J'aime beaucoup ce billet de Jean-Louis, qu'en tout point je partage, et que du coup je vais citer in extenso ;

Pendant des années, les économistes keynésiens nous ont expliqué que la cause essentielle du chômage résidait dans l’insuffisance des salaires. Avides de faire un profit immédiat, les employeurs proposeraient des salaires trop bas, la généralisation de ce comportement aboutissant à une insuffisance de la demande globale.

Notons que ce principe de composition était l’occasion de rejeter le principe de la main invisible puisque la généralisation de comportements individuellement rationnels aboutissait, dans cette optique, à une situation néfaste au niveau social. Cet effet de composition a été enseigné à travers la « parabole du spectateur » : si un individu se lève pour mieux voir le spectacle, la généralisation de ce comportement est néfaste pour tout le monde puisque personne ne gagnera à ce que tout le monde se lève. Ce type de situation a donné lieu à des modélisations raffinées dans le cadre de la théorie des jeux. C’est cet argument qui a permis de rejeter le principe de libre négociation et de liberté du contrat de travail pour privilégier la négociation collective monopolisée par des syndicats. Cependant, il faut remarquer que le même argument pourrait être invoqué pour remettre en cause la négociation collective elle-même : s’il est rationnel de vouloir augmenter le salaire d’un employé performant, la généralisation aveugle d’une telle hausse, via les conventions collectives ou les grilles d’indexation, nourrit une hausse structurelle des coûts salariaux sans rapport avec le niveau réel des qualifications. C’est bien là le facteur principal du chômage actuel.

Mais revenons à la théorie keynésienne des salaires. Après avoir dénoncé les méfaits des mécanismes du marché du travail responsables de salaires de misère, les théories de la Nouvelle Economie Keynésienne (N.E.K.) nous expliquent aujourd’hui, à grands renforts d’équations, quasiment le contraire. La théorie du salaire d’efficience résume bien cette nouvelle position. Selon cette théorie, les employeurs, dans un souci d’attirer les meilleurs employés ou de conserver les plus motivés et retenir les plus qualifiés (de limiter le turn-over), vont proposer des salaires supérieurs au salaire d’équilibre. Si on laisse alors les agents libres de s’entendre autour de la détermination d’un tel salaire d’efficience, la généralisation de ce comportement aboutira au niveau macroéconomique à un chômage qualifié « d’équilibre ». En effet, ce chômage ne résulte aucunement d’entraves au libre fonctionnement du marché mais provient du fait que les agents s’entendent spontanément sur des niveaux de salaires qui ne permettent pas de résorber le chômage.

Même si l’on admet implicitement que les employeurs ne sont plus d’avides exploiteurs, ils produisent à leur insu le chômage en voulant récompenser les plus compétents ! Encore une fois, derrière la « nouvelle économie du travail » se cache à peine une vieille antienne : c’est toujours une façon de montrer que l’intérêt privé des employeurs (attirer et retenir les meilleurs employés) génère un coût social (un chômage permanent) que les autorités ne sauraient tolérer. Qu’ils baissent honteusement les salaires pour engranger un profit immédiat ou qu’ils augmentent les salaires afin de valoriser les compétences, les employeurs sont toujours suspectés d’être les véritables responsables du chômage. Voilà ce qu’il faut savoir lire derrière les équations de la nouvelle économie.