La politique économique du gouvernement Raffarin : entre Keynésianisme de supermarché et fatalisme vaudou

La politique économique du gouvernement Raffarin, tout comme celle de ses prédécesseurs, est marquée du sceau du keynésianisme. Il est en de même d’ailleurs de la politique suivie au niveau européen, qui, grâce aux « lignes directrices de l’emploi » ou à coup de politique de « grands travaux » cherche à tout prix à mener une politique de « relance ». Ce qui est étonnant lorsqu’on sait les erreurs du keynésianisme. Par exemple, les grands travaux américains des années trente n’ont pas mis fin à la grande dépression, mais l’ont au contraire prolongée par un vaste gaspillage de ressources.

Au plan national, le gouvernement et plus encore le président ne s’affichent pas ouvertement keynésiens. Ils préfèrent, selon une technique éprouvée, dire tout et son contraire. Chirac veut baisser les impôts, en reconnaissant que cela favoriserait la croissance, mais il dit dans le même temps qu’une baisse d’impôt n’est possible que s’il y a croissance !

C’est que la politique économique française est une combinaison d’un volontarisme économique (un seul exemple, le plan Borloo) et d’un fatalisme vaudou : la croissance et l’emploi seraient le produit de forces magiques supérieures et mystérieuses, qu’on ne comprend pas, qu’on explique encore moins. Entre ces deux bornes, on établit quelques vagues et arbitraires relations de causalité :

  • la croissance serait « tirée » par la croissance extérieure (et personne ne se demande comment on la tire, elle)
  • la croissance serait tirée également par la consommation intérieure
  • la croissance serait « freinée » par la guerre en Irak (à laquelle on n’a pas participé)

Plutôt que de se creuser la tête à comprendre, Raffarin préfère agir. Comme disait Jean Cocteau : « ce mystère nous dépasse, feignons donc d’en être l’organisateur ». Alors il agit, oui : il dépense, il subventionne, il réglemente. Pour votre bonheur. Comme la France est le pays le plus dépensier et réglementé d’Occident, c’est dire si nous sommes tous heureux.

Raffarin a une excuse valable : il ne fait, tout comme les gouvernements précédents, que répéter le discours des experts, qui se trompent sans discontinuer depuis des années.

  • Keynes en personne avait tort, lorsqu’il distinguait les variables endogènes de l’économie, déterminées par les acteurs (ex : la consommation) et les variables macroéconomiques exogènes sur lesquelles l’Etat pourrait intervenir (investissement, déficit, etc). Comme si ces derniers facteurs n’était pas le produit de l’action humaine, mais de martiens ou de guerriers papous.
  • Mais les experts sont allés encore plus loin dans l’erreur : ils ont trouvé commode d’ajouter la consommation à la liste des variables sur lesquelles l’Etat pourrait intervenir (ce que Keynes lui-même, pourtant avide de provocation, n’a jamais osé faire). Pourquoi ? En prétendant que la consommation tirait la croissance, les experts et les gouvernements légitimaient les revendications salariales. Et s’assuraient tranquillement une paix sociale, sur le dos des contribuables et des gouvernements successeurs.

Or cette théorie est tout simplement fausse :

  • on ne peut consommer que ce qu’on a gagné, et on ne peut gagner qu’en fonction de ce qu’on a produit
  • Elle suppose que ce qui n’est pas consommé (donc épargné) disparaîtrait du circuit économique. Or c’est le contraire : ce qui est consommé est détruit, tandis que ce qui est épargné permet de produire des ressources supplémentaires.

Il y a une relation incontestable entre croissance et épargne.

Prenons un exemple, l’emploi : ce ne sont ni les dépenses publiques (le traitement social du chômage), ni les réglementations empêchant les licenciements qui diminueront le chômage, c’est le retour à la liberté contractuelle et le reflux de l’Etat.

Autre exemple, la politique budgétaire. Je vais d’emblée vous surprendre en disant qu’à mon sens, tout déficit public n’est pas mauvais. Les orthodoxes disent : attention, le déficit augmente les taux d’intérêt. C’est inexact, car le marché d’épargne prêtable est mondial. Un déficit français passant de 3 à 4% ne change rien du tout. Par ailleurs, si beaucoup de grandes entreprises décident d’investir en même temps et empruntent, cette hausse de la demande de fonds prêtables est bénéfique car c’est la conséquence d’objectifs légitimes. C’est la même chose pour l’Etat : si le déficit public finance un projet à fort rendement, il est légitime, il ne l’est pas dans les autres cas. Ce qui importe, ce n’est pas le montant du déficit, c’est le taux d’intérêt payé par l’Etat par rapport au taux de croissance des recettes fiscales. Par conséquent, le vrai problème, c’est celui de la mauvaise prévision des recettes.

Comme le dit Contribuables Associés, chaque année les experts de Bercy surestiment la croissance. Ils nous expliquent à chaque fois que la croissance miraculeuse c’est pour demain. Et un an plus tard, les mêmes experts nous expliquent pourquoi cette croissance miraculeuse n’est pas arrivée. Comme la croissance conditionne les rentrées fiscales, c’est chaque année, depuis 31 ans, un déficit à payer.

