Inland En Pire

Inland Empire, film (2007) de David Lynch avec Laura Dern, Jeremy Irons, Justin Theroux

Difficile, très difficile même, de débuter un billet consacré à ce film, où plutôt à cet OVNI cinématographique. Je citerai donc le sage dr. Orlof, pour lequel, en effet

Même si vous n’avez lu aucun papier sur ce film, ce n’est déjà plus un mystère : Inland empire est le film le plus tordu de Lynch (c’est peu dire !), son film le moins narratif et le plus abstrait (pour les esthètes), le plus « disjoncté » (pour les branchés) et le plus incompréhensible (pour les rationalistes). Un « film-monstre » où il faut accepter de perdre tous ses repères pendant près de trois heures et se laisser porter par les infinies ramifications d’une œuvre directement sortie d’un inconscient torturé ou de nos songes les plus obscurs.

Ne sachant, donc, comment évoquer ce film, je crois bien qu'une fois encore je vais me référer à ce que d'autres ont écrit, pour peut-être m'inscrire en reflet, plus ou moins déformant, plus ou moins fidèle, de ce qu'ils ont éprouvé et de ce que, à rebours, j'ai éprouvé à mon tour.

Avant cela, je voudrais dire les choses carrément, quitte à ce que ceux qui ne partagent pas mon point de vue, qui le contestent, ou qui en seront énervés, passent leur chemin. Je n'ai pas aimé ce film. Détesté, non, évidemment, mais je ne l'ai pas aimé. Entrer dans un film de Lynch, surtout lorsque le mode cursif est poussé aussi loin, nécessite de trouver d'ores et déjà la porte d'entrée, la passerelle entre le monde humain et relativement rationnel qui nous anime et le monde monstrueusement étrange, abscons et hermétique du cinéaste le plus étonnant de sa génération. Or, je n'ai pas trouvé cette porte d'entrée. Ce film m'est resté, trois heures durant, parfaitement clos, parfaitement étranger, et je n'ai pu m'empêcher, au bout d'une heure de projection environ, de regarder ma montre et de marquer des signes physiques d'impatience.

Je n'ai pas honte de l'écrire, alors même que j'ai adoré l'ensemble de la cinématographie du maître, et surtout le génial Mulholland Drive, qui restera sans doute longtemps dans ma mémoire comme l'un des quatre ou cinq plus grands films qu'il m'a été donné l'occasion de voir dans toute ma vie, un peu comme Le Voyage au bout de la nuit est pour moi l'un des quatre ou cinq meilleurs romans de tous les temps.

Bref, disais-je, je n'ai pas aimé. Exactement pour la raison qu'évoque le Dr., quoiqu'en creux.

La première fois, on encaisse le choc en sortant de la salle vaguement hébété, pas totalement conscient de tout ce qui s’est déroulé sous nos yeux. C’est d’ailleurs peut-être la seule limite du « système-Lynch » et la raison pour laquelle j’ai un peu moins adhéré à Inland empire qu’à Twin Peaks, Lost highway ou Mulholland drive. Dans ces films, le surréalisme obscur et les zones d’ombre mystérieuses chers au cinéaste se déployaient autour de colonnes vertébrales assez fortes même si ces charpentes défiaient déjà la narration classique et notre rationalité. Ici, il n’y a plus de colonne vertébrale ou si elle subsiste encore, elle se trouve éclatée en mille morceaux épars et bien malin celui qui pourra reconstituer les pièces du puzzle.

J'ai adoré Mulholland Drive parce que, précisément, la narration s'y déployait de manière certes immensément tortueuse, mais encore cognitive pour qui veut se donner la peine d'y réfléchir, de revoir trois ou quatre fois ce chef-d'œuvre absolu du septième art. Or, il n'y a plus cette backbone dans Inland Empire ; le film n'est qu'une immense zone d'ombre, un immense trou noir incompréhensible.

Vous me direz (et le Dr. avec vous) qu'on ne va pas voir un film de Lynch pour le comprendre ; que le réalisateur se fout éperdument des explications que vous pourrez échafauder ; qu'il faut défendre le dessein de l'artiste onirique et abstrait. Certes. Ce n'est pas moi qui dirait le contraire. Pourtant, ce film me laisse comme un goût d'incompréhension et d'inachevé, sinon d'inabouti, qui me laisse un peu indifférent.

Disons le fond de ma pensée : il est impossible à un esprit humain de ne pas chercher à comprendre le déroulé narratif d'une situation et de personnages donnés. Le génie de Lynch consiste à laisser de nombreuses portes ouvertes, afin que chacun puisse habilement se faire sa propre interprétation.

Cela étant, la pirouette était déjà exécutée avec brio dans ses précédents films, et je doute que ceux qui vont au cinéma voir le dernier Lynch n'en soient à leur coup d'essai. Il poursuit le même schéma que dans ses précédents films, à ceci près qu'il pousse la logique encore plus loin. Un peu comme dans une fuite en avant, Lynch masque son absence de renouvellement derrière un rideau de fumée onirique et abstrait, n'apporte rien de neuf, sinon qu'il pousse encore un peu plus loin le bouchon de l'hermétisme.

Et c'est le fait qu'il tourne nettement en rond qui me gêne et me déçoit dans ce film.

