de braise

Qui ne s’effacent pas

Un facho andin

Connaissez-vous Ollanta Humala ? Cet adjudant Kronenbourg est candidat à l’élection présidentielle péruvienne, qui se déroule dans trois mois. Il est même en tête des sondages, depuis peu. Dans un pays très pauvre, le populisme est roi.

La doctrine qu’il défend est un savant mélange de gauchisme anti-américain, qui fait de lui le lieutenant de Chavez, le président Vénézuélien, et de Morales, le président Bolivien. Et aussi de racisme pur et dur, ce qui prouve, une fois de plus, que les deux dimensions, loin d’être contradictoires, vont au contraire souvent de pair. Il se réclame de la doctrine du général Caceres, figure de la guerre contre le Chili (1879-1883, on se croirait en pleine guerre de Sécession), et qui affirmait, comme tous les Drumont de l’époque, qu’il fallait être fier non de son pays, mais de sa race, de son sang et de sa langue. Son parti, qui se résume plus ou moins à sa famille, affirme dans son programme que seuls les personnes de la « race des Indiens andins » devraient avoir la nationalité péruvienne. Mâtiné de tentatives de putsch avortées, mais aussi sanglantes que celles du Che, et d’un antisémitisme bon teint, voilà sans doute la nouvelle figure de proue des altercomprenants. On a les héros qu’on mérite.

Quel avenir pour l'Europe ?

Les deux « non » successifs, français et néerlandais, de l’année 2005 ont été perçus, au sein des instances dirigeantes européennes et tout particulièrement parmi les membres du staff de la commission, comme une remise en cause du projet européen en tant que tel, de ces cinquante ans d’existence, du modèle social et économique européen aussi. On sait bien que si le Royaume-Uni avait du se prononcer, lui aussi, en 2005 ou plus tard, par référendum, il aurait probablement voté, encore plus massivement, contre le projet de constitution.

Pour autant, il me semble que les vraies causes de l’échec de la synthèse giscardienne sont ailleurs : il s’agit d’une crise majeure de croissance, tant il était certain et prévisible que, d’élargissement en élargissement, l’Union européenne allait droit dans le mur. Une Europe à vingt-cinq ne peut plus fonctionner comme du temps béni de la marine à voile et de la lampe à huile, lorsqu’une cabine téléphonique suffisait à contenir les Six fondateurs.

On a tout dit sur le divorce entre les élites et le bon peuple, entre les instruits et les riches d’une part, les ploucs et les cons d’autre part. On oublie cependant une chose : si le traité de Maastricht a été ratifié en 1992, certes de peu, c'est essentiellement grâce au vote des classes moyennes (enseignants, comptables, employés de banque, commerciaux, infirmières, que sais-je ?), qui était massivement favorable au traité. Tandis qu’en 2005, ce sont ces catégories socio-professionnelles qui ont fait défaut aux tenants du « oui ».

Si le vote a été négatif, et la raison est valable aussi bien en France qu’aux Pays-Bas, c'est bel et bien pour des motifs liés à la politique intérieure. En France, le chômage que les gouvernements successifs n’arrivent pas à abattre, la crise de l’immigration et des banlieues, le sentiment plus global de perte d’identité ont été le terreau fertile du vote protestataire depuis déjà quinze ou vingt ans. Le référendum n’est que le dernier avatar en date, et pas le moindre, de cet état d’urgence généralisé. Aux Pays-Bas, la présence d’une population turque et marocaine pas du tout assimilée, la déconfiture de l’Etat-providence et les réformes courageuses qui ont été entreprises, le mauvais film en deux épisodes, Pim Fortuym en 2002 et Theo van Gogh en 2004, la défiance à l’encontre d’un gouvernement faible et contesté, voici quelles sont à mes yeux les explications les plus évidentes du vote négatif néerlandais.

