Lolita

Film de Adrian Lyne (1997), avec Jeremy Irons, Melanie Griffith, Dominique Swain.

Belle adaptation du roman de Nabokov, moins prude que la version de Kubrick de 1962, bien que, censure anglaise oblige, de nombreuses scènes d'amour entre le beau-père vieillissant et la jeune fille de 14 ans, aient été coupées au montage. Quand on pense que le réalisateur est celui de feu Flashdance, on se dit que, tout de même, il y a vraiment du chemin parcouru. Ici, on se rapproche plutôt d'une sorte de Premiers désirs, le premier film d'Emmanuelle Béart, mâtiné d'érotisme soft un brin vicelard sinon pédophile, que je trouve moins tapageur, et de très loin, que Jean-Jacques Annaud dans l'Amant.

J'ai pour ma part très peu de penchants pour ce genre de péchés, fort répandu dans le milieu ecclésiastique, mais je dois tout de même me plaindre du fait que l'actrice qui joue le rôle de Dolores, alias Lola, alias Lolita, Dominique Swain, a plutôt 17 que 14 ans. Et ça se voit, c'est dommage.

Au fait, je n'ai pas encore évoqué l'histoire de ce film. La voici :

Humbert, brillant professeur de lettres françaises dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre, loue une chambre chez une veuve esseulée, Charlotte, qui tombe amoureuse de lui. Provinçiale écervelée et bavarde, elle incarne ce qu'Humbert déteste le plus au monde, mais elle possède un atout inestimable: sa fille Dolores, dite Lolita, une espiègle et ensorcelante nymphette qui rappelle irrésistiblement au professeur le tragique amour de jeunesse dont il ne s'est jamais remis.

Comme Ingen sur allocine, j'ai été séduit moi aussi par ce film. Cette adaption montre vraiment tous les ébats des jeunes amants (contrairement à la version de Kubrick qui laisse plus sous-entendre) mais là où certains pourraient penser que ce sujet est malsain et contre nature, (euh, ce qu'il est, tout de même), nous découvrons bien vite les tourmants d'un homme à l'égard d'une fille. Cette même fille qui joue avec cet homme. Ces deux êtres qui se repoussent et qui s'attirent. C'est un amour meurtri par les fantasmes de l'être. Le film multiplie les allusions ambigues ainsi que la symbolique dans les plans et les objets que manipulent les personnages.

La musique, signée Ennio Morricone, colle parfaitement à l'atmosphère si particulière. Si moite, si troublante, si enivrante. Et l'on se prend à être dans la peau de Jeremy, à détester sinon mépriser, comme lui, la mère castratrice jouée par Melanie. A se perdre corps et âme dans les courbes fines mais troublantes de Lolita. Je trouve donc cette version bien supérieure à sa grande soeur, même si l'adaptation de Kubrick souffrait de quelques longueurs, malgré l'excellence de son interprétation (dont le trio Sue Lyon, James Mason, Shelley Winters), mais surtout de la censure qui empêcha de restituer le climat du livre original. La censure a beau être encore présente ici, elle l'est dans un degré moindre, années quatre-vingt dix obligent.

En contrepoint, je voudrais indiquer ici un avis contraire, celui de Duc_Kinder :

Une déception. Lolita est mon livre favori, et l'adaptation de Kubrick m'avait déjà fort impressionné, mais cette dernière s'éloignait déjà du livre (malgré un scénario de Nabokov lui-même). Cette nouvelle adaptation avait presque tout pour plaire. Jeremy Irons dans le rôle d'Humbert est parfait, vraiment l'acteur qu'il fallait, Melanie Griffith, ouais bon pourquoi pas... Dominique Swain par contre je ne suis pas vraiment convaincue. La reconstitution est magnifique, les décors, les costumes de même, on y est, on baigne dans l'univers du livre, les couleurs sont parfaites, la lumière aussi, mais pourquoi avoir choisi Adrian Lyne comme réalisateur ? Avouons le, il a saboté le film. Des plans trop sommaires, une ambiance parfois qui frise le ridicule (Humbert qui parle à l'inconnu à l'hôtel... Ridicule cette scène, pour un amateur du livre c'est franchement dur à supporter). Et puis il manque cette magie, il manque de sentiments tout simplement. Là où la version de Kubrick innovait (à l'époque) avec une narration très originale, Lyne accumule les longueurs et donne l'impression d'avoir fait ce film vite fait, sans avoir aimé le bouquin. Il n'y a qu'à voir la scène où Humbert rencontre Dolores. Dans la version de Kubrick on est ébloui par la beauté de la scène, du montage, des acteurs. Dans la version de Lyne on a un plan pompeux à l'extrème et surjoué. Je suis déçu, tout simplement. Lyne ne s'est pas approprié le livre, il l'a juste adapté trop classiquement, sans se soucier de l'importance des mots de Nabokov, et sans se soucier de conférer à son oeuvre un soupçon d'âme. Un bravo tout de même aux techniciens pour la reconstitution, les décors sont parfaits.