Ce faisant, je n'ai pas trop le loisir ni l'envie de vous parler de l'histoire de ce film, qui, pour le coup, me semble bien être l'élément le plus inutile qui soit. A titre d'illustration, je vous renvoie à ce qu'en écrivent d'illustres bloggeurs. Par exemple :

Nikki (Laura Dern) est une actrice à qui l’on vient de proposer un nouveau rôle. Elle a pour partenaire le beau Devon (Justin Theroux, qui incarnait le cinéaste intransigeant de Mulholland drive), réputé pour sa manière de séduire ses partenaires. Sauf que dans le cas présent, Nikki est marié à un homme très jaloux bien décidé à faire respecter les sacro-saints liens du mariage. Or, il se trouve que nos deux comédiens jouent dans un film dont le script semble suivre exactement l’évolution de leurs propres sentiments (Sue trompe son mari avec le beau Billy qui a également des enfants). A moins que ce ne soit l’inverse (Sue serait l’actrice et Nikki le personnage) et c’est là que les choses se compliquent.

A partir de ce moment, Lynch renoue avec ses expérimentations sur les personnages qui se dédoublent, les situations qui se répondent en miroir en complexifiant la structure à l’extrême pour n’en faire qu’un immense jeu de reflets.

Brouillage du temps, brouillage des lieux, brouillage des personnages (un peu à la manière, là encore, de Mulholland Drive, on pourrait supposer que l'épouse brune de Devon dans la « vraie » vie n'est que la blonde Nikki dans son univers psychotique, ou l'inverse d'ailleurs). Voici une belle resucée, quoique portée à l'extrême, de ce que Lynch a déjà produit jadis.

Un point très positif toutefois, l'usage de la vidéo, d'une caméra DV, plutôt que le techicolor. Il rend l'ensemble inquiétant, oppressif, dérangeant, absurde. Les champs / contrechamps en très gros plan, les écrans (qui repassent une scène précédente du film, à la manière d'un Ubik filmé) sur lesquels se reflètent des personnages étranges, l'une des premières scènes (où une vieille voisine de Laura lui tient des propos inquiétants, le tout avec un accent est-européen à couper au couteau), tout est inquiétant ici, et laisse une sensation désagréable, râpeuse, au fond de la gorge. Pareil pour les scènes hallucinatoires où des lapins en costume tiennent des propos incohérents. Pareil, enfin, pour certains lieux dans lesquels l'action (ou son absence) se déroule, notamment l'appartement glauque dans lequel Laura rencontre quelques (superbes) prostituées, polonaises, californiennes ? nul ne le sait.

Évidemment, il y a d'excellents moments, par exemple autour de la mise en abîme, procédé dont Lynch est friand, qui revient de manière fréquente et réussit à créer une confusion artificielle en brouillant la frontière ténue entre le cinéma et la vie réelle (les deux acteurs ne doivent pas tomber amoureux l’un de l’autre) et dont la manifestation la plus probante reste la salle de cinéma dans laquelle le film est projeté (d'ailleurs, le film démarre sur l’image d’un projecteur qui diffuse le film sur un écran) et d’où le personnage de Laura Dern regarde sans doute le film – ou le rôle – de sa vie.

Comme il est écrit par ailleurs, on retrouve ici toutes ses obsessions qu’elles soient noires, endolories ou érotiques: les univers parallèles, les doubles énigmatiques, le baiser saphique, les ambiances torves, la prédilection pour les codes secrets, les combinaisons de chiffres sibyllins, l’angoisse sourde, le don d’ubiquité, la schizophrénie ou l’impression paranoïaque d’être épié. Et c'est précisément ce que je reproche à ce film, qui finalement repasse les plats une fois de trop.

Je sais bien qu'il y a comme une mode bobo à adorer Lynch et le cinéma intello sinon conceptuel qui s'en inspire. Pour avoir adoré certains opus du maître, je ne me résigne pas à courber l'échine devant la mode et l'esprit ambiant. S'il faut tuer le père, faisons-le.

Certains le trouvent méandreux ; je le trouve filandreux.

La Vie des autres

Film de Florian Henckel von Donnersmarck, avec Thomas Thieme, Martina Gedeck, Ulrich Mühe (2007)

Le cinéma allemand se porte décidément bien. Après La Chute et l'Expérience, d'Oliver Hirschbiegel, ou encore Goodbye Lenin, de Wolfgang Becker, voici un autre film de grande qualité provenant d'outre-Rhin. Un film qui, là encore, jongle avec le passé récent de l'Allemagne et avec des considérations politiques qui n'auraient sans doute pas droit de cité en France. Un film intelligent, qui sonne juste, et qui, sans complaisance, trace un croquis fidèle de la réalité de la vie des gens derrière le rideau de fer.

Nous sommes en RDA, en 1984. L'auteur à succès Georg Dreyman et sa compagne, l'actrice Christa-Maria Sieland, sont considérés comme faisant partie de l'élite des intellectuels de l'Etat socialiste. Ils montent des pièces de théâtre dans lesquelles le tout-Berlin Est se presse.

Le Ministère de la Culture commence à s'intéresser à Christa et dépêche un agent secret, nommé Wiesler, ayant pour mission de l'observer. Celui-ci fait partie de l'élite de la Stasi, c'est l'un des meilleurs éléments de la police politique ; il enseigne aux jeunes recrues les techniques les plus habiles d'interrogatoires, histoire de faire parler à coup sûr ceux qui complotent contre l'Etat.

A vrai dire, les motivations du ministre de la Culture ne sont guère avouables. Mais là n'est pas la question.

Tandis que Wiesler progresse dans l'enquête, le couple d'intellectuels le fascine de plus en plus. Sans prendre fait et cause pour eux, il sera amené à jauger son engagement politique, son travail au gouvernement, à l'aune du reste d'humanité qui l'habite encore. Un peu comme un 1984 à l'envers.

Outre les désormais bien connues méthodes oppressives des régimes totalitaires, où tout est basé sur le soupçon réciproque, le rôle clef des informateurs, les chantages et autres violences psychologiques, ce film sonne juste. A l'instar de La Chute, l'Allemagne qu'il décrit est sans complaisance, quoique les habitants s'en satisfasse bon gré mal gré. Histoire d'exorciser des démons, de considérer aussi avec intelligence le spectateur.

