Tartufferies

Je rigole en écoutant sur Europe 1 Sarkozy se débattre à propos de la soi-disant non enquête des RG sur le patrimoine du (faux) couple Royal-Hollande. Evidemment que les RG ont enquêté, le buzz médiatique et surtout numérique d'il y a deux mois en atteste largement.

Cela étant, j'aimerais vraiment savoir pourquoi le pseudo couple PS ne dévoile pas la vérité de leur déjà longue séparation. A la place de Louis Schweitzer, j'en serais un peu vexé.

Autre polémique, celle qui consiste à opposer à Sarko son rôle de ministre de l'Intérieur. On ne pourrait donc pas être à la fois ministre en exercice, qui plus est ministre de la police, et candidat à l'élection présidentielle.

Très bien.

Mais alors pourquoi peut-on être président de la République, et donc chef des armées, et candidat à l'élection, comme (au hasard) Mitterrand en 1988 ? Pourquoi peut-on être premier ministre, et donc chef du gouvernement et de tous les ministres, y compris celui de l'Intérieur, et candidat à l'élection, comme (au hasard, là encore) Jospin en 2002 ?

J'aimerais bien qu'on m'explique.

Refonder la gauche

Vous n’ignorez rien du papier qu’André Glucksmann a consacré à son choix de voter Sarko à la présidentielle, dans le Monde du 30 janvier dernier. Libre à lui de ses choix, je ne les partage pas encore, ou pas forcément. Je réprouve tout particulièrement ce passage :

Ma décision, faite de douleurs anciennes et de perspectives nouvelles, est réfléchie. Je ne partage pas toutes les options du candidat. (…) Voter n’est pas entrer en religion, c’est opter pour le projet le plus proche de ses convictions.

Je pense a contrario qu’un vote ne doit pas être par défaut, ou, plus exactement, qu’il ne faut tout de même pas oublier les trois options restantes, celles que les sondages oublient, que les analystes politiques négligent ou minorent, mais qui est à mon sens la véritable force de l’avenir : l’abstention, le vote nul, le vote blanc. Si aucun candidat ne se rapproche suffisamment de mes idées, je ne vois pas pourquoi je devrais, par dépit, voter pour celui qui en est le moins éloigné. On ne peut donc pas d’emblée écarter ces trois options, comme le fait André.

Voyons à présent le passage qui me semble le plus intéressant, et de loin, dans son article :

Sarkozy rompt clairement avec cette droite habituée à cacher son vide derrière de grands concepts pontifiants. Exemple : en prônant la discrimination positive (…) Ou encore : en théorisant l’aide publique à la construction de mosquées.

A propos de la politique internationale, à l’opposé de la Realpolitik, Sarko (et André) pensent qu’il faut axer aussi l’attitude française sur la morale, comme la France a pu le faire dans un passé plus ou moins proche, ou en tout cas comme André a tenté d’en faire prendre conscience la société civile :

boat people vietnamiens fuyant le communisme, syndicalistes embastillés de Solidarnosc, « folles de Mai » sous le fascisme argentin, Algériennes en butte au terrorisme, torturés chiliens, dissidents russes, Bosniaques, Kosovars, Tchétchènes…

Il cite aussi les infirmières bulgares condamnées à mort en Lybie, le Darfour et la Tchétchénie. Sujets sur lesquels Sarko a au moins une vision, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Et une vision morale, qui plus est. Il est vrai qu’on est loin de la justice chinoise admirée par d’autre(s). Enfin, Glucksmann ajoute :

La gauche professionnelle s’est endormie sur ses lauriers. Elle méprisa les discussions allemandes (autour de Bad Godesberg) ou anglaises (à propos du New Labour), elle ignora l’explosion spirituelle de la dissidence à l’Est, elle se fiche des « révolutions de velours » de Prague à Kiev et Tbilissi.

Marinant dans son narcissisme, elle se trouve fort dépourvue, lorsque Nicolas Sarkozy, prenant à contre-pied son camp, se réclame des révoltés et des opprimés, du jeune résistant communiste Guy Môquet, des femmes musulmanes martyrisées, de Simone Veil abolissant la souffrance des avortements clandestins, de Frère Christian à Tibéhirine comme des républicains espagnols.