Pour ma part, je serai largement plus mesuré. Une très belle mise en scène, des acteurs qui jouent juste. Si l'adaptation du roman de Nabokov me semble plus fidèle que la version de Kubrick, à laquelle on ne peut, là encore, s'empêcher de la comparer, il faut néanmoins être très clair (et sur ce point je rejoins totalement Duc) : ce film, à vrai dire nettement meilleur que je me l'imaginais (et que l'Amant, au passage), ne vaut tout de même pas le roman.

(la photo, c'est bien Dominique, mais quelques temps après la sortie de Lolita ;)

Celebrity

Film de Woody Allen (1998), avec Judy Davis, Kenneth Branagh, Melanie Griffith, Famke Janssen, Leonardo DiCaprio, Hank Azaria, Winona Ryder, Charlize Theron, ...

A travers l'histoire de deux personnages, la célébrité est abordée sous toutes ses formes, depuis la renommée nationale jusqu'à l'admiration locale d'un cercle restreint. Chronique de notre temps, plongée dans la société glamour et branchée de New York, une comédie de moeurs en demi-teintes où s'entrecroisent une dizaine de personnes aux aspirations sentimentales et professionnelles contrastées. Voici quel est le synopsis de ce film (merci allociné).

J'ajouterai que ce film est aussi celui de la parabole alleniene autour de la séparation / ressurection. Les deux personnages principaux divorcent au début, sur la demande de monsieur, et madame connaît les abîmes de la déréliction et de la dépression. Pourtant, ce sera au final elle qui s'en sortira le mieux, car, alors qu'elle s'était résignée sur les conseils d'une amie à rencontrer un chirurgien esthétique, elle fait la connaissance d'un type extra, producteur télé de son état, qui sera le catalyseur de sa nouvelle vie, finalement meilleure et plus épanouissante que la précédente. Lee, son ex-mari, aura beau multiplier les conquètes, toutes plus improbables les unes que les autres (Melanie, Winona et Charlize, sans oublier la sublissime Famke, ben voyons), c'est seul et malheureux, amoureux d'une femme infidèle, qu'il finira.

Sur le film en tant que tel, et non plus sur l'histoire, je partage toutefois l'avis exprimé ici :

Si on compare à un film de Rolland Emmerich... je donne 4 étoiles, mais pour un Woody, c'est plutôt moyen. Trop mou, l'objectif pas assez clair. Judy Davis est fantastique, mais Kenneth Branagh est franchement moyen, presque nul. Leo est là juste pour dire et Melanie Grifith est trop "pin-up" pour jouer dans un Woody. Elle manque de classe... franchement vulgaire. Enfin, la photo est magnifique, bravo Sven ! Mais l'ensemble est trop....moyen, au risque de me répéter.

Le film est tourné en noir et blanc, ceci joue probablement beaucoup dans la qualité de la photo. DiCarpaccio est aussi médiocre que d'habitude, et ce n'est pas la présence d'une telle kyrielle de stars qui suffit à faire un grand film. Certains rôles ne sont pas spécialement crédibles, c'est le cas, en effet, de ceux de Melanie, de Kenneth, mais aussi de Charlize par exemple, top-model amoureuse d'un looser. Seuls tirent leur épingle du jeu Famke, à la beauté rayonnante et qui n'en fait pas trop, Joe Mantegna dans le rôle du producteur télé, Winona la starlette nymphomane, et plus encore Bebe Neuwirth, excellente prostituée devenue professeur de sexe pour Judy, qui s'entraîne à la banane !

