Des rumeurs alarmantes circulent sur l'Oasis, cette luxueuse résidence californienne érigée aux abords du désert Mohave. Sous prétexte d'assurer la sécurité des locataires, on y pratiquerait le voyeurisme au moyen de caméras et de micros dissimulés. On raconte que tous ceux qui habitent là seraient les victimes consentantes de ce curieux rituel. Est-ce une légende ? Est-ce possible de vivre dans un tel enfer sans devenir fou ? Et si la réalité était pire encore ? Si l'obsession de la sécurité absolue pouvait conduire au meurtre organisé ? Quand la folie tire les ficelles du crime, tout est possible, même le pire... surtout le pire!

Ernst Noman est architecte. Il a vu le cadavre de sa femme, torturée et violée par des criminels qui ont atteint son appartement de Los Angeles en passant par les toits (idée que l'on retrouve dans Le Chien de minuit). Le smog des hauteurs les protégeaient plus que leur victime. Ce n'est pas que Noman n'avait pas prévenu Polly, son épouse, il ne cessait de la mettre en garde, de lui suggérer de partir habiter ailleurs. Mais elle ne voulait rien entendre, et n'avait pas du tout conscience du danger.

Maintenant, ça fait bien longtemps qu'elle est morte. Noman ne s'est jamais vraiment remis de sa disparition. Il a failli sombrer.

Il s'en est sorti en se jetant à corps perdu dans le travail. Face à l'horreur grouillante de la ville, il cherche l'isolement idéal. L'idée lui vient de construire un refuge pour toutes les victimes du banditisme, qui ont été attaquées, volées, dévalisées, violées. Ce sera l'Oasis, construit un plein milieu du désert Mohave, au coeur d'un environnement particulièrement hostile, là où la chaleur irradie le corps et brûle les poumons la journée, et où les pierres éclatent sous la fraîcheur de la nuit. C'est d'arrache-pied, et avec l'aide d'une secte apparemment inoffensive, que Noman parvient à construire cette forteresse imprenable, à base de matériaux militaires, capable de vivre en parfaite autarcie sans que rien ni personne ne puisse entamer l'épaisseur de ses défenses. Le réseau électrique est inattaquable, les citernes d'eau douce sont pleines, les réserves de vivres aussi.

A présent l'Oasis va bientôt accueillir ses premiers habitants, triés sur le volet.

C'est le moment que choisit Patti Grizzle pour écrire une biographie de Noman. Ceci n'est qu'une couverture : elle veut surtout vérifier si les bruits qui courent sont vrais. Si la cité est une sorte de Truman Show collectif, où le voyeurisme sécuritaire pousse les habitants à vivre à la fois enfermés et sous l'oeil permanent des caméras et des micros dissimulés.

Mais elle vient de disparaître. Nul ne sait ce qu'elle est devenue. Les flics ont abandonné les recherches.

Oswald Caine, romancier sans grand talent mais à succès, qui a le même éditeur que Patti, et qui, accessoirement, est son ex, part à sa recherche. Il est moins sensible au délire sécuritaire qui anime Patti, il pense donc être en mesure d'analyser plus froidement la situation, d'autant que Noman lui semble être quelqu'un de relativement sage et pondéré.

Hum, il n'est pas tout à fait au bout de ses surprises, et il ignore encore ce qui se terre dans le sous-sol de la citadelle.

Outre le fait que Serge signe, comme presque toujours, un roman d'une grande originalité, on retrouve ici quelques-uns de ses thèmes favoris : l'enfermement, le voyeurisme, la vérité masquée, quelques-uns des thèmes que l'on retrouve, notamment, dans La Mélancolie des Sirènes par trente mètres de fond. Plus largement, le délire sécuritaire du personnage principal ne peut pas ne pas nous faire penser à la société contemporaine, celle qui installe des caméras dans les rues de la quasi totalité des grandes villes françaises, celles des radars automatiques, de l'interdiction de fumer dans les lieux privés accueillant des clients, en un mot, celle des interdits et du voyeurisme, le tout bien évidemment dans le but d'assurer notre sécurité, cela va sans dire.

La sécurité ne doit pas venir au détriment de la liberté, comme c'est trop souvent le cas.

Ce passage pourrait être prononcé par tel ou tel candidat à la présidentielle, pour céder à l'actualité (c'est Noman qui parle) :

Vous savez que dans les grands centres pénitentiaires les prisonniers ont maintenant le droit de faire venir leur femme pour tirer un coup ? aboya l'architecte avec un ricanement douloureux. Oui, oui ! je n'invente rien. On leur permet de s'isoler dans une pièce le temps de régler leur petite affaire. C'est trop inhumain de les condamner à l'abstinence prolongée, n'est-ce pas ? ça ne se fait pas entre gens civilisés. Putain de libéraux ! Putains d'humanistes ! (...) La prison est peu à peu devenue une sorte d'hôtel, de caserne où l'on attend sa remise de peine en regardant la télévision, en jouant aux cartes, en faisant du sport et en baisant sa bonne amie une fois par mois avec la bénédiction des gardiens. Sachant tout cela, je vous pose la question : est-ce encore une punition ?

Un petit livre que je vous conseille donc.