Bayrou, le centre, les présidentielles et après ?

On voit que Bayrou s'envole dans les sondages, au point d'être en tête de la cote de popularité au second tour des élections présidentielles. Fort bien. Mais la question, la vraie question, n'est à mon sens pas celle-ci. Elle est plutôt de savoir quelle serait la majorité parlementaire dont François pourrait disposer. Et là, pour le coup, c'est beaucoup plus compliqué que la simple désignation d'un type un peu gauche, ancien bègue, mais qui a l'air sympa est pas plus carriériste qu'un autre (pas moins non plus, certes).

En effet, la vie politique française oscille autour de deux postures alternatives : celle de la majorité totale (le cas le plus courant, c'est-à-dire la majorité à l'Elysée et à l'Assemblée nationale), et celle de la cohabitation. Parfois même, à l'instar de la IIIe et de la IVe République, se sont formées des coalitions (pensons à la majorité plurielle de Jospin, par exemple).

Le paradoxe, c'est que François ne peut aspirer en tant que tel à aucun de ces régimes, comme Anthony l'explique de manière lumineuse ici.

La vraie question, c'est de savoir si, une fois élu, Bayrou pourra s'appuyer sur une majorité élue sur le terrain, lors des élections législatives. Laquelle majorité devra dépasser, et de très très loin, les frontières du parti de notables de droite molle qu'est l'UDF. C'est la seule question vraiment intéressante le concernant, de mon point de vue, tant son programme me semble, de toutes façons, nettement moins mauvais que celui des deux autres "grands" candidats.

Stratégies de diversion

L’Etat adore créer des commissions, des comités Théodules, des machins qui, en concentrant l’attention des médias et des citoyens, permet de détourner cette même attention des vrais problèmes et des vraies questions.

H16 expose quelques-uns des avatars les plus récents de cette grosse ficelle : la TNT, l’éthique sur internet, la santé publique. J’ajouterai aussi les slogans “anti-sucre” ou “anti-graisses” dans les pubs sur des produits alimentaires. C’est lumineux, comme toujours ; je ne peux que vous conseiller de lire attentivement ce billet.

les doigts dans le nez

Comme l’écrit Versac :

J’étais passé à coté, et ne puis m’empêcher de la relayer :

Qualifiant M. Bayrou de candidat “attrape-benêts”, il a estimé, lors du point de presse du PS, que “ceux qui imaginent qu’il pourrait franchir le premier tour se mettent les doigts dans le nez“.

Bayrou, ce héros

Je ne pérorerai pas longtemps sur le programme économique que Bayrou vient de dévoiler. Dire qu’il est idéal serait mentir, bien évidemment. Mais il m’a tout de même agréablement surpris.

Depuis que je me dis que mon choix devra nécessairement se limiter à un grand candidat - je ne crois pas du tout en l’obtention des 500 signatures pour nombre de “petits”, je parle ici des vrais petits, bien évidemment, pas de Le Pen ni même de Besancenot - je me dis que Bayrou sera peut être le moins mauvais, pour le premier tour.

Ce que me réjouit, c’est, en creux, la réaction des éléphants et éléphanteaux du PS à l’annonce à la fois de la montée de Bayrou dans les sondages, et de son programme économique :

Bernard Kouchner venait à peine d’être promu dans l’“équipe du pacte présidentiel“ de Ségolène Royal qu’il a ouvert une brèche dans la stratégie dite d’“étanchéité” qu’a adoptée le PS vis-à-vis de François Bayrou. L’ancien ministre de la santé, interrogé sur RTL, vendredi 23 février, a estimé que le président de l’UDF avait “raison” de vouloir dépasser les clivages droite-gauche : “J’espère qu’il sera entendu, j’espère que Ségolène Royal entendra la nécessité d’élargir”, a-t-il ajouté.

Tout ce qu’il ne fallait pas dire, alors qu’une partie de l’électorat socialiste semble être réceptive aux thèmes développés par le candidat centriste. Jack Lang, désormais “conseiller spécial” de la candidate du PS, s’est immédiatement chargé de rectifier le tir.

Michel Sapin, qui a remplacé Eric Besson dans les fonctions de responsable économique du PS après la démission de celui-ci, a dénoncé un programme “libéral et droitier”. “Derrière l’apparence d’un équilibre centriste se dissimule un projet qui tourne bien souvent au plagiat de celui de Nicolas Sarkozy”, a-t-il estimé. “M. Bayrou a voulu nous faire croire qu’il n’était ni de droite ni de gauche, a indiqué M. Peillon, mais il est pleinement et totalement de droite et son embryon de programme est à la fois conservateur et libéral.