  • 2002 (Jospin) : croissance escomptée : 2,5%, croissance réelle : 1,2%
  • 2003 (Raffarin) : croissance escomptée : 2,5%, croissance réelle : 0,5%

Pour 2005, la prévision de 2,5% est totalement loufoque, tout le monde le sait et personne ne le dit.

On observe la même erreur au plan européen : l’objectif des 3% de déficit est purement arbitraire. On sait a contrario qu’il n’y a aucune raison, sous prétexte de monnaie unique, pour qu’on applique la même règle de déficit pour tous les pays. Il n’y a pas plus de raison de coordonner la politique budgétaire que la politique fiscale. Vive la concurrence fiscale ! vive la concurrence budgétaire !

Un dernier exemple, le pouvoir d’achat. On se plaint toujours qu’il est trop faible, qu’il baisse (ce qui est faux). Bien sûr, là encore, le raisonnement keynésien apparaît en filigrane.

  • le gouvernement dit : les Français épargnent trop (160 milliards d’euros, soit 16% de leur revenu). Le gouvernement veut débloquer cet argent, en exonérant les dons, en assouplissant les règles de déblocage de l’épargne salariale, en offrant des déductions fiscales sur les intérêts des crédits à la consommation. Mais rien ne se passe. Pourquoi ? outre qu’il a tort sur le fond, comme expliqué plus haut, le gouvernement n’a pas compris que les Français épargneront aussi longtemps que leurs retraites ne seront pas assurées, que leur avenir professionnel sera aussi sombre.
  • Alors le gouvernement dit : il faut faire baisser les prix. Sarkozy a réuni la grande distribution, Gaymard a mis de côté l’indice du coût de la construction dans l’indexation des loyers. Le seul hic : c’est absolument inutile. Pour diminuer les prix, il faut libérer la concurrence ! Il faut laisser les distributeurs ouvrir de nouvelles grandes surfaces, en faisant sauter une certaine loi… Raffarin ! Il faut supprimer les barrières à l’entrée de centaines de métiers !
  • Le gouvernement ne perd pas espoir. Comme l’a dit un premier ministre belge, « avant mon arrivée, le pays était au bord du gouffre. Mais moi, je compte bien lui faire faire un grand pas en avant ! ». Il veut baisser les impôts. Enfin, pas tout à fait. Il veut que le sorcier vaudou qui commande la croissance lui permette de baisser les impôts. Ici, le levier est énorme (impôts + cotisations = 700 milliards d’euros). Il faut le répéter : ce n’est pas la baisse des impôts qui est conditionnée par la croissance, comme le dit Chirac, mais c’est la croissance qui est conditionnée par la baisse des impôts ! Le problème, c’est qu’en les baissant, il manque de l’argent pour boucler le budget. Déjà en 2004, il a manqué 60 milliards en fin d’année. Il faut donc diminuer les dépenses, c’est-à-dire réformer l’Etat, accroître considérablement la productivité dans le secteur public.
  • Comme le gouvernement en est bien incapable, il dit : il faut mener une « politique salariale ». Outre que cette formule ne veut rien dire, puisque ce sont les entreprises qui fixent les salaires, et que ceux-ci augmentent, non sur décret gouvernemental, mais lorsque l’entreprise accumule des gains de productivité, on observe que le gouvernement fait très exactement le contraire de ce qu’il dit. Jamais on n’a autant puni les efforts du travail (35 heures, retraites anticipées), ni les efforts d’épargne (fiscalité, réglementation).

Faut-il être pessimiste ? non.

Il y a des sources de croissance : elles se trouvent dans les cerveaux et le courage des entrepreneurs, des salariés et des épargnants, qui créeraient des richesses si l’Etat ne les spoliait pas par ses impôts, ne les paralysait pas par ses réglementations.

Raffarin ne l’a pas compris. Son gouvernement échouera donc.

Il préfère apprendre auprès de son mentor, quasi Prix Nobel de la Paix et futur, c’est sûr, prix Nobel de Médecine et d’Economie réunis, prix créé spécialement pour l’occasion, j’ai nommé Jacques Chirac, qui a dit la semaine dernière, du haut de son savoir économique magistral :

« le libéralisme serait aussi désastreux que le communisme ».

Remarquez, dommage qu’il n’existe pas de prix Nobel du Retournement de Veste, car je vois mal qui pourrait le refuser à celui qui a écrit jadis

« Il n’y a pas d’autre choix que le libéralisme. Plus exactement, le libéralisme n’est pas un choix mais une nécessité... » ou encore « je dirais que le problème majeur du libéralisme en France est de n’avoir jamais été mis en oeuvre en France ».

Jacques Chirac a atteint des sommets dans l’excellence, il faut le reconnaître. Il faut saluer l’artiste. A un tel niveau, ce n’est plus une girouette. C’est un manche – un manche à air, bien sûr.

Politique d'égalisation régionale, dépenses et égalité réelle

Un petit billet sur les leçons que l'on peut tirer de l'expérience belge en la matière. Comme vous le savez, la Belgique a été, de 1831 à 1977 un Etat unitaire. Depuis lors, le pays est divisé en trois régions administratives, au sein d'une organisation de type fédéral. La Wallonie, industrielle, berceau du charbon, de la scidérurgie et de la chimie, a connu durant tout le XXe siècle un essor conséquent. La Flandre, elle, a été plutôt à la traîne, à tout le moins jusque dans les années soixante.

