Bientôt deux journalistes de retour au pays

...mais pas forcément entiers. Outre la tragédie personnelle que représente cet événement (je ne ferai pas le mariole si j'étais sur le seuil de la porte de la Grande faucheuse), on ne peut néanmoins pas rester apathique devant cela.

Je suis de l'avis de Frodon, non pas en ce sens qu'il fallait nécessairement, et en tout point, défendre la position americano-israélienne au moyen orient. Mais en ce que la France n'a pas seulement tenté de convaincre les autres pays de son point de vue. Elle a mené une campagne tambour battant en faveur des saddamites, en faisant le tour des capitales pour dénigrer la position americano-anglo-espagnolo-italienne. Ce n'était pas innocent.

Le fait qu'il y ait beaucoup d'Arabes en France, en milieu urbain, n'est à mon sens pas étranger à cet état de fait. De même que la volonté, continuelle depuis de Gaulle, de prendre le contre-pied des Etats-Unis pour tenter de fonder une soi-disant diplomatie autonome. Mais il y a beaucoup de lâcheté dans la position qui consiste à protester vertement contre les vexations (et non tortures, ou alors il faut trouver un autre mot pour définir les méthodes qui ont eu cours en Allemagne, en URSS ou encore au Cambodge) d'Abu Graib, et contre les méthodes de Guantanamo, et à ne dire mot devant ce qui se passe en Iran.

Evidemment, il faut critiquer Guantanamo et les methodes américaines. On peut s'opposer aux méthodes de nazis qu'emploie Israël en Palestine. On peut d'ailleurs très bien être opposé à la guerre en Irak, comme le sont les courageux membres de Chacun pour soi. Mais il faut aussi ne pas confondre la paille et la poutre. Là on parle de fondamentalisme religieux. De fanatiques. De nouveaux Torquemada.

Il y a en vérité beaucoup de compromission dans la position française. Ca ne paye pas vraiment, on dirait.

Il faut avoir le courage de dire que les islamistes sont des enculés.

Naan, y paraît que c'est la faute du Mossad. Heureux les simples d'esprit...

Social individualist

Blogographe s'interroge sur l'art et l'ordure, suite à cette info rigolote : Une femme de ménage a jeté par erreur un sac poubelle qui faisait partie d'une exposition d'art moderne à la Tate Britain, l'un des principaux musées londoniens.

La photo en haut, c'est Alice Cooper. Enfin, vous m'avez compris, c'est Angelina avec un T shirt d'Alice, elle qui est une fan de longue date du vieux métalleux.

Pourquoi vous parle-je d'Alice ?





C'est parce que le Frogman s'interroge sur les billion dollars lefties, ces con-cons (contestataires consensuels) du showbiz qui défendent, par définition, des thèses de gauche en ayant à peu près rien dans le citron. Comme il le dit fort bien :

il ne s'agit pas de savoir si les rock stars et autres saltimbanques peuvent avoir des opinions en politique comme tout un chacun (la réponse est évidemment oui), mais de bien établir une distinction entre opinion personnelle et prosélytisme, particulièrement lorsque les prosélytes sont loin d’être des lumières en la matière.

Et particulièrement lorsque, comme c'est le cas avec les artistes à qui les remarques d'Alice Cooper s'adressent, ils mettent leur renommée au service de leurs convictions... et au mépris de leur public, puisque rien, sinon leur arrogance et leur égocentrisme sans bornes, ne leur permet d'affirmer que tous leurs fans (qu’il s’agisse d’REM, de Bruce Springsteen ou des autres) sont anti-Bush.

Concernant Alice Cooper, je n'ai pas l'impression que ses positions aient fondamentalement changées, puisqu'il supporte Bush fils. Ce qui m'amène, en fait, à lui attribuer le titre de libre penseur, c'est plutôt le fait que dans un milieu incroyablement conformiste, celui des artistes - tant du show business que du cinéma (et en dépit des apparences qu'ils se donnent...) - des individus comme lui ne se sont jamais coulé dans le moule du zeitgeist.

Mes souvenirs d’ancien lecteur de Metal Hammer mais aussi d’abonné à Kerrang, me confirment d’ailleurs que c’était généralement le cas dans le genre musical auquel appartient Alice Cooper. J’ai comme l’impression qu’on ne naît pas social individualist, mais qu’on l’est devenu dans les années 80.

Je suis un junkie de cinéma et de musique, mais en dehors de leur art, je n'ai que peu de considérations pour les artistes. Posez n'importe quelle question à un Michael Stipes ou à un Bono (sans même parler de nos sous crétins néo-marxistes locaux du genre Manu Chao), et vous obtiendrez les même réponses superficielles et pré formatées du genre: "les pauvres pauvres sont si pauvres, c'est une horreur horrible."

Ouais, maintenant sors de la piscine et passe moi la coke.

Pendant ce temps, Vincent poursuit son étude sur la pauvreté comparée de la France et des Etats-Unis.

Enfin, Johan s'oppose à l'accroissement excessif du budget de la commission européenne.

Hallali

Un billet de Romain qui nécessite quelques commentaires, encore que je n'ai pas grand chose à voir, ni avec les millonistes, ni avec l'auteur du site web dont il est question ici. Mais comme j'aime bien mettre mon grain de sel, l'occasion est trop belle.

Je ne répondrai pas sur tout, mais je ne peux pas laisser passer la référence à l'article sur l'idéologie marxiste.