Bravo Bernard !

Les intellectuels et la droite

Il y a un intéressant dossier consacré aux intellectuels néoréactionnaires (comme ils disent) ou néoconservateurs venant, classiquement du reste, de la gauche, dans le dernier numéro du Nouvel Observateur. Je vous invite à le lire.

En quelques mots, et parfois avec une bonne dose de mauvaise foi, on y explique comment des intellectuels provenant tous de la gauche, sinon de la gauche de la gauche, basculent, ouvertement (Gallo, Glucksman) ou tendanciellement (Finkielkraut, Taguieff) vers la droite, ou du moins vers l'anti-ségolisme. Et que, par contraste, les compagnons de route classiques se font de plus en plus rares (Stora, Lindenberg, Méda, Todd, Onfray, etc).

Le premier article, d'Aude Lancelin, est fort bien écrit. Mais est totalement vide. On comprend bien en le lisant que son auteur n'a pas compris le sens de la transhumance intellectuelle. Ce qui provoque son désarroi. L'image est fidèle, la photo pas trop floue, mais on peine à plonger dans les profondeurs du logos, alors Aude reste à la surface, surnage plus ou moins, et masque sa vacuité par une plume étincelante. Bel exercice, mais vain.

Vient ensuite une interview de BHL, où ce dernier affirme son accointance, aujourd'hui encore, avec la gauche. Mais la gauche antitotalitaire, la gauche libérale, celle des droits de l'homme en Tchétchénie et en Chine, celle de la Bosnie, qui reste perplexe face aux tergiversations de Royal (certes levées, au moins dans le discours, depuis Villepinte). Ce texte est fort instructif, BHL se donne pour objectif de harceler cette gauche socialiste, afin qu'elle ne cède pas aux sirènes altercomprenantes, et qu'elle n'adopte pas, au nom du PS, la vision du monde des antilibéraux.

Enfin, une brève présentation de trois intellectuels contemporains majeurs de la combat des idées : Jacques Marseille, ex gauchiste diagnostiqueur de l'immobilisme français, du goût pour la rente, de la faillite de l'Education nationale et des gaspillages des dépenses publiques. Pierre Rosanvallon et sa République des idées, social-démocrate bon teint, dont l'engagement répond à une mollesse toute balladurienne, et qui représente sans doute le principal rendez-vous manqué de Royal. Le célèbre Nicolas Baverez enfin, aronien, chef de file des déclinologues, pas pas décliniste. A l'instar de Jacques Julliard (dans Le Malheur français), il exprime le renversement de polarité entre droite et gauche depuis 1995 : la gauche a choisi la voie de l'immobilisme, de la défense des droits acquis, de l'anti-tout (libéralisme, mondialisme, Europe, marché, réalité). La droite, a contrario, a eu le champ libre pour promouvoir le progrès, l'esprit d'entreprendre, l'ouverture, les bienfaits d'un changement inévitable, qui pourtant étaient des valeurs classiques de la gauche.

On ne peut que souscrire à une telle analyse. J'ajoute cependant que le sens des mots a changé, il ne faut pas l'oublier, et la "droite" comme la "gauche" contemporaines ne sont pas celles des années soixante, loin de là. Quant au combat antitotalitaire, libéral et mondialiste, il me semble plus que jamais d'actualité. D'avenir même. Face à un Todd qui prône un néo-protectionnisme, un Monde Diplodocus les soviets, un Alain Soral le lepéno-marxisme, il faut aborder ces vrais sujets. Voici mes désirs d'avenir à moi.

