Etiamsi

Chapitres précédents :

Philippe poursuit le dialogue de Socrate, tel que relaté par Platon. Entre en scène Thrasymaque, qui pense que la justice n’est au fond rien d’autre que l’intérêt du plus fort. Socrate va donc devoir le contrer. Il lui répond : dans toute cité le gouvernement étant le plus fort, le juste doit donc, si l’on suit Thrasymaque, être dans l’intérêt du gouvernement. Or les gouvernants ne sont pas infaillibles. Par essence, le chef selon Socrate ne poursuit pas son intérêt. Voilà bien un formidable instrument de légitimation de tous les pouvoirs en place !

Thrasymaque n’est pas si naïf ; il lui réplique que partout les justes sont lésés, et que les injustes sont avantagés. Tel le bandit stationnaire devenu roi, le chef tire de ses sujets le maximum de plus-value, et n’agit certainement pas pour leur bien. Ceci est vrai tant dans les affaires privées que dans les affaires publiques. Socrate sombre encore un peu plus, en justifiant sa position par le fait que « personne ne s’offre spontanément à commander », et que donc les chefs ne se mêlent des affaires, non pour leur intérêt, mais par nécessité, pour éviter que de pires qu’eux-mêmes prennent le pouvoir. Argument facile, et surtout légitimation incroyable de tout pouvoir en place, Socrate se fourvoie complètement.

Il sort alors son six-coup, un argument choc qui aura grande postérité : pour lui, toute organisation, aussi bien une armée, qu’une cité ou une bande de brigands (coucou Laozi), qu’elle poursuive un but juste ou injuste (et une bande de brigands, sauf peut-être celle de Robin des bois, poursuit a priori rarement un but juste), produit dans son fonctionnement de la justice. Même les méchants ne sont jamais qu’à moitié injustes, car sinon ils s’entretueraient. Par conséquent, la justice est pour Socrate utile à la vie en société, quel que soit le but poursuivi par cette société. Argument utilitariste massue, qui montre, si toutefois vous aviez encore le moindre doute, que Philippe est tout sauf jusnaturaliste, et a choisi le camp exigeant de l’utilitarisme, comme votre serviteur, mais vous le savez déjà. La justice peut donc être mise au service de l’injustice. Elle peut être instrumentalisée par son contraire !

Glaucon pointe le bout de son nez. Rousseau n’a qu’a bien se tenir, Glaucon a inventé bien avant lui le contrat social : il met en balance les avantages et les inconvénients de l’injustice, et en conclut que les hommes ont créé les lois et les conventions pour ne plus la commettre ni la souffrir. On est juste non pas volontairement, mais par la contrainte, et dès que l’on peut commettre l’injustice sans risquer d’être pris, on s’en donne à cœur joie ! Comme Kevin Bacon, invisible, en profite pour commettre les pires méfaits. L’homme parfaitement injuste paraîtra juste, tout en ne l’étant pas du tout. L’apparence de la justice lui permettra de commettre les pires injustices en toute impunité, car elles seront devenues invisibles. Tandis que le juste parfait, lui, sera jeté aux lions comme un vulgaire catholique.

Son frère, Adimante, poursuit le propos. Comme Glaucon, il choisit l’apparence : si j’échappe au regard des hommes, je peux donc être injuste. Adimante se fait l’avocat du diable, en devançant finalement la célèbre formule de Grotius (l’etiamsi, le « même si ») : « Ce que nous venons de dire (au sujet du droit de la nature humaine) aurait lieu en quelque sorte, quand même nous accorderions, ce qui ne peut être concédé sans un grand crime, qu’il n’y a pas de Dieu, ou que les affaires humaines ne sont pas l’objet de ses soins »[1]. En somme, Platon, comme Grotius, cherchent à fonder la justice (pour le premier) et le droit (pour le second) même si Dieu n’existe pas ou se fout des hommes.

