C'est n’importe quoi. J’ai même du mal à le croire. L’Assemblée nationale française vient d’adopter une proposition de loi du PS visant à sanctionner la négation du génocide arménien. Le 29 janvier 2001, une autre loi reconnaissait déjà officiellement le génocide. Un amendement, présenté par l’enfant d’Arménien Patrick Devedjian, visant à exempter de poursuites les recherches universitaires, scientifiques et historiques, a même été rejeté. Mieux encore, François Hollande, sur la Chaîne parlementaire, a indiqué que si l’actuel gouvernement ne va pas jusqu’au bout de cette démarche, elle sera reprise après 2007 par la nouvelle majorité – si c'est celle de M. Hollande, évidemment.

Comme l’a dit de manière éclairante le stalinien socialiste René Rouquet, Val-de-Marne) il y a selon lui « nécessité d’aller au terme du processus et de combler le vide juridique, aussi cruel qu’inutile, qui subsiste en punissant ceux qui contestent la vérité historique, reconnue et établie par une loi de la République ».

Si d’aventure quelques doutes étaient encore permis, ils disparaissent ici même. L’objet de cette loi est bel et bien d’instituer une vérité d’Etat plutôt qu’une vérité historique, de faire travailler les procureurs et les juges plutôt que les savants et les historiens.

Comme l’écrit l’association Liberté pour l’histoire, « L’Assemblée nationale vient d’ôter le masque : ce ne sont pas d’éventuels “troubles à l’ordre public” qu’elle entend empêcher par ces lois, c’est bien la recherche universitaire et tous les enseignants qu’elle veut, sous peine d’amende ou de prison, soumettre aux vérités officielles qu’elle édicte ».

Pendant qu’on y est, des dispositions similaires pourraient être proposées au sujet de l’esclavage, reconnu par la loi Taubira comme un « crime contre l’humanité ». « Demain, ce sera le tour des Vendéens, et après-demain des Albigeois ! », s’exclame Pierre Nora, qui se dit « épouvanté » par cette « formidable régression ». Ce n’est pas à l’Etat, et encore moins aux députés, d’écrire l’histoire. C'est tout au plus le rôle des professionnels, qui d’ailleurs bien souvent ne sont pas d’accord entre eux, tant la vérité provient de la confrontation des thèses et de l’opinion que chaque individu se fait. La loi ne sert à rien, elle est même néfaste à moyen terme ; seule l’honnêteté importe.