L'auteur de l'article évoque la controverse qui s'est fait jour lorsque Pascal Salin a été récusé par le tribunal de la pensée, alors qu'il venait d'être nommé président du jury du concours 2003-2004 de l'agrégation en Sciences Economiques. L'auteur cite aussi

(...) le professeur Caccomo, qui est de mes amis et qui, bien entendu, a fait lui-même l'objet d'odieuses insinuations ad hominem, est cité par Roland Granier, professeur émérite de l'Université d'Aix-Marseille et doyen honoraire de la Faculté d'Economie appliquée, dans un article intitulé "Socialisme, libéralisme et concours d'agrégation de Sciences économiques de 2004 en France" que publie l'Association Liberté chérie sur son site www.liberte-cherie.com. L'indignation de cet honnête homme, qui bien sûr rejoint en tout point la mienne, reflète ce que nous pensons tous de tels agissements qui illustrent la misérable situation dans laquelle ces gens, dont la pensée frelatée repose sur une imposture permanente, ont plongé notre université incapable de rivaliser, dans un monde ouvert, avec l'enseignement supérieur d'aucune autre nation avancée.

Alors, oui, en effet, le milieu universitaire français reste fortement marqué par l'extrême gauche, plus ou moins marxisante. L'auteur a totalement raison. Et Pascal et Jean-Louis ont mes amitiés.

Concernant la SNCF, le sympathique Romain nous dit que

A mon trés humble avis, le probléme de la SNCF c'est qu'elle ne remplit plus vraiment son rôle de service public avec par exemple des tarifs à 110 euros voire plus pour un Lyon-Paris allez-retour en seconde classe

Je doute pour ma part que ceci soit indifférent à la situation actuelle. Il est peu contesté que les chemins de fer français sont parmi les plus chers au monde. Pas seulement pour l'usager évidemment, mais au coût par kilomètre. Et qu'on ne me dise pas que la France est le seul pays à posséder un TGV, c'est faux.

Ma réponse personnelle : La libéralisation ferroviaire mal contrôlée au Royaume-Uni offre l'écueil à éviter. Mais entre ce scénario et la situation actuelle, des voies médianes sont envisageables intégrant une ouverture progressive de certaines lignes à d'autres opérateurs, avec une agence de régulation comme on l'a pratiqué dans la téléphonie et une mise en place d'appels d`offre des régions pour le transport régional, ligne par ligne, avec attribution de concessions......

Selon la commission européenne, la concurrence sur les secteurs de réseaux (eau, gaz, électricité, télécommunications, services postaux) a permis de réduire les coûts cumulés de 30%. Il n'y a pas de raison qu'il en soit autrement pour le ferroviaire.

EDIT (merci Chris) : http://www.euro92.com/new/article.php3?id_article=606

Un texte sur l'état réel des trains en grande-Bretagne.

Il faut garder à l'esprit que sorti du TGV qui est un véritable gouffre financier, les trains corails sont dans un état déplorable. De plus la SNCF coûte la bagatelle de 7.5 milliards d'euros par an au contribuable rien qu'en subventions, soit davantage que les budgets de la police et de la justice réunis.

Le coût réel du transport ferroviaire est donc masqué de sorte qu'il est faut de prétendre que la nationalisation fait baisser les prix.

Enfin, concernant le gaspillage des fonds publics au bénéfice d'associations et syndicats divers, comment ne pas voir qu'il s'agit là d'un formidable clientélisme ? Comment ne pas voir que Delanoë achète ici, avec l'argent du contribuable, des électeurs pour les futurs scrutins ? C'est de la corruption d'électeur, comme il y existe la corruption des fonctionnaires.

Bon, le reste de l'hallali ne me concerne pas, je goûte très peu les néocons. Je n'ai pas grand chose d'un euricain ;)

Pendant ce temps, Prodigy sort un nouvel album. Ca c'est une bonne nouvelle.

Ah j'oubliais, toujours sur Lyon - et je sens que ça va faire plaisir à Romain - un article d'Adam consacré à la communication municipale...

Et pendant qu'on parle de notre bonne ville, voici un message de mes amis de Contribuables Associés :

Jour de libération fiscale : le Syndicat Unifié des Impôts (SNUI) voit rouge…

Le SNUI, principal syndicat des fonctionnaires de Bercy, a réagi à la campagne de presse des Contribuables Associés à l’occasion du jour de libération fiscale, le 16 juillet dernier. Une célébration, qui selon nos très chers collecteurs d’impôts serait « mue par la haine ».

Chaque année, les Contribuables Associés célèbrent le jour de libération fiscale. Pour 2004, la dépense publique s’élève à 53,9% du PIB, ce qui signifie que nous avons travaillé jusqu’au 15 juillet au soir uniquement pour l’Etat et que ce n’est qu’à partir du 16 juillet que nous avons enfin pu travailler pour nous même. Pour célébrer l’évènement et sensibiliser l’opinion, notre association a lancé avec succès une large campagne dans la plupart des grands titres de la presse : Le Figaro, Le Monde, France Soir, Valeurs Actuelles, Spectacle du Monde, Le Parisien, Métro et Nice Matin et quinze spots publicitaires ont également été diffusés en boucle sur Europe 1.