La première conséquence du vote négatif, c'est évidemment le gel de la construction européenne pour un petit moment. Mais ne soyons pas dupes : sans même évoquer l’hypothèse d’un nouveau vote référendaire, partout où il a été négatif, à l’instar du Danemark dans les années quatre-vingt dix, hypothèse peu crédible pour des Français qui seraient sans doute particulièrement humiliés de cela, on peut dire deux choses. Tout d’abord, le traité de Nice, qui s’applique donc, fait la part trop belle, notamment en terme de représentation au Conseil, à l’Espagne et à la Pologne, au détriment de l’Allemagne, sinon de la France. Les modalités de vote à la majorité qualifiée, comme le nombre pléthorique de commissaires, sera un moteur évident d’une réforme prochaine des institutions. D’autre part, il ne faut pas omettre que, parmi les réformes proposées par le Traité, certaines étaient, à mes yeux, d’incontestables avancées : président du Conseil, ministre des affaires étrangères, resserrement du nombre de commissaires, disparition du doit de veto pour un seul pays en cas de disposition législative fondamentale, augmentation des pouvoirs du parlement. Ces réformes ne sont que partie remise, et, sorties par la porte, elles rentreront par la fenêtre.

A plus long terme, il me semble qu’à présent l’élargissement de l’Europe subira, lui, un authentique coup de frein. Hormis pour les pays auxquels l’adhésion a été promise, la Bulgarie et la Roumanie, il est peu envisageable d’aller plus loin dans l’immédiat. La Turquie est de fait hors-jeu.

Le débat post-référendaire, à l’opposé du reste de la campagne référendaire en tant que telle, est l’occasion d’enfin ne plus se voiler la face sur une évidence que pourtant tout le monde cherche à nier : en intégrant les pays issus du Pacte de Varsovie, l’Union européenne a franchi un seuil non plus seulement quantitatif, mais aussi qualitatif. Pour ne rien dire des pays en proie aux déchirements réguliers, ceux des Balkans en particulier, ou encore l’Ukraine ou la Géorgie. Entre ceux qui pensaient, et qui pensent toujours (et vous savez que j’en fais partie) que la Turquie a toute sa place en Europe, et l’opinion de la très grande majorité de l’opinion publique de la plupart des pays, il y a un hiatus considérable que rien ne viendra combler. Certains pensaient même que l’Europe avait vocation à s’étendre jusqu’à Israël par exemple, histoire d’atténuer le choc des civilisations.

Il est évident que la promesse européenne a servi les démocrates turcs ; que la condition des femmes, des prisonniers, des libertés publique ou des droits de l'homme s’est améliorée d’abord et avant tout grâce à la carotte de l’intégration européenne. C'est une voie sur laquelle il faut continuer à s’engager. Mais aller au-delà, et parler d’adhésion, devient à mon sens irréaliste.

En France tout particulièrement, on a voté contre le « libéralisme » économique, contre Chirac et ses affaires, contre l’Amérique de Bush, voire contre la Turquie, mais pas contre le traité constitutionnel en tant que tel. Dès lors que les causes resteront inchangées, il est illusoire de s’attendre à un autre vote des électeurs. On sait pourtant que des réformes assez basiques permettraient déjà de réduire un peu le chômage, en supprimant les obstacles aux licenciements ou en allégeant le coût du travail. On adoucirait le sort des plus modestes si on leur permettait de gagner plus, pour ceux qui veulent travailler plus. Si on facilitait aussi la création d’entreprise. Comme partout ailleurs, et pas seulement en Europe. Mais pour cela il faudrait des dirigeants qui disent la vérité, qui ne se contentent pas de brosser l’électeur dans le sens du poil, qui aient aussi le courage d’appliquer les réformes sur lesquelles ils ont été élus. Or on a la classe politique qu’on mérite.

Une piste plus probable est celle des coopérations renforcées ; déjà en vigueur en matière de défense (les 60 000 hommes de la force de réaction rapide par exemple), ou de sécurité intérieure (le protocole de Schengen lie quinze Etats membres, plus des extérieurs comme la Suisse), il faudra bien l’étendre à d’autres domaines, parmi les plus stratégiques (l’euroland, la PAC, la diplomatie, le marché du travail et les politiques sociales). C'est la seule manière de pousser plus avant le train du fédéralisme, qui me semble plus prometteur que tout autre en l’espèce.

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