Mais dans le même temps je veux être lucide, honnête, franc, sincère. Je refuse toute présentation idyllique de la mondialisation. Je ne ferai pas croire que tout le monde y gagne. Je n'accepte pas d'entendre que tous ceux qui en souffrent n’ont rien compris.

Ce serait refuser de voir la détresse au milieu de l’abondance. Ce serait refuser de voir, derrière l’espérance d’une hausse du niveau de vie pour tous, la précarité qui monte dans les pays qu'on dit riches. Ce serait oublier la misère matérielle et morale de millions d'individus, hommes, femmes et enfants, qui sont encore exploités comme des bêtes de somme pour gagner à peine de quoi survivre. Ce serait oublier la souffrance provoquée par la dégradation des conditions de travail dans les entreprises confrontés à une concurrence de plus en plus âpre. Ce serait oublier les terribles cicatrices infligées à certains territoires et à certaines familles par les restructurations d'activité et les délocalisations. Je veux prononcer ce mot car il décrit une réalité douloureuse et parfois inacceptable. Ce serait refuser de voir derrière les succès, le creusement des inégalités et la montée de la violence. Je veux être l'homme qui dénonce les injustices pour mieux les combattre. Sans un diagnostic courageux, on ne peut s'attaquer aux causes du mal. La mondialisation, c'est hélas aussi 15 à 20 millions de travailleurs bon marché et sans protection sociale qui entrent chaque année sur le marché mondial du travail. C'est un dumping économique, social, environnemental et monétaire effréné. C’est une pression migratoire sans limite qui trouve sa source dans les drames de l'Afrique qui n'arrive pas à surmonter son explosion démographique. Le résultat ce sont des émigrants qui s'entassent au péril de leur vie dans des embarcations de fortune. La mondialisation, c’est le réchauffement climatique et l'acidification des océans, bouleversements lourds de dangers pour les grands équilibres écologiques de la planète, donc osons le dire : pour la survie même de notre espèce.

La mondialisation ce n'est pas seulement l’ouverture des frontières et le dialogue pacifique entre les cultures. C’est aussi de nouveaux murs qui s’élèvent pour séparer les peuples. C'est l'exacerbation des crispations identitaires, la radicalisation des esprits fragiles ou ignorants, la résurgence des nationalismes les plus sectaires et des fanatismes religieux les plus virulents. La mondialisation c’est la plus grande abondance et la plus grande frustration, la modernité la plus avancée et l'obscurantisme le plus forcené, qui se confrontent sans échappatoire dans l'immédiateté du temps réel. Je le dis pour que l'on me croie car on peut toujours essayer d'expliquer à l’ouvrier de l’industrie que les délocalisations « c’est un phénomène marginal ». On peut toujours dire aux habitants des bassins industriels sinistrés que si l’on détruit des emplois ici ce n’est pas si grave parce qu’on en crée ailleurs. On peut toujours annoncer aux patrons de PME victimes du dumping et de la contrefaçon que ces distorsions disparaîtront d’elles-mêmes dans 30 ou 40 ans, quand les ouvriers chinois ou indiens auront réclamé leur dû. On peut toujours le dire…mais à l'arrivée on ne sera pas cru parce que les Français ne se contentent plus de discours. Ils veulent des faits, des actes, des décisions. Je veux être celui qui les propose, qui les imagine et surtout qui les mette en oeuvre. C'est comme cela qu'on endiguera la montée du vote protestataire, le rejet de la mondialisation, le ralliement de couches de plus en plus larges de la population aux thèses protectionnistes. Tout le problème est là. L'Etat doit protéger sans être protectionniste. Le mot protection ne me fait pas peur. Je l'assume. On ne peut pas répondre à la souffrance sociale et aux angoisses légitimes : « c’est triste mais on n’y peut rien ». On ne peut pas continuer de répondre à l'angoissante question de l'avenir que le marché est tout et la politique rien. Je n'accepte pas cette vision parce qu'elle est fausse. L'accepter c'est faire le lit de tous les extrémismes. Je n'accepte pas l'idée que le combat politique ne sert à rien. Je n'accepte pas l'idée que la mondialisation soit le nouveau nom de la fatalité. La politique est impuissante quand elle ne veut rien. Quand on ne veut rien, on ne peut rien. Voilà ma conviction. Seule la politique peut mettre la mondialisation au service de l'homme. Seule la politique peut prévenir la révolte de l'homme contre une mondialisation dont il a le sentiment qu'elle l'asservit au lieu de le libérer. L'avenir dépend de nous. Le pire serait de se résigner et de subir. Je ne veux pas subir. Je ne suis pas résigné.