La Déception fatale

Alan Ebenstein est un historien des idées. Il a publié plusieurs ouvrages consacrés à la pensée de Hayek. Dans le dernier numéro de Liberty Mag, il publie une étude sur la genèse de La Présomption fatale, le dernier bouquin du père Hayek, paru quelques années seulement avant sa mort. Ebenstein affirme que ce bouquin n'est pas tant celui de Hayek que celui de Willam W. Bartley, son éditeur, qui a profondément remanié, sinon modifié, le manuscrit initial du père Friedrich. Ce dernier, en effet, a perdu le plus grand usage de ses facultés mentales durant l'été 1985, soit trois années avant la sortie officielle de la Présomption fatale.

Grâce aux archives dont disposait Charlotte Cubitt, sa dernière secrétaire, preuve est faite à présent que Bartley a réorganisé, modifié, retitré l'ouvrage de Friedrich. Il a même inséré des paragraphes nouveaux, issus de personnes qui ont relu le manuscrit. Il a même ajouté des notes qui n'existaient pas dans la version initiale (notamment en référence à ses propres travaux !). Il a changé des formules, des terminologies. Barltey était un disciple de Popper plus que de Hayek. Il était bien plus intéressé par l'évolution de la connaissance que Hayek l'était. En effet, la réflexion de Hayek se portait fondamentalement sur l'imperfection de la connaissance, sur son caractère incomplet, plutôt que sur son évolution stricto sensu.

Il apparaît donc, selon Ebenstein, que La Présomption Fatale telle que nous la connaissons n'est qu'une version compactée du premier volet d'un ouvrage qui devait en comporter trois. Hayek a travaillé sur ce livre de 1977-78 à 1985. Il existe une version non expurgée de ce premier volet. La Fondation Hoover dispose même, à présent, d'élements des volets 2 et 3, relus par des lecteurs éminents, tels que James Buchanan ou Bruce Caldwell.

Une publication s'impose, non ?

(j'en profite, pardon pour mon côté négatif, pour regretter que ce temple du conservatisme qu'est la Hoover Institution puisse être en possession des archives de celui, qui, malgré tout, n'est pas l'un des leurs mais des nôtres.)

Voir ici un bon bouquin d'Ebenstein

Muslim for President

Un jour un président français sera musulman. C'est certain.

Il paraît que dire cela fait frémir, ou bien choque, de nombreuses personnes.

Moi, je m'en réjouis. Il ne tentera pas d'imposer la charia. Mieux, il sera peut-être plus républicain que beaucoup. Et plus honnête que pas mal d'autres présidents de la République, à commencer par les deux derniers.

J'attends ce jour avec impatience.

Big Mother

A lire sur catallaxia, un article de mon ami Mathieu consacré au principe de précaution érigé en pierre angulaire de tous les comportements de nos dirigeants.

Celui-ci développe la thèse de Michel Schneider, dans son bouquin intitulé Big Mother. Comme l'écrit Mathieu, notre Etat

takes care of everything, protects and reassures us, comforts us when we are sad and sings us lullabies when we have insomnia. In this paradise of nice feelings, an Empire of the Good in which the capacity for individual choices is dwindling, the collective benevolence of the state and of individual irresponsibility reign supreme.

Mathieu est délégué général de l'Institut Turgot, excellent think-tank français que je vous invite à découvrir.

A la santé du vieux Murray !

Je ne parle pas ici de Bill Murray, héros du dispensable Ghostbusters et des plus intéressants Un Jour sans fin, Tootsie et autres Lost in Translation.

Je veux parler de Murray Rothbard. En cliquant ici, vous verrez une très grande photo de vieux Murray inscrivant au tableau noir le nom, non moins renommé, de l'excellent Turgot.

Ronnie nous rappelle qu'il s'agit aujourd'hui du dixième anniversaire de sa mort.

A cet effet, je vous invite, si vous voulez en savoir plus sur lui, à lire ceci, du Mises institute. Welcome to our Boston Tea Party !

Darfour crématoire

(pardon)

On nous rebat les oreilles en ce moment avec l'aide aux victimes du tsunami asiatique. J'ai moi-même suivi le mouvement dans un récent billet. Je note au passage que le niveau des aides privées égale ou dépasse celui des aides gouvernementales dans nombre de pays, ce qui est une excellente nouvelle pour tous les amis de la liberté. Preuve en est donnée qu'on peut agir charitablement sans que les hommes de l'Etat décident pour notre compte.

Mais la polémique et surtout la surenchère bien-pensante (ou bien-donnante) qui fait rage en ce moment sur le montant des aides publiques de tel ou tel pays, cache aussi la forêt des ressentiments de l'obsession anti-américaine. Comme le dit fort bien le Ring,

150.000 morts, 500.000 blessés, 5.000.000 de sans-abri ; les chiffres donnent le vertige, mais certains ne perdent pas le nord. Une semaine après le désastre, l'internationale bien-pensante distribue les blâmes, en premier lieu aux Etats-Unis, accusés en vrac de négligence, de mesquinerie et d'avarice. « Pourquoi sommes-nous si pingres ? » demande avec malice Jan Egeland, le coordinateur pour les Nations Unies ; à l'évidence, la remarque a fait mouche, puisque l'aide internationale d'urgence dépasse désormais largement les estimations des besoins avancées par l'ONU. Qu'importe, l'occasion fait le larron : la France et son cartel des droits de l'homme avancent leurs pions, instrumentalisant sans honte la tragédie pour mieux fustiger l'ennemi américain.

Et surtout :

l'essentiel n'est pas l'argent ; comme le savent les spécialistes de l'humanitaire, ce sont la logistique, le transport, la distribution, et la coordination des moyens qui constituent les principaux goulots d'étranglement. Et là, on sait bien qui va faire le travail.

Autre observation, objet du titre de ce billet : on parle de l'Asie car il y avait quelques Occidentaux qui ont péri tragiquement là-bas. On ne parle jamais du Darfour, il y en a aucun. Le silence est assourdissant. C'est celui aussi bien des pays qui se gargarisent aujourd'hui quant à savoir qui fera le mieux la pute internationale. C'est aussi le silence des Arabes, pourtant premiers concernés, sinon acteurs. Comme le dit Abu Khawla, un militant des droits de l'homme et l'ancien président de la section tunisienne d'Amnesty International,

J'accuse le panarabisme d'être le principal facteur devant être mis en cause dans le manque de réactions arabes au «crime odieux commis par leurs compatriotes arabes au Soudan». Selon lui, le seul moyen efficace pour contrer «la propagande incitant à la haine et au mensonge» répandue par le mouvement panarabe est de mobiliser le mouvement libéral arabe.

Il ajoute :

«Le silence arabe ne peut s'expliquer qu'après avoir compris la vraie nature des fascismes jumeaux que sont l'islamisme et le panarabisme»

je trouve qu'il y va tout de même un peu fort sur le panarabisme. Mais il est vrai que personne ne trouve rien à redire parmi les pays arabes, pas plus d'ailleurs que dans la rue arabe, aux événements du Darfour, comme on parlait en 1954 des événements en Algérie. Une région aussi vaste que la France peuplée d'environ 7 millions d'habitants, qui a fait au moins 70 000 morts - essentiellement des civils - et plus de 1,6 million de déplacés ou de réfugiés. Ce n'est pas complètement rien.

J'ajoute qu'il y a bien sûr des gens courageux, comme, au maghreb, mon amie Neila et son parti libéral méditerranéen. Lire aussi ceci.

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