D’ailleurs, le Gorgias nous renseigne sur ce point et il faut le relire, pour comprendre pleinement la République. On y trouve une définition du bien (nous poursuivons tous un but que nous considérons comme notre bien), et ce bien est utile[2]. Socrate est hédoniste, car pour lui (par le truchement de Platon) le beau est identique au bien, et le mauvais au laid. On en déduit que le beau est utile, et le mauvais dommageable. On a donc ici une théorie esthétique de la justice, qui toutefois pose une question (de taille), que Mises ne saura du reste pas résoudre : si tout objet peut être ramené à l’utile à partir du moment où il est objet de mon choix, alors le concept de l’utile ne perd-il pas… de son utilité ? Mises aura la seule réponse cohérente, bien qu’insatisfaisante : il rabat la rationalité pure sur la rationalité économique (être vivant plutôt que mort, riche plutôt que pauvre, etc).

Calliclès apparaît alors dans le Gorgias. Il reproche à Socrate d’avoir confondu le plan de la nature et le plan de la loi. Selon Calliclès, l’institution des lois est due aux faibles et au grand nombre qui cherchent à se protéger des forts. Selon lui, la maximisation ne serait pas à la portée de la plupart des hommes. Socrate lui répond que l’hypothèse implicite de Calliclès est que le bien est identique à l’agréable. Il va donc s’attacher à disjoindre ces deux notions. Tandis que l’on ressent le plaisir et la douleur dans le même moment, par exemple lorsque l’on étanche sa soif, on ne peut être à la fois heureux et malheureux. Donc le plaisir n’est pas le bonheur, et la souffrance n’est pas le malheur, et donc l’agréable est différent du bien. Calliclès ne se laisse pas démonter, en ajoutant que les bons plaisirs sont utiles, les mauvais nuisibles. Boum. L’utilitarisme a encore frappé : avec Pôlos, l’utilitarisme était étendu au beau et au laid. A présent, avec Calliclès, il s’applique même au plaisir et au déplaisir. Walras, là encore, le dit pas autre chose.

Revenons à présent à la République. A la différence de Calliclès, Socrate est obligé, pour répondre à Glaucon et Adimante, de lever l’hypothèque divine. Il soutient que, que les Dieux existent ou non, l’économie peut tenir lieu de Loi. En effet, la vertu de justice est commune à l’homme et à la société politique. Nous aboutissons alors à une théorie économique de la justice générale, que l’on peut résumer comme ceci :

  • la naissance de la société vient de l’impuissance où l’individu se trouve de se suffire à lui-même et au besoin qu’il éprouve de mille choses. Comme Condillac le dira, quand un homme donne et reçoit, il ne fait cet échange que parce qu’il y voit son intérêt. Et comme il n’existe aucun lieu sur terre où une communauté puisse se suffire à elle-même, la division du travail est nécessaire.
  • La justice consiste en ce que chaque classe accomplisse sa tâche. La justice est dans la division du travail et dans un suum cuique avant la lettre.
  • Platon a un préjugé contre le luxe, qui fausse le raisonnement. Les « gardiens » n’existent que parce que la société connaît le luxe. Derrière cette question, se profile celle qui n’est toujours pas posée de la condition de possibilité de la propriété.

En résumé, si la question de la justice est réglée, une fois pour toutes, par le suum cuique, et il n’y aurait plus rien à ajouter si la distinction entre la personne et la chose était elle-même évidente. Et c’est bien pourquoi la question du luxe vient tout remettre en cause, car le luxe suggère la personnification des choses ou la réification des personnes. Nous explorerons bientôt ce dernier point.

Notes

[1] Prolégomènes, XI.

[2] Walras disait : « Je dis que les choses sont utiles dès qu’elles peuvent servir à un usage quelconque en permettant la satisfaction. (..) Qu’une substance soit recherchée par un médecin pour guérir un malade ou par un assassin pour empoisonner sa famille, c’est une question très importante à d’autres points de vue, mais tout à fait indifférente au nôtre. La substance est utile pour nous, dans les deux cas, et peut l’être plus dans le second que dans le premier. »

L'absence de céphale

Rousseau a fait croire que l'inégalité était une sorte de substitut à l'injustice, et que si l'on parvenait à réduire l'inégalité, on se rapprocherait de la Justice (avec un grand J). C’est comme ça qu’il fait une pirouette en substituant à l’analyse de la justice la notion restrictive de justice sociale. Mais, si on en revient à la commande que lui a faite l’Académie de Dijon[1], peut-on dire que l'inégalité est autorisée par la loi naturelle ? C'est par ce biais que Philippe rouvre le débat sur la propriété. Il le rouvre grâce à la République de Platon, où Socrate converse avec Céphale. Ce dernier a hérité sa fortune de ses aïeux.

