Prélèvements obligatoires

A lire ces deux billets de l'ami la Lime : celui-ci tout d'abord, puis celui-là.

Autant je trouve très forte l'argumentation relative à la différence entre, disons, le taux de prélèvements obligatoires apparent (comme il y a un taux de chômage apparent) et le taux de prélèvements obligatoires réel, autant sa défense et illustration du taux idéal, selon les canons du libéralisme, me laisse sur ma faim.

D'une part, je me fous un peu de savoir que trucmuche ou machin prône un taux global de 17 ou de 22%, ce qui m'importe ce sont ses raisons, pas un consensus libertarien plus ou moins mou.

D'autre part, continuer à prétendre que la vraie question est celle de la ponction de l'impôt me semble totalement à côté de la plaque : la Suède, le Danemark, la Nouvelle Zélande et l'Irlande ont des modèles de dépenses publiques, de protection sociale, d'endettement et de croissance économique radicalement différents. Ce n'est pas le poids de l'impôt qui permet de trancher en faveur de l'un plutôt que de l'autre ; c'est, à mon sens, le poids et le rôle qu'on entend assigner à la décision collective comparativement à la décision individuelle. L'impact qu'on souhaite donner aux actions menées pour les générations actuelles et les générations futures.

Il n'y a pas "un" bon niveau de prélèvements obligatoires ; il y a en revanche une bonne et une mauvaise gestion d'une action publique donnée.

Réchauffisme

A la différence de nombre de mes collègues (et néanmoins amis) libertariens, je crois volontiers les conclusions du rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), lorsqu'il écrit que l'importance du réchauffement climatique doit être revue à la hausse, et qu'il y a une probabilité de 90% pour que l'activité humaine soit à l'origine de celui-ci. En ce sens, je m'écarte nettement des écolosceptiques.

La concentration continue, tant du gaz carbonique que du méthane, est inquiétante.

On se demande si les gouvernements sauront résoudre cette problématique.

Pour ma part, il me semble que c'est avec le déplacement intelligent du curseur d'émission de droits à polluer qu'on peut intelligemment résoudre cette question.

Sur l'affreux modèle social anglais

Lire ceci : si la proportion de la population en-dessous du seuil de pauvreté est plus forte en Angleterre qu'en France, c'est selon les seuils de pauvreté relatifs de chacun de ces deux pays. Autrement dit, il y a comparativement plus d'Anglais sous le seuil de pauvreté anglais que de Français sous le seuil de pauvreté français.

Comme le seuil de pauvreté est la moitié du salaire médian, celui-ci ne mesure qu'une pauvreté relative.

Or, le salaire médian anglais est nettement plus élevé que le salaire médian français.

Ce qui signifie qu'en moyenne, un pauvre anglais est plus riche qu'un pauvre français, et que la répartition des salaires est plus large en Angleterre qu'en France. On est loin de l'image d'Épinal du barbare modèle rosbif.

La subvention canadienne aux transports d'Ile-de-France

Une remarque en passant :

Que Bombardier soit protégé sur son propre marché ne change rien à l'affaire, car le raisonnement précédent vaut aussi vu d'outre-Atlantique. En permettant à Bombardier de vendre ses produits plus cher sur son marché intérieur, le gouvernement d'Ottawa oblige ses citoyens à supporter des coûts de transports plus élevés et finance par là même la capacité de Bombardier à proposer à un prix plus bas des moyens de transport en Ile-de-France : le gouvernement canadien fait donc subventionner par sa population des transports moins chers pour les Parisiens ! En appauvrissant ses citoyens, le Canada prive aussi d'autres entreprises, locales ou mondiales, de nouveaux débouchés : les gains des uns sont mangés par les pertes des autres, et les consommateurs, considérés globalement, obtiennent moins de services pour la même quantité de richesses. Le bilan du protectionnisme est toujours globalement négatif.

La reproduction

A propos du livre de Michel Turin :

Les Français n'aiment pas leur entreprise, la Bourse, l'argent (des autres), parce que les syndicats parlent toujours du « grand soir », que les politiques n'aident pas vraiment, que des abus ont lieu dans la communauté financière, avec sa large part d'énarques, parce que les enseignants sont hostiles et/ou peu compétents, les journalistes pas mieux, les prêtres pareil, les intellectuels itou, les structures non capitalistes florissantes, Colbert toujours là, les jacobins au mieux de leur forme et que tout ceci entre dans une « reproduction simple » à la Marx version Bourdieu. Vient le temps où il faut payer le prix de cette sarabande et l'addition est salée : peu de croissance mais des déficits, peu de PME mais des fonctionnaires, peu de fonds de pension mais des fortunes qui vont à l'étranger.