Ce point me semble extrêmement important. Je rêve de refonder la gauche (enfin, d’y participer, ne croyez pas que j’ai sombré dans la mégalo). Ce sont, entre autres, sur ces valeurs que j’aimerais le faire. Rien ne manque à l’appel, sinon les aspects économiques et sociaux, qu’André n’aborde que très cursivement, voire pas du tout. Je rêve d’une gauche qui, à l’exemple du tout-Etat de la Realpolitik, n’attendrait pas non plus tout de l’Etat en matière sociale. D’une gauche qui comprendrait que la solidarité, c'est d’abord l’estime que l’on porte aux autres. Que cette estime, c'est le mérite du travail qu’on réalise, des risques qu’on prend, et des récompenses qu’on en attend légitimement. Que cette estime, c'est donner aux individus les conditions de se prendre en main, de partir de rien pour arriver très loin.

Au lieu de cela, la gauche préfère le conservatisme : on protège à l’infini les nantis, ceux qui ont un travail, ceux qui ont un statut, des privilèges, et on renvoie dans la pauvreté, le chômage et la précarité ceux à qui on ne donne aucune chance de s’en sortir. On parle du travail au rabais ? J’aimerais qu’on parle plus de ceux qui n’en ont pas et qui vivent d’expédients. Qui magouillent et fraudent quand ils sont malins, histoire de joindre les deux bouts, et ce n’est pas moi qui leur jetterai la pierre, car je les comprends totalement.

Pourquoi fait-il mieux vivre dans les pays anglo-saxons, même lorsque vous êtes pauvre ? Parce que vous savez que vous avez toujours la possibilité de vous en sortir, que vous n’êtes jamais définitivement condamné au fond de votre trou. Tandis qu’en France, lorsqu’on est Arabe, sans diplôme et sans formation, habitant d’une quelconque ZUP dans laquelle la police ne vient plus, on n’a objectivement aucune chance et aucun avenir.

Je rêve d’une gauche qui abandonne la lutte des classes, le combat pour maintenir ou accroître les privilèges de ceux qui « ont » (les fonctionnaires, les salariés, les bobos), pour croire en la coopération volontaire des intérêts particuliers, à l’échange, tels que les libéraux, la vraie gauche historique, l’ont théorisé. N’oubliez jamais que l’intérêt général n’existe pas ; il n’est que le cache-sexe des élus qui, au prétexte d’avoir obtenu la majorité des suffrages exprimés (laquelle peut ne représenter qu’une fraction négligeable des électeurs), imposent aux autres leur vision du monde. Au profit de qui ? De leurs électeurs, bien évidemment. Ceci est la condition de leur réélection. Rien de plus, rien de moins.

Redescendez un peu sur terre, l’air y est frais, mais également vivifiant.

Petit anniversaire

C'est arrivé un 31 janvier : En septembre 1862, Abraham Lincoln annonce l'imminente publication de sa Proclamation d'émancipation des esclaves, qui prend effet en janvier 1863.

Deux ans plus tard, le 31 janvier 1865 donc, le Congrès vote officiellement le 13e amendement de la Constitution qui abolit l'esclavage aux Etats-Unis.

Voici un anniversaire qu'il ne faut pas oublier de célébrer.

Live and let die

La question de l'euthanasie et du suicide est lancinante. Dans le passé récent, il fut rare qu'un débat de société digne de ce nom ne l'abordasse pas. En 1619 déjà, un chapelain anglais, John Donne, écrivit le célèbre Biothanatos, qui fut la première vraie défense et illustration du suicide. David Hume rédigea même un Traité sur le suicide, tandis qu'un jeune Suédois, Johan Robeck, mit en application ses écrits.

Plus près de nous, on se souvient du tollé provoqué par Suicide, mode d'emploi de Claude Guillon et Yves le Bonniec, édité en 1982. Mais la question n'a jamais été véritablement tranchée, malgré les évolutions législatives récentes.

La loi dite "Léonetti" du 22 avril 2005 instaure un droit au laisser mourir. Ce qui signifie que, depuis, il est interdit de s'obstiner déraisonnablement dans les traitements médicaux, et que la douleur peut être soulagée, même s'il faut pour cela abréger la vie.

Autrement dit, la décision de continuer à vivre, ou de mourir (un peu) avant l'heure, est laissée entre les mains du corps médical. Il n'est donc pas possible de choisir librement le moment de sa mort. Même si, par malheur, vous apprenez demain que vous êtes atteint d'une maladie incurable. Même si vous savez que vous vivrez dans l'avenir d'atroces souffrances. Même si vous n'ignorez pas le fait que les soins palliatifs qui vous seront prodigués demain feront de vous un légume, une chose rien moins qu'inhumaine, incapable de tout jugement à défaut de ne sentir toute douleur.

L'idée selon laquelle les médecins doivent choisir à notre place le moment de notre mort, ce qu'ils font usuellement, m'est totalement insupportable. Le lobby médical de l'UMP n'est sans doute pas innocent devant cet état de fait.