Un très bon film donc, pour deux raisons : la fidélité historique des événements, des lieux, des personnages, avec un Ulrich Mühe plus sadique que nature (lui qui était excellent dans Amen, et dont j'attends avec impatience la prestation dans le futur Mein Führer - Die wirklich wahrste Wahrheit über Adolf Hitler) ; et d'autre part, pour le traitement impressionniste et subtil de la dualité qui oppose l'idéal auquel il croit sincèrement et la réalité du dévoiement du pouvoir. Qui d'une certaine façon complète parfaitement la lecture d'une Hannah Arendt.

Apocalypto

Film amazonien de Mel Gibson (2007). L'histoire se passe dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation Maya.

Jeune père porteur de grandes espérances, chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d'un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux Dieux de la Cité Maya, il découvre un monde régi par la peur et l'oppression, dans lequel une fin déchirante l'attend inéluctablement.

Poussé par l'amour qu'il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à cœur.

Ce film réalisé par Mel est brusque, violent, et vraiment pas marrant. Un petit air frais (quoique putride) de Cannibal Holocaust se dégage de cette forêt amazonienne. Et comme dans ce dernier film, les principaux dangers viennent des hommes, pas des animaux. Les hommes peuvent se révéler bien plus cruels que les animaux. Comme on le sent très bien, les acteurs de ce film sont loin d’être tous des professionnels. Ils ont été recrutés dans le milieu local, et parlent en dialecte maya. Après l’araméen de la Passion du Christ, Mel remet le couvercle de la bizarrerie.

Poursuivi par une panthère et des tueurs emplumés, le héros Patte de Jaguar s’enfuit à longues enjambées, dans une course folle et perdue d’avance. S’il court si vite après avoir miraculeusement échappé à un atroce sacrifice, c’est à la fois pour semer ses bourreaux et pour revenir à temps chez lui, sauver son fils et sa femme enceinte, incapables de remonter seuls du fond du trou, et qu’un orage menace de noyade.

Je n’y connais foutrement rien, mais il paraîtrait que Mel ait confondu Mayas et Aztèques, tout en faisant un petit clin d’œil solaire aux Incas de Tintin. Que les Mayas n’étaient pas les barbares qu’il dépeint, que leur civilisation connaissait l’astronomie, les mathématiques, une architecture exceptionnelle. Je veux bien le croire.

Certains, comme Jean-Luc Douin dans le Monde, y voient même une critique masquée (très masquée, en ce qui me concerne) de la politique irakienne de George Bush : mieux vaut faire confiance en la nature, en la parentèle, en l’harmonie naturelle, que de tenter d’évangéliser à tout prix le vil peuple païen. Je trouve ce rapprochement rien moins que débile. D’autant que l’Amérique de Bush ne veut pas, que je sache, évangéliser le Proche-Orient, mais y imposer la démocratie, ce qui n’est tout de même pas la même chose. Mais ce n’est pas le sujet. Dans le film de Mel, l’action est omniprésente, la violence et l’hémoglobine aussi, et ne vous attendez pas à un seul instant de répit, il n’y en aura pas. Les massacres s’enchaînent à un rythme effréné et relativement rare pour un film « grand public ». Cela mérite d’être souligné et me fait tirer sur ce point un chapeau bas à Mel.

Pour le reste, je suis un peu déçu, car je trouve que Mel choisit parfois la solution de la facilité. Il n’oppose certes pas la civilisation à la barbarie, celle des Espagnols contre celle des Mayas, ce qui serait très éculé. Mais il oppose un peu trop brutalement à mon goût la douceur pastorale du village de Patte de Jaguar et de sa famille, avec la brutalité de hordes de mayas barbares qu’on pourrait croire sortis d’un épisode de Ken le Survivant, plumes et peintures tribales y compris. Je le trouve donc en demi-teinte, et loin du statut de chef d’œuvre que d’aucuns lui attribuent un peu trop rapidement à mon sens.

Si vous voulez passer un moment intense, pour ensuite disserter à la fois sur la nature violente de l’homme, et sur la violence au cinéma, allez voir ce film. Sinon, vous pouvez sans peine passer votre chemin. Et tant pis si mon opinion ne fait pas l’unanimité.

Justines

Marquis de Sade : Justine, de Jess Franco (Espagne, 1968), et Justine, de Claude Pierson (France, 1972).

Ces deux films ont déjà été chroniqués par mon ami le Dr. Orlof (voir ici et là). Je tenais toutefois à apporter également, quoique de manière bien plus brève, ma pierre à l'édifice.

Parlons tout d'abord, puisqu'il faut bien commencer par l'un des deux, de celui de Franco, le premier par ordre chronologique. Je vous renvois vers les commentaires et le synopsis du Dr. Au service d'une distribution de grande qualité (Romina Power, Klaus Kinski, Jack Palance, Howard Vernon), le maître Jess nous livre un excellent film. Klaus est un Divin Marquis plus vrai que nature, même si, comme cela est souligné par ailleurs, on ne le voit que dans deux brèves séquences du film, l'une au début, l'autre à la fin. Son regard à la fois glacial et inquiétant convient parfaitement au rôle. Klaus semble ici suffisamment malsain pour parvenir sans peine à nous faire pénétrer l'âme virevoltante du marquis. Il ne faut en effet jamais oublier que c'est presque toujours du fond de sa geôle humide, froide et sombre qu'il écrivit la plupart de ses nouvelles ou romans, depuis la Phlosophie dans le Boudoir (et sa scène finale d'anthologie !), jusqu'au diptyque la Prospérité du vice / les infortune de la vertu. L'histoire de Justine est celle de l'infortunée vertueuse qui, refusant de céder aux penchants érotomanes et pervers de ses semblables, voguera de Charybde et Scylla. Pour ceux que ça intéresse, et je pense qu'ils sont relativement nombreux à me lire, vous pouvez télécharger gratuitement sur l'excellent site ebooksgratuits plusieurs textes de Sade, y compris Les infortunes de la vertu.