Socrate lui demande : « quel est le plus grand avantage que tu crois avoir retiré de la possession d’une grosse fortune ? » En d’autres termes : à quoi cela sert-il d’être propriétaire, non pas du point de vue de la société, mais du point de vue du propriétaire lui-même ? Ceci renvoie à la distinction misésienne entre les biens de jouissance (qui servent à la satisfaction des besoins) et les biens de production (qui ne servent qu’indirectement à la jouissance). Mises ajoute que la propriété naturelle des biens de production est partagée entre le producteur et ceux aux besoins desquels est destinée sa production. Ce qui veut dire que personne n’a la propriété exclusive des moyens de production, aussi bien des moyens matériels, que des moyens humains (le travail). Pourquoi ? Parce que je n’ai pas besoin, pour boire du café, de posséder une plantation au Brésil, une vapeur et une brûlerie, encore que tous ces moyens de production soient indispensables pour qu’une tasse de café arrive sur ma table. Il suffit que d’autres possèdent ces moyens de production et les emploient à mon intention.

Revenons-en à Céphale : pour lui, il faut, pour être propriétaire, une certaine capacité intellectuelle. Pour fonctionner, la société n’a besoin que de la règle du suum cuique (à chacun le sien), notion que l’on retrouve du reste chez Kant, comme l’un des trois devoirs du droit[2]. Ce suum cuique implique en quelque sorte une présomption de propriété. En effet, si je dois rendre à quelqu’un ce que j’ai reçu de lui, c’est que je présume qu’il est l’authentique propriétaire de cet objet. Cela semble évident. Mais cette même présomption prend une forme plus compliquée lorsqu’elle est étendue aux objets qui, bien qu’ils m’appartiennent, ne sont plus sous mon contrôle. Et c’est bien le cas dans le dialogue avec Socrate. Or l’enjeu est fondamental : il consiste à savoir si l’on peut fonder la justice uniquement sur le droit de propriété.

Droit parfait et imparfait, morale du devoir et d'aspiration

Grotius apporte un élément de réponse.

Ici, Philippe procède à des développements extrêmement complexes, pour au final n’exposer qu’une idée somme toute très classique : la distinction fondamentale, aristotélicienne, entre justice distributive et justice commutative. Se basant sur Grotius et sur Mendelssohn, il oppose deux notions différentes ; d’un côté, le « droit parfait », celui de la faculté, du suum, de liberté, c’est la justice commutative, ou encore la justice des contrats ; c’est elle qui mène au pouvoir de l’Etat, mais aussi à la propriété ; de l’autre, le « droit imparfait », celui de l’aptitude, de la dignité, c’est la justice distributive, celle dont l’objet vertueux, est de procurer du bien aux hommes ; c’est elle qui fonde le pouvoir de l’Eglise, ou encore la gnose moderne relative à la dignité de l’humain, aux droits de l’homme, etc. Smith ira du reste encore un peu plus loin, en extrayant de la sphère du droit la justice distributive, la reléguant au rang de la bienfaisance ; tandis que le droit, par conséquent la justice commutative, peut, lui, être exécuté par la force.

Quel rapport avec la propriété ? J’ai l’impression que Philippe se perd dans sa démonstration, autant qu’il me perd moi-même.

C’est grâce à Lon L. Fuller, philosophe américain, que nous retrouvons tous deux notre chemin.

Celui-ci oppose deux notions d’ordre non plus juridique mais moral, ce qui est bien le nœud du problème. D’un côté, la morale du devoir (les besoins les plus évidents de la vie en société) ; et de l’autre, la morale d’aspiration (les exigences moralement supérieures). Fuller s’oppose à la distinction entre l’être et de devoir-être, distinction classique de David Hume, qu’Hans Kelsen a développé dans le cadre du droit. Pour Fuller, cette distinction ne saurait être opérante que dans le cadre de la morale du devoir, dont l’injonction relève de la loi (par exemple : « tu ne tueras point », formule qui ne peut être dérivée d’une simple observation de la nature.