Outré, le tout puissant syndicat des impôts a réagi - avec l’excès qui le caractérise - en qualifiant le message des Contribuables Associés de « nauséabond car mû par la haine » et s’est présenté comme le défenseur et garant de l’ « impôt citoyen » sans lequel la société ne pourrait survivre puisque l’impôt serait le garant « des solidarités » source d’égalité…

Bien entendu, solidarité bien ordonnée commençant toujours par soi-même, la dévotion vouée à l’impôt par ce syndicat de fonctionnaires est des plus intéressée… Les effectifs pléthoriques* au ministère des finances, fruit de longues journées de grève, ce sont nos impôts. Les primes de plus de 40 % exonérées de certaines charges sociales, ce sont encore nos impôts. Enfin, les retraites précoces et bien mieux rémunérées que dans le privé, ce sont toujours nos impôts… Alors, si les fonctionnaires du SNUI veulent plus de « solidarité » et d’ « égalité » dans la société, les contribuables français sont tout à fait disposés à ce que de tels privilèges soient supprimés. En 2005, ils pourront ainsi être libérés un peu plus tôt dans l’année !

* Dans une allocution, au mois d’avril, le Président de la République, Jacques Chirac, rappelait que la collecte de l’impôt, en France, pouvait être quatre fois plus coûteuse qu’à l’étranger.

Libéral de gauche

Un nouveau spectre hante l’actualité intellectuelle et politique européenne depuis la fin du Xxe siècle : le « libéralisme de gauche ». Bien qu’elle se réfère à l’action gouvernementale de Tony Blair et Gerhardt Schröder ainsi qu’aux évolutions doctrinales du « New Labour » et de la social-démocratie allemande, cette expression ne renvoie-t-elle pas plus à la quadrature du cercle qu’à un objet théorique précisément identifiable, consistant et cohérent ? Et, pour les libéraux classiques, peut-elle représenter autre chose qu’une illusoire et dommageable chimère ? Peu explorée, l’allégation d’un libéralisme de gauche indispose tous ceux qui se cramponnent dogmatiquement à des frontières idéologiques intangibles, et estiment que sous cette apparence d’oxymoron et se théorisation en « troisième voie » se cachent d’inacceptables compromissions et d’improbables mariages entre l’eau et le feu. Du côté libéral, et surtout des libéraux conservateurs ou marchéistes pour lesquels tout ce qui est « de gauche » sent d’emblée le soufre, cet apparentement est décrété impossible et en tous cas condamnable : s’il y avait un libéralisme de gauche, cela ne prouverait-il pas qu’il y a corrélativement un libéralisme « bourgeois », le leur ? Pour la vieille gauche socialiste, c’est tout simplement pactiser avec le diable et l’enfer capitalistes : « le libéralisme de gauche, fourrier de la société de marché », comme le dit Alain Minc en traduisant avec ironie leur réaction (www.capitalisme.fr). On y crie d’autant plus à la trahison que l’initiative du rapprochement est venue de certains secteurs de la gauche et non des libéraux…

Pour achever de compliquer les choses, l’expression « libéralisme de gauche » se trouve fréquemment associée à celles de « social-libéralisme » à gauche, ou de « libéralisme social » chez les libéraux – aussi confuses l’une que l’autre. « Social-libéralisme » parce que, calquée sur celle de social-démocratie, elle centre bien plus son contenu sur un « social » devenu un mot-valise vide de toute signification précise quand il ne demeure pas imprégné d’un relent d’égalitarisme étatique que sur un libéralisme relégué au second plan et auquel seraient consenties d’inévitables concessions. Tandis que « libéralisme social » présuppose arbitrairement que par essence, le libéralisme ne comporterait aucune préoccupation d’équité économique, et qu’il faudrait le compléter par de bonnes œuvres charitables.