D'autre part, le sublime moine pervers interprété par l'inoubliable Jack Palance (mort il y a deux mois, paix à son âme) laissera sans doute une trace indélébile dans ma mémoire. Impossible de ne pas repenser, au passage, à Phil Defer, croqué par Morris dans un célèbre Lucky Luke. Quelle gueule ! parfaitement adaptée au personnage, Jack exhale le vice comme d'autres la subtilité (non, je ne pense vraiment pas à Audrey Tautou, que les choses soient parfaitement claires).

Ce film, formidablement différent de tout ce que j'ai pu voir jusqu'à présent du maître, correspond à la période durant laquelle il a pu bénéficier du maximum de moyens. On est bien loin des productions à deux francs (pardon, pesetas) tournées avec sa muse Lina Romay, où la faiblesse financière était compensée par des innovations visuelles parfois un peu lassantes (zooms multiples, contre-plongées en floutage en tout genre). On est encore plus loin des pornos pas du tout chics de Jess des années 80-90 qui, malgré leurs innombrables défauts, restent parfois encore des OVNIs cinématographiques, même pour ce genre lui-même ! (je pense par exemple à l'incroyable Falo Crest, j'en parlerai prochainement).

Pas tellement fidèle au roman, surtout sur la fin, ce film pourrait presque passer à une heure de grande écoute de nos jours (il date des années soixante, ne l'oublions pas !). Pour autant, l'image, les scènes, les situations, l'actrice, tout est subversif ici, si l'on veut bien se donner la peine de se transporter presque quarante ans en arrière ! Jess signe ici un très grand film, qui mérite vraiment le détour. Un must.

Je serai moins dithyrambique au sujet de la version de Claude Pierson. Cette adaptation "académique" reprend fidèlement non seulement les scènes du roman, mais encore son texte, ce qui rend la vision de ce film assez longue et, pour tout dire, pénible. Aucune finesse, aucune inventivité, tout cela reste très convenu et sonne vraiment comme un médiocre érotique des seventies, comme seuls les Français savaient les (mal)faire. On n'est pas surpris de mettre dans cette liste Madame Claude, Histoire d'O, Emmanuelle et autre médiocrités pitoyables de platitude et de mièvrerie[1], à une époque où (faut-il le rappeler !) les Italiens rivalisaient de génie, les Espagnols n'étaient pas à la traîne, les Allemands non plus (qui partageaient avec les Italiens un goût prononcé pour la comédie polissonne façon Toubib du régiment, habit tyrolien en plus évidemment), et les Danois, eux, inventaient carrément le porno !

Je n'ai pas eu l'heur de découvrir les autres production de Pierson, qui enchaîna lui aussi (et définitivement) dans le porno. Je ne résiste toutefois pas au plaisir de vous citer quelques titres, ô combien révélateurs d'une époque (et ça me permet de ne pas trop évoquer ce film, sur lequel en définitive je n'ai pas grand-chose à dire) : Les Goulues, 'Couple débutant cherche couple initié (initié à quoi ? j'aimerais bien savoir...), La Marquise von Porno, Chaleurs intimes, Cuisses en délire, Le Feu à la minette, Blondes humides, et je vous en passe... Tout ça a 25 à 30 ans d'âge, ça laisse rêveur. Je suis de ceux qui pensent que la liberté d'esprit, de pratiques, de propos, que nous connaissions il y a trente ans est sans commune mesure avec la chape de plomb moralisatrice sarko-ségoliste de nos jours, où chacun rivalise de conformisme et participe, chaque jour durant, à l'érection (pardon) de nouveaux interdits. Ô que j'aurais aimé vivre cette Belle Époque, comme un acteur véritable, pas comme le nourrisson que j'étais !

Pour revenir un instant au film, passez votre chemin, c'est ennuyant à mourir, mieux vaut prendre le temps de lire le Divin Marquis, sans aucune hésitation. Même Alice Arno, l'héroïne de cette version, me semble bien moins fraîche et à croquer que Romina Power, celle de Franco. Ce Justine, c'est un peu comme les Rois Mage en Galilée de Sheila : certes, ça ne tue pas de la connaître, mais, très franchement, je n'aurais pas été frustré de m'en passer.

Notes

[1] Je mettrai tout de même un peu à part l'innénarable Max Pécas qui n'a pas filmé que des seins nus à St Trop, mais aussi Les mille et une perversions de Félicia, pour moi non seulement son meilleur opus, mais encore l'un des meilleurs films érotiques que j'ai pu voir.

Top ten de mes films préférés en 2006

Pas facile d'établir un classement auquel le dr. Orlof m'invite. Plutôt qu'un classement hiérarchique, je vous propose dix films, selon l'ordre d'apparition dans ma mémoire.

  • les Infiltrés
  • OSS 117
  • Le Parfum
  • Je vais bien, ne t'en fais pas
  • Thank you for smoking
  • Les Anges exterminateurs
  • Fauteuils d'orchestre
  • Camping
  • Mémoires de nos pères
  • Syriana

Hors de prix

Film français de Pierre Salvadori, avec Audrey Tautou, Gad Elmaleh (2006).