Depuis 1993, le pays est séparé en trois régions autonomes. Ni le Nord, si le Sud, ni Bruxelles, ne peuvent être assimilés à de véritables économies de marché. Comme presque toute l'Europe continentale, la Belgique a une économie mixte. Une loi de 1960 planifie l'économie et crée le Bureau du Plan. Cette économie semi-administrée est, un peu à l'instar de l'Italie, au service des partis politiques, traditionnellement très puissants en Belgique.

Cela étant, la Belgique a évolué petit à petit vers une plus grande séparation culturelle, au profit de mouvements régionalistes de plus en plus puissants. Les mouvements nationalistes flamands ont une grande influence, notamment le Boerenbond. Ils aspirent à la constitution d'un Etat flamand indépendant. Les Wallons, eux, espèrent dans une large mesure un éventuel rattachement à la France. Je me souviens de l'époque pas si lointaine durant laquelle je vivais proche de ces froides contrées, et où je regardais chaque jour le journal de la RTBF 1, diffusé en boucle à une heure jusqu'à une heure fort tardive. Anne Delvaux, la blonde présentatrice évoquait presqu'au quotidien ces frictions Nord-Sud, ainsi que le cas particulier de Bruxelles.

Cette séparation culturelle est le reflet de l'évolution opposé de la Flandre et de la Wallonie sur le plan économique. En effet, le chômage s'est continûment accru en Wallonie, juisqu'à atteindre 17% de la population active, contre 7% en Flandre. Bruxelles connaît un sort encore pire, puisque la capitale bilingue atteint le taux record de 22% en décembre 2003. Le déclin de Bruxelles est par conséquent fort similaire à celui de la Wallonie.

Le PIB par habitant n'atteint donc que 10 675 € à Bruxelles, contre 10 783 € en Wallonie et surtout 12 563 en Flandre (la moyenne européenne étant de 11 801 €).

Pour remédier à ces différences de niveau de vie, les Belges ont créé plusieurs instruments. Au premier rang desquels l'impôt sur les personnes physiques (IPP) qui, depuis 1989, permet aux régions aux revenus par habitant les plus bas de recevoir le plus de subventions, via un fonds d'intervention de solidarité nationale. C'est évidemment le cas de la Wallonie et de Bruxelles. Quant à la Flandre, elle, elle n'a rien perçu.

Résultat ? Les revenus par habitant à Bruxelles et au Sud ont bien progressé ; mais ceux de Flandre ont progressé encore plus. Si bien que Bruxelles, qui, en 1994, était la région la plus riche, n'est en 2003 qu'en seconde position, derrière la Flandre. Voir les résultats de cette intéressante étude dans ce papier d'Olivier Doms.

Alors les impôts régionaux ont été augmentés eux aussi. A Bruxelles, les impôts régionaux sur le revenu ont augmenté de 252,52 M€ en 1996 à 780,22 M€ en 2003. Les transferts de compétences n'expliquent pas à eux seuls une telle hausse.

Enfin, la sécurité sociale a été réformée. Elle inclut l'assurance maladie, maternité, décès, les pensions de retraite, l'assurance-chômage et divers autres programmes sociaux. La Flandre, ici aussi, subventionne le Sud, à hauteur de 2,91 Mds€.

Selon la banque KBC, les transferts totaux depuis la Flandre, en direction de Bruxelles et de Wallonie, sont de 5,43 Mds€ en 2002 (3,76 Mds€ en 1990). Loin d'avoir amélioré le niveau de vie des habitants du Sud, cette politique a plongé dans l'assistanat de nombreuses villes : Liège, Mons, Charleroi, Bruxelles.

Les Flamands ne veulent d'ailleurs pas reduire les impôts et les dépenses payées par la Flandre ; ils veulent simplement que cet argent puisse servir leurs propres ambitions.

La Wallonie continue d'augmenter ses taxes. Bruxelles en crée de nouvelles. Ainsi en est-il par exemple du nouveau code du Logement, dont le seul effet est de diminuer plus encore le parc immobilier privé au profit du locatif social public. On couvre d'opprobre les propriétaires qui augmentent leurs loyers. Mais ils le font parce que le niveau prohibitif des droits de mutation n'encourage pas les moins fortunés des propriétaires à faire fructifier leurs capitaux. Les lois protégeant les locataires à bas revenus réduisent l'offre de logements proposés à la location, ce qui est un effet pervers bien connu en France également. Les impôts immobiliers atteignent en Wallonie un niveau 20% plus élevé que celui de Flandre.

En quatre ans, les dépenses bruxelloises sont passées de 1,769 à 2,122 Mds€.

Comme le dit Olivier Doms en conclusion, l'expérience belge de politique d'égalisation régionale n'atteint pas les buts affichés. Au lieu d'étendre la prospérité des régions riches vers les régions pauvres, elle a accéléré la chute de ces dernières. Les politiciens de Wallonie et de Bruxelles voient dans les programmes de transferts régionaux le moyen d'accroître leur empire bureaucratique et leurs dépenses. Les transferts régionaux ont isolé ces deux régions des conséquences de ces régimes de régulation, ce qui les appauvrira plus encore.

Au lieu de réduire les velléités séparatistes, cette politique les a intensifiées.