Si elles étaient établies, la réalité et la viabilité d’un libéralisme de gauche aussi authentiquement libéral que de gauche contribuerait assurément à dédroitiser et recentrer une tradition libérale au champ élargi et à la dynamique revivifiée. En tête de leurs conditions théoriques de possibilité figure l’existence d’une gauche dont l’engagement anti-totalitaire serait également anti-collectiviste. Qui ne se fourvoie pas dans l’illusion syncrétique d’une « troisième voie » entre capitalisme et socialisme, ne s’en tienne pas à la dimension politique du libéralisme pour oser en finir avec les excès de l’interventionnisme assistanciel, redistributif et ultra-réglementariste de l’Etat providence – et adhère sans restriction aux principes individualistes de responsabilité individuelle, de liberté contractuelle et de respect du droit de propriété. Sur la base du paradigme libéral, le libéralisme de gauche illustrerait alors la possibilité intellectuelle d’en déduire des conséquences et applications pratiques autres que celles du libéralisme de pur laissez-faire. Son pari : dans la ligne des idées d’un Karl Popper suggérant dès 1958 de « réduire ce qui semble tant faire question dans l’Etat welfare : la bureaucratisation et la mise en tutelle de l’individu » (En quoi croit l’Occident ?), parvenir à concilier l’éradication des principes et effets pervers de l’Etat providence avec l’exigence d’accompagner le libre marché de dispositifs qui en suppriment la brutalité et la clôture pour les moins bien lotis. Il s’agirait de « rendre tout un chacun capable de prendre ses responsabilités et de faire preuve d’initiative pour affirmer sa compétence sur le marché au lieu de se comporter comme un « raté » et de recourir à l’assistance de l’Etat », pour reprendre les termes d’Habermas dans Après l’Etat-nation. Cet étrange narrateur théorique existe-t-il ? Certes, et qui plus est, il ne date pas d’aujourd’hui. A la question « le libéralisme de gauche, combien de divisions ? », il faut même de plus répondre qu’elle ne sont pas intellectuellement insignifiantes puisqu’au sein de la tradition libérale classique, il ne fut pas rare de voir des penseurs à précocement témoigner d’une incontestable sensibilité « de gauche ». A la fin de ses Droits de l’homme, Thomas Paine fut parmi les tous premiers à se soucier de protéger les droits des plus déshérités. Tocqueville, lui, dénonça les aspects aliénants de la division du travail et préconisa d’aider les prolétaires à se constituer une épargne. Et Stuart Mill, dès les dernières pages de De la liberté et plus encore en divers écrits parus peu avant qu’il ne disparaisse s’employa à rendre certaines des critiques et propositions socialistes compatibles avec la logique d’un libéralisme pour tous. A ces premiers libéraux de gauche en ont succédé d’autres au Xxe siècle, en rangs relativement fournis. En France, il faut compter avec le leader radical Yves Guyot (rédacteur en chef du très laissez-fairiste Journal des Economistes…), ou Alain, partisan éclairé d’un libre marché à l’accès démocratisé, et d’une certains façon Raymond Aron, qui a toujours défendu le bien-fondé d’une correction des inégalités sociales par l’action de l’Etat. Dans l’aire anglo-saxonne, Isaïah Berlin et Karl Popper n’ont cessé d’allier leur anti-collectivisme à de vives critiques à l’encontre des injustices entraînées par un laissez-faire intégral. En Allemagne, les thèses « ordo-libérales » de W. Röpke (… membre de la Mont-Pèlerin Society) exposées en particulier dans Une économie humaine : le cadre social du marché libre furent toutes entières orientées vers l’édification d’une économie sociale de marché. A ce recensement qui ne saurait être exhaustif, il faudrait entre autres ajouter les noms d’Ortega Y Gasset, et, en Italie, ceux de Luigi Einaudi et de Norberto Bobbio : preuve, s’il en fallait, qu’à l’instar du libéralisme en général, le libéralisme de gauche est non seulement une réalité « vivante », mais aussi l’œuvre d’un concert européen des nations.

En marge de ce consistant courant de gauche que seuls les esprits sectaires pourraient songer à exclure de la famille libérale, il convient de noter que le discours de plusieurs des libéraux les plus pleinement acquis au laissez-faire manifesta d’évidentes préoccupations de vrai progrès social. Turgot défendit le droit des pauvres de pouvoir librement travailler (et les libéra effectivement de la « corvée »), Adam Smith et Jean-Baptiste Say plaidèrent pour l’instauration d’une instruction publique gratuite à l’intention des travailleurs les plus humbles, et Bastiat, non content de siéger à gauche au Parlement, fut l’initiateur des bourses du travail et appuya de toutes ses forces l’idée des sociétés de secours mutuel…

Loin de se cantonner à un pieux et idéaliste discours, la philosophie sociale du libéralisme de gauche vient d’être pensée, traduite et vulgarisée en termes politiquement concrets par les intellectuels proches des travaillistes anglais – en premier lieu par Anthony Giddens (The Third Way, titre malgré tout problématique…). L’inflexion doctrinale « blairiste » en direction du libre marché et des principes de l’éthique libérale classique est suffisamment flagrante pour avoir révulsé les socialistes français, encore tout imprégnés de culture marxiste et trotskiste. Surtout, cette rhétorique novatrice n’est pas demeurée lettre morte. Si pendant la période thatchérienne, c’étaient Smith et Spencer passant à l’acte, la pratique gouvernementale du « New Labour » de Tony Blair s’inspire directement des préceptes de Stuart Mill et de Karl Popper. Le « New Deal » prôné par le blairisme a ainsi l’ambition de soutenir activement chômeurs et travailleurs modestes sans retomber dans les ornières collectivistes de l’aide sociale inconditionnelle à tout va : au welfare succède le workfare. Tout en créant un salaire minimum en Grande-Bretagne, il propose un nouveau contrat alliant risque et sécurité en vue de développer les atouts concurrentiels (l’employabilité) des individus sur le marché et leurs chances de mobilité sociale. L’idée est en même temps de passer d’une société d’actionnaires (Stakeholding) à une société de partenaires (Shareholding) participant pleinement et équitablement à la dynamique capitaliste. Car ce dispositif ne doit en rien écorner l’économie de libre concurrence : il s’agit de s’en servir au lieu de simplement la servir. C’est pourquoi Tony Blair n’est revenu sur aucun des acquis de la libéralisation thatcherienne (déréglementations, privatisations, réduction de la pression fiscale, mise hors-jeu de la bureaucratie syndicale, …), ce qui lui a valu les foudres du Grand Inquisiteur Bourdieu vitupérant « le social-libéralisme à l’anglaise, ce thatcherisme à peine ravalé » (Contre-feux 2).

Bien que le néo-travaillisme soit aussi sous une certaine influence communautarienne (celle des philosophes Amitaï Etzioni et John Gray), trop d’éléments font au total pencher la balance dans le sens libéral pour que l’on puisse hésiter à convenir qu’il y a bien là un réel libéralisme de gauche. Aussi bien la dure critique de la « culture de dépendance » sécrétée par le welfare State que l’institution d’aides sociales liées à l’obligation de reprendre un travail et de retrouver l’autonomie sont de facture classiquement libérales. Les propos des membres du gouvernement travailliste sont sans ambages : « Le temps des droits automatiques à l’allocation sociale sont révolus. Nous seront durs » (T. Blair), « A partir d’aujourd’hui, on n’aura plus le droit de rester chez soi sans rien faire tout en touchant des allocations » (G. Brown), « Il faut tirer les gens de la pauvreté et de la dépendance pour les conduire vers la dignité et l’indépendance » (Fr. Field), « (L’aide sociale) fonctionne souvent à l’encontre de la nature humaine La culture des allocations doit être changée » (T. Blair). Difficile de se montrer plus résolu à en finir avec le monument historique illibéral de l’Etat providence !