Cela étant, je ne propose pas, comme le parti socialiste ou d'autres,

d’apporter une aide active aux personnes en phase terminale de maladie incurable ou placée dans un état de dépendance qu’elles estiment incompatible avec leur dignité

Ce que j'aimerais est finalement beaucoup plus simple : qu'on dépénalise toute assistance au suicide. Que chacun puisse librement choisir le moment de sa mort, quitte à être aidé si la force manque pour le faire. Voilà pour moi la seule voie de l'humanisme. Il faut malheureusement se rendre la mort familière, comme disait Montaigne.

Par ailleurs, mais ça n'a rien à voir, je vous invite à visiter le site de Najat Vallaud-Belkacem, qui, dans la lignée people & eye candy de Ségolène, nous gratifie d'un site édifiant. C'est une jeune candidate PS aux législatives à Lyon, certes beurette, mais qui ne m'a pas l'air issue d'un milieu spécialement défavorisé, si j'ose dire. Vous ne pourrez pas profiter de sa (superbe) vidéo en flash, si, comme moi, vous utilisez linux. Well, je n'ai rien contre elle, tout contre aurait dit Sacha Guitry, mais je crois bien que sa plastique, et peut-être même ses origines, la desservent. Il se dégage de son site, et plus encore de son blog, une naïveté confondante voire touchante, si elle n'était pas au service d'un constructivisme à deux balles. Et le parti socialiste continue de prendre les électeurs pour des cons, en tentant de refiler le soir la purée qu'on a refusé à midi. Une purée faite de jeunette sexy, d'origine maghrébine qui plus est, comme si c'était un critère comme un autre de sélection des candidats. Ou plutôt, devrais-je dire, d'une apparatchik qui se croit déjà députée, et qui, à mon humble avis, n'est pas près de le devenir.

Dommage qu'elle fasse partie des deux restantes


Segolene combat pour les femmes
envoyé par pierrequiroule

Bigre ! Rien moins que 10 millions de femmes qui meurent sous les coups de leur mari en France !

En réalité, comme le rappelle Harald,

si la belle avait voulu se donner la peine de parcourir elle-même la presse, elle aurait appris que les violences conjugales ont fait 113 victimes en 2006. 94 femmes et 19 hommes plus précisément. Elle aurait appris que 3 décès ont été recensés dans des couples homosexuels, et que 26 adultes se sont suicidés après avoir commis leur meurtre. Enfin et pour finir, 10 enfants ont également été tués dans ces 113 affaires de violences conjugales.

Idiot

Outre les condamnations financières déjà évoquées, L'Idiot international fut victime d'une véritable persécution de la part du pouvoir de l'époque. D’étranges personnages infiltrèrent l’entourage de Jean-Edern Hallier. D’autres le suivaient dans la rue. Les émissions télévisées auxquelles on avait l’audace de l’inviter étaient subitement déprogrammées. Ses lignes téléphoniques furent bien sûr « branchées », mais aussi celles de sa cuisinière, de ses avocats, éditeurs et amis sans oublier celles de son bistrot et de son restaurant habituels. On « visita » son appartement, cambriola le coffre-fort d’un de ses éditeurs, vola la voiture d’un autre, braqua son conseiller financier. Ses imprimeurs potentiels furent menacés ; quand ils s’obstinaient, leurs locaux étaient mis à sac. (Voir le récit de ces persécutions dans le témoignage d'un gendarme en poste à l'Élysée, Interlocuteur privilégié de Daniel Gamba (Lattès) et dans Une famille au secret, de Ariane Chemin et Géraldine Catalano (Stock)

Ces persécutions sont d'ailleurs confirmées par le propre directeur de cabinet de François Mitterrand, le préfet Gilles Ménage, qui note dans son livre l'Œil du pouvoir (Fayard) que, pour entraver la parution de l'Idiot « furent mis à contribution, hors les cercles élyséens, le ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur, le ministère du Budget et le cabinet du Premier ministre. Les ministres et leurs collaborateurs directs, ainsi que les responsables des principaux services étaient parfaitement informés de ce qu’ils avaient à faire. Si, par hasard, leur zèle fléchissait, le Président se chargeait de leur rappeler sa volonté. »

A lire ici

Au passage, j'ignorais que Konk, dessinateur de National Hedbo et de Présent, entre autres revues lepénistes, était un ancien du Monde, du Matin et de l'Evénement du Jeudi.