Ludwig le Grand

Ce n'est pas de Beethoven dont je souhaite vous parler. Mais d'un autre Ludwig, austro-hongrois celui-là : Ludwig von Mises. Ou comment être anti-néoclassique en économie, anti-mathématiques, anti-homo oeconomicus, anti-économie statique, sans pour autant tomber dans les travers keyniaisiens.

Et voici comment promouvoir une nouvelle doctrine, l'action humaine, la praxéologie.

Qu'il existe des nations, des états et des églises, qu'il y ait coopération sociale dans la division du travail, cela ne devient visible que dans les actions de certains individus. Personne n'a jamais perçu une nation sans en percevoir les membres. En ce sens, on peut dire qu'un collectif social vient à exister par les actions d'individus. Cela ne signifie pas que l'individu est temporellement antécédent. Cela signifie simplement que ce sont des actions particulières d'individus qui constituent le collectif.

Personne ne conteste que, dans la sphère de l'action humaine, les entités sociales ont une existence réelle. Personne ne s'aventure à nier que les nations, les Etats, les municipalités, les partis, les communautés religieuses, sont des facteurs réels qui déterminent le cours des événements humains. L'individualisme méthodologique, loin de contester la signification de tels collectifs, considère comme une de ses tâches principales de décrire et d'analyser leur devenir et leur disparition, leurs structures changeantes et leur fonctionnement. Et il choisit la seule méthode qui permette de résoudre ce problème de façon acceptable.

Human Action sur Amazon.com

Vive l'exception exceptionnellement Kulturelle

Alexandre publie ici un article consacré à la propriété intellectuelle et au téléchargement de musique sur internet. Je vous incite très très fortement à le lire le plus rapidement possible. En voici d'ores et déjà quelques extraits.

S'il est difficile de trancher sur l'opportunité de la propriété intellectuelle en matière d'inventions (sujet sur lequel il faudra revenir), en matière artistique, l'intérêt de la propriété intellectuelle est par contre extrêmement contestable. D'abord parce qu'il existe bien d'autres façons de rémunérer des artistes : lors de concerts par exemple, ou par le biais de contrats publicitaires ou autres revenus issus de la célébrité. Mais surtout, parce qu'il est particulièrement douteux que la propriété intellectuelle dans ce domaine stimule la créativité. Un célèbre article d'économie, "The economics of Superstars", montrait alors que les revenus très élevés des artistes les plus connus ne pouvaient pas être justifiés par les différences de talent avec des artistes moins connus. Ces revenus élevés viennent en réalité d'une substitution : les artistes connus, grâce aux medias modernes, peuvent satisfaire la demande en matière artistique de très nombreuses personnes simultanément, ce qui les conduit à tenir le rôle joué par d'autres artistes. La musique de fond remplace les pianistes dans les bars; le premier du top 50 satisfait la demande de musique de villes entières.

comme l'a montré dans un livre récent (et téléchargeable gratuitement...) l'économiste Lawrence Lessig, la "culture gratuite" a toujours été à la source de la créativité. De la même façon que les plus grands savants n'auraient jamais rien trouvé s'ils n'avaient pu bénéficier des travaux de leurs prédecesseurs, rien n'aurait pu être créé sans que les artistes ne puissent copier le travail d'autres artistes, le plus souvent sans vergogne.

Si les maisons de disque, avec l'appui des artistes sous leur coupe, ont lancé l'offensive contre les auditeurs de musique qui téléchargent, et auprès des législateurs pour qu'ils punissent le téléchargement, quitte à piétiner le droit à la vie privée des gens au passage, c'est que le progrès technologique, après les avoir placés dans une situation de monopole extrêmement avantageuse, menace de supprimer cet avantage au bénéfice des consommateurs et d'autres créateurs (tous les musiciens qui sont "remplacés" par les artistes à succès actuels). En France s'ajoute un autre aspect qui fait que les récriminations des compagnies productrices de musique ont l'oreille des politiques : le téléchargement gratuit permet aux consommateurs d'écouter la musique et de bénéficier des oeuvres artistiques qui leur plaisent, au mépris du système protectionniste d'exception culturelle (conçu sous le régime de Vichy) visant à limiter la capacité des français de bénéficier des oeuvres artistiques étrangères. De la même façon, le lobby des industries du copyright bénéficie d'un haut degré de protectionnisme aux Etats-Unis, permettant par exemple à Disney de continuer de bénéficier de l'exclusivité de l'image de la souris Mickey, alors que sans lois d'exception elle aurait déjà dû tomber dans le domaine public. Les maisons de disque, les producteurs artistiques, utilisent tous la panoplie des arguments des parasites : "si nous ne bénéficions pas de protections spécifiques, la culture va disparaître, et surtout, nous créons des emplois". Et face au spectre de plus en plus visible de leur inutilité, en sont réduits à faire appel à la complaisance des médias et du pouvoir politique et judiciaire. En pratique cependant, la légitimité de leurs récriminations est, économiquement, extrêmement ténue.

