J'ai pas mal de choses à dire aujourd'hui, une fois n'est pas coutume. Je tenterai toutefois de faire bref, car le temps m'est compté. Il s'agit en premier lieu, et ce sera l'objet du présent billet, d'une émission que France 3 Rhône Alpes - Auvergne (oui oui, ne rigolez pas encore) a diffusé hier aux alentours de 13h. Le thème en était, à quelques heures d'Halloween, le mouvement gothique. Plusieurs espèces de cette faune interlope étaient présentes sur le plateau, aux tenues plus improbables sinon extravagantes les unes que les autres. Des filles aux bas ultra-sexys, des post-punks à la crète rose et aux lunettes matrixiennes, des cyberpunks ressemblant de près aux membres de Zeromancer, une fille aux cheveux rouges qui ressemble à Coralie, voici quelques-unes des figures de cette émission. Parmi les invités du plateau, un type sympa qui a fait une présentation sommaire quoique fidèle du mouvement, une belle blonde à la voix lascive qui tient une boutique très connue à Lyon, gothico-médiévale, un pierceur punk, deux DJs, mais aussi un soi-disant sociologue, sans doute plutôt un étudiant en troisième année de socio, qui, à l'instar des autres, n'avait manifestement pas grand-chose à dire lors de cette émission. Aux questions pourtant pertinentes et intéressées des journalistes, sa réponse était toujours : oui mais non, c'est plus compliqué que ça, on ne peut pas catégoriser. Et du coup il n'a rien dit du tout, ce qui est embêtant.

Les animateurs évoquent la poésie anglaise du XIXe ? personne ne bronche. Le romantisme allemand ? pas mieux. Notre sociologue fera certes une poussive allusion au divin marquis de Sade, mais elle était bien insuffisante.

On parle musique. Marylin Manson ? non l'est pas gothique. Les Cure ? ben non plus. Qui alors ? ben personne, c'est trop compliqué. L'animatrice connaissait pourtant les 242, ce qui n'est pas rien. Nul n'a cité Depeche Mode, groupe qui pourtant m'a fait passer, de façon fort improbable et pourtant si réelle, du métal au gothique pour ma part.

Un groupe de métal médiéval grenoblois a même joué un morceau, honnête certes, mais était-ce le plus représentatif de ce mouvement ? On peut en douter.

Ce qui m'a le plus gêné, c'est l'absence de réponse aux points qui pourtant me semblent majeurs. A la question du journaliste, qui se demandait pourquoi les goths avaient besoin d'arborer une tenue vestimentaire si particulière, eux qui sont très repliés sur eux-mêmes, et qui pourtant par là cherchent à se collectiviser, aucune réponse convaincante n'a été fournie. C'était pourtant si simple - et pardon de faire très donneur de leçons - de dire que les goths sont des êtes pratiquant l'introspection, individualistes comme la plupart des gens, mais un peu plus que la plupart. Que l'individualisme est un concept positif, qui n'a rien à voir avec l'égoïsme et a fortiori l'égotisme. Que le propre des individus libres, c'est de s'associer librement, ce que les goths font. Leur tenue vestimentaire, pas systématique d'ailleurs, leur permet simplement de se reconnaître mutuellement. On est bien loin de l'esprit de bande des rappeurs, par exemple, qui eux sont des collectivistes dans la mesure où ils se considèrent d'abord comme membres d'une bande, sinon d'un gang, ou encore d'une ethnie, et certainement pas comme des individus.

Autrement dit, ça n'est pas innocent si l'on trouve tant de goths, ou de métalleux, parmi les libertariens. Loin de là.