Franz-Olivier Gisbert nous a récemment refait le coup de ses cahiers à spirales, sur lesquels il note l'intégralité de ses rencontres avec les hommes politiques français du moment. Je dis refait, car il vous suffit de relire le quatrième de couverture de la Fin d'une époque, écrit alors que FOG n'était pas encore un transfuge du Nouvel Obs au Figaro, pour comprendre que tout ne sera pas de l'ordre de l'exclusivité dans La Tragédie du président, et qu'il y aura donc une part non négligeable de resucée. Et c'est bien le cas.

Toutefois, il y a à mon sens des passages pas inintéressants du tout, tels que celui-ci, lorsque, au sortir de l'été 1995, Alain Juppé, tout juste nommé Premier ministre, congédie sans ménagement Madelin. Lsions FOG :

Ce limogeage à la hussarde est une erreur politique. Certes, Alain Madelin est trop impulsif, trop balourd, trop "personnel". Un turlupin, doublé d'un malappris. Chaque fois qu'il serre la main, il perd un électeur, car il est rare qu'il le regarde. Surtout pas dans les yeux. Il a beau se prendre pour un intellectuel, citer Frédéric Bastiat, et se piquer d'idéologie, il y a chez lui une grossièreté et un sans-gêne qui font de son compagnonnage une épreuve redoutable.

Et on apprend une précision intéressante.

Juppé prétend qu'il n'avait pas le choix : "La veille de sa déclaration, j'avais réuni tous les poids lourds du gouvernement pour mettre au point la stratégie de septembre. On a parlé très librement et il était entendu que rien, de nos débats, ne devait filtrer à l'extérieur. Pas question de mettre le feu aux poudres. Ni de provoquer les syndicats de fonctionnaires. Quelle n'est pas ma stupéfaction quand, le lendemain, j'entends Madelin reprendre mot pour mot nos propos ! C'était un cas d'école de parole non tenue. D'irresponsabilité aussi. Quand j'ai vidé Madelin, je lui ai dit exactement ça : "je ne peux pas garder dans mon gouvernement quelqu'un qui ne joue pas le jeu".

Je trouve, pour avoir cotoyé l'un des protagonistes, de loin, que tout cela sonne très juste.