Claude Sautet a dit que

ce qui me frappe est de voir que plus les films de Woody Allen semblent composés de sketchs distincts, pas forcément reliés entre eux, plus la continuité est grande. Comme une seconde nature qui trouverait à s'exprimer sans qu'on y prenne garde.

C'est assez vrai, mais Woody n'a-t-il pas fait mieux ?

Freakonomics

Je n'ai pas encore parlé de ce bouquin de Steven-D Levitt et Stephen Dubner. C'est un tort, car il est très intéressant. Voire passionnant. L'auteur, qui pour l'occasion a utilisé un journaliste comme porte-plume, est un économiste quelque peu hétérodoxe, au moins dans les thèmes qu'il aborde. Ce livre lui permet d'exposer la raison pour laquelle, et ce n'est qu'un exemple, la légalisation de l'avortement il y a trente ans, a des conséquences positives aujourd'hui sur la démographie de la criminalité. Comment le choix d'un prénom est pour des parents une preuve de contextualisation sociale. Il montre aussi que la piscine du voisin est sans nul doute plus dangereuse pour votre enfant que le flingue que range dans son tiroir ce même voisin.

Du Pouvoir - chapitre 4 - Les origines magiques du pouvoir

Livre II, chapitre 4 de Du Pouvoir de Bertrand de Jouvenel - les origines magiques du pouvoir

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Lordi

Tiens, je croyais que c'était Gwar qui avait gagné l'Eurovision, j'étais donc mort de rire. Il s'agit en fait de Jordi (dur dur d'être un bébé), c'est bien ça ?

Sinon, lisez plutôt Lafronde ou Taranne.

Et si vous pensez que Drucker and co sont des cons, vous pouvez toujours signer la pétition ici.

A contrario, certains commentaires rigolos ici. J'aime tout particulièrement celui-ci :

Jean Naimard, Merdorp

J'aimerais comprendre : ou bien il y a une énoooorme magouille, ou bien l'Europe est tombée encore plus bas dans le vulgaire, la culture de bas étage. La Belgique crie stop à la violence sous toutes ses formes, et l'Europe en fait l'apologie. Je suis allé il y a quelques années en Finlande, j'y avais vu des gens doux, calmes, aimant la nature. Dieu quel changement. Bien sûr, je n'ai sans doute rien compris au message "angélique" de ces monstres finlandais.

C'est marrant, j'aime bien la nature, et suis plutôt doux aussi. Enfin, à choisir entre les monsteux façon Slipknot et les nombreuses chanteuses portant des robes ras la ******, mon coeur balance...

Da Vinci Conne

Comme tout le monde ou presque, je suis allé voir le Da Vinci Code. Je n'ai pas trouvé ce film aussi médiocre qu'on veut bien le dire, je trouve même que Ron Howard s'en sort plutôt bien dans son fil rouge narratif. Il n'insiste pas outre mesure sur les énigmes qui émaillent le roman, parfois relativement absconses. La mise en scène souffre clairement de fortes crises d'asthme, mais au moins Ron a suivi à la lettre chacune des scènes écrites par Dan Brown. Sans doute trop, il aurait fallu que le scénario soit un peu vitaminé, notamment pour que le début du film donne moins au spectateur l'irrésistible envie de s'endormir.

Pour vous réveiller, vous pouvez toujours, après avoir vu le film, regarder ceci.

Non, le vrai problème de ce film, pas mauvais, juste tiède, est ailleurs.

Ce n'est pas cette histoire à dormir debout de descendante du prophète judéo-chrétien. C'est, bien plus prosaïquement, un casting un peu loupé. J'ai connu Tom Hanks en meilleure forme, il est loin d'autres de ses prestations, nombreuses, diverses, et souvent réussies. Il s'en tire avec le minimum syndical, rien de plus. Jean Reno, et la plupart des seconds rôles, y compris celui de Silas, sont de bonne facture, sans friser le génie, loin de là.