C’est en bonne logique qu’on le constate : le critère libéral décisif de la responsabilité individuelle est devenu le maître-concept orientant l’action du travaillisme post-moderne. « Nous croyons dans la responsabilité des individus de se prendre en charge quand ils le peuvent » affirma T. Blair en décembre 1997. La détermination néo-travailliste à réindividualiser la responsabilité et la rétablir au cœur de la régulation sociale est telle qu’elle a conduit à adopter et appliquer le principe de la « tolérance zéro » face à la délinquance. Selon J. Straw (ministre de l’Intérieur), « Une culture de l’excuse s’est développée dans le système judiciaire pour mineurs. Une excuse de sa propre inefficacité, sous prétexte que (les délinquants) sont victimes de leur environnement social. On les met trop rarement face à leurs responsabilités ». Si l’on ajoute enfin qu’en valorisant l’éthique du travail et la récompense de l’effort personnel, ce travaillisme revu et corrigé s’inscrit effectivement dans la perspective d’un « new individualism », force est de conclure qu’il fraye bien plus la voie 1 bis du libéralisme qu’une vague et ambiguë troisième voie entre individualisme libéral et étatisme collectiviste.

Ce libéralisme de gauche serait-il une exception… anglaise ? Pas le moins du monde. Aux Etats-Unis, l’administration Clinton et les « new democrats » l’ont pratiqué à leur manière en se référant aux mêmes thèmes du passage du welfare au workfare, de la restauration de la responsabilité individuelle et de la tolérance zéro. En Allemagne, les sociaux-démocrates reconvertis en « nouveau centre » affiche désormais des orientations théoriques similaires. Proche de G. Schröder (pour qui « le droit à la paresse » ne doit pas exister en Allemagne…), Bobo Hombach les expose en termes crus : « Celui qui vit de l’aide sociale calcule s’il est rentable pour lui de travailler L’Etat doit encourager l’initiative personnelle. On ne doit pas vivre mieux en étant passif qu’en travaillant. L’aide sociale ne doit pas devenir un mode de vie L’enjeu du XXIe siècle sera de synthétiser intelligemment des solutions de gauche – c’est-à-dire collectives – et libérales, comme la liberté individuelle » (entretien au Monde, 2 décembre 1998). Le chancelier Schröder lui-même enfonce le clou : « le bon choix est celui qui encourage la créativité et les potentialités des individus plutôt que de compter sur une redistribution a posteriori des revenus » (préface à la traduction de The Third Way). Et dans le très remarqué manifeste commun Blair – Schröder de juin 1999, l’accent est vigoureusement mis sur les bienfaits de la « flexibilité », du « sens de l’effort personnel » et de « la responsabilité individuelle ». Du libéralisme pur jus…

A la différence de la tradition libérale classique, le libéralisme de gauche constituerait-il une exclusivité propre à l’Europe (ou l’Amérique) du Nord ? La résistance farouche que lui opposent les socialistes français et l’inexistence d’un courant de pensée de ce type en France peut le laisser supposer : les intellectuels qui ne le rejettent pas d’emblée sont rarissimes [1]. Nouvelle manifestation de l’exception culturelle française percluse dans son étatisme congénitale et des schèmes marxisants qui perdurent, cette situation fait qu’à gauche on accepte au maximum un « socialisme de marché » rendu incohérent par l’attachement à une hyper-redistribution assistancielle et l’aversion pour la responsabilité individuelle ou la liberté contractuelle. Dommage pour la gauche qui y perd l’occasion de s’ouvrir au nouveau monde et de renouer avec certaines de ses valeurs originelles. Et pour le libéralisme, qui y perd celle de se revitaliser dans la pluralité.

Notes

[1] * Par exemple Thierry Leterre dans La Peur libérale de la gauche (Presses de Sciences Po, 2000) et Alain Minc dans www.capitalisme.fr (Grasset, 2000).

I'm a motherfucka redneck, you kna

A lire sur le blog de Romain, un article sur les activistes US de gauche.

On connait bien sûr les célébrités pro-Kerry (Barbra Streisand, Jamie Lee Curtis, Ben Affleck, Leonardo DiCaprio, Jennifer Aniston, Kevin Costner, Meg Ryan, Steven Spielberg ou Warren Beatty, etc). Mais il y a aussi des écrivains, le mouvement Punk voter (voir en parallèle les libertarian punks). Les séries télés façon West Wing.

Il note enfin, et à juste titre,

Hors élection les choix politiques s'affichent aussi facilement, nombre de journalistes sont ouvertement marqués dans leurs opinions comme le trés conservateur Rush Limbaugh.

Certes, mais il y a tout autant de journalistes vedettes du Washington Post ou du NYT, donc liberals, qui tiennent leur blog. J'en ai parlé ici.

Difficile de ne pas reconnaître que le milieu du show-biz et celui des médias sont à 95% en faveur de Kerry. Taranne explique fort bien l'influence des neocons, du 11 septembre et de la guerre ratée en Irak sur cet état de fait.