D'autre part, voici un article d'Henri intitulé Faut-il repenser les droits de propriété intellectuelle dans la société du savoir ?. (merci Ronnie) En voici un extrait majeur :

La question qui se pose alors est de savoir si ce prix sera suffisant pour couvrir les sommes énormes initialement investies par celui dont la formule aura été copiée. La réponse des deux américains est "oui". Pour cela, ils invoquent une logique de marché qui est la même que celle décrite par Stan Liebowitz à propos de la copie des CD musicaux. Du fait des coûts (de transaction) évoqués plus haut, la mise en marché des copies prendra du temps. Or, si le temps est de l'argent, il l'est encore plus s'agissant de médicaments qui peuvent sauver des vies humaines ou éviter des souffrances. S'il est vrai qu'il suffirait d'attendre ne serait-ce qu'une année ou deux pour avoir accès à une copie qui ne coûtera pas cher (puisque les concurrents qui fabriqueront leurs produits à partir d'un processus de "rétro-ingénierie" n'auront pas à supporter les coûts initiaux de développement de la formule), il n'en reste pas moins que, pour certains malades dont la vie est immédiatement en jeu, cette attente est insupportable. D’ailleurs, certains seront prêts à dépenser beaucoup pour disposer du médicament tout de suite, si ce prix est moins cher que celui proposé par le laboratoire qui a inventé le produit et en a supporté les coûts de recherche. La présence de ce marché de clients pressés fera que même les copieurs ont intérêt à raccourcir les délais de leur mise en marché. Comment pourront-ils y réussir ? En négociant directement le transfert de technologie auprès de la firme innovante, sous la forme d'un achat de licence - qui prévoira la formation du personnel, le transfert de certains secrets de fabrication, des astuces de know how, etc. Et comme les copieurs sont en concurrence entre eux pour satisfaire la demande des impatients prêts à payer très cher, il y a toutes chances pour que le prix se situe en définitive au voisinage de celui qu'aurait demandé la firme propriétaire de l'innovation, moins la rente de monopole intellectuel commandée par la protection d'un brevet.

Dettes et déficits

Un billet très bref : en raison de l'application en 2005 de nouvelles normes comptables internationales, IFRS, l'endettement de France télécom va gagner 9 milliards supplémentaires. Pour EDF, nombre des engagements sont réintégrés, mais il restera encore nombre d'engagements hors bilan.

La dette totale de France télécom s'élève à 57 milliards d'euros. Pour mémoire, le déficit de l'Etat n'est "que" de 50 milliards pour 2004.

Moralité ? L'endettement public, qui n'est que celui des administrations d'Etat, des administrations territoriales et des organismes de sécurité sociale, explose, et dépassera probablement en 2005 60% du PIB. Si l'on y ajoutait l'endettement des entreprises publiques ou sous contrôle étatique (établissements publics, SA où l'Etat est majoritaire) les chiffres exploseraient donc.

Par ailleurs, les déficits actuels sont les endettements de demain. Ne vous étonnez pas alors si la consommation et l'investissement ne parviennent pas à sortir de l'ornière. Et il paraît qu'il y a encore des keynésiens en France.

Ich Bin ein Volkswagener

Il y a en ce moment des manifs en Germanie. Mais elles s'essouflent, car les syndicats, pourtant très puissants, sont bien obligés de ne pas taper trop fort sur le chancelier, qui est leur chef. En effet, tous font partie du SPD, un peu à l'instar du Labour Party en Angleterre.

Belle image de démocratie impartiale. Passons.

Il y a des manifs, donc. Elles réunissent les gens qui s'opposent au projet Hartz IV, du nom de Peter Hartz, le DRH de Volkswagen.

Mon observation est simple : même à la Vaterlandmutter du socialisme rhénan, les projets sont coup de poing.

Surtout, ils sont inimaginables en France. Il n'y a pas un poil de couille de chance pour que Raffarien propose l'ombre de cette réforme. Mais laissons parler la poudre teutone :

  • Fusion des prestations d'assurance chômage et d'aide sociale après un an de chômdu, ce qui signifie en clair que les chômeurs y perdront, tandis que les bénéficiaires de l'aide sociale y gagneront. Le tout sous condition de ressources élargie, c'est-à-dire fonction des revenus de la famille.
  • obligation d'accepter tout travail, même inférieur à ses qualifications, et même rémunéré en-dessous des accords de branche
  • embauche de chômeurs dans les TIG (travaux d'intérêt général, pour ceux qui n'ont pas fait l'AAArmée), leur rapportant 1 € / heure, en plus de leur allocation.
  • réforme prévue du salaire minimum
  • projet de couverture sociale universelle

Il y a à prendre et à laisser dans le projet Hartz, mais ce qui est intéressant, c'est que, pendant ce temps, nous sommes en train d'ergoter sur les 35 heures sanctuarisées non par la gauche, mais par Chirak.

Ils bradent le patrimoine national !

Les salauds, ils ont décidé de privatiser France Télécom.

Le gouvernement ultralibéral va donc encaisser 5 milliards, sur le dos des usagers, et au profit des spéculateurs apatrides.

Heureusement que les forces de progrès se battent pour que cet argent soit affecté à la recapitalisation publique d'EDF (500 millions), de GIAT, de Charbonnages de France ou encore de RFF et de CDR (qui liquide les actifs pourtant citoyens du Crédit Lyonnais). Et aussi au plan de cohésion sociale de Borloo.

La lutte continue !

Les capitalistes ont-ils un pouvoir de négociation supérieur ?

