J'aborde rarement l'actualité politicienne, je l'ai déjà dit, vous le savez. Parfois, j'évoque (assez brièvement) l'actualité nationale, voire internationale, mais sous un angle relativement neutre ; j'aborde aussi des questions économiques ou philosophiques, mais jamais, ou plus exactement presque jamais, l'actualité à travers le prisme de la « politique politicienne ».

C'est tout particulièrement vrai de la vie politique locale, que j’ai abordée deux fois maximum en trois ans.

Mais, alors que les élections présidentielles se préparent, c'est de la vie municipale dont je voudrais parler.

Il me semble partager un souci majeur avec mes camarades libertariens, ou libéraux de gauche : notre positionnement n’est pas clair, pour la quasi-totalité des gens. Sauf à lire Thierry Crouzet, qui, lui fait preuve d’une rare honnêteté, le commun des mortels ne sait pas ce que c'est que le libéralisme. L’assimile à la droite, c'est un réflexe connu. Eculé même. Et pourtant faux. Lorsqu’on est de droite et libéral, évidemment, on ne se pose même pas ce genre de question. L’un semble découler naturellement de l’autre. Lorsque, comme mon ami Farid (Farid est un pseudonyme, suffisamment vague pour préserver son identité, suffisamment précis pour que l’intéressé se reconnaisse), on a une position libertarienne jusqu’au-boutiste, refusant tout processus électoral, tout vote, tout engagement, on n’a pas non plus ce genre de questionnement.

Lorsqu’on est de gauche, ou qu’on refuse ce bipolarisme fleurant bon les années soixante, on se pose cette question. Et convaincre nos interlocuteurs du bien-fondé de notre démarche, de la sincérité de notre engagement, est un combat de tous les instants.

Pour me faire mieux comprendre, je prendrai donc mon exemple local, l’exemple lyonnais. S’affrontent un candidat de gauche, qui a des rapports détestables avec le parti socialiste dont il est issu, tant ses idées renvoient plus au centre voire à droite qu’à la doctrine socialiste orthodoxe. Ce qui lui vaut bien évidemment une haine viscérale de la part de nombre de ses camarades, qui ne voient en lui, au mieux, qu’une machine efficace à gagner les élections.

Face à lui, un candidat de droite, ministre des transports, pas plus parachuté à Lyon que le précédent, moins même, comme beaucoup le croient à tort. Un type fortement marqué à droite, à la manière de Sarko, et qui tente vainement depuis deux ans de se départir de cette image qui lui colle décidément trop à la peau.

Le premier n’est pas libéral ; le second encore moins.

Alors qu’il était ministre de la Justice, on dit Garde des Sceaux, Perben, c'est son nom, a présenté et fait voter deux lois profondément liberticides. La seconde en particulier. Les droits de la défense, les libertés civiles, les libertés publiques, les principaux pendants de notre droit pénal et civil ont été impactés par la folie sécuritaire de notre ministre. Comme j’enrage de ne point avoir eu le temps, à l’époque, de ferrailler davantage contre ce projet de loi. Mais cela appartient désormais au passé.

Arrivé aux Transports, notre ministre a fait montre de bien moins d’efficacité. Ou plutôt d’une inefficacité patente. Aucun des projets qu’il était censé porter, d’ampleur parfois stratégique, n’ont abouti. Tous sont restés au point mort. Ce qui est un peu embarrassant pour qui comptait en faire un argument majeur de sa campagne municipale. Ce n’est pas mon problème, c'est le sien.

En tout cas, une chose est sûre : je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais spontanément voter pour Perben. Ou, pour dire les choses autrement : je ne voterai certainement pas pour lui. Tout le reste n’est qu’argutie.