Je le cite :

Le mouvement anti-Bush prend rapidement de l'importance, dans la mesure où il bénéficie de relais dans les médias majoritairement de gauche, que des républicains à l'ancienne comme John McCain ne se gênent pas non plus pour critiquer l'action présidentielle et que l'après-guerre en Irak (notamment les actes de torture commis dans la prison d'Abu-Ghraib) apporte de l'eau à son moulin. La jonction avec les Democrates classiques ne tarde pas à s'opérer, comme en témoignent l'étoile filante Howard Dean ou certains spots de campagne de John Kerry. La récupération de l'anti-bushisme s'accompagne également d'une surenchère "sociale" bien incarnée dans le discours très "classe contre classe" du candidat à la vice-présidence, John Edwards, et destinée à récupérer les liberals en froid avec le Parti depuis la dérive "droitière" de Clinton.

On peut craindre qu'une victoire de John Kerry, si elle restaure dans un premier temps l'image des Etats-Unis à l'étranger, ne s'avère finalement plus nuisible encore au niveau intérieur. Otage d'un parti fortement gauchi, Kerry devra composer avec ses radicaux tout comme Bush doit composer avec les siens. Or, la dernière chose dont les Etats-Unis aient besoin en ce moment est d'un président trop à gauche - ou trop à droite, d'ailleurs. Le prochain locataire de la Maison-Blanche, s'il veut ne pas être le dernier, devra s'appuyer sur les plus petits dénominateurs communs, quitte à perdre l'appui des "durs" de son parti.

Je doute malheureusement que Badnarik puisse y changer quoi que ce soit.

Couvre-feux

Aux Etats-Unis aussi, se pose la question des arrêtés couvre-feux pour interdire aux ados de traîner dans les rues jusqu'à plus d'heure.

Une fois encore, nous aboutirons à une déresponsabilisation des parents. Au profit de l'autorité publique.

En effet, qu'est-ce qui motive fondamentalement les partisans de l'anti-responsabilité individuelle ?

  • Par les couvre-feux, ils veulent remettre entre les mains du gouvernement un pouvoir paternaliste, non seulement inutile, mais également injuste.
  • Par la pénalisation des parents, pourtant innocents dès lors que leurs enfants sont libres, ils cherchent à nier cette liberté ; ils veulent lui opposer une thèse fausse, selon laquelle les gosses indisciplinés seraient incontrôlables.

Ceci est une nouvelle manifestation de l'érosion de la responsabilité individuelle aux Etats-Unis. Bien sûr, sous couvert de soi-disant "bonnes intentions". Les fumeurs peuvent, s'ils sont victimes du cancer du poumon, attaquer les compagnies de tabac. Les Américains qui mangent régulièrement dans les Fast Foods peuvent diriger des doigts accusateurs à McDonald's et à Wendy's pour leurs problèmes d'obésité ou de coeur. Les tueurs peuvent donc partager leur peine avec les fabricants d'armes, dès lors qu'ils utilisent leur arme non pour l'autodéfense mais pour commettre un meurtre.

Logique, non ?

Les partisans de l'anti-responsabilité individuelle travaillent efficacement pour abaisser l'amour-propre des individus. In fine, cette logique mène quelques gosses à intégrer des gangs, juste pour "devenir quelqu'un". Ils pensent ainsi que des innocents (leurs parents) partageront leur amende, et même que ces derniers seront poursuivis, pour des délits qu'eux seuls, pourtant, ont choisi de commettre.

Nous sommes les vrais rebelles

Les vrais rebelles, ce sont ceux qui s'opposent à la centralisation étatique, au dirigisme autoritaire.

Cliquez ici pour un beau flyer

Europa vs Froggistan

Un excellent post de Taranne sur la position de la France face à la nouvelle commission européenne.

En voici un extrait :

L'initiateur du grand-projet-français-pour-l'Europe, le Très Saint et Très Révéré Charles de Gaulle freina autant qu'il put l'entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun, arguant que ce serait une catastrophe. De fait, la Perfide Albion ne reçut son carton d'invitation qu'en 1973, soit trois ans après la mort du Général, et notre presse ne s'est pas gênée depuis pour fustiger l'"euroscepticisme régnant Outre-Manche, l'insistance de Londres à obtenir des passe-droits pour certaines règles communautaires - notamment fiscales et sociales - ou le refus acharné des Britanniques d'abandonner la Livre Sterling au profit de l'Euro.

Il n'en reste pas moins que, malgré toutes ces tentatives plus ou moins réussies de faire partie de l'Union sans en faire partie, ce n'est pas Londres qui depuis quarante ans modèle l'Europe à sa convenance, avec le secret désir d'en faire une réplique d'elle-même à l'échelle continentale, laissant aux autres le choix fort simple de lui lécher les bottes ou de la boucler. De même que ce n'est pas elle qui pioche régulièrement dans les caisses de l'Union pour renflouer une économie qu'elle n'a ni la volonté ni l'envie de réformer drastiquement. Bref, ce n'est pas la Grande-Bretagne qui torpille l'Europe. C'est bien à nous, et à nous seuls, que revient le mérite de cet exploit.

Punks libertariens

New site For libertatarians

Question authority. Do it yourself. Be an individual.

Not only are these *punk* concepts, they're also *libertarian* concepts.