A contrario, la morale d’aspiration relève, elle, de l’esthétique. Socrate, par exemple, n’enseignait pas une morale du devoir, mais bien une morale d’aspiration. Weber distinguait l’éthique de responsabilité et l’éthique de conviction, et ne disait pas autre chose. Très banal, tout ça.

Où Philippe veut-il en venir ?

Il affirme que l’économie relève, elle aussi, de ces deux morales. La morale du devoir, c’est celle de l’échange. En effet, les obligations (morales ou légales) proviennent d’un échange, qui peut être soit l’échange d’une promesse de l’une des parties pour un acte présent de l’autre, soit un échange de promesses des deux côtés[3].

La morale d’aspiration, c’est l’économie de l’utilité marginale. Elle a comme but un bien le plus élevé, tant sur le plan moral que sur le plan économique : l’équilibre, le juste milieu.

Pour que la morale du devoir puisse fonctionner, il faut trois conditions indispensables :

  • un accord volontaire des parties, qui se créent elles-mêmes des devoirs ;
  • une certaine égalité entre les résultats obtenus par les parties (aïe, Condillac a montré que cette condition de Fuller peut être dépassée)
  • une relation réversible.

Or, c’est dans la société des marchands que ces trois conditions sont les mieux réunies. La conclusion, étonnante, la voici : c’est seulement dans le capitalisme que la notion d’obligation morale et légale peut atteindre son plein développement.

Notes

[1] Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité.

[2] « Entre dans une société avec d’autres en laquelle chacun puisse conserver ce qu’il lui appartient (suum cuique tribue). Si cette dernière formule était traduite : « Donne à chacun le sien », elle serait l’expression d’une absurdité ; c’est qu’on ne peut jamais, en effet, donner à quelqu’un ce qu’il a déjà. Si donc elle doit avoir un sens, elle doit s’énoncer ainsi : « Entre dans un état en lequel chacun quant à ce qui est sien est assuré contre tout autre » (lex justitiae). », Kant.

[3] Même si tout devoir ne provient pas d’une relation de marchandage : la société tient sa cohérence d’un « lien envahissant de réciprocité, qui se répand partout ». (p. 52). Le devoir répond de l’impératif catégorique kantien.

Big-bang et théories de l'univers

Théories de l'univers, Big-Bang et pré Big-Bang. Un copeaucast consacré à la science !

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  • Auteur Copeau
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J'ai oublié de préciser : une brane, c'est un objet à plusieurs dimensions baignant dans l'espace-temps à 10 dimensions. Une 2-brane est ainsi une surface, une 3-brane un volume, etc. Notre univers peut ainsi être considéré comme une 3-brane à l'interface avec les autres dimensions que l'on ne perçoit pas.

Bonne écoute !

Charlie et la chocolaterie

Peyomedia et Pierrot ont tous deux chroniqués ce film. Que dire de plus ?

Tout d'abord, comme le dit Pierrot, deux raisons de se réjouir en allant découvrir Charlie et la chocolaterie :

premièrement, Tim Burton retrouve Johnny Depp, acteur avec lequel il a tourné, et de loin, ses meilleurs films (le sublime Edward aux mains d’argent, Ed Wood et Sleepy hollow).

Deuxièmement, le cinéaste adapte le grand Roald Dahl, auteur dont nous avions dis le plus grand bien lorsque nous avions évoqué la sympathique adaptation de Matilda tournée par Danny De Vito.

Charlie et la chocolaterie a déjà été adapté au cinéma dans les années 70 par l’obscur Mel Stuart qui signait néanmoins avec Willy Wonka and the magic factory un film délicieusement déglingué, avec Gene Wilder dans le rôle du chocolatier Willy Wonka. Par rapport à ce film, Tim Burton a bénéficié de moyens beaucoup plus conséquents lui permettant de totalement lâcher la bride de son imaginaire foisonnant. Pour autant, cette débauche visuelle n’altère pas le charme du conte.