En ces temps de préparatifs de fêtes de la nouvelle année (j'en profite pour d'ores et déjà vous la souhaiter bonne), mon billet sera extrêmement bref, car le temps me manque. C'est sa première qualité. La seconde, qui sans doute ravira Marchange, est la suivante : pour une fois, je ne dirai (presque) pas de mal d'Audrey Tautou. Une date à marquer d'une croix blanche.

Jean, serveur timide d'un grand hôtel, passe pour un milliardaire aux yeux d'Irène, une aventurière intéressée. Quand elle découvre qui il est réellement, elle le fuit aussitôt. Mais Jean, amoureux, se lance à sa poursuite et la retrouve sur la Côte d'Azur. Rapidement ruiné, il finit par adopter le mode de vie de celle qu'il aime et s'installe comme homme de compagnie dans un magnifique palace. Ce nouveau statut le rapproche d'Irène qui accepte enfin sa présence. Elle lui donne alors des conseils et sans s'en rendre compte, s'attache de plus en plus à lui...

Audrey est excellente en garce, à croire qu'elle ne joue pas un rôle mais se comporte comme au naturel. Ses yeux noirs de vache agitée par le passage d'un train dégagent un sentiment de garcitude particulièrement élevé. Voilà pour le gimmick habituel. Pour le reste, elle est encore plus belle que d'habitude, et c'est peu dire, et ses robes, toutes plus affriolantes sinon affolantes les unes que les autres laisseraient presque sur le carreau Isabelle Carré. Elle ne porte pas souvent de sous-vêtements dans le film, et ce n'est pas moi qui la blâmerait. Gad Elmaleh est lui aussi un petit serveur timide et gentil plus vrai que nature.

C'est du reste à mon sens le principal point fort du film : j'ai l'impression que les deux héros ne jouent pas, cabotinent encore moins, et sont tout simplement "comme au naturel". C'est sans doute la force de cette comédie sans prétention, typique du renouveau de cinéma comique à la française, quoique de moindre qualité scénaristique que Quatre étoiles par exemple. Le malentendu comique de leur rencontre est en effet un peu trop téléphoné. Ce film vous fera passer de très bons moments grâce à des acteurs irrésistibles qui ont pris un plaisir évident à nous faire plaisir, ce qui n'est pas si mal.

Quatre étoiles

Film français de Christian Vincent (2006). Avec Isabelle Carré, José Garcia, François Cluzet

Christian Vincent, auteur de La Discrète, est un réalisateur de qualité (certes inégale). Du drame psychologique (La Séparation, avec Daniel Auteuil), à la comédie de moeurs (Je ne vois pas ce qu’on me trouve avec Berroyer), Christian arrive sans cesse à capter l'intérêt des spectateurs. Ce qui n'est pas une sinécure.

Quatre étoiles est une comédie somme toute assez classique mais qui s’avère finalement assez originale dans le paysage dévasté du genre dans son acception hexagonale. Première piste : l’héroïne s’appelle France mais veut qu’on l’appelle Franssou car ça fait moins patriotard. Vincent prend la même tangente : lorgner du côté de l’Amérique plutôt que vers gros comique à la française qui tache. Franssou (Isabelle Carré) vient donc de toucher un héritage inattendu, important sans être colossal (50.000 euros) . Plutôt que de placer cet argent, elle décide de s’accorder du bon temps et file en villégiature au Carlton, à Cannes. C’est là qu’elle fait la connaissance de Stéphane (José Garcia), petit escroc exubérant qui se fait passer pour le manager d’Elton John, qui tente d’arnaquer un ancien pilote automobile (François Cluzet) en lui refourguant une villa qui ne lui appartient pas et qui croule sous les dettes de parties de poker perdues. Par nécessité pécuniaire, notre couple va donc se trouver uni et les dettes de cœur vont succéder aux dettes d’argent.

Si ce petit film sans prétention ne brille pas par son originalité, le scénario se déroule naturellement, et les comédiens sont excellents. José bien sûr, Isabelle certes, mais plus encore François, absolument génial et crédible dans son rôle de dadet milliardaire, obsédé par les voitures de sport et incapable d'aligner trois mots face à une jolie fille.

Isabelle Carré n'est pas une actrice que j'apprécie outre mesure, en général. Je la trouve fade, froide, insipide, un peu une Nicole Kidman française. Certes bien meilleure actrice qu'Audrey, mais vraiment pas une étoile du septième art pour autant. Cette fille de designer et de sa secrétaire dégage néanmoins un charme particulier, parfois, dans certains de ses films, notamment dans La Femme défendue, et plus encore dans le magnifique Se souvenir des belles choses. En tout cas, et Quatre étoiles en est une démonstration, au même titre que les films précédemment cités, Entre ses mains ou Holy Lola, Isabelle a une palette de style qui la rend bien supérieure à beaucoup d'autres actrices contemporaines. Isabelle a dans ce film la particularité, qu'on ne saurait lui reprocher, de ne jamais, pas une fois, dans aucune scène, pas un seul instant, porter un soutien-gorge. Sans doute une forme rare d'allergie au soutif, comme Juliette. Au service de robes plus incroyables les unes que les autres. Comme à mon habitude, vous trouverez quelques photos de la belle plus bas.

Mon ami le Dr. Orlof le dit mieux que moi :

Quand à Isabelle Carré… (soupirs !). Je vous ai déjà dis ma passion pour cette actrice exceptionnelle et elle est une fois de plus irrésistible. La délicieuse petite blonde à l’allure étudiante angélique que Christian Vincent avait révélé dans Beau-fixe est devenue une caméléon aussi crédible en modeste prof parisienne qu’en vamp des hôtels cannois. Pétillante à souhait, elle irradie le film de son sourire enjôleur et de sa grâce mutine.

Un agréable moment donc, sans prétention : voilà les deux qualités de ce film.

