La discrimination positive a l’oreille attentive de nos dirigeants. On la pare de toutes les vertus, de toutes les qualités, elle permettrait de résoudre enfin la question du sort malheureux des populations les plus faibles, des immigrés, des femmes, des gays, des roux à taches de rousseur et des zoophiles.

Seulement voilà, tel le Faucon millenium s’engouffrant dans la gueule d’un monstre interstellaire, le plus faible s’enfonce, grâce à la discrimination positive, dans le piège communautaire que Mathieu[1] a si bien résumé :

Dès lors qu’existent des avantages spécifiques et des droits réservés à ceux qui répondent à un critère de type ethnique, sexuel ou racial, ces derniers subissent une incitation irrésistible – et compréhensible – à se refermer sur eux-mêmes dans le simple espoir de continuer à bénéficier de ces droits ou d’en augmenter le nombre. Le piège communautaire consiste précisément à passer du « droit à la différence à des droits différents ».[2]

C'est ce que moi j’appelle la stratégie de la vieille huitre, mais bon passons.

Ce qui est certain, c'est que loin de résorber les tensions, la discrimination positive incite à officialiser les aigreurs, à organiser les récriminations et à gagner en influence pour obtenir de l’Etat tout-puissant un privilège ou une dérogation.



A celle-ci, je préfère et de loin l’argumentaire de Thomas Sowell[3], dont je vous ai parlé il y a peu, lui, le Black de Harlem, qui considère qu’il faut se battre pour une seule chose : l’égalité des chances. Il est selon lui plus que dangereux d’imposer une obligation de résultat fondée sur des quotas ethniques explicites ou implicites. D’ailleurs, nous dit Sowell, les Portoricains, qui bénéficient de protections spécifiques, sont en moyenne plus pauvres que les immigrants d’Amérique du Sud (les fameux latinos), en partie au moins parce que ces derniers ne profitent précisément pas de telles aides et sont donc incités à vivre, comme tout individu responsable, de son travail.

Les Noirs, eux, ne sortent pas de leurs emplois « réservés », et la différenciation raciale ne fait que renforcer leurs revendications d’appartenance ethnique. N’oublions pas qu’au XIXe siècle les Irlandais ont été traités comme l’étaient les Noirs dans les années 50-60. Ils avaient tous les défauts de la terre : étaient alcooliques, catholiques et mal éduqués. Dans le meilleur des cas, ils devenaient balayeurs ou à la rigueur boxeurs. Depuis, grâce à la liberté du travail et sans aucune discrimination, les Irlandais ont même apporté un président aux Etats-Unis : l’érotomane Kennedy.

Notes

[1] M. Laine, La Grande nurserie, JC Lattès, 2006.

[2] J. Macé-Scaron, La Tentation communautaire, Plon, 2001.

[3] Thomas Sowell, Affirmative Action around the World : An Empirical Study, Yale University Press, 2004.