Le célèbre chocolatier Willy Wonka , propriétaire d’une immense et mystérieuse usine sans ouvrier, lance un beau jour un concours au niveau mondial : les cinq enfants qui trouveront un ticket d’or dans une tablette de chocolat Wonka auront le droit de venir visiter ladite usine et les trésors de la chocolaterie. Parmi les cinq moutards sélectionnés, on trouve Charlie, le plus pauvre de la bande qui vit dans une vieille bicoque de guingois avec ses parents et ses quatre grands-parents qui passent leurs journées alités.

Johnny Depp est une fois de plus parfait. Citons Peyo :

Ce gris sur son visage, cet enfant-adulte qui vit seul dans son monde imaginaire loin de ce père qu'il rejette rapelle quelque peu un certain Michael Jackson.

Je n'ai rien d'original à ajouter, sinon que la comparaison avec Edward... me semble des plus justifiées. Et que les derniers films de Tim (La Planète des Singes, et même Big Fish, ne me semblaient vraiment pas à la hauteur de ceux-ci, et Charlie... relève (enfin !) le niveau tombé si bas de ce réalisateur pourtant indispensable.

Alors bien sûr, comme le dit Pierrot,

On peut dire que Willy Wonka est un peu l’alter ego de Tim Burton : un grand enfant au commande d’une immense entreprise.

Il ne faut en effet pas oublier que Burton a débuté chez Disney, notamment sur Rox et Rouky, film qui m'avait pourtant considérablement marqué à l'époque (et oui...). Et d'une certaine façon, il ne s'est jamais départi de son émerveillement enfantin qu'on retrouve notamment dans l'Etrange noël de M. Jack, pour ne citer que ce film.

Ce qui n'empêche pas un hommage rigolo à 2001, l’odyssée de l’espace : le fameux aérolithe est en fait une tablette de chocolat ! Cela n'est pas sans rappeler l'esprit taquin de Tim, celui de Mars Attacks! notamment.

Enfin, et j'emprunte ma conclusion à Peyo,

Seul point negatif : les petites comédies musicales des humpa lumpa surprennent au début, ennuient parfois, on comprend que cela est fait pour amuser les enfants (preuve à l'appui dans la salle ce soir) mais heureusement on s'y fait au fur et à mesure.

Un bon film, accessible à tous, et qui fera rêver même le plus objectiviste d'entre-vous (non, Jabial, je ne t'es pas cité :))

Diary of Dreams : Mélanc(olique)


Un copeaudcast consacré à la forme de communication sans doute la mieux adaptée à l'illustration sonore : la musique.

Je vous propose de découvrir un groupe de darkwave allemand, le quotidien des rêves, j'ai nommé : Diary of Dreams.
Les quelques morceaux ici présents ne le sont qu'à titre indicatif bien sûr, tel un simple reflet de mes préférences subjectives.

A télécharger ici (clic droit + enregistrer sous. Attention, ce copeaudcast n'apparaît pas dans le flux XML). Ou bien, vous pouvez l'écouter en direct ci-dessous :

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Premier podcast zonélien

Voilà la bonne nouvelle du jour : le premier podcast de mes grands amis de ZoneL. Bon, je crois qu'il manque encore un flux XML, mais le plug-in de Dotclear devrait les aider d'ici peu.

A écouter obligatoirement, à raison de trois comprimés par jour, pendant neuf jours. Si les symptômes persistent, consultez votre Copeau le plus proche.

Effets indésirables et contre-indications possibles pour tous les dirigistes. Vous voilà prévenus.

Dasexperiment


Das Experiment (L'Expérience), d'Oliver Hirschbiegel

Copeaudcast consacré à l'analyse de L'Expérience, film d'Oliver Hirschbiegel (2001).

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New York 1997

Je continue sur ma lancée des billets consacrés au septième art, avec un nouveau copeaudcast, consacré au film de John Carpenter New York 1997.

A écouter ici (36 minutes 7 secondes)

Parmi les autres points cités :

  • Le Cri du contribuable n°4
  • Le premier podcast d'Eti-N
  • La Cité de la mort lente de Daniel Walther
  • L'Elu du Serpent rouge de Jean-Paul Bourre
  • Maximum-Minimum de Kraftwerk.