Le principal argument avancé en faveur du syndicalisme et de tous les privilèges dont bénéficient les syndicats, c'est leur "pouvoir supérieur de négociation".

Cela étant, en expliquant comment le marché du travail fonctionne réellement, Mises a démoli cette thèse.

Sur le marché du travail, la concurrence parmi des entrepreneurs permet un équilibre étroit entre la productivité marginale du travail et la compensation des travailleurs.

A lire ici.

Reagan, Clinton, Bush : le plus orthodoxe n'est pas celui que l'on croit

Dans la liberlishaft, plusieurs vouent une grande admiration pour Ronald. Il en est même qui défendent George. Mais rares sont ceux qui éprouvent une quelconque sympathie pour Bill.

Je trouve cela profondément injuste, sans même parler de la sympathie due à Monica.

En effet, il me semble difficile de faire de Ronald le parangon de la pensée libérale. Ce constat est vrai sur le plan politique, il est vrai aussi sur le plan économique. C'est ce second point que je vais tenter de démontrer ici.

Ronald, en arrivant au pouvoir en 1981, peut s'appuyer sur un allié de taille : Paul Volcker, président de la FED depuis octobre 1979. Ils décident, tous deux, de mener une politique monétaire très résolue à réduire l'inflation, qui était en effet élevée, et ce au prix de taux d'intérêt réels très élevés, du moins en début de période (6,2% sur la période 1980-84). Par ailleurs, Ronald mène une "révolution de l'offre", comprenant notamment une baisse des impôts, et réduisant le poids du gouvernement en éliminant le gaspillage et son implication dans l'économie.

Mais cette politique monétaire restricitive, couplée à une politique de l'offre active, n'est qu'un des aspects de l'action de Ronald.

Celui-ci, en effet, a mené une politique budgétaire fortement expansionniste, essentiellement du fait de l'accroissement des dépenses militaires (on se souvient du programme de la Guerre des étoiles).

Je ne conteste pas les résultats positifs de cette politique, dans la mesure où la baisse des impôts, par l'effet Laffer, et la politique monétaire restrictive ont permis de limiter le déficit budgétaire américain (-4% entre 1980 et 1984, -4,3% entre 1985 et 1989, soit une quasi-stabilité).

Mais on ne peut en faire une politique totalement libérale. C'est plutôt un savant dosage de néo-keynésianisme et de politique de l'offre.

Prenons à présent le cas de George W. : un point commun avec Ronald, sa politique de relance par l'offre. Trois plans de relance successifs ont été votés par le Congrès : en juin 2001, pour 1 350 milliards de dollars, en mars 2002, pour les entreprises, et enfin en mai 2003, pour 700 milliards de dollars (réduits de moitié depuis). Ces plans de relance ont consisté en des baisses d'impôts, et en l'abandon de la double taxation des dividendes versés.

L'accroissement budgétaire, pour important qu'il soit, n'atteint toutefois pas celui de Ronald.

La grande différence entre Ronald et George, c'est la politique monétaire suivie : la FED a en effet mené ces dernières années une politiique de soutien à l'activité, passant par une forte baisse des taux d'intérêt, et l'abandon de facto du dollar fort : de 6,5% début 2001, le taux directeur de la FED a été abaissé jusqu'à 1% en 2003, soit un taux d'intérêt réel négatif d'environ -1%, compte tenu de l'inflation.

Cette politique n'est pas inefficace, elle non plus : après un fort ralentissement en 2000, dû à l'éclatement de la bulle internet[1], la reprise a été constatée dès 2003. Elle provient surtout de la consommation des ménages, stimulée par les baisses d'impôts. Mais l'investissement des entreprises, lui, est pour l'instant assez atone. Ce qui est un motif d'inquiétude.

Conclusion (provisoire) :

  • Ronald combine une politique monétaire ultra-restrictive, une politique fiscale volontariste, et une politique budgétaire ultra-keynésienne. Ce policy mix me semble assez éloigné de la vision caricaturale tant des libéraux pour qui Ronald ne saurait être critiqué, que des lefties qui voient en lui la réincarnation du Malin.
  • George W. combine une poltique budgétaire expansionniste, keynésienne de facto, avec une politique fiscale très stimulante et une politique monétaire accomodante. A la différence de celle de Ronald, la politique menée par George est particulièrement risquée : toutes les manettes aboutissent à accroître considérablement le déficit budgétaire US. Lequel sera une dette publique demain. D'un excédent de 2,3% du PIB en 2000, le solde budgétaire est passé à un déficit de 3,4% du PIB en 2002, et atteindrait 4,9% en 2003 et 5,3% en 2004. Le risque est d'autant plus grand que les ménages américains sont particulièrement endettés. Bien sûr, comme je le disais dans un autre billet, le fait d'attirer des capitaux étrangers est un signe de dynamisme. Mais le pari est risqué. Et peu orthodoxe.

Il est surtout trompeur.

En effet, rien n'aurait été possible sans Bill.

C'est en effet son administration qui a engagé la réduction du déficit public, en arrêtant les baisses d'impôt et en contrôlant les dépenses. Le déficit public a non seulement été résorbé, mais plus encore des excédents ont été réalisés. Ce sont eux qui ont permis à George de mener sa politique budgétaire expansionniste. Bill n'a pas augmenté les impôts, ni remis en cause le rôle de l'Etat dans l'économie, tel que Ronald l'avait établi.