La vraie erreur de casting, et ne dites pas que je suis mono-maniaque, je le sais bien, c'est la quiche interplanétaire, celle que seule Sophie Marceau envie, Audrey Tautou. Non contente d'être aussi mauvaise que dans ses précédents films, ce qui en soi ne doit pas être bien compliqué, elle est pire encore, aussi crédible en Sophie Neveu que votre serviteur en transsexuel afghan. Oui, elle est mignonne, avec son sourire niais quoique relativement charmant, ses grands yeux noirs, ses jambes magnifiques et sa poitrine accueillante, même si dans le DaVinci Code on ne peut pas dire qu'elle pratique l'exhibition à outrance. Elle a le physique d'une excellente vendeuse d'H & M, mais pour le cinéma, une autre qualité est parfois requise : le talent.

Revel

Chacun y va de son texte, tant et si bien que je ne sais quoi ajouter. Je préfère donc vous inviter à lire ceci, ou encore ce billet et enfin celui-là.

Lunettes noires

Vous souvenez-vous de Lunettes noires, chanson interprétée par Helena (à l'époque LNA) Noguerra, la sublime petite soeur de Lio ? J'aimerais bien vous la faire écouter, si tel n'est pas le cas, mais je n'ai pas de fichier son, juste le clip.

Ca date de 1989, c'est musicalement extrêmement mauvais, et Helena se dandine durant tout le clip, parfois en bikini, parfois en robe moulante, parfois enfin dans des tenues plus improbables encore. Du grand art. Je laisse la parole à Emilie, qui nous brosse (à reluire) le portrait de notre amie Helena :

La vie est parfois injuste : alors que certaines filles accumulent visage ingrat, anonymat et cellulite, d’autres se gardent pour elles la beauté, la notoriété et le talent. C’est le cas de Carla Bruni, mais aussi d' Helena Noguerra, qui s’est fait connaître grâce à sa demi-sœur Lio, mais qui ne doit sa réussite qu’à elle-même, transformant tout ce qu’elle touche en or et en perles divines. Top Model, animatrice télé, actrice, chanteuse piquante et sensuelle, romancière inspirée et auteur de textes plein d’humour, Helena a su s’imposer avec brio dans tous les domaines et prouver que l’on pouvait avoir à la fois un corps de rêve, un visage d’ange et un cerveau bien fichu…

Helena Noguerra n’est pas vraiment née dans la nature, mais dans une grande ville, à Bruxelles, le 18 mai 1959. Le jeune fille se retrouve sur les podiums dès l’âge de 15 ans, parcourant le monde entier pour défiler en robe haute couture. Après son expérience de mannequin, Helena fait l’animatrice pour la télévision mais aussi pour la radio. On la retrouve aussi sur le grand écran, et aussi dans les bacs puisque dès 1989, la jeune femme sort son premier single, « Lunettes Noires ». Après la sortie d’un second titre en 1992, « Rivière rouges », Helena joue en groupe avec Ollano puis revient en solo en 1996 avec l’album « Projet Bikini ».

En 2001, Helena sort un deuxième opus en solitaire, « Azul », dont les sons bossa et la voix sexy de la chanteuse séduisent le public comme la presse spécialisée. Pour la composition des chansons de ce nouvel album, c’est Helena qui s’est chargée de l’écriture des textes, tandis que son compagnon Philippe Katerine s’est occupé des arrangements et des mélodies. Un an plus tard, Helena s’essaye à la littérature et publie « L’ennemi est à l’intérieur ».

Il faut attendre 2004 pour que paraisse le troisième disque en solo d’Helena, « Née dans la nature » qui de nouveau emballe les foules et défraye la chronique. Une fois de plus, Helena a écrit les paroles, souvent très drôles et décales, de ses nouveaux morceaux, et Philippe Katerine a apporté son talent hors pair de compositeur inspiré et original à cet excellent album. Sur cette nouvelle galette, Helena s’est réapproprié avec beaucoup de piquant le « Can’t Get You Out of My Head » de Kylie Minogue. La même année, Helena a publié un nouveau roman, « Et je me sus mise à table ».

Bon, je ne savais pas nécessairement qu'un phare de la pensée s'était levé, non pas d'ailleurs en 1959 mais en 1969 (la pauvre, l'erreur n'est pas très sympathique). On en apprend tous les jours.

C'était son anniversaire hier, et je m'excuse platement auprès d'elle de l'avoir loupé. J'espère me rattrapper en la rappelant à vos bons souvenirs.

Du Pouvoir - Chapitre 3 - Les théories organiques du pouvoir

Chapitre 3 de l'ouvrage de Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir. Les théories organiques du pouvoir.