Musique de fond : Escape from NY (John Carpenter) ; Cholymelan (Diary of Dreams) ; Das Modell (Kraftwerk)

Message from Space

Message from space : Galactic Battle n'est autre que le titre anglais de San Ku Kaï. Moi qui comptais depuis déjà longtemps vous parler de cette série, j'ai été mouché par Dr. Devo, qui vient de publier un billet consacré à cette série majeure (et au film de 1978, accessoirement). Comme il l'écrit, histoire de planter le décor pour les plus jeunes :

« En l’an 70 du calendrier spatial, des êtres humains quittèrent la Terre pour rejoindre différents systèmes galactiques, comme le 15e système solaire, par exemple. Celui-ci est composé de trois planètes : Sheta, la plus proche du soleil, puis Analis et Belda. »

La chaude et masculine voix-off a posé le décor, place à un générique branquignole agrémenté du détail qui tue : Siman a oublié un paquet de Malboro qui dépasse de la poche de son costume 27 génériques durant.

Et Dr. Devo détaille, avec un suspense haletant, le cours du premier épisode de San Ku Kai. Je me revois face à Volkor, Kommenor et autre Golem XIII. Je me vois surtout subjugué par Furia, qui a probablement été la première fetish girl à me faire tourner le citron. D'autant que ce n'était pas une jeunette de 20 ans, loin de là. Rien que pour cela, j'adore cette série totalement culte, faite avec des bouts de ficelle, à une seule prise, comme le rappelle fort justement Dr., et au scénario presqu'aussi débile que celui de Star Wars. Et même si les Stressos semblent encore plus risibles que les C-Rex qui combattent X-Or (autre légende des sentaï, dont je ne manquerai pas de vous parler bientôt. Lequel X-Or était accompagné de la charmante Mimi, qui parfois se transformait en oiseau, mais je vais arrêter là car je m'égare...).

Furia, donc, était interprétée par Ritsuko Fujiyama. Son collant moulant est méchant : il ne m'a jamais laissé de marbre. Tandis qu'Eolia, interprétée par Yoko Akitani, blonde déesse flottant dans l'espace, est à l'érotisme ce qu'une Bud est à la bière.

Sinon, j'aime bien la localisation de la plupart des scènes, qui ont du être tournées sur un chantier de la banlieue de Tokyo. Ou à proximité d'une carrière quelconque, ou de villages paumés d'Hokkaido (il doit bien y en avoir quelques-uns).

En revanche, il y a un point sur lequel je ne suis pas d'accord avec mon confrère bloggeur : je trouve que le scénario de San Ku Kai n'est pas si bidon que cela, et que les derniers épisodes, que j'ai d'ailleurs revu récemment, réservent un lot non négligeable de surprises et de coups de théâtre, dont le plus célèbre concerne bien sûr Eolia.

Et notez que je ne dis mot de la musique d'Eric Charden.

Je ne sais comment conclure, car à la lecture du billet de Dr., je doute de pouvoir écrire mieux, ni même aussi bien, que ce qu'il a écrit. Alors qu'il m'autorise à le citer à nouveau :

nous sommes ici au-delà du simple trip nostalgico-régressiste. SAN KU KAÏ est véritablement un petit chef-d’œuvre à (re)découvrir, un serial de l’espace truffé de scènes hautement improbables et de plans surréalistes, un must incontournable pour tout fan de cinéma bis qui se respecte, un monument de drôlerie involontaire, une tentative calamiteuse de SF-Express dont la nullité cosmique procure un plaisir indescriptible. C’est un monument de télévision, celui du conceptuel qui s’ignore, de l’expérimental malgré lui.

Maîtresse Furia

Eolia la nunuche

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Copeaudcast du jour

Un nouveau et bref copeaudcast, qui est en écoute grâce au lien suivant (faites un clic droit + enregistrer sous), et aussi via iTunes notamment ou tout autre aggrégateur (flux XML). A noter que vous pouvez écouter ici, en mode direct, le sommaire de ce podcast. Bonne écoute !

Copeaudcast 4 - Introduction - 38 secondes

Copeaudcast 4 - 9 minutes 20 secondes

Sous Internet Explorer comme sous Mozilla, il vous faut de toutes manière avoir la version à jour de flash player, à installer ici.

