J'entame, une fois n'est pas coutume sur ce blog qui aborde assez peu ce genre de problèmes, une série de billets consacrés à nos amis les socialistes lyonnais, démarche qui aura au moins le mérite d'ancrer un peu plus territorialement ce blog, et d'exposer de manière modeste mais néanmoins fidèle à nos lecteurs, qui, sauf exception, ne sont précisément pas lyonnais, les dérives manifestes d'un système maçonnico-associatif, lesquelles ont provoqué une mise en coupe réglée de l'argent des contribuables, mais qui, à la différence d'un certain couple explosif composé de Michel Noir et de Pierre Botton, mâtiné de PPDA, ne font absolument pas l'objet du moindre article dans la presse nationale. Deux poids deux mesures ? probablement, car les protagonistes dont il s'agit ne sont pas des présidentiables sérieux, ni même, pour certains d'entre-eux, des ministrables.

Mais je ne puis m'empêcher de penser que ce n'est pas la seule raison. Qu'on ne saurait critiquer le parti socialiste, parti de la Justice, de la Morale et du Bonheur.

Premier épisode, donc, consacré à une ville du sud de l'agglomération, de 16 000 habitants : Saint-Fons. Ville qui a comme caractéristique une très forte proportion de population musulmane, mais qui, socialiste jusqu'en 2001, a basculé à droite depuis. Et voici comment le scandale arriva.

Michel Denis, le nouveau maire, s'interroge. Il s'inquiète, avant même son élection, des modalités de paiements de certaines factures. De transferts d'argent étranges. Il invite l'ex-inspecteur Gaudino, celui qui lança en son temps l'affaire Urba, celle des financements occultes du PS, et devenu depuis détective privé, à se pencher sur la question. Il en ressort, à l'appui d'un dossier de 1000 pages, un véritable système de détournement de fonds publics, qui, entre 1996 et 2001, ont alimenté le Parti socialiste du Rhône, par le truchement de l'ancien maire, Yves Mongeot.

Le système était simple : le Comité pour nos gosses, une association chargée de l'animation, recevait chaque année 12 à 15 MF (vous avez bien lu), et les reversait ensuite aux Clubs Leo Lagrange, qui sont comme chacun sait une roue arrière du PS. En échange, les Clubs mettaient des animateurs à disposition du Comité.

Pourquoi pas ? C'est pas très moral de faire travailler ses petits copains, pas vraiment conforme à l'esprit d'impartialité républicaine, mais je dirais cyniquement que tout le monde le fait. Il faut certes dénoncer ces pratiques, mais aussi les relativiser.

Seulement voilà, il y a tout de même un petit plus dans le cas présent : ces contrats de mise à disposition d'animateurs sont largement surfacturés. Un exemple, parmi d'autres : une emploi-jeune, qui coûtait charges comprises 23 K€ par an, était facturée 54 K€.

Sans compter des fausses factures mandatées directement par la mairie.

Au total, environ 2 M€ détournés, une somme rondelette équivalente à une quizaine de bus, ou encore à plus de 20 bennes à ordures ménagères, ou encore à un petit gymnase, à 4 rond-points, pour prendre quelques exemples parlants.

Bien évidemment, les Clubs n'ont pas uniquement conservé l'argent détourné pour leur propre compte ; le but premier était bien sûr de reverser cet argent, celui des contribuables je le répète, au parti socialiste du Rhône. Des locaux mis gratuitement à disposition, des frais de congrès offerts, des dessous de tables, tout y est passé. L'avantage, si j'ose dire, c'est que le principal protagoniste de l'affaire, Michel David, ancien DGA de Saint-Fons mais aussi secrétaire de la section locale du PS(1), est mort il y a quatre ans, d'une longue maladie. Et avec lui, de nombreuses preuves. Comme par le plus grand des hasards, tous les accusés lui font bien évidemment porter le chapeau. Belle solidarité socialiste.

D'autant que la magistrate chargée de l'affaire fait une autre découverte : les chèques détournés au profit d'une autre association, l'EPRA, Etudes et prospectives Rhône-Alpes, présidée par Gérard Collomb, à l'époque leader de l'opposition. Mongeot en est le secrétaire général et Michel David le trésorier. Collomb affirme avoir démissionné en 1989, mais il n'y a aucune trace de cela nulle part. Dommage. Au passage, il faut souligner qu'Yves Blein, président régional des Clubs Leo Lagrange, et maire de Feyzin, a prêté de l'argent au gendre de David, qui affirme avoir remboursé les sommes détournées par son beau-père peu après la perte de la mairie de Saint-Fons, car ses fesses commençaient à sérieusement chauffer. Blein vient d'être contraint par Collomb à démissionner, du reste.

L'affaire tourne en boucle, et la raison en est simple. Trois magistrats successifs ont été déchargés du dossier, et à chaque fois le petit nouveau doit reprendre le dossier à zéro. Pourquoi ? Parce que Marc Laleix, doyen des juges, n'a jamais caché son engagement socialiste, et n'hésite pas à faire des tirs de barrage. Sans compter que ces multiples associations font partie de la nébuleuse maçonnique.

Un deuxième problème se pose : on peut penser que d'autres villes, toutes celles qui avaient les mêmes pratiques que Saint-Fons, ont aussi alimenté le parti socialiste avec l'argent du contribuable, de manière totalement illégale, immorale et scandaleuse. Il ne suffit pas que le PS rembourse l'argent ; il faut surtout punir sévèrement les coupables.

Fin du premier épisode.

Sources

  • Saint-Fons : Un scandale qui menace le PS lyonnais "C’est grave
  • "Accuser un mort c’est un peu facile !"
  • Lyon Mag, novembre 2005
  • La Tribune de Lyon, 28 octobre 2005
  • Lyon Capitale, plusieurs numéros d'octobre-novembre.
  • Le Progrès

Notes

1 : Bravo au passage pour la neutralité du service public, qu'on est en droit non pas d'attendre mais d'exiger de la part d'un fonctionnaire territorial, conformément au statut général des fonctionnaires et à la loi du 26 janvier 1984 portant statut de la fonction publique territoriale.