(Jean-Paul Betbèze)

Consommation ou production ?

Comme l'écrit Jean-Louis :

La stimulation de la consommation, en aiguisant les appétits et en attisant les convoitises et les insatisfactions, conduit les individus à entrer dans des relations conflictuelles. L'incitation à la production, en obligeant les individus à s'insérer dans une nécessaire division collective du travail, conduit les individus à entrer dans des relations de coopération qui les rendent objectivement solidaires.

Réduction d'effectifs ?

Un chiffre, un constat, sera suffisant :

15 000 suppressions nettes d'emplois dans la fonction publique de l'Etat (19 000 suppressions et 4 000 créations) contre 5 300 prévues en 2006. Un solde net à rapprocher des départs à la retraite attendus en 2007 (entre 70 000 et 80 000).

Un second constat, dès lors, s'impose :

La dette publique atteignait 1 100 milliards d'euros à la fin de 2005 ; elle a été multipliée par cinq depuis 1980.

Freakonomics

Je n'ai pas encore parlé de ce bouquin de Steven-D Levitt et Stephen Dubner. C'est un tort, car il est très intéressant. Voire passionnant. L'auteur, qui pour l'occasion a utilisé un journaliste comme porte-plume, est un économiste quelque peu hétérodoxe, au moins dans les thèmes qu'il aborde. Ce livre lui permet d'exposer la raison pour laquelle, et ce n'est qu'un exemple, la légalisation de l'avortement il y a trente ans, a des conséquences positives aujourd'hui sur la démographie de la criminalité. Comment le choix d'un prénom est pour des parents une preuve de contextualisation sociale. Il montre aussi que la piscine du voisin est sans nul doute plus dangereuse pour votre enfant que le flingue que range dans son tiroir ce même voisin.

77%

En 1986, année de naissance de nombre d’étudiants qui ont manifesté contre le CPE, la dette publique représentait en France 39% du PIB, comme aux Etats-Unis ; 58% en Grande-Bretagne. En 2006, ces chiffres s’élèvent respectivement à 77, 35 et 47% (source OCDE). Cela signifie que, sur la période, les parents anglais et américains ont moins dépensé que la richesse qu’ils ont créée, puisqu’ils ont réduit leur endettement, quand les parents français dépensaient 38% de plus que la richesse produite. Or, nous savons que cette « sur-dépense » n’a pas trouvé sa contrepartie en croissance et en emplois. La croissance française a été inférieure à celle des pays précités. Quant au taux de chômage, il atteignait, en 1986, 11% en Grande-Bretagne, 7,2% aux Etats-Unis, mais il est aujourd'hui inférieur à 5% dans ces deux pays, alors qu’en France il est passé de 10,2% à 9,7%. Depuis des années, la génération aux commandes a surconsommé et a été surprotégée (retraites, santé…) au détriment de ses enfants.

Le système a profité en réalité à une minorité de travailleurs. Et la multiplication des régimes spéciaux montre que plus on été protégé des effets de la mondialisation, plus on bénéficiait d’ « avantages acquis » (garantie de l’emploi, meilleure retraite, meilleure couverture santé) car on avait la capacité de bloquer le bon fonctionnement de ceux qui, eux, se trouvaient en première ligne. Quant aux syndicats, ils ont davantage défendu ceux qui avaient un travail que recherché les solutions susceptibles d’intégrer les exclus du monde du travail. Que dire d’un monde politique qui, des 35 heures à l’ISF, s’est acharné à mettre en place les mécanismes garantissant la fuite des capitaux et la délocalisation des entrepreneurs ? Enfin, n’oublions pas les syndicats de l’Education nationale qui, en partie par idéologie, en partie au nom de la défense d’intérêts catégoriels, se sont mis en travers de toute réforme qui aurait pu permettre d’adapter la formation au monde du travail.

Que de tels comportements aient abouti aux résultats que nous connaissons, rien de surprenant. L’économie est une branche de la logique. Que cette situation pousse une jeunesse au désespoir ou à la frustration, comment ne pas le comprendre même si on le regrette. Mais que cette jeunesse manifeste avec ceux qui n’ont eu de cesse d’ajouter leurs pierres au mur derrière lequel ils sont enfermés laisse quelque peu pantois. Les victimes ne sont pas obligées de manifester avec leurs bourreaux…

Marc de Scitivaux

Bonjour, je suis l'Etat. Tu as de l'argent ? moi j'en ai plus

J'aime bien ressortir les vieilleries, surtout lorsqu'elles sont pertinentes ; en voici une de mon ami Jean-Louis.

A l’heure où intellectuels, experts, journalistes, responsables syndicaux ou politiques polémiquent sur la réalité du déclin de l’économie française, je voudrai rappeler quelques enseignements de l’histoire économique particulièrement intéressants.