Henning Mankell

Il faut lire Henning Mankell car il est beaucoup plus qu'un auteur de polar venu du froid (Suède). Loin des clichés d'une Suède aseptisée, il décortique les maux d'une société où les repères sociaux et familiaux se délitent, il en tire aussi quelques fils ténus porteur de bribes d'espérance. On retrouve avec émotion, de roman en roman, l'inspecteur Kurt Wallander, anti-héros, flic avec états d'âme, jamais blasé. Au fil des romans de Mankell, il prend humanité et épaisseur, contre-poids en sorte à l'univers sordide dans lequel on le suit, sans un instant d'ennui au fil des pages. Tout autour de lui, les autres personnages évoluent aussi : ses collègues du commissariat, son ex-femme, sa fille avec laquelle il entretient des relations difficiles (et qui devient le personnage de premier plan des romans les plus récents d'Henning), sa nouvelle copine, lettone, son père, qui meurt, ses amis, qui sont rares. Perclus de doute, certes, Wallander est aussi un authentique individu, avec sa grandeur et ses penchants misérables. Bien plus crédible qu'un inspecteur Cadin, du Français Didier Daeninckx. Auteur dont j'ai lu au moins quinze romans, il faudra donc que je vous en parle un jour.

Henning a eu une vie particulière, émaillée d'extraordinaire et de tragique. Très vite abandonné par sa mère, il est élevé par son père, juge d'instance. Il est le gendre d'Ingmar Bergman dont il a épousé en secondes noces la fille Eva. Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique où il a monté une troupe de théâtre, le « Teatro Avenida ».

Revenons un instant à l'inspecteur Wallander, policier de la petite ville d'Ystad, trou paumé de la Scanie, dans le sud du royaume de Suède. Plutôt qu'un long discours, voici les quelques romans que je me permets de vous suggérer, si toutefois vous souhaitez approfondir ce petit billet. J'en citerai quatre, ce qui est amplement suffisant pour découvrir ce désormais célèbre auteur. Vous pouvez les commander rien qu'en cliquant sur les images.

Meurtriers sans visage, c'est la première enquête de l'inspecteur Wallander. En pleine campagne, près de la petite ville d'Ystad, au sud de la Suède, un fermier découvre le corps sans vie de son voisin, atrocement massacré. La femme du malheureux ne vaut guère mieux : étranglée par un curieux nœud coulant, elle n'aura que le temps de murmurer "étrangers", avant de décéder à son tour à l'hôpital. Qui peut bien avoir commis pareille horreur et dans quel but ? Et pourquoi le ou les assassins ont-ils nourri la jument du vieux couple ? L'inspecteur de police Kurt Wallander se serait bien passé de cette enquête alors qu'il regrette le départ de sa femme, que sa fille refuse de le voir et que son père l'inquiète. Évidemment, les médias n'arrangent pas les choses. Mais faut-il vraiment suivre la piste des étrangers ? De nouvelles révélations faites par le frère de la vieille dame assassinée vont orienter et compliquer la tâche de la petite équipe de Wallander.

En toute logique chronologique, pour ceux qui ne connaissent pas encore Wallander, c'est le livre par lequel on doit débuter l'œuvre romanesque de Mankell. Comme l'écrit un commentaire trouvé sur le net, il s'agit ici d'un roman policier sur des problèmes d'aujourd'hui : l'intolérance, le racisme, la distance entre la classe politique et les hommes, la difficulté d'adaptation à un monde en changement... Sans prétention particulière, mais avec beaucoup de recul et d'humanité. Kurt Wallander est un homme comme tant d'autres, qui se pose beaucoup de questions sur l'évolution de notre société.

Un peu comme pour le Guerrier solitaire, l'histoire racontée par Henning dans La Cinquième femme brille par une formidable originalité. Tout commence en Algérie, en mai 1993. Fait divers pour les uns, acte de guerre et "mission sacrée" pour d'autres, cinq femmes sont égorgées dans leur sommeil par des intégristes musulmans. Les victimes sont quatre religieuses et une touriste suédoise, la cinquième femme. Trois mois plus tard, une habitante d'Ystad, Suède, apprend que la cinquième victime n'est autre que sa mère.

Encore un an plus tard, en septembre 1994, l'inspecteur Wallander rentre de vacances et espère un automne calme. Mais il lui faut bientôt éclaircir une série de meurtres à donner froid dans le dos aux policiers les plus endurcis. Un vieil ornithologue a été retrouvé empalé dans un fossé, un autre, passionné d'orchidées, ligoté à un arbre et étranglé, le dernier, chercheur à l'Université, noyé au fond d'un lac. Pourquoi tant de férocité à l'égard de citoyens apparemment paisibles ? Et pourquoi ces mises en scène sadiques ? Parce que - selon la devise de Wallander - les êtres sont rarement ce que l'on croit qu'ils sont. Et si le crime était la vengeance d'une autre victime contre ses bourreaux ? Dans ce cas, l'inspecteur Wallander n'a plus qu'à se hâter pour empêcher un nouveau meurtre tout aussi barbare.