En guise de conclusion, voici, via le Gauchiste repenti, les propos qu'Alain Finkielkraut tient dans Libération du jeudi 8 février 2007 :

(J’ai) été blessé comme s’il s’était agi de moi-même par la phrase d’un document du PS définissant Nicolas Sarkozy comme « un néoconservateur américain avec un passeport français » (la phrase est du député PS Eric Besson). Imaginez un instant que le candidat de la droite se soit appelé Royal, celui de la gauche Sarkozy, et que les porte-parole du premier aient traité le second de « stalinien avec un passeport français », voire d’Américain car il y a une droite souverainiste et une gauche atlantiste. On aurait défilé de Nation à la République et certains auraient même arboré l’étoile jaune. Or, il ne s’est presque rien passé, et pourtant cette dénaturalisation est impardonnable (…) La gauche de gouvernement est intimidée par l’extrême gauche comme elle l’était autrefois par le Parti Communiste. Et puis, elle ne sait réagir à l’incompétence manifeste de sa candidate qu’en exagérant, qu’en hyperbolisant l’opposition droite-gauche. Mais la réalité, c’est qu’aujourd’hui, la droite et le centre sont fiers de leurs candidats, tandis que le gauche est mal à l’aise avec sa candidate, et elle fuit cette gêne dans la haine. Je vous rappelle ce lapsus fasciste qui qualifie Nicolas Sarkozy de « néoconservateur à passeport français ». La gauche officielle est tellement convaincue d’incarner le parti du Bien face au parti de Pétain qu’elle profère des monstruosités en toute bonne conscience.

On trouve sur ce même blog un billet consacré à ce fameux article d'Aude, consacré par le 24e prix Jdanov, ainsi que, parmi les commentaires, celui-ci (de WS) que je trouve parfaitement juste :

Grandiose: dans une phrase elle moque sarko qui est un imbécile parcequ'il cite JJ Goldmann et le chanteur Corneille... et dans la phrase suivante elle cite le puissant intellectuel Philippe Cohen qui a commis une BD satirique!

Libéralisme pour les nuls

Un site que je ne connaissais pas, admirable, consacré à la découverte de la pensée libérale, et rédigé par Daniel Tourre. Une sorte de libéralisme pour les nuls, donc. Bonne lecture !

Toujours au sujet des propositions présidentielles

Toujours ce débat sur le chiffrage, à présent de fort justes remarques de Jean-Gilles Malliarakis :

L'événement du jour, si fugace pourra-t-elle paraître dans une semaine, me semble de façon évidente la démission de M. Éric Besson.

Le secrétaire national du Parti socialiste à l'économie et à la fiscalité quitte le navire Ségolène, à la veille d'un naufrage désormais annoncé. On doit certes tenir toute prévision pour dangereuse, car bien des choses peuvent encore perturber les beaux pronostics. Mais actuellement, sur le terrain économique, la démagogie sociale fait la preuve de son irréalisme, car on ne voit pas la moindre retombée positive des 100 propositions de Villepinte.

Raison de plus pour s'interroger, quant au fond de l'affaire, sur de tels chiffrages électoraux. Tout d'abord personne ne sait vraiment sur quel échéancier l'interlocuteur raisonne et calcule. Les uns disent 5 ans, les autres pensent en termes de budget annuel. Par ailleurs, on ne répète jamais assez la nécessité d'envisager la globalité de la dépense publique annuelle, soit actuellement en France 590 milliards d'euros.

La petite différence entre dépenses et recettes, qui s'appelle déficit, non seulement pose problème dans le cadre de l'union monétaire, non seulement se retrouve dans la charge de la dette, mais constitue un appauvrissement net de la nation.

Une de ses dimensions se trouve presque toujours occultée dans le débat : ce que l'État emprunte chaque année, y compris pour couvrir ses échéances, assèche la capacité d'investir du pays. La partie déficitaire des budgets publics se révèle la plus ruineuse de toutes pour l'avenir puisqu'elle se répercute doublement, à la fois sur les obligations imposées aux générations futures et sur les besoins de financement de l'activité productive.

Deuxième aberration du débat sur le chiffrage des programmes politiques. On agrège les promesses de dépenses, essentiellement de redistribution sociale et les diminutions d'impôts et de charges. Ainsi l'évaluation, par Nicolas Sarkozy lui-même, à hauteur 30 milliards d'euros, sur 5 ans, des mesures annoncées dans sa propre plateforme comprend deux parties bien distinctes : 15 milliards de dépenses nouvelles, et 15 milliards d'allégements de prélèvements sociaux et fiscaux. Le parti socialiste ergote à propos du montant de la somme, qu'il évalue à 77 milliards. Le débat n'est pas interdit et il est de bonne guerre.

Il souligne aussi, par son existence même, la faiblesse et la relativité de toutes les comptabilités politisées.

Mais il faut commencer par dire que la question doit pouvoir être posée autrement.