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Les Infiltrés

Film maffieux (2006) réalisé par Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson, Vera Farmiga, Mark Wahlberg, Martin Sheen, Alec Baldwin et j’en passe…

A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.

Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan.

Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui.

Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité.

Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...

Ce film est le remake du hong-kongais Internal Affairs, réalisé en 2004 par Andrew Lau et Alan Mak. Ming et Yan, les deux équivalents chinois de Costigan et Sullivan, sont également fatigués des rôles que leur font jouer, dans l'ombre, leurs patrons respectifs. Ming rêve de devenir un vrai policier. Yan est las de tuer au nom de la justice et voudrait pouvoir se retirer enfin.

Ce film est servi par un suspense haletant, une mise en scène de qualité (on n’en demande pas moins à Scorcese), le tout au bénéfice d’un scénario aux multiples rebondissements, un peu à la Sixième sens si vous voulez. Les deux personnages principaux sont excellement joués, Léonard tout particulièrement rayonne comme jamais. Matt est la pire ordure qu’on imagine. Il couche avec Mrs French, psy jouée par la fascinante Vera, pas spécialement belle, ni bien foutue, mais au charme ahurissant. Vera tombera amoureuse de Léo, d’un amour impossible, et ne découvrira sa véritable identité que trop tardivement.

Jack est un vieux maffieux plus vrai que nature, bien qu’à titre personnel, j’aurais plus volontiers vu un Al Pacino dans ce rôle, proche d’un John Milton de l’Avocat du diable. Jack joue souvent les mêmes rôles, même si, à la différence d’autres (non, je n’ai pas parlé d’Audrey, je citerai, disons, Jean Réno pour une fois) il les joue bien.

Mais ce qui à mon sens fait la force de ce film oppressant, c'est la qualité des seconds rôles : Mark, Martin et Alec sont de très bons acteurs, admirablement dirigés ici, et apportent au scénario la crédibilité dont il manquerait sans eux. Plus précisément, ils réhaussent les scènes au commissariat notamment, où l’on sombre dans tous les poncifs du genre (un fuck tous les deux mots, des flics qui se renvoient la balle en permanence, personne sur qui on peut compter, etc) tout droit issus d’une série médiocre des seventies. A part ce point très faible, le reste du film me semble d’un excellent niveau. Un très bon moment, une pléiade d’acteurs de talent, et pas d’Audrey Tautou à l’horizon. Que demander de plus ?

(je sais, je n’ai pas pu m’en empêcher)

OSS 117 : le Caire, nid d'espions

Égypte, 1955, le Caire est un véritable nid d'espions.

Tout le monde se méfie de tout le monde, tout le monde complote contre tout le monde : Anglais, Français, Soviétiques, la famille du Roi déchu Farouk qui veut retrouver son trône, les Aigles de Kheops, secte religieuse qui veut prendre le pouvoir. Le Président de la République Française, Monsieur René Coty, envoie son arme maîtresse mettre de l'ordre dans cette pétaudière au bord du chaos : Hubert Bonisseur de la Bath, dit OSS 117.

Huitième opus de la série, florissante dans les années soixante, et que j'ai vue je crois en totalité, cet épisode n'est pas beaucoup plus hilarant que les précédents, qui brillent, avec le recul, par un second degré involontaire irrésistible. Ce qui est à mourir de rire dans ce film, comme dans les précédents, c'est le fait qu'ils contiennent tout ce qui fut la France des années cinquante, la quatrième République, la fin de l'empire colonial, un rapport à la femme assez macho, assez misogyne même, mais aussi une certaine condescendance vis-à-vis des peuples colonisés. L'assistant d'OSS 117 dans sa planque d'élevage de poulets, Slimane (comme dans San Ku Kai) ne peut être qu'un mendiant avec dix enfants affamés et nu-pieds. Il n'a en réalité que deux fils, qui étudient à NYC. J'ignore si cette optique est celle des romans de Jean Bruce, que je n'ai pas lu, mais, avec le recul, il est jouissif et roboratif de rire autant de ce qui est et reste, qu'on le veuille ou non, une partie de notre patrimoine commun et de notre identité collective. De quelque bord de la Méditerranée que l'on vienne. Lisons allocine.fr :

Le scénariste Jean-François Halin et le réalisateur Michel Hazanavicius décrivent leur agent OSS 117. Pour le premier, "le personnage est traité au premier degré. Il est doué pour beaucoup de choses mais il n'a aucune intuition. Même s'il est franchement misogyne, heureusement pour lui, les femmes sont là pour l'aider à penser ! Lui reste convaincu qu'il est seul maître à bord et qu'elles rêvent toutes de coucher avec lui..." Quant au second, il avance que leur OSS 117 "est ancré dans son époque, il est misogyne, colonialiste, homophobe... C'est une sorte de synthèse ! Tout ce qui n'est pas français, blanc, masculin et de son âge, lui est inférieur ! Evidemment, tout le discours du film, si tant est qu'il y en ait un, c'est d'en rire !" Et Halin de conclure : "OSS 117 est tout sauf méchant. Sa bonne foi totale lui donne un côté enfantin. Cela le dédouane, mais Larmina et Slimane ont un rôle absolument essentiel dans la compréhension du personnage. Ils sont garants du positionnement du film. Ils permettent de voir que le film se moque du personnage et ne doit surtout pas être pris au premier degré."

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ces quelques citations :

* OSS 117 à Larmina, parlant d'une automobile qui les suit depuis un certain temps

- Vous voyez l'automobile derrière moi ?

- Oui...

- Ça fait un petit moment que je l'observe...

- Eh bien ?

- Eh bien, elle est absolument impeccable... C'est quand même bien mieux une voiture propre, non ? À l'occasion, je vous mettrai un petit coup de polish.