Brazil

Film britannique, américain (1985). Réalisé par Terry Gilliam, avec Jonathan Pryce, Robert De Niro, Kim Greist.

Décidément, beaucoup de billets consacrés au septième art ces derniers jours. Profitez-en, ça ne durera sans doute pas.

Aujourd'hui donc, autre film culte pour tout libéral qui se respecte, Brazil. J'ai vu presque tous les films de Gilliam, periode Monty Pythons ou postérieure, avec un faible avoué pour l'Armée des 12 singes, qui entre sans forcer dans mon top ten personnel.

Brazil est encore un peu plus fou, mais aussi plus flamboyant que Twelve Monkeys. Quelque part dans le XXème siècle, dans une société entièrement dominée par la bureaucratie, Sam Lowry (Jonathan Pryce) est un des milliers de fonctionnaires qui travaillent au ministère de l'Information et qui jour après jour répète les mêmes gestes, les mêmes courbettes vis à vis de ses supérieurs. Sam ne se plaint pas du poste qu'il occupe car sa vraie vie il la goûte chaque nuit dans ses rêves.

Tout bascule quand un cafard (un bug) provoque un dérèglement dans cette grosse machine bureaucratique : on fait une erreur dans un ordre d'arrestation en confondant le nom du terroriste chauffagiste clandestin Harry Tuttle (Robert de Niro, pas blogographe :)) avec Harry Buttle, le nom d'un honnête père de famille. Or la Machine ne peut pas faire d'erreur. Buttle est donc arrêté, torturé. Tué, car la fiche de Tuttle en faisait quelqu'un au coeur solide, alors que Buttle n'en avait pas un. Envoyé pour rassurer la famille de la malheureuse victime, Sam rencontre Jill (Kim Greist) la figure angélique de ses rêves et entre au ministère du Recoupement pour en savoir plus sur elle. A partir de là les ennuis commencent, des ennuis qui vont faire passer notre personnage de l'état d'enfant à celui d'homme.

Pour l'amour de Jill Layton, il tente de s'affranchir, de se libérer de sa mère, de son patron, de cette vie si morne. Chaque petit acte de liberté devient pour lui une révolution: accepter l'aide d'un "indépendant" pour réparer sa "chaudière", détruire le système de transmission de son travail, refuser la mutation que sa mère lui propose. Mais plus il devient libre, plus le système se ligue contre lui. A son tour, il sera traqué, arrêté puis soumis à la torture de celui qu'il croyait être son ami.

Terry Gilliam nous plonge ici dans un univers très oppressant, tout autant sinon plus que celui de 1984 d'Orwell.

Grand admirateur de Kafka, de Fritz Lang ou de Kubrick, il nous propose une débauche d'image d'un vingtième siècle baroque, d'un monde fou, créé par un dieu ivrogne. Brazil, du nom d'une célèbre chanson de bossa nova, Brazil symbole de l'exotisme, Brazil la ville à l'architecture totalement folle qui a impressionné le réalisateur américain lors d'un voyage. On est tous Sam Lowry, des minuscules grains de sable d'une machine implacable, des petits fonctionnaires sans ambition qui acceptons une vie terne et uniformisée. On ne peut échapper à la monotonie et au contrôle de sa vie par l'Etat que dans ses rêves. Des rêves d'envol, de chevalier et de princesse emprisonnée, de romance et d'actes héroïques. Du Fight Club avant l'heure, en somme.

Utopie ou fable, Brazil reste un film inclassable, très noir, mais haut en couleurs. Brazil est successivement hilarant et poignant, euphorisant et glaçant. Impossible d'oublier le doux visage de Kim Greist, la musique de Michael Kamen, une furieuse charge contre la chirurgie esthétique, les steaks verts, les publicités masquant la nature, Robert de Niro en technicien-chauffagiste qui emmerde littéralement les employés du central service, la paperasse qui "tue" Tuttle, les employés de bureau qui regardent en douce des westerns, Michael Palin en boucher affectueux et l'immense Jonathan Pryce dans le rôle de Sam Lowry. Un très très grand film de culte.