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77%

En 1986, année de naissance de nombre d’étudiants qui ont manifesté contre le CPE, la dette publique représentait en France 39% du PIB, comme aux Etats-Unis ; 58% en Grande-Bretagne. En 2006, ces chiffres s’élèvent respectivement à 77, 35 et 47% (source OCDE). Cela signifie que, sur la période, les parents anglais et américains ont moins dépensé que la richesse qu’ils ont créée, puisqu’ils ont réduit leur endettement, quand les parents français dépensaient 38% de plus que la richesse produite. Or, nous savons que cette « sur-dépense » n’a pas trouvé sa contrepartie en croissance et en emplois. La croissance française a été inférieure à celle des pays précités. Quant au taux de chômage, il atteignait, en 1986, 11% en Grande-Bretagne, 7,2% aux Etats-Unis, mais il est aujourd'hui inférieur à 5% dans ces deux pays, alors qu’en France il est passé de 10,2% à 9,7%. Depuis des années, la génération aux commandes a surconsommé et a été surprotégée (retraites, santé…) au détriment de ses enfants.

Le système a profité en réalité à une minorité de travailleurs. Et la multiplication des régimes spéciaux montre que plus on été protégé des effets de la mondialisation, plus on bénéficiait d’ « avantages acquis » (garantie de l’emploi, meilleure retraite, meilleure couverture santé) car on avait la capacité de bloquer le bon fonctionnement de ceux qui, eux, se trouvaient en première ligne. Quant aux syndicats, ils ont davantage défendu ceux qui avaient un travail que recherché les solutions susceptibles d’intégrer les exclus du monde du travail. Que dire d’un monde politique qui, des 35 heures à l’ISF, s’est acharné à mettre en place les mécanismes garantissant la fuite des capitaux et la délocalisation des entrepreneurs ? Enfin, n’oublions pas les syndicats de l’Education nationale qui, en partie par idéologie, en partie au nom de la défense d’intérêts catégoriels, se sont mis en travers de toute réforme qui aurait pu permettre d’adapter la formation au monde du travail.

Que de tels comportements aient abouti aux résultats que nous connaissons, rien de surprenant. L’économie est une branche de la logique. Que cette situation pousse une jeunesse au désespoir ou à la frustration, comment ne pas le comprendre même si on le regrette. Mais que cette jeunesse manifeste avec ceux qui n’ont eu de cesse d’ajouter leurs pierres au mur derrière lequel ils sont enfermés laisse quelque peu pantois. Les victimes ne sont pas obligées de manifester avec leurs bourreaux…

Marc de Scitivaux

Ma démocratie n’est pas la vôtre

La démocratie libérale occidentale a pris deux figures distinctes, l’une façonnée par la France, l’autre par la Grande-Bretagne. Ma préférence me porte naturellement vers l’expérience britannique, qu’on a appelé la « démocratie de Westminster ». Je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

En France, l’idéal républicain s’est construit non seulement contre la monarchie mais également et autant contre la religion. La république dans son principe, la souveraineté de la volonté générale, réalise dans la sphère politique le programme philosophique illuministe (faire advenir l’homme à sa majorité) : le gouvernement des hommes n’obéit plus à Dieu ou/et à la tradition mais à la raison. La république fait donc prévaloir une vision certes laïcisée mais encore transcendante de la politique. Celle-ci ne se réduit pas à l’administration des hommes mais a pour objet la définition et la réalisation d’un projet collectif de vie commune, ce qu’Hannah Arendt, dans La crise de la culture, appelle la concrétisation de la destinée historique de l’homme.

Ce fondement transcendant rend compte de la sacralisation du mandat représentatif. Dans la théorie républicaine, l’élu ne représente pas une collectivité donnée dans ses particularismes mais une parcelle de la collectivité nationale. Il est donc à ce titre dépositaire de l’intérêt général. La conception républicaine orthodoxe s’oppose donc incontestablement à toute notion de représentativité sociologique. Puisque le représentant est l’expression de la raison, il convient que soient désignés les plus capables : la république est élitiste.