The goal of libertarianpunk.com is to offer a place for people who believe in questioning authority and thinking for themselves to debate how such ideas should be extended into politics. We personally would like to connect punk rock to libertarianism because we believe the two share common core beliefs. But we're not out to convert everybody to our political ideology or to brainwash you into believing that all "punks" think alike. We're just sick of the absolute stranglehold the media exercises over politics in America and how everything is branded either "liberal" or "conservative." It's either John Kerry or George Bush.

But it's not simply John Kerry and George Bush! There are four candidates who will be on the ballot in a great deal of states: Kerry, Bush, Michael Badnarik, and Ralph Nader.

What, you've never heard of Michael Badnarik? Now you know why we're here.

Les mains sur la tête et crache ton chichon

Pendant que Vincent publie un excellent billet sur les inégalités en France et aux USA, et les richesses comparées des foyers français et US, Jeffrey Miron, Professeur à l'Université de Boston, sort un nouveau bouquin consacré à la folie sécuritaire des Américains à l'encontre des drogués et des dealers, intitulé Drug War Crimes: The Consequences of Prohibition.

On y découvre que 318 000 américains sont derrière les barreaux pour le pas avoir respecté la prohibition sur les drogues. Ce qui représente plus que le total des prisonniers incarcérés pour ce motif en Angleterre, France, Allemagne, Espagne et Italie cumulés. Plus d'un million et demi d'Américains sont arrêtés chaque année pour des infractions à la législation sur les drogues. Le plus souvent pour une simple possession, pas pour du trafic. La plupart des gens qui se font arrêter avaient en réalité violé des lois mineures (vol à la tire, excès de vitesse, prostitution, etc). Si bien que

  • la répression effectuée de la police américaine ne touche qu'une infime partie des utilisateurs de drogues (estimés à 28 millions)
  • si vous respectez le code de la route et diverses lois banales, il y a peu de chances pour que vous soyez repéré.

Par ailleurs, la prohibition des drogues ne permet de coffrer que le menu fretin, pas les caïds, qui, eux, bien sûr, restent intouchables. Les 33 milliards de dollars que le gouvernement des Etats-Unis dépense annuellement pour imposer la prohibition de drogue, ont été plus efficace pour stimuler la corruption parmi les fonctionnaires publics que pour réduire la consommation de drogue.

Miron explique a contrario comment et dans quelle mesure la prohibition accentue la violence de rues, les risques sanitaires des utilisateurs, la réduction des libertés individuelles. Comment elle empêche l'utilisation médicale et thérapeutique des drogues. In fine, cette législation répressive aboutit à un transfert massif de richesses au profit des criminels. Voici pourquoi la War on drugs doit être abolie.

A lire sur le blog d'xxc : Borloo futur prix Nobel d'économie.

Vive Constantin !

From DeviantArt

Constantin est l'un des tous meilleurs bloggeurs d'internet. Voici in extenso son dernier billet, je ne résiste pas à l'envie et au plaisir de vous en faire part ici :

Jarrod est né à Corpus Christi, au Texas. C'est un "Born-Again Christian", un membre d'une tendance très puritaine du protestantisme. Il ne boit ni ne fume. Il n'a même pas vingt ans et vient pourtant de se marier. Pour lui et son amie, il était en effet impensable d'avoir des relations sexuelles en-dehors des liens sacrés du mariage. Les hormones étant ce qu'elles sont ...

Hicham, lui, est né à Bruxelles. Il fait sa prière cinq fois par jour et se rend à la mosquée le vendredi. Chaque mois, il met un peu de son salaire de côté. Il espère ainsi pouvoir effectuer dans quelques années un pélerinage à La Mecque. Il ne boit jamais d'alcool, mais se laisse parfois aller au plaisir d'un petit "joint"...

Sabrina est coiffeuse à La Louvière. Tous les vendredis, elle retrouve quelques copines pour une virée en boîte. Elle est d'autant plus impatiente qu'on soit vendredi que ce n'est pas son tour d'être "Bob". Elle pourra donc ingurgiter autant de Vodka-Red Bull qu'il lui plaira. Si elle rencontre un garçon qui lui plaît, il est fort possible qu'elle ne rentre pas chez elle avant samedi ...

Benoît est un altermondialiste convaincu. Chaque année, il part avec ses amis protester contre la mondialisation dans la ville où se tient un congrès de l'Organisation Mondiale du Commerce. Benoît n'aime pas la violence. Il se contente de rédiger et de distribuer des tracs, et de mettre à jour le petit site internet de son mouvement. Avant-hier, il est allé à Bergen-op-Zoom dans un "Coffee-Shop" avec deux amis. Ils ont ramené un petit peu d'herbe, de quoi tenir le mois. Ben et ses copains ne sont pas de gros fumeurs, mais ils aiment bien regarder le Loft en fumant un petit "stick" histoire de bien se laisser pénétrer par l'absurdité de cette émission. Il a croisé Hicham en rue hier, et lui a vendu un peu d'herbe, histoire de le dépanner...

Albert est un petit fonctionnaire tranquille. Le matin, dans un café près de la Gare Centrale, il boit un petit Maes pour se mettre en forme. Le soir, avant de prendre le train, il retournera à "L'Empereur" pour en boire une petite dizaine pendant qu'il fait une belote avec ses collègues du ministère de la justice. Son médecin lui a dit qu'il ferait bien d'arrêter, que son coeur est fragile et que son foie n'est plus très en forme. Ca le déprime. Il commande un petit whisky pour se remonter le moral.