* OSS 117 à Slimane, lui offrant la photographie du président Coty :

- C'est notre Raïs à nous: c'est monsieur René Coty. Un grand homme, il marquera l'Histoire. Il aime les Cochinchinois, les Malgaches, les Sénégalais, les Marocains... c'est donc ton ami. Ce sera ton porte bonheur.

Le tout dans une Egypte à la Blake et Mortimer, émaillée des deux perles du désert que sont Aure Atika et Bérénice Béjo. Cette dernière est à croquer dans sa robe bonbon, un gros noeud dans le dos, ou dans sa robe moulante verte qui laisse pointer ses seins... Mais je m'égare, là. Tout ça pour vous dire que ce film constitue un assez bon moment de détente, quoiqu'on en dise. De très nombreux clins d'oeil grotesques sont présents (les voitures qui défilent devant un mur d'images, la coiffure gominée jamais décoiffée, etc) et contribuent au burlesque assumé.

En guise de conclusion, quelques photos de notre hôtesse levantine. Considérez qu'il s'agit d'une ode à sa beauté.

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V pour Vendetta

Film edmondantesque de James McTeigue, avec la sublime Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rea

On a beaucoup parlé de ce film dans les milieux libertariens. En bien. En trop grand bien, à mon sens. Car s'il permet de passer un agréable moment, ce n'est tout de même pas le film de l'année 2006, loin de là. Voyons tout d'abord le synopsis, issu d'allociné.fr :

Londres, au 21ème siècle...

Evey Hammond ne veut rien oublier de l'homme qui lui sauva la vie et lui permit de dominer ses peurs les plus lointaines. Mais il fut un temps où elle n'aspirait qu'à l'anonymat pour échapper à une police secrète omnipotente. Comme tous ses concitoyens, trop vite soumis, elle acceptait que son pays ait perdu son âme et se soit donné en masse au tyran Sutler et à ses partisans.

Une nuit, alors que deux "gardiens de l'ordre" s'apprêtaient à la violer dans une rue déserte, Evey vit surgir son libérateur. Et rien ne fut plus comme avant.

Son apprentissage commença quelques semaines plus tard sous la tutelle de "V". Evey ne connaîtrait jamais son nom et son passé, ne verrait jamais son visage atrocement brûlé et défiguré, mais elle deviendrait à la fois son unique disciple, sa seule amie et le seul amour d'une vie sans amour...

Comme vous le savez certainement, V pour Vendetta est l'adapation cinématographique de la bande dessinée homonyme écrite par Alan Moore et illustrée par David Lloyd, qui vit le jour en 1981 dans le mensuel indépendant Warrior. Fans de la BD V for Vendetta, Andy Wachowski et Larry Wachowski avaient écrit une ébauche du scénario dans les années 90. Mais ils se sont ensuite lancés dans l'aventure Matrix, qui les a mobilisés durant dix ans. Pendant la post-production des deuxième et troisième volet de la trilogie-culte, ils ont écrit une nouvelle mouture du script, et ont confié le soin de réaliser le film à leur premier assistant James McTeigue, qui signe ainsi son premier long métrage. Et ça se ressent, car la réalisation est à mon sens un peu à la peine. Ce n'est certes pas Joe d'Amato, mais voilà bien là, me semble-t-il, le gros point faible du film.

A propos de la complexité du personnage principal, James McTeigue note : "V est, d'un côté, un altruiste qui se croit capable d'amener de grandes réformes, et de l'autre, un tueur prêt à tout pour se venger de ses tortionnaires." Le comédien Hugo Weaving souligne pour sa part : "C'est un homme complexe et ambigu. Il a été emprisonné et soumis à d'atroces tortures physiques et mentales. C'est un assassin en même temps qu'un vengeur, un homme cultivé qui croit profondément en la liberté individuelle et lutte sans relâche pour restaurer la dignité de son peuple." Natalie Portman ajoute de son côté : "Dans ce film, V est davantage une idée qu'une personne. On peut abattre un homme, mais pas un concept. V incarne la vérité, la résistance et l'individualisme, une forme d'idéalisme politique étroitement mêlée à des pulsions vengeresses." Ce mélange d'anarchisme, de foi en la justice et d'individualisme (ce dernier aspect est pratiquement toujours occulté ou mésestimé) renvoit bien évidemment aux fondements mêmes du libertarianisme.

La phrase d'accroche de l'affiche, qui mentionne la date du 5 novembre ("Remember, remember, the fifth of november" / "Rappelle-toi, rappelle-toi, le 5 novembre") fait référence au 5 novembre 1605, date à laquelle un catholique du nom de Guy Fawkes et ses amis conspirateurs ont essayé de faire exploser le Parlement (alors que le roi James Ier se trouvait à l'intérieur) car ils étaient en désaccord avec la politique du Roi concernant les Protestants. Mais le complot, appelé "Conspiration des Poudres" a été découvert. Ainsi, Guy Fawkes et ses amis ont été exécutés pour trahison. A la suite de cette atteinte à la royauté, le 5 novembre est devenu une célébration en Angleterre consistant à brûler des représentations de Guy Fawkes tout en allumant des feux d'artifices. "Fawkes fut un des premiers anarchistes. Il nous sembla une excellente source d'inspiration pour notre personnage", confie David Lloyd.

Les auteurs de la bande dessinée reconnaissent que leur objectif était de dénoncer la politique thatchérienne :

Notre attitude à l'égard du gouvernement ultraconservateur de Margaret Thatcher se reflète dans notre peinture d'un État policier et fasciste

confie Lloyd, qui ajoute :

La motivation première de V est la destruction de ce système (...) le message clé est que chaque individu doit pouvoir conserver son autonomie et sa liberté. Il a le droit et même le devoir de s'opposer au conformisme ambiant (...) V s'y oppose de manière frontale en s'attaquant aux organisations gouvernementales et en exécutant les partisans du régime. Cette histoire n'illustre pas seulement un combat contre la tyrannie. Elle parle aussi du terrorisme et de ses justifications éventuelles.