Un roman haletant, fort original, dont on ne sort pas indemne. Pour ma part, je n'avais pas du tout vu vers quelle fin Henning souhaitait nous mener. Autant dire que le suspense, et quel suspense !, est au rendez-vous. Une fois de plus, c'est notre civilisation elle-même qu'Henning interroge : qu'est-ce qui fait l'homme si seul ? Qu'est-ce qui amène un être a priori normal à basculer dans l'horreur ? Une enquête passionnante doublée d'une question à la fois simple et essentielle : qu'est-ce qui rend l'existence si difficile ?

Voici Les Morts de la Saint-Jean, mon préféré. Juin 1996. Nuit de la Saint-Jean. Trois jeunes gens ont rendez-vous dans une clairière isolée où ils se livrent à d'étranges jeux de rôle. Ils ignorent qu'ils sont surveillés. Peu avant l'aube, la fête tourne au drame : Août 1996. Le commissariat d'Ystad somnole sous la chaleur. Alors que des parents signalent la disparition de leurs enfants, Svedberg, un proche collègue de Wallander, est retrouvé mort, défiguré. La peur s'installe dans la région. Pour la première fois, notre sympathique inspecteur, aux prises avec des soucis de santé et des problèmes sentimentaux, est assailli par le découragement et le doute. Svedberg menait-il une double vie ? Pourquoi les jeunes gens étaient-ils déguisés ? Pourquoi le meurtrier visait-il des victimes jeunes et heureuses ? Pris dans l'enchaînement des découvertes macabres et des rebondissements contradictoires, Wallander parviendra-t-il à mener à bien cette nouvelle enquête qui s'annonce particulièrement ardue ?

Ce qui frappe, c'est l'aspect réaliste de la vie du personnage principal. Wallander a une vie à côté de son travail. Il mange (mal), il dort (mal aussi), il a du diabète il a des relations autres que professionnelles (quoi que...) il se pose des questions existentielles. Il doute, y compris de son engagement dans la police. Il ne comprend pas comment des crimes aussi sauvages peuvent être perpétrés. Il a peur que, devant la démission de la police, les individus fassent eux-mêmes leur loi. Ann-Brit, sa collègue, partage les mêmes doutes. Pourtant il faut bien avancer et trouver ce criminel, dangereux pour tous, y compris les policiers.

Last but not least. L'histoire du Guerrier solitaire sort clairement de l'ordinaire, au moins pour les pays de culture francophone. Comment une jeune fille peut-elle s'immoler par le feu, au beau milieu d'un champ de colza ? Et pourquoi ? Pendant que la Suède se protège de la canicule de cet été 1994 en suivant la Coupe du monde de football, l'inspecteur Kurt Wallander, de la police d'Ystad, assiste presque par hasard à cette scène apocalyptique. Pas question de partir en vacances... surtout que, dès le lendemain, s'enchaîne une série de meurtres atroces : un ancien ministre lubrique, un marchand d'art et un petit truand sont retrouvés scalpés... Quel est le lien entre eux ? Comment empêcher l'assassin de récidiver et pourquoi est-il devenu ce meurtrier sans pitié ?

Un roman extrêmement noir, désabusé et triste. Mélancolique même, ce qui vient ajouter une couche supplémentaire à l'image d'Epinal que nous avons des pays nordiques. Un dénouement certes relativement prévisible, mais une formidable capacité à raconter une histoire aussi rêche qu'un papier de verre.

J'espère par ces quelques mots vous avoir donné envie de lire Henning Mankell, ces romans méritent vraiment le détour selon moi. Je n'ai - volontairement - pas évoqué ses productions les plus récentes, car je ne les ai pas encore lues, mais vous pouvez les trouver sans difficulté aucune dans toutes les librairies. C'est tout particulièrement le cas d'Avant le gel, qui opère un transfert des enquêtes entre Kurt Wallander et sa fille, Linda, qui s'est enfin décidée pour une carrière, dans la police, et à Ystad.

Enfin, pour approfondir le sujet, vous pouvez lire ceci, de Pierre Grimaud.

Teasing

Pardon pour mon absence un peu prolongée, elle était assez largement imprévue. Plus de nouvelles de ma part au prochain épisode, que j'espère rapproché. Je compte vous parler d'Henning Mankell, auteur suédois de polars désormais célèbre pour son personnage de flic d'Ystad, Kurt Wallander (et de sa fille, dans ses bouquins les plus récents). Je compte vous en parler très bientôt, plus longuement que ceci. Considérez donc qu'il s'agit d'un petit teasing sans prétention !

