Freakonomics

Je n'ai pas encore parlé de ce bouquin de Steven-D Levitt et Stephen Dubner. C'est un tort, car il est très intéressant. Voire passionnant. L'auteur, qui pour l'occasion a utilisé un journaliste comme porte-plume, est un économiste quelque peu hétérodoxe, au moins dans les thèmes qu'il aborde. Ce livre lui permet d'exposer la raison pour laquelle, et ce n'est qu'un exemple, la légalisation de l'avortement il y a trente ans, a des conséquences positives aujourd'hui sur la démographie de la criminalité. Comment le choix d'un prénom est pour des parents une preuve de contextualisation sociale. Il montre aussi que la piscine du voisin est sans nul doute plus dangereuse pour votre enfant que le flingue que range dans son tiroir ce même voisin.

77%

En 1986, année de naissance de nombre d’étudiants qui ont manifesté contre le CPE, la dette publique représentait en France 39% du PIB, comme aux Etats-Unis ; 58% en Grande-Bretagne. En 2006, ces chiffres s’élèvent respectivement à 77, 35 et 47% (source OCDE). Cela signifie que, sur la période, les parents anglais et américains ont moins dépensé que la richesse qu’ils ont créée, puisqu’ils ont réduit leur endettement, quand les parents français dépensaient 38% de plus que la richesse produite. Or, nous savons que cette « sur-dépense » n’a pas trouvé sa contrepartie en croissance et en emplois. La croissance française a été inférieure à celle des pays précités. Quant au taux de chômage, il atteignait, en 1986, 11% en Grande-Bretagne, 7,2% aux Etats-Unis, mais il est aujourd'hui inférieur à 5% dans ces deux pays, alors qu’en France il est passé de 10,2% à 9,7%. Depuis des années, la génération aux commandes a surconsommé et a été surprotégée (retraites, santé…) au détriment de ses enfants.

Le système a profité en réalité à une minorité de travailleurs. Et la multiplication des régimes spéciaux montre que plus on été protégé des effets de la mondialisation, plus on bénéficiait d’ « avantages acquis » (garantie de l’emploi, meilleure retraite, meilleure couverture santé) car on avait la capacité de bloquer le bon fonctionnement de ceux qui, eux, se trouvaient en première ligne. Quant aux syndicats, ils ont davantage défendu ceux qui avaient un travail que recherché les solutions susceptibles d’intégrer les exclus du monde du travail. Que dire d’un monde politique qui, des 35 heures à l’ISF, s’est acharné à mettre en place les mécanismes garantissant la fuite des capitaux et la délocalisation des entrepreneurs ? Enfin, n’oublions pas les syndicats de l’Education nationale qui, en partie par idéologie, en partie au nom de la défense d’intérêts catégoriels, se sont mis en travers de toute réforme qui aurait pu permettre d’adapter la formation au monde du travail.

Que de tels comportements aient abouti aux résultats que nous connaissons, rien de surprenant. L’économie est une branche de la logique. Que cette situation pousse une jeunesse au désespoir ou à la frustration, comment ne pas le comprendre même si on le regrette. Mais que cette jeunesse manifeste avec ceux qui n’ont eu de cesse d’ajouter leurs pierres au mur derrière lequel ils sont enfermés laisse quelque peu pantois. Les victimes ne sont pas obligées de manifester avec leurs bourreaux…

Marc de Scitivaux

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