En particulier, on devrait cesser de considérer seulement le seul point de vue étatiste et fiscaliste, celui du coût et du rapport, "pour l'État".

La balance strictement arithmétique a quelque chose de statique et toute évaluation des politiques économiques doit tenir compte de l'effet sur la société, sur ce qu'on appelle la croissance, mais aussi sur l'encouragement à l'esprit d'entreprise et d'innovation, et aujourd'hui plus que jamais sur la compétition internationale incluant la concurrence administrative.

Le phénomène des délocalisations, des migrations de capitaux, de bras et de cerveaux n'a commencé d'être, massivement, perçu du grand public que par l'exil fiscal, en ce sens salutaire, de Johnny Halliday. Il vient hélas de beaucoup plus loin et il inclut des départs beaucoup plus dommageables (encore) pour la science, pour la technologie, pour la médecine, pour l'économie et pour les arts, sans même évoquer les vedettes sportives, de notre pays.

On se préoccupe aujourd'hui, par ailleurs, de la crédibilité et de l'indépendance de l'Insee : faut-il donc rappeler ici que notre veille bête noire remonte à un recul méthodologique, en 1946, sous l'influence du marxisme, par rapport aux statistiques mises en place par le ministère de l'Industrie dans les circonstances historiquement dramatiques, et techniquement mouvementées, de l'occupation ? Même la promotion de son indépendance peut alors faire frémir, s'il s'agit de permettre à la CGT d'y développer son influence, contestatrice certes des thèses du gouvernement, mais moins pertinente encore.

On devrait s'inquiéter plus globalement encore de la pensée unique, et des courbettes incroyables auxquelles se livrent nos technocrates sans même s'en rendre compte. C'est dans les petits détails négligés qu'ils se révèlent le plus cocassement.

Ainsi le porte parole du PS, M. Stéphane Le Foll, expliquant le départ de M. Besson, "pour des raisons personnelles" (comme toujours) a cru intelligent et rassurant de dire : "Tout le monde est d'accord sur le chiffrage" (2) et de minimiser tout "débat interne". Autrement dit, tous les dirigeants socialistes appartiennent à la même école de pensée, aboutissent aux mêmes mots d'ordre, refusent de réfléchir et ne s'en cachent pas.

Nous préférons pourtant recourir à un jugement, pour une fois clair et sans périphrases inutiles, a exprimé par M. Artus, redoutable économiste keynésien à la sauce "Caisses des dépôts" habituellement confit dans ses conformismes sociaux-démocrates et qui formule l'analyse suivante : "Le Smic à 1 500 euros va alourdir de 25 % le coût du travail peu qualifié. Les entreprises préféreront licencier, et nous aurons plusieurs centaines de milliers de chômeurs supplémentaires en deux ans. Plus d'une centaine d'études microéconomiques ont établi que la hausse du smic détruit des emplois non qualifiés. Les ignorer est scandaleux. Quant à l'idée d'une conférence annuelle sur les salaires, qui date des années 1960, c'est précisément ce qu'il ne faut pas faire." (3)

En lecteur de l'Action Humaine de Von Mises (4), et adepte de la praxéologie, on eût certes préféré écrire que les micro-études ont "confirmé", plus que "établi", l'incidence de la hausse du SMIC sur la baisse du niveau de l'emploi, mais à ce détail près on ne peut qu'applaudir à cette exécution.

On remarque par exemple aussi la place de notre affreux "modèle social" dans les préjugés indécrottables comme dans l'exercice obligé des promesses redistributives. Sur les 100 propositions de Ségolène, 16 avancent de nouvelles dépenses de protection sociale, aucune des suppressions de gaspillages monopolistes. Le public, en apparence, trouve de bon aloi, des idées d'ailleurs puisées dans la très riche invention des suggestions "participatives". En particulier 87 % des "sondés" d'applaudir à l'augmentation de 5 % des "petites retraites". Mais au juste les questions : "qu'entendez-vous par petites retraites" ? Et "qui payera", demeurent sans réponses.

Aujourd'hui le boulet de la protection sociale monopoliste, auquel les Français sont si attachés, nous dit-on se trouve financé à 35 % par l'impôt, et tout le monde s'accorde à dire que les cotisations sociales ne peuvent plus augmenter. Par conséquent, toute nouvelle dépense sociale aggravera la part budgétaire, déresponsabilisant les bénéficiaires.