Onanisme

Ce n’est pas tout les jours - qu’on se le dise ! - qu’un fidèle lecteur de ce modeste blog sort un bouquin. Je sais qu’il y a nombre de lettrés parmi vous, lecteurs adorés, je vous salue bien bas. Mais tout de même, peu d’entre-vous ont déjà franchi le Rubicon de la publication. Non qu’ils manquent de talent, du reste : mes amis le Patron ou le Dr. Orlof pourraient parfaitement être édités un jour, et j’espère bien qu’ils le seront ; mais il est difficile de bénéficier d’une telle opportunité, les coûts de transaction de la publication d’un roman ou d’un essai sont bien plus élevés que ceux de la création d’un blog ou d’un quelconque outil numérique.

Bref, disais-je, l’un de mes lecteurs attentifs (c'est lui qui le dit, je le crois volontiers et ça m’arrange) vient de sortir son premier roman, intitulé Onanisme. Il s’appelle Olivier Denans. Je le salue donc au passage. Je vous invite bien évidemment à lire ce billet jusqu’au bout, mais, avant cela, je peux d’ores et déjà résumer mon point de vue de la sorte : si vous aimez lire ce blog, courez acheter ce bouquin, vous ne serez pas déçus. Non que je compare mon style avec celui d’Olivier, il me dépasse et de très très loin, mais la thématique abordée n’est pas sans rappeler certains billets ici présents. Si vous appréciez, je le répète, mes inestimables confrères Dr. Orlof et le Patron, vous apprécierez ce roman. On sent bien l’influence d’Olivier, certains passages ne rappellent rien moins que le meilleur de Céline. Le tout mâtiné de Houellebecq, période Extension du domaine de la lutte, l’écriture chiante et plate en moins.

Onanisme raconte l’histoire de Rémy, la quarantaine. Rémy habite Marseille. Il vit seul depuis que sa femme l’a quitté, apprenant sa stérilité définitive. Il y a dix ans déjà. Il vivait à l’époque à Paris, il avait besoin de refaire sa vie. Marseille était une bonne opportunité. Du moins, pas pire qu’une autre.

Rémy vit seul mais n’est pas malheureux, bien au contraire. Il a construit autour de lui une bulle protectrice qui le sépare du commun des mortels. Développeur de sites web, il n’entretient quasiment pas de contacts professionnels avec le genre humain, hormis quelques échanges de mails. Il n’a pas vraiment d’amis, n’en cherche pas, et encore moins de compagne. Car Rémy est un branleur. Un parfait branleur. Qui élève la masturbation et la vision de films pornos des seventies au rang d’un art consommé. Dans son appart, il y a une pièce entière dans laquelle il a empilé sur chaque mur des milliers de DVD de cul. Rien de moins.

Rémy est un peu le Lebowski de Marseille. Comme le héros des frères Cohen, Rémy s’emporte, vitupère, émaille ses propos d’un anarchisme assumé. Nihiliste convaincu, rien pour lui n’a d’importance, et surtout aucune morale, quelle qu’elle soit, ne peut s’opposer à sa manière de vivre SA vie. Comme l’écrit Olivier dans sa gentille dédicace (na na nè-re), et comme le disait Léo, Rémy pense que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c'est que c'est celle des autres. Et Rémy n’a vraiment pas envie de s’encombrer. Il a même inventé la « théorie de l’entonnoir » : un peu comme la concentration qui a précédé le big bang, les cultures, les langues, les dialectes, les tournures d’esprit se concentrent de nos jours. Et cette phase de concentration précède de peu celle de l’explosion. Celle de la destruction créatrice. Beau présage.

Entre deux visions des exploits de Brigitte, Marylin, ou plus encore Christie, Rémy mate sa voisine, Evelyne. Celle-ci à la fâcheuse habitude de rentrer tous les jours à la même heure précise de son jogging matinal. Et elle emporte toujours avec elle un attribut suffisant à éveiller l’esprit de Rémy (ainsi que d’un autre branleur, de l’immeuble d’en face) : son cul. Un cul magnifique, parfait, rebondi, souple, doux, tendre, généreux. Un cul de reine. Le cul de la Marie-Antoinette de Marseille. Le cul de Notre-Dame de la Garde. Rémy est hypnotisé par sa voisine comme l’insecte par le caméléon.

Rémy ne cesse de penser à sa stérilité, qui a fait basculer sa vie.