L’histoire nous enseigne beaucoup de choses pour peu que l’on médite ses leçons. Aveuglés par l’idéologie, nombreux sont ceux qui refoulent l’histoire pour la réécrire à leur convenance. Dans cette entreprise, les régimes collectivistes furent les plus doués mais en même temps les plus suicidaires : ils s’approprient l’éducation et l’information pour distiller parmi les esprits une science et une histoire officielles dont le rôle est de glorifier le régime plutôt que de transmettre des connaissances. A certains égards, l’agonie du système universitaire français ne s’explique pas autrement. Mais quand on trafique un baromètre, ce dernier perd toute son utilité pour le plus grand malheur de celui qui voulait s’en servir.

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The French Employment Fiasco

Voici un article incontournable de l'ami Lew.

Americans can only be mystified by the protests that rocked France and led to a cave in by the government. A small economic reform that would have meant the start of much-need liberalization has been repealed.

The change in labor law would have permitted employers to fire workers, age 25 years or younger, in the first two years of employment. On the surface, it seems that workers in this category — backed by nearly the whole of French public opinion — regard this common-sense change as treason to all that is good and just. In fact, they are demanding what no dynamic and productive economy can or should ever promise: lifetime job security.

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Encore la directive Bolkestein

On reparle en ce moment de la directive Bolkestein. Ou plutôt d’une sous-directive, édulcorée à force d’être découpée sur le lit de Procuste des syndicats et de la gauche, et vidée ce faisant de sa substantifique moelle.

Remontons le temps : en janvier 2004, la commission Prodi adopte la proposition de directive du commissaire Fritz Bolkestein, qui entend supprimer les obstacles mis par les Etats à la libre circulation des services.

Devant la protestation de tout ce que la gauche comprend en Europe, et en France en particulier, et sous l’effet connexe du « non » français au référendum de 2005, le projet de directive a été ajourné. Nombre de mes amis étaient des partisans du « non », car ils pensaient que l’Europe, dans son constructivisme, était trop technocratique, trop bureaucratique et potentiellement liberticide.

Aujourd'hui, on soumet à nouveau au parlement européen le projet de directive. Savez-vous ce qu’il en ressort ? Barroso, président de la Commission, accepterait la proposition faite à la fois par le groupe PSE (socialistes de gauche) et par celui du PPE (socialistes de droite), gommant tous les aspects libéraux du projet de directive, en supprimant la règle du pays d’origine. Pourquoi Barroso agirait-il ainsi ? Il s’explique :

« Nous ne voulons pas camper sur nos grands principes et ignorer qu’il y a eu un référendum en France et aux Pays-Bas »

Sous-entendu : le vote « non » dans ces deux pays était un vote antilibéral, altercomprenant, et il est compris comme tel par les instances européennes. Qui osera encore affirmer que la victoire du « non » a été une victoire pour les libéraux ?

En outre, je voudrais revenir un instant sur la règle du pays d’origine, qui fait pousser aux Cassandre un concert de cris d’orfraie. Il ne faut pas oublier que le projet de directive Bolkestein distingue deux cas de figure, selon qu’il s’agit de prestations de services temporaires ou définitives.

S’il s’agit de prestations de services temporaires, l’opérateur est tenu de respecter les normes de son pays d’origine et non celles du pays dans lequel il travaille. Toutefois, et c'est là l’élément important, le salarié envoyé dans un pays étranger pour une durée limitée est « détaché », ce qui signifie qu’il gagne au moins le salaire minimum de ce pays, et qu’il doit respecter les règles issues du code du Travail (y compris les 35 heures pour la France).

S’il s’agit d’un établissement définitif, l’opérateur respecte toutes les règles du pays de destination.

Entendons-nous bien : le projet de directive est déjà équilibré et modéré, car je discuterais volontiers le bien-fondé de la règle du détachement, et tout sauf dangereux. Supprimer cette avancée revient à vider totalement de sa substance la directive, qui du coup deviendra caduque. D’autant que, conformément à la règle selon laquelle le public peut faire concurrence au privé s’il se comporte comme un acteur du marché, le projet de directive a vocation à s’appliquer aussi aux services publics marchands (notamment les SPIC, services publics à caractère industriel et commercial, ou encore les services sociaux, comme les organismes d’HLM). C'est un vrai combat que celui-là, pas un combat contre les moulins à vent de certaines caricatures, et je vous invite, si vous souhaitez le mener à nos côtés, à relire ce fameux article de Pascal, intitulé « il faut sauver le soldat Bolkestein ».

EDIT : la directive a été adoptée il y a quelques minutes, et elle est totalement amputée. La vraie question demeure.

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