Moralité ?

De Ronald, George et Bill, le plus classiquement libéral, au sens économique du terme, c'est le troisième.

Notes

[1] les prêteurs ont pris conscience de l'importance disproportionnée des actifs de la nouvelle économie dans leurs portefeuilles ; la recomposition de ceux-ci s'est donc traduite par une chute des flux nets entrants d'investissements directs, des achats nets d'actions et par des entrées de capitaux courts.

Balance tes paiements !

J'espère que vous connaissez les 39 leçons d'économie contemporaine, de Philippe Simonnot, le célèbre éditorialiste du Monde.

De son bouquin à l'intelligence fulgurante, je voudrais vous entretenir aujourd'hui de son chapitre consacré à la balance des paiements.

Ah me direz-vous, quel sujet particulièrement chiant !

Pas si sûr. C'est sur des erreurs a priori secondaires que se fondent les certitudes des imbéciles.

En gros, la balance des paiements est composée de deux parties : la balance commerciale, qui, si on lui adjoint les invisibles (brevets, etc) devient la balance des paiements courants - je dirai donc "balance courante" pour simplifier -, et d'autre part la balance des mouvements de capitaux, appelons-la si vous me le permettez "balance des capitaux".

Première évidence : la balance des paiements est TOUJOURS EQUILIBREE. Par conséquent, parler d'excédent ou de déficit de celle-ci n'a pas de sens. Seuls les postes internes - balance courante ou balance des capitaux - peuvent être en déséquilibre, le déséquilibre de l'un se compensant par l'excédent de l'autre.

Deuxième évidence : parler de déficit commercial d'un pays n'a PAS DE SENS ; cela revient à donner une connotation péjorative à un phénomène qui ne l'est pas. D'ailleurs, ce n'est jamais un pays qui est en déficit, qui importe ou exporte, mais des entreprises, administrations, particuliers, qui achètent, vendent des marchandises, des services ou des papiers financiers.

Troisième évidence : toute vente est un achat, et tout achat une vente. Tout dépend du point de vue duquel on se place. Mieux : si je vends mon PC à Tarempion, et que celui-ci ne le règle pas instantanément, cela revient à dire qu'il l'achète à crédit. Ce qui est encore un achat. Simonnot l'explique mieux que moi :

Cela (l'achat sans monnaie) voudrait dire que je vous achète (...) à crédit. Autrement dit, cet achat se traduirait par la "vente" d'un petit bout de papier sur lequel j'aurais écrit : je vous dois tant (pour le PC). Le fait que vous acceptiez ce bout de papier en échange de votre PC implique tout simplement que vous me faites crédit. Sur ce même papier, je pourrai ajouter : et je m'engage à vous verser cette somme à telle date. Une date sur laquelle nous serions tombés d'accord l'un et l'autre.

En effet, la substitution du bout de papier, représentant une créance, à un autre bout de papier, papier-monnaie qui lui aussi est une créance, ne nous fait pas sortir de l'équilibre de la balance des paiements.

Le fait de parler de déficit ou d'excédent de la balance des paiements, ou de tel poste pris isolément, conduit à une norme de comportement implicite et fausse sur le bon taux de change d'une monnaie. Du déficit de la balance courante, les gouvernements déduisent que le taux de change de leur monnaie est surévalué. Ceci s'est produit en France durant quarante ans : certains groupes d'intérêts se manifestaient pour se plaindre qu'ils ne parvenaient pas à exporter parce que le franc était surévalué, et qu'il fallait donc le dévaluer. D'autres se plaignaient que puisque le franc était surévalué, les autres devises étaient sous-évaluées par rapport au franc, et que de ce fait les marchandises étrangères disposaient sur le sol français d'un avantage concurrentiel déloyal. Nous entendons ce même genre de discours de nos jours, avec l'euro, et sa soi-disant surévaluation par rapport au dollar.

Ces gens-là ont les moyens d'exprimer leurs jérémiades au parlement, dans les cabinets ministériels et dans la presse. Lorsque de telles campagnes étaient orchestrées contre le change du franc, se déclenchait contre celui-ci une spéculation qui venait s'ajouter à la pression excercée sur le gouvernement pour qu'il dévaluât. Mais la dévaluation ne servait à rien. Le déficit commercial persistait, et l'excédent allemand aussi, quand bien même le mark était-il surévalué.

Pourquoi ? parce que rien ne dit que le bon taux de change est celui qui permet d'équilibrer la balance courante. Il est proprement stupide de prétendre vouloir équilibrer la balance des paiements poste à poste, comme l'a rappelé notre première évidence.

A présent, il est impératif de tenir compte de deux réalités formelles :

1. les données statistiques sont diffusées dans l'ordre chronologique suivant : mouvements de marchandises, puis balance courante totale, puis bien plus tard le reste - les fameux mouvements de capitaux - qui semblent donc constituer le solde de la balance des paiements. Mais il n'en n'est rien et c'est une erreur de journalistes.

2. le hic, c'est que les mouvements de capitaux, c'est aujourd'hui, en volume, 20 à 30 fois celui des marchandises. Deuxième erreur de journalistes.