Sa stérilité l’habitait jour et nuit, le faisait rire et pleurer des larmes de sperme, bandait sa queue et brûlait ses neurones, les uns après les autres, patiemment, méthodiquement, sans état d’âme. Cette salope l’enterrait vivant, pelletée après pelletée, elle creusait sa tombe et curieusement il trouvait à son supplice un avant-goût de paradis. Avant que l’obscurité ne baisse son rideau d’éternité sur son effroyable inertie reproductive, il brandissait son sexe comme un glaive, illusoire combat dont il sortirait vaincu.

Rémy mène une fuite en avant. Tout tenter, tout risquer, tout vivre pendant qu’il en est encore temps. Même l’homosexualité, au service d’un Goldoblack bien membré qui lui a défoncé l’anus. Même le SM, l’échangisme. Les pages qu’Olivier consacre à ses périples héraultais sont irrésistibles, emplies de rombières ampoulées, soumises et sodomisées, de notables pervers à la queue molle, de pétasses situées au degré -1 de l’échelle de l’érotisme. Comme l’écrit encore Olivier, après le passage de Rémy dans un donjon SM des alentours de Montpellier,

Cette comédie grand-guignolesque, patchwork invraisemblable pétri de snobisme sexuel et de servilité de bas étage, nourrissait les âmes décharnées de sinistres pantins en mal d’identité. Les smistes reproduisaient inconsciemment une idéologie capitaliste où l’asservissement financier était symbolisé par un fouet.

L’illusion prolétarienne d’une prise de pouvoir, au prix d’un égalitarisme maoïste, régnait en maître dans la planète sadomasochiste, tendance soumission. Le smicard flagellait la femme du notaire pendant que son mari baisait la sienne en levrette, les mains ligotées dans le dos. Ils avaient réinventé la lutte des classes, sans le savoir, version hype, frissons garantis, le bon goût en moins, l’arrogance en plus.

Il y a d’autres passages épiques dans cet excellent roman, je ne résiste pas à l’envie de vous en citer quelques-uns :

Le concept de téléréalité était simple, selon lui. Prenez une quinzaine de trous du cul, enfermez-les dans un loft, dans une ferme, dans un pensionnat ou sur une île déserte, laissez mijoter à feu doux quelques semaines et vous obtiendrez un délicieux étron à partager en famille.

Pourtant, cette façade racoleuse et apparemment conne, cachait en réalité un message dévastateur et monstrueusement élaboré.

Comment donner l’illusion au peuple laborieux qu’il est libre ?

Tout simplement en lui offrant le spectacle de jeunes cons enfermés à double tour dans une cage dorée, truffée de micros et de caméras. C'était en filmant la séquestration volontaire que l’on octroyait au plus grand nombre l’illusion de pouvoir aller et venir à leur guise.

Ou encore ceci :

La société de consommation des vingt dernières années modélisait le sexe comme un produit marketing, estampillé, labellisé, répertorié, accepté, voire subventionné. Il s’attendait d’ailleurs à voir une étiquette AOC sur une croupe ici ou là, tant la traçabilité devenait une obsession. La notion d’interdit et de transgression disparaissait au profit d’un ratio de moralité qui sentait bon la tolérance zéro et le Pétainisme des grandes heures. Baiser oui, mais comme tout le monde. La normalité sexuelle comme médiocre frontière du comportement collectif. Sucer trois queues pendant une double pénétration devenait un must dans ces clubs. C'était une preuve d’engagement personnel et de bon goût partagé.

Toujours à propos des clubs échangistes :

Le libertinage, du moins ce qu’il en restait, ressemblait davantage à un mauvais film de cul américain, tourné en Hongrie, avec trois Polonaises et un étalon italien sur le retour.

Enfin, et ce sera ma dernière citation :

Marseille tirait sa renommée de cette fameuse artère (La Canebière, ndC) qui n’avait d’autre titre de gloire que d’abriter une ligne Maginot séparant le quartier arabe du reste de la ville. Dans la cité phocéenne, nul besoin de banlieue. Haut lieu du melting pot méditerranéen, cette ville avait réussi une ségrégation participative tout à fait exemplaire. Tout le monde cohabitait et les grandes avenues servaient de balises sociales. Plus on se rapprochait de la Canebière, plus les Arabes étaient nombreux ; à l’inverse, une fois accosté sur les rivages du Prado ou du square Monticelli, vous aviez la possibilité de croiser les happy few, ceux qui roulent en Range Rover vogue et qui connaissent un adjoint au maire, les radasses friquées de la corniche qui vont se faire dorer la tranche au Palm Beach pendant que leurs julots baisaient leurs secrétaires entre deux rendez-vous. Marseille c'est ça, un racisme omniprésent, l’hystérie collective pour onze connards en short. Bien qu’elle ne faisait que reproduire un schéma urbain classique, les riches d’un côté, les pauvres de l’autre et au milieu tout le reste, Marseille se démarquait par une jovialité ambiante qui faisait passer un réac de droite, raciste et un brin antisémite, pour un joyeux Provençal, digne héritier de la tradition pagnolesque. La réalité cachait pourtant un apartheid social et racial désastreux, baigné par un généreux soleil, à croire que le beau temps donnait des couleurs avenantes aux pires travers humains.

