Les vrais humanistes

Pardon de procéder encore par citation, mais je préfère graver ici dans le marbre un texte presque intégral de mon ami Nicolas. Outre le fait que je partage en tout point ses vues, je trouve que son effort de formulation sinon de synthèse est méritoire ; et que ce court texte en dit plus long que pas mal de discours. Qu'il en soit remercié !

Au début du XXème siècle vous aviez des individus qui se trompaient certes parce qu'ils étaient socialistes et proche des communistes, mais qui avaient tant de valeurs libérales par ailleurs. Souvenons-nous : non au racisme, non à la colonisation et à l'asservissement, non à la guerre comme le fit Jean Jaures, pacifiste, qui fut tué pour cette raison; oui à l'ouverture au monde, oui à la construction européenne, oui à la tolérance, oui au progrès...

Aujourd'hui, que sont-ils devenus ? On les a vus faire campagne contre le projet visant à établir une Constitution pour l'Europe. On les a vus traiter le commissaire européen Bolkestein de Franckestein, jouer sur la peur du plombier polonais... Que disaient-ils donc ? Non à la mondialisation, non au traité européen, non au plombier polonais, oui à la spécificité française, oui au modèle social français... Bientôt " la France aux français " ? Après tout, l'on peut bien parler de l'émergence d'une gauche xénophobe et anti-européenne depuis le vote NON du précédent scrutin, et aucun médias ne gauche n'a réussi à inverser la tendance. Le populisme, l'intolérance, voici ce que semblent être les valeurs de la gauche socialiste d'aujourd'hui. Tout le monde le dit, même des anti-libéraux soutenant le PS le reconnaissent et en ont peur.

Et qui sont donc les humanistes, les progressistes d'aujourd'hui, qui sont ceux qui aujourd'hui défendent la tolérance, l'ouverture des frontières, l'unification européenne, l'ouverture au monde, qui aujourd'hui défend le progrès social, qui s'est toujours opposé aux dictatures les plus cruelles, qui a placé l'humain, la liberté au centre de tout ? Les libéraux. Oui, ça peut faire rire. Pourtant, cela est tellement vrai. Les libéraux se sont opposés à la colonisation, à l'esclavage, au travail forcé des enfants, à la guerre, quelle qu'elle soit, ont toujours été favorables au progrès économique et social, à une révolution des moeurs ( on peut dire, à ce titre, que la révolution de 68 était à l'origine une révolution libérale ). La gauche véhicule elle aussi ces valeurs ? Et alors ! Nous ne sommes pas sectaires. Et d'ailleurs, rappelons que les premiers libéraux se situaient à gauche de l'échiquier politique... Mais ce fut un autre temps... La belle époque où on venait de renverser l'Ancien Régime, l'on venait de rédiger les droits de l'homme ( valeurs libérales par excellence ), où on consacra la séparation des pouvoirs. Puis tout le long du XIXème siècle, où s'opposèrent les tenants de la monarchie absolue et les libéraux.

Solidarnosc

Le candidat conservateur Lech Kaczynski, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, aurait remporté les élections présidentielles polonaises. Son adversaire, le libéral Donald Tusk, serait donc défait.

C'est une grande déception, doublée d'une réflexion sur ce qui me semble être le prémice d'une future recomposition politique ; pour une fois en effet, une très rare fois, on observe un affrontement clair entre les deux camps que tout oppose : les conservateurs et les libéraux. En France on en est loin. Je n'oublie pas que les libéraux travaillistes s'opposent de longue date aux conservateurs travaillistes ainsi qu'aux conservateurs tories ; que le FDP allemand a été récemment laminé ; que partout en Europe, pour ne pas parler des USA, les libéraux sont déchirés entre les sociaux-démocrates d'une part, les pro-market d'autre part.

Pour autant, là est selon moi l'avenir : la ligne de fracture se déplace progressivement, en France essentiellement depuis le revirement monétaire de 1983, et depuis lors la longue marche des libéraux suit son cours, car ce qui rapproche le centre-gauche et le centre-droit est plus grand que ce qui les divise. Non qu'il faille gouverner au centre, mais que le libéralisme soit le vrai avenir.

Bébert, prix Nobel d'économie

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