Allons plus loin : pourquoi une balance des capitaux est-elle excédentaire ? je veux dire, vraiment, pourquoi ? Et sans répondre bêtement : ben pour compenser le déficit de la balance courante, m'sieur. Si on la considère en elle-même, pourquoi est-elle excédentaire ?

C'est parce que l'épargne nationale est insuffisante. Et pourquoi est-elle insuffisante ?

Parce que le dynamisme des particuliers et des entreprises du pays concerné est tel que ceux-ci sont obligés de faire appel à des épargnants étrangers pour financer leurs projets. C'est ce qui explique, par exemple, qu'un pays en voie de développement aura obligatoirement une balance courante déficitaire - et par conséquent une balance des capitaux excédentaire.

Tout ceci s'exprime très bien de manière mathématique (ne vous affolez pas, c'est archi-simple) : j'ai d'un côté des ressources, c'est-à-dire la production sur le sol national (Y), à laquelle j'ajoute les importations de biens et services (M). D'un autre côté, j'ai des emplois : je consacre ces ressources à la consommation (C), à l'investissement (I) ou encore à l'exportation de biens et de services (X). J'obtiens donc :

Y + M = C + I + X

Sachant par ailleurs qu'Y est la somme de tous les revenus, je sais que ceux-ci seront ou bien consommés (C), ou bien épargnés (S). J'obtiens donc une seconde équation :

Y = C+ S

Si je retire C, présent dans les deux équations, j'obtiens :

X - M = S - I

Tout se résume dans cette modeste équation de rien du tout. Quel que soit le solde de ma balance courante (X - M), le solde interne de l'emploi des revenus sera le même. Autrement dit, si les exportations sont supérieures aux importations, si donc la balance courante est excédentaire, c'est que l'épargne (S) est supérieure à l'investissement. Dans le cas contraire d'un déficit de la balance courante (X inférieur à M), j'aurai obligatoirement une épargne inférieure à l'investissement.

C'est tout con en fait. Pas besoin de sortir de l'ENA pour comprendre ça.

Et on arrive pile-poil à l'erreur majeure des protectionnistes : croire qu'il n'y a pas de relation entre exportations et importations. Or, en vérité, le protectionnisme d'un pays nuit non seulement aux pays étrangers (chose qu'il vise, en principe), mais aussi à lui-même car toute action sur les importations ne peut avoir d'effet que sur les exportations, le solde restant le même... Simonnot rappelle d'ailleurs de manière incidente que le grand théoricien du protectionnisme au XIXe siècle, Friedrich List, prévoyait que les Pays-Bas et le Danemark seraient voués à stagner, sauf à fusionner avec l'Allemagne...

Par conséquent, une balance courante excédentaire, donc - si vous m'avez suivi, une balance des capitaux déficitaire - est un très mauvaise chose.

A contrario, une balance des capitaux excédentaire - c'est-à-dire courante déficitaire, c'est pas compliqué bordel - est une très bonne chose.

C'est d'autant plus vrai que, lorsqu'en France la balance commerciale est excédentaire, cela signifie que les capitaux fuient notre pays. Pourquoi agissent-ils ainsi ? parce que l'épargne est surtaxée. Les prélèvements obligatoires et le remboursement de la dette publique accaparent plus de 55% du revenu national ! Il faut donc réduire les impôts.

Mais baisser les impôts impose de réduire la dépense publique, alors l'homme de l'Etat détourne son regard, la caravane passe et les chiens continuent à aboyer...

Qui veut la peau de Roger OMC ?

Les 147 membres de l'OMC se réunissent pour tenter de sauver ce qu'il reste de cette organisation.

Miracle ! les pays du Sud, Africains en particulier, viennent d'obtenir une proposition de compromis qui fixerait une date (toutefois à négocier) de lancement de négociations pour faire sauter les barrières tarifaires liées aux politiques agricoles, qui ruinent l'agriculture des pays pauvres. En parallèle, l'UE demande que les Etats-Unis mettent fin à leurs crédits à l'exportation. Ce qui est une sage requête.

Chirac est mécontent, tous les autres protectionnistes aussi ; c'est donc là une excellente nouvelle pour les partisans de la liberté.

Le vente souffle, c'est le vent de la liberté petit

Johann nous fait part de la sortie, par le Fraser Institute et des centres de recherche indépendants, du rapport annuel sur la liberté économique dans le monde en 2004.

Celui-ci classe 123 pays selon 38 variables différentes. Les pays de tête sont toujours les mêmes : Hong Kong, Singapour, Nouvelle Zélande, Suisse, Royaume Uni, Etats Unis, Canada, Irlande, et le Luxembourg. Les plus mauvais sont le Congo et le Zimbabwe.

Comme l'explique Johann :

The figures convincingly show that developing countries need freedom to fight poverty. Economically free poor nations had a growth rate of 5.2 percent 1980-2000 compared to 1.7 for the middle group and 0.6 percent for the least free group. This year’s index highlights investments. Free economies attract $3,117 of foreign direct investment per worker, compared to $444 for the middling group and only $68 for the least free nations. And the productivity of investment is 70 percent greater in economically free nations than in unfree nations.

Pour tout vous dire, la France est 44 ème, exaequo avec la lithuanie, malte, le perou, l'afrique sud et l'uruguay.

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