Tout le monde se croisait, aux terrasses des cafés, sur la rue saint Fé, au stade Vélodrome, sur les plages du Prado. Cependant, le prolo de base marseillais vouait une haine féroce pour son voisin de serviette arabe, et vice versa, une sorte de Palestine provençale, « la putain de ta race d’Arabe » comme on dit ici.

Vous l’avez compris, c'est excellemment bien écrit. Je me suis régalé en le lisant, ou plutôt en le dévorant. J’en redemande donc.

Vous l’avez remarqué, je ne dévoile pas la fin de l’histoire, bien au contraire. Ce sera à vous de la découvrir, en vous procurant ce roman. Vous saurez qui est vraiment Evelyne, ce qu’elle va devenir, et comment l’humanité, sinon la sociabilité, a un peu retrouvé Rémy par un canal inattendu. Lui qui pourtant l’avait abandonnée.

Vous pouvez cliquer sur sa couverture ci-dessus pour commander le premier roman de mon ami Olivier.

Montebeurk

Le désormais célèbre député de Saône-et-Loire Arnaud Montebourg déclarait, en avril dernier dans Télérama, sa ferme intention de ne plus participer aux ridicules émissions de divertissement genre Grand Journal et consorts. Il disait alors :

Tout le monde (...) nous explique que nous ne pouvons pas faire autrement que d'aller nous faire ridiculiser par des animateurs qui ne connaissent rien des problèmes de notre temps. (...) Je ne supporte plus cet avilissement. C'est décidé, je boycotte

Ce qui mordait le ciel

Serge a la particularité de faire preuve d'une étonnante et sans cesse renouvelée originalité. C'est vrai pour nombre de ses romans policiers, ça l'est tout autant pour ses romans de SF. Ce qui mordait le ciel en est un parfait exemple.

Imaginez une compagnie de pompes funèbres, d'échelle intergalactique, qui met sur le marché des technologies ou services funéraires parfaitement adaptés aux rites de chacun des peuples de la galaxie. Supposez qu'un peuple idéalise le corps intact du décédé, mieux que l'embaumeur, mieux que la momie statufiée. Que seul un quartz parfaitement indestructible puisse calmer leur deuil.

Imaginez, donc, que la compagnie parvienne à créer une molécule générée à la mort de l'individu qui la porte ; que celle-ci recouvre instantanément ou presque le corps du mort d'un cristal funéraire. Vous aurez compris quel marché juteux a la compagnie avec la planète Sumar, située aux confins de la galaxie.

Seulement voilà, il y a eu un petit hic : le service d'expédition de la compagnie n'a pas destiné la molécule aux humains de Sumar, mais aux thomocks, joyeux pachydermes situés entre le mammouth et le bovin. Devant la taille des bêtes, ces abrutis du service d'expédition ont cru bon, au surplus, de multiplier par mille la dose.

Cinquante ans se sont écoulés. La compagnie vient seulement de se rendre compte de sa bévue, à l'occasion d'un contrôle de routine. Il faut donc agir, et vite. Elle décide de dépêcher sur Sumar un commercial quelconque, David, qui devra faire un rapport détaillé de la situation à sa compagnie. Afin que celle-ci recrute une armée d'avocats destinés à la couvrir contre tout recours éventuel.

David n'imagine pas, mais alors vraiment pas, à quel point les habitants de Sumar ont dû modifier leurs modes de vie pour faire face au cristal, à quel point leur quotidien a perdu tout repère, tout sens. Les "immobilistes" refusent de bouger et s'adaptent aux conditions créées par le cristal ; les "canonniers" bombardent inlassablement les cristaux ; les "séismophiles" ne sont peut être pas loin de la solution pour détruire ceux ci.

Le style de Serge est certes d'une platitude birkinienne, mais la topographie et le relief de son imagination sont sans borne. Un très bon, quoique très court, roman, que je me permets donc de vous conseiller.

100 000 couillons

Il n'y avait pas 100 000 personnes au congrès de l'UMP, loin de là. Il faut arrêter les conneries.

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