L’ami Hashtable s’interroge sur la légitimité de la polémique liée à l’affaire Clearstream. Il considère que c'est l’exemple type du non-événement, car

Ici, les média manipulent clairement l'opinion pour obtenir une tête ; car enfin, qui se fiche réellement, à part les présidentiables et les quelques politiciens habituels gravitant autour, des tenants et aboutissants de cette affaire, qui, rappelons-le, est totalement bidon ? Qui veut réellement savoir si une enquête fut diligentée sur Sarko ? Vous ? Moi ? Honnêtement, je n'ai que foutre des petites turpitudes de ces gens là. Beaucoup, je pense, regardent se dérouler cette affaire, l'air mi-goguenard, mi-incrédule, comme devant un Interville aux vachettes effervescentes, attendant de voir qui va chuter ; mais en réalité, tout le monde se fiche du quidam qui se prend les coups de cornes, personne n'accorde d'attention à la vachette. Seule la chute compte.

S’il est vrai que les médias font enfler cette affaire comme ma mère les soufflés au fromage, et si Bruno Frappat a probablement raison lorsqu’il écrit que

On ne saura jamais comment Revel aurait commenté dans ses chroniques la terrible et sombre affaire Clearstream. On se doute un peu qu'il eût, une fois de plus, dénoncé le journalisme de précipitation et l'opposition enfiévrée s'additionnant pour réclamer la démission d'un premier ministre sous la seule raison qu'un témoignage indirectement rapporté l'accusait d'une vilenie non prouvée.

On imagine sans grand risque de se tromper que Revel eût brodé sur le masochisme français, sur notre incapacité à vivre la politique comme une lutte d'idées et de propositions, lui préférant la version feuilleton sordide, méchants terrés dans l'ombre, dagues sorties du fourreau, traîtres rodant dans les parages de la vertu, équipages douteux, associations d'intérêts et de malveillances. Il eût moqué la presse, le pouvoir, les assemblées, les benêts et les forbans, et renvoyé tout le monde dos à dos. Il eût redit qu'on ne faisait de bonne politique ni avec de bons sentiments ni avec de mauvaises pensées et que, décidément, cette France qui va, court à sa perte avec arrogance, fonçant dans les murs qu'elle dresse elle-même devant son propre avenir, se plaisant à donner au monde le spectacle d'une troupe d'ivrognes à la sortie d'une soirée trop arrosée et criant dans la nuit tandis que les braves gens essaient de dormir. Il eût brocardé cet échauffement, ce choc des outragés compétitifs et des vertueux ambitieux. Il eût rappelé quelques épisodes de l'Antiquité, cité des vers de Racine, une formule de La Bruyère et rêvé avec beaucoup que ce déluge, lui aussi, sur la terre de nos soucis "stagne un instant" puis disparaisse."

Du reste, Hashable l’écrit lui-même, car il détaille fort justement les tenants médiatiques qui tiennent tant en haleine la ménagère de moins de cinquante ans :

Avec l'affaire Clearstream, on assiste en effet à ce que la vie politique française a de plus croustillant. Tous les ingrédients d'un roman de gare efficace sont réunis dans ce scandale choc pour politicien chic en mal de chèques :

  • de l'argent, beaucoup. On parle de millions d'euros. De comptes au Luxembourg. De transferts, de banques discrètes...
  • des acronymes aguicheurs (DGSE, DST), des institutions importantes (ministère de l'Intérieur, cabinet du Premier, l'Elysée)
  • des taupes, des espions, des généraux dans le renseignement, de l'informatique haute-voltige
  • des juges incorruptibles, des policiers qui perquisitionnent
  • de l'aventure, du suspense, de l'action, des traîtrises, des coups de théâtre.

Il n’empêche qu’il y a dans cette affaire quelques points que pour ma part j’aimerais assez voir élucidés. Au premier rang desquels la place précise qu’a occupé dans cette affaire, ou plutôt la nature des liens, qui unissent la tentative de manipulation et les milieux de l’armement, puisque il est assez clair à présent que ceux-ci sont fortement impliqués. Ensuite, j’aimerais savoir s’il y a bel et bien eu disparition de certaines pièces judiciaires – et lesquelles – comme l’affirment les deux magistrats chargés de l’enquête. Enfin et surtout, j’aimerais savoir si cette affaire de manipulation n’en est qu’une, autrement dit si elle est totalement sans fondement, ou bien si, comme il n’y a jamais de fumée sans feu, se cache derrière cette agence de placement de véritables turpitudes, comme spontanément je le crois.