Cette sacralisation trouve son reflet dans les solennités républicaines. De fait au-delà des projets de la Convention de fondation d’un culte citoyen (l’Être suprême) et d’une liturgie républicaine (scandée par le calendrier révolutionnaire et le bouleversement de la toponymie et des patronymes), la république a conservé des rituels quasi religieux. Maurice Agulhon a pu ainsi montrer que « chaque fête religieuse a son double profane ». Par ailleurs, la volonté d’édification est restée présente avec les catéchismes républicains (domaine dans lequel Jules Barni et Jules Ferry, qui rédigea lui-même une version en 1863, s’illustrèrent). Enfin, le formalisme du serment constitue l’analogue laïc du sacrement. Elle se manifeste également dans le rituel de l’acte de voter, conçu comme l’opération quasi mystique de dévoilement de l’intérêt général (le dimanche, en mairie, réglé par une « procession » - au sens étymologique mais aussi quasiment au sens religieux du terme de l’électeur de la table des registres à l’isoloir puis au bureau de vote, surélevé comme un autel) qui contraste avec la banalité des opérations électorales au Royaume-Uni (vote en semaine, dans n’importe quel lieu, supermarché, dispensaires…). Pour reprendre les termes de Dominique Schnapper (La démocratie providentielle), le scrutin est « le moment fugitif où la communauté des citoyens prend conscience d’elle-même ».

Cet idéalisme républicain tranche par rapport au modèle démocratique britannique, sans doute moins connu chez nous mais qui mérite de l’être bien plus. La démocratisation en Grande-Bretagne a pris quelque huit siècles (de 1215 à 1911). Elle est issue historiquement comme intellectuellement - c’est l’héritage de Locke puis de l’utilitarisme - de l’affirmation progressive des droits de l’individu : propriété, vie privée, sûreté etc. Alors qu’en France, la République constitue en quelque sorte une libéralisation du pouvoir (dont ses virtualités tyranniques voire totalitaires, écoutez mes copeaudcasts consacrés à Du Pouvoir de Jouvenel), au Royaume-Uni, la démocratie le contraint (cf. le mot de Lord Acton « Si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » et la théorie des checks and balance).

Loin de représenter une nouvelle transcendance (puisque, en apparence, le pouvoir suprême continue de procéder de la tradition et du religieux : le souverain est également chef religieux), la démocratie britannique est au contraire un art de concilier la liberté de chacun. Il est donc légitime que les intérêts particuliers soient représentés au sein du Parlement et ils ne peuvent pas mieux l’être que par les intéressés eux-mêmes. C’est ce modèle de Westminster qui, diffusé par le Commonwealth, imprègne la logique à l’œuvre dans des États comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie. Le Parlement doit offrir une maquette aussi fidèle que possible de la diversité de la population nationale. Dès 1780, John Adams, l’un des pères fondateurs de la démocratie américaine, défendait la logique de la représentation miroir en affirmant : « L’assemblée devrait être en miniature le portrait exact du peuple entier. Elle devrait penser, sentir, raisonner et agir comme lui ».

Vous croyez encore que le modèle républicain transcendant a de l’avenir, sérieusement ?

Ummavenir ?

Une lecture récente :

Attentas suicides, révolte dans les cités, intimidations (affaire des caricatures) pour borner la liberté de la presse… l’Occident apeuré découvre un extrémisme que la poésie médiévale et mystique d’Ibn’Arabi ne laissait pas présager. Certes, les séquelles de la colonisation, la guerre d’Irak, l’abcès israélo-palestinien contribuent à échauffer les esprits. Mais la question demeure : et si l’islam était allergique à notre conception de la modernité ?

En réalité, ce qui sépare l’Orient musulman de l’Occident chrétien, c'est moins l’attitude face aux techniques que face au pouvoir. Pour les disciples de Mahomet, le clan, auquel se substituera plus tard l’umma (communauté des croyants), constitue le trait d’union entre Dieu et les hommes. Pour les héritiers de l’antiquité judéo-chrétienne, c'est la terre. Paroisse, champ, royaume, peu importe. Mais un espace sur quoi fonder l’Etat-nation…

Triomphant au XIXe siècle, ce modèle européen survivra-t-il au XXIe ? rien n’est joué tant l’ontologie de l’islam semble irrésistiblement adaptée à la globalisation des échanges et à leur corollaire, l’émergence de normes supranationales, qui appelle une éthique propre à la communauté des hommes…

Ce qui n’est rien d’autre que le principe posé par l’islam.

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