Ce débat, qui est celui de la responsabilité, de l'initiative et des limites de l'assistanat, est beaucoup plus important que celui des chiffres. La droite, ou ce qui en tient lieu, doit avoir le courage de le dire.

1. cf. son entretien paru dans les Échos du 14 février

2. Reuters du 14 février

3. Le Monde daté du 15 février

4. l'Action Humaine de Von Mises, l'un des plus grands Traités d'économie doit être recommandée de préférence dans sa version française intégrale (traduite par l'admirable et discret Raoul Audoin et publiée en 1985 aux PUF dans la collection Libre-échange). Pour les paresseux, une estimable version abrégée est disponible aux Belles-lettres.

Qui parle des vraies questions ?

Personne, à en croire Patrick Artus, et, comme souvent du reste, je le suis volontiers dans son analyse des programmes des deux principaux candidats à la présidentielle. Je pense qu'il est important de lire et de méditer ces paroles pleines de sagesse et de bon sens.

Comment définiriez-vous le programme de Ségolène Royal?

Le pacte présidentiel de Mme Royal est surprenant. La candidate commence par dire que, pour relancer la croissance, il faut stimuler la création d'entreprises ou encore soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) et accroître l'efficacité de la dépense publique. On ne peut que souscrire à cette idée, mais rien n'est fait en ce sens dans son programme. Il comporte quelques bonnes mesures, comme l'idée de réserver une part des marchés publics aux PME, de favoriser le cumul emploi-revenu d'inactivité ou de créer un service public de caution, mais il avance aussi des mesures infaisables ou dangereuses, et comporte des trous béants sur la fiscalité, le vieillissement et la protection sociale.

Que vous inspirent ses propositions salariales ?

Le smic à 1500 euros va alourdir de 25 % le coût du travail peu qualifié. Les entreprises préféreront licencier, et nous aurons plusieurs centaines de milliers de chômeurs supplémentaires en deux ans. Plus d'une centaine d'études micro-économiques ont établi que la hausse du smic détruit des emplois non qualifiés. Les ignorer est scandaleux. Quant à l'idée d'une conférence annuelle sur les salaires, qui date des années 1960, c'est précisément ce qu'il ne faut pas faire. Comment voulez-vous mettre autour de la même table de négociations, l'automobile qui se meurt et les entreprises pétrolières qui ne savent pas que faire de leur argent ? Le bon niveau de négociation, c'est la branche.

Faut-il conditionner les aides publiques à l'engagement de ne pas licencier?

C'est le type même de mesure qui vise les grands groupes, mais sera sans effet sur eux, et risque de se retourner contre les PME qui ne peuvent pas gérer la localisation de leurs profits, de leurs capacités. La proposition de faire du contrat à durée indéterminée (CDI) la règle risque d'avoir le même effet.

D'une manière générale, certaines des propositions de Mme Royal entrent dans la catégorie du "généreux mais pas possible", par exemple, la revalorisation des petites retraites, sauf à dire qu'on la financera en allongeant la durée de travail et de cotisation des fonctionnaires, et d'autres témoignent d'une méconnaissance des dossiers. Proposer la création de 120000 logements sociaux par an grâce à une incitation au livret A n'a pas de sens. La Caisse des dépôts a un excès de ressources par rapport aux possibilités de construction de logements sociaux. Le problème, c'est le foncier. Quant à la notion de "logement vacant spéculatif", je ne sais pas ce que c'est…

Et comment résumeriez-vous le programme de son principal adversaire?

Il se résume en une phrase : "Je donne du pouvoir d'achat" . Mais Nicolas Sarkozy le fait en multipliant les exonérations fiscales au risque de gâcher l'argent public ou de créer des distorsions néfastes à la croissance et à son renforcement. Il comporte des mesures intéressantes, mais part un peu dans tous les sens sur le terrain fiscal, laisse de côté le problème de la fiscalité personnelle du chef d'entreprise ou des seuils sociaux, pourtant central dans les PME.

L'exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires est-elle de nature à favoriser l'emploi ?

De nombreux secteurs connaissent des difficultés de recrutement. L'ANPE recense 500 000 offres d'emploi non satisfaites. Une enquête du Medef auprès des PME montre que leur difficulté principale sur le chemin de la croissance, c'est le recrutement. Pour ces entreprises, la libéralisation des heures supplémentaires est une excellente chose. Mais pour celles qui recrutent sans difficulté, exonérer les heures supplémentaires de charges et d'impôt revient à privilégier les insiders, les salariés en place. On s'intéresse plus au salaire de ceux qui ont un emploi qu'à l'emploi de ceux qui n'en ont pas.