Ce matin, en se rendant au travail, Hicham s'est fait agresser par de jeunes islamistes. Ils lui reprochaient de serrer la main aux infidèles. Ils l'ont même vu embrasser une fille sur la joue. Hicham s'est bien défendu, mais il a un oeil au beurre noir. Comment va-t-il expliquer ça à sa mère ?

La maman de Benoît aimerait bien que son seul souci soit le visage tuméfié de son rejeton. Ce matin, elle a été tirée de son lit par trois agents de police pourvus d'un mandat de perquisition. Ils ont trouvé du cannabis dans la chambre de Benoît et ont emmené ce dernier avec eux. Ils disent qu'on l'a vu en vendre en rue hier.

Sabrina, elle, pleure dans le petit réduit où se trouve la machine à café du salon de coiffure. Quelqu'un a écrit "sale putt" avec une bombe de peinture sur la porte de son petit appartement pendant la nuit. Elle se demande pourquoi les gens sont si méchants. Elle ne demande rien à personne, elle. Tout ce qu'elle demande, c'est qu'on la laisse vivre tranquillement sa vie. Après tout, elle n'a tué ni volé personne.

Benoît non plus n'a jamais tué ni volé. Il ne croit pas en dieu, mais ça ce n'est pas très grave. Il est en bonne santé et se demande ce qu'il peut bien faire derrière ces barreaux. Tout ça pour un petit bout de "shit" refilé hier à Hicham.

Vois-tu, Benoît, chacun est libre de se ruiner le foie à coups de Jupiler si ça l'amuse , ou de s'envoyer en l'air sans préservatif et en-dehors d'une union bénie par notre Sainte Mère l'Eglise. Jarrod, lui, désapprouve ce genre de comportement. D'ailleurs s'il connaissait Benoit il trouverait sans doute à redire à sa consommation de cannabis. Mais il ne se mêle pas des affaires des autres quand elles ne le concernent pas. On ne peut hélas pas en dire autant de l'Etat.

Syndicaux, piège à veaux

Le taux de syndicalisation s'élève en France à 9%. C'est pire que partout ailleurs, même en Espagne (10%) et en Allemagne (24%), pays pourtant marqués par un déclin rapide du syndicalisme. La représentativité des syndicats est donc quasi nulle.

Représentativité dis-je ? Mais de quelle représentativité parle-t-on ?

Le premier pas de la dictature est ici.

La loi du 27 décembre 1968 dispose que seuls les syndicats dits représentatifs - ceux qui n'ont pas commis de crime de collaboration avec les Allemands durant la Seconde guerre mondiale - sont admis à présenter des candidats aux élections, les autres ne pouvant se présenter qu'au second tour, à supposer qu'il y en ait un.

Vous ne me croyez pas, tellement c'est énorme ?

Et pourtant, c'est vrai. Pompidou avait accordé cet avantage auxdits syndicats pour s'acheter un peu de paix sociale, dès 1966. Deux ans plus tard, il a compris où ça l'a mené.

L'article L. 133-2 du code du travail dispose que " la représentativité des organisations syndicales est déterminée d'après les cinq critères suivants : les effectifs, l'indépendance, les cotisations, l'expérience et l'ancienneté du syndicat et l'attitude patriotique pendant l'occupation ".

En application de ces principes, cinq organisations syndicales bénéficient d'une présomption irréfragable de représentativité en vertu d'un arrêté du 31 mars 1966, il s'agit de la CGT, FO, la CFDT, la CFTC et la CGC. Cette qualité leur permet de désigner un délégué syndical, constituer une section, présenter des listes au premier tour des élections professionnelles.

Détermination des organisations appelées à la discussion et à la négociation des conventions collectives de travail

Le Premier ministre et le ministre des affaires sociales,

Vu la loi du 11 février 1950 relative aux conventions collectives et aux procédures de règlement des conflits collectifs du travail ;

Vu la décision du président du conseil des ministres et du ministre du travail et de la sécurité sociale en date du 8 avril 1948 ;

Conformément à la décision prise en conseil des ministres le 31 mars 1966,

Arrêtent :

Article unique. - La liste des organisations syndicales nationales de salariés désignées par l'article 2 de la décision susvisée du 8 avril 1948 comme les plus représentatives est modifiée comme suit :

" La confédération générale du travail ;

" La confédération générale du travail-Force ouvrière ;

" La confédération française démocratique du travail ;

" La confédération s'instituant Confédération française des travailleurs chrétiens,

en ce qui concerne l'ensemble des catégories professionnelles de salariés, y compris les cadres ;

" La confédération générale des cadres, en ce qui concerne la catégorie professionnelle des cadres ".

Fait à Paris, le 31 mars 1966.

Le Premier ministre, Georges POMPIDOU

Mazette.

C'est insuffisant : la CGT aurait au moins mérité d'être compagnon de la libération.

Pendant ce temps, la terre continue de tourner.

  • En Italie, une contractualisation de l'emploi public soumet depuis 1993 le personnel des administrations au droit privé.

Pincez-moi, je dois rêver.

  • en Angleterre, la loi permet de condamner financièrement un syndicat pour un acte illégal qu'il a soutenu ou revendiqué, notamment un piquet de grève.

Là, j'hallucine, demain, promis, j'arrête les champignons.

  • en Suède, il y a une quasi-privatisation des services publics, avec un soutien des syndicats, qui ont obtenu en échange des hausses de salaires.

Ma p'tite dame, la patrie de la social-démocratie, c'est plus ce que c'était.

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