A noter au passage la filiation directe de ce film avec l'oeuvre d'Orwell, et le film 1984 qu'en a tiré Michael Radford, puisque le héros, incarné par John Hurt, est le dictateur chancelier de V pour Vendetta.

En ces temps de sarkozisme et d'encadrement militaro-ségolistes, le clin d'oeil à l'actualité me semble assez évident. Si le film n'est pas particulièrement brillant, sans être la dernière des merdes, le fond reste capital. Ce qui n'est déjà pas si mal.

Au passage, je voudrais souligner le rôle phare de Natalie, plus belle que jamais, et - pardon, mais on est Copeau ou on ne l'est pas ! - l'un des plus belles paires de fesses du cinéma de l'année, dans la scène où, de dos, elle apporte des documents aux producteurs de la chaîne de télé gouvernementale dans laquelle elle travaille. A voir, rien que pour cela.

Angelina Jolie jouera bien le rôle principal d'Atlas Shrugged

Pendant des années, le producteur Albert S. Ruddy avait tenté de l'adapter. Des personnalités comme Clint Eastwood, Robert Redford ou Faye Dunaway étaient sur les rangs pour l'interprêter. Finalement La Révolte d'Atlas, pavé (plus de mille pages) d'Ayn Rand, sera porté à l'écran avec Angelina Jolie dans le rôle principal. Toute une batterie de producteurs se retrouvent derrière le projet, parmi lesquels Michael Burns et Michael Paseornek à la tête du studio indépendant Lions Gate, Howard et Karen Baldwin déjà à l'origine de Ray, et enfin Geyer Kosinski le propre agent de Jolie.

Fondatrice de l'objectivisme, Rand n'est pas à proprement parler quelqu'un d'extrêmement consensuel. Toutefois, Angelina a, à plusieurs reprises, indiqué qu'elle admirait beaucoup Ayn Rand. Elle est, tout comme Brad Pitt, une adepte des travaux de Ayn Rand, et il lui tenait à coeur d'incarner Dagney Taggart, le personnage féminin le plus puissant des roman de Rand. On ne saurait le lui reprocher, à une époque où les célébrités font un concours de socialoconformisme.

Comme l'écrit Cinémovies :

Publié en 1957, le livre dissèque les aspects d'un possible effondrement économique aux États-Unis. Ainsi, dans l'Amérique industrielle des années 50, les grands entrepreneurs disparaissent un à un en réaction à l'intrusion du gouvernement dans la conduite de leur affaires.

La fin du roman - violente et apocalyptique - est l'un des principaux problèmes à son adaptation pour le grand écran.

Evidemment, mon billet n'apprend rien aux fans, mais il permet de sensibiliser les autres. Sortie en 2008 sur les écrans.

EDIT : par ailleurs, si j'en crois ceci, une adaptation de Révolte sur la Lune serait en préparation. Je vous en dirai plus plus tard.

Je vais bien, ne t'en fais pas

Film français (2006), réalisé par Philippe Lioret, avec Mélanie Laurent, Kad, Julien Boisselier.

Comme elle rentre de vacances, Lili, 19 ans, apprend par ses parents que Loïc, son frère jumeau, suite à une violente dispute avec son père, a quitté la maison. Loïc ne donne aucune nouvelle, ni à ses parents, ni à sa sœur. Lili finit par se persuader qu'il lui est arrivé quelque chose, sombre dans un premier temps dans la dépression et l'anorexie, puis veut partir à sa recherche. Arrivée en Bretagne, elle aura la surprise de découvrir que c'est... son père, celui que Loïc insulte dans chacune des cartes postales envoyées à Lili, qui lui donne des nouvelles.

Pardon pour dévoiler d'emblée l'intrigue de ce très bon film, adapté d'un roman éponyme d'Olivier Adam, disponible aux éditions Le Dilettante. A ceci près que le roman est bien plus triste sinon glauque, que le film, qui pourtant ne respire vraiment pas la joie de vivre. Mélanie est excellente, très crédible - hormis lorsqu'elle sombre dans l'anorexie, ça manque un peu de consistance. Accessoirement, elle est très belle, avec ses grands yeux bleus. Je regrette simplement (et ma pudibonderie vous surprendra sans doute) la scène où, en camping en Bretagne, elle se dévoile nue durant une fraction de seconde. C'est inutile, n'apporte rien au film ni au scénario, et n'est rien que la scène à poil que tout film français doit comporter.

Hormis ce point, je ne peux que me ranger à l'avis de Télérama :

Tout est écrit, mais avec une très fine économie de dialogues, un sens consommé du sous-entendu. Et réussir un portrait de jeune fille qui " fasse vrai ", sans caricature ni détails surécrits, est plus subtil qu'il n'y paraît.

Bref, Kad est, quant à lui, particulièrement crédible et efficace, dans son rôle de père dépressif, dépassé par les événements, s'enfermant dans ses mensonges et minable, dans sa maison jumelée de bout de RER, avec ses cravates horribles et sa tronche de croque-mort. Je veux bien croire que c'est le père que beaucoup retrouvent, le soir, à la maison. Et a contrario que tout parent connaît à un moment donné le problème classique de l'émancipation de ses enfants, de leur prise d'indépendance, de leur départ du domicile familial, et du vide qui s'ensuit.

Un film poignant, un poil mélo à mon goût, mais tout de même très réussi.

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