Que pensez-vous de la quasi-suppression des droits de succession ?

Cette mesure à 5 milliards d'euros n'est pas cohérente avec la volonté de revaloriser le travail. Il faut au contraire maintenir la taxation des successions et réduire l'imposition du travail. Quant au bouclier fiscal à 50 %, pourquoi pas! A condition d'être conscient que c'est une usine à gaz pour ne pas supprimer l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui coûte deux fois en TVA non perçue ce qu'il rapporte.

Les deux programmes comportent-ils des lacunes communes ?

Aucun des deux ne s'intéresse sérieusement à l'université ou à l'école. 100 000 jeunes quittent l'université sans diplôme et 100000 autres en sortent avec un diplôme qui ne permet pas de trouver un emploi. C'est une proportion énorme, plus de 40 % des entrants à l'université. Qui dénonce ce massacre ? Qui parle du contenu de l'enseignement au collège et au lycée ? Qui aborde la question de l'évaluation des enseignants ou celle de l'organisation de la recherche ? Personne.

Propos recueillis par Claire Guélaud

Mise à mort


Doc Gynéco Clash Ruquier
envoyé par Raed
Une mise à mort, certes pas en direct, mais épicée tout de même. Un groupe de "chroniqueurs" qui martèlent leur propagande sur une chaîne publique, payée par les impôts de TOUS les contribuables. Des passages censurés, comme lorsque Doc Gyneco se fait traiter de "bounty". Une envie folle de prendre l'avion et de me tirer.

Julliard se prend les pieds

L'éditorialiste du Nouvel Obs se prend les pieds dans le tapis, et c'est mon ami le gauchiste repenti qui le remet à l'endroit.

liberfascisme

Lucien Jaume livre au CEVIPOF (Centre d'étude de la vie politique française) un article consacré au libéralisme dans la campagne électorale, et plus généralement dans l'état d'esprit qui se dégage des médias et des sondages d'opinion. Vous pourrez le lire en cliquant ici, avec les passages surlignés par mes soins.

En quelques mots, sa thèse, que je partage totalement :

1. le libéralisme n'est pas le capitalisme, ni la mondalisation

2. le libéralisme renvoie à des idées philosophies et politiques, pas économiques - ou alors très marginalement. On réifie le libéralisme pour mieux l'assimiler au Grand Satan

3. le libéralisme a eu partie liée avec l'avènement de la démocratie, et n'a pas hésité à faire preuve de critique sociale

4. A la différence des pays anglo-saxons, en France la liberté s'est construite par le truchement de l'Etat, et pas contre lui

5. Lorsque le libéralisme a été rejeté, au profit du protectionnisme (avant 1914, en 1929), c'est en réalité le capitalisme qu'on voulait rejeter, et la confusion des deux a abouti à de nombreuses tragédies

6. le rejet de l'Europe, associé à la montée des antilibéraux, augurent-ils d'une troisième vague de rejet du libéralisme en tant que tel ?

Tartufferies

Je rigole en écoutant sur Europe 1 Sarkozy se débattre à propos de la soi-disant non enquête des RG sur le patrimoine du (faux) couple Royal-Hollande. Evidemment que les RG ont enquêté, le buzz médiatique et surtout numérique d'il y a deux mois en atteste largement.

Cela étant, j'aimerais vraiment savoir pourquoi le pseudo couple PS ne dévoile pas la vérité de leur déjà longue séparation. A la place de Louis Schweitzer, j'en serais un peu vexé.

Autre polémique, celle qui consiste à opposer à Sarko son rôle de ministre de l'Intérieur. On ne pourrait donc pas être à la fois ministre en exercice, qui plus est ministre de la police, et candidat à l'élection présidentielle.

Très bien.

Mais alors pourquoi peut-on être président de la République, et donc chef des armées, et candidat à l'élection, comme (au hasard) Mitterrand en 1988 ? Pourquoi peut-on être premier ministre, et donc chef du gouvernement et de tous les ministres, y compris celui de l'Intérieur, et candidat à l'élection, comme (au hasard, là encore) Jospin en 2002 ?

J'aimerais bien qu'on m'explique.

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 >

1454 lectures