Voir ici, ici et là.

La Guerre des mondes

Film américain de Steven Spielberg. Genre : Fantastique, Drame. Avec Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin.

Adapté du roman éponyme d'Herbert-George Wells, écrit tout de même en 1898, la Guerre des mondes reprend le flambeau de tous les récents films consacrés à l'invasion d'extra-terrestres (Independance Day, Mars Attacks!, Rencontre du Troisième Type, pour ne citer qu'eux). Ce n'est d'ailleurs pas la première version cinématographie dudit roman, car en 1954, Byron Haskin y allait de sa Guerre des mondes, avec Gene Barry et Ann Robinson en vedettes. Une autre version a été tournée par Timothy Hines : sortie directement en DVD au mois de juin 2005, cette Guerre des mondes, très fidèle au roman d'origine, est portée par des comédiens peu connus du grand public.

Pour ma part, j'avais lu le roman de Wells il y a fort longtemps déjà, en même temps ou presque que l'Homme invisible ou La Machine à remonter le temps. J'avais adoré ces deux derniers romans, tandis que la Guerre des mondes ne m'avait laissé, pour ainsi dire, aucun souvenir précis.

En 1938, Orson Welles, auteur, réalisateur, acteur, de multiples talents (Citizen Kane, le troisième homme, pour ne citer que ces deux-là) terrifie l'Amérique en répandant sur les ondes du pays la nouvelle selon laquelle les extra-terrestres sont sur le point de débarquer sur Terre. Un gigantesque canular inspiré précisément de La Guerre des mondes de son (presque) homonyme H.G. Wells. Un canular qui allait également lui donner l'envie d'adapter l'ouvrage sur grand écran. Mais le projet, difficile à mettre en place, fut finalement abandonné.

La Guerre des mondes marque bien sûr la seconde collaboration, à nouveau dans le genre de la science-fiction, de Steven et du plus connu des scientologues, trois ans après le remarquable Minority report, film qui a bénéficié, lui, à la différence de la Guerre, d'un scénario en béton armé sculpté par le très grand Philip K. Dick.

Le scénario, donc, de la Guerre, me semble être son principal point faible. Des extra-terrestres pas gentils nous envahissent et veulent tous nous exterminer, jusqu'au dernier. Et ils y parviennent fort bien, d'ailleurs, sauf que le héros hollywoodien est là et échappe à tous les dangers avec une angoissant agilité. Bref, un scénario bidon, rien de plus. Je ne parle même pas de la fin du film, qui n'est certes pas aussi décevante que celle de pas mal d'autres, mais qui ne cesse de me rappeler le fameux et même génial Mars Attacks! de Tim Burton.

Pour autant, j'ai relativement bien apprécié ce blockbuster, à cause de l'immense talent de Steven. La plupart des scènes sont tournées en cadrant, souvent de manière rapprochée, les principaux protagonistes, et on ne voit en général les étrangers que de très loin, ou indirectement. Le suspense est haletant durant les deux premiers tiers du film, et on se prend volontiers à entrer dans la peau de Tom, à trembler comme lui devant une menace mortelle qu'il ne comprend pas, et contre laquelle il ne peut strictement rien. Les humains dans leur ensemble ne peuvent rien contre ces extra-terrestres, et d'ailleurs ils ne seront absolument pas à l'origine de leur salut (à la différence, bien sûr, de Mars Attacks! et de la plupart des films non parodiques). C'est un point positif pour le film. Comme l'écrit Jérôme Dittmar, de Fluctuat.net :

Ainsi la salle (...) prise dans un déluge poétique de pixels à la beauté crépusculaire, se trouve à position égale de l'acteur pris dans le filet implacable de Spielberg. On tente de se rassurer, on ne parle pas ou à peine, on reste fasciné, fatigué ; le spectacle est total, massif, et Tom Cruise reflète un spectateur ramené à lui-même face à une machine plus forte que lui.

La Guerre des mondes est une fable. Une fable sur la grandeur et la petitesse de l'humain, son intelligence et sa capacité d'adaptation à un monde maîtrisé, la nature. C'est aussi la responsabilité du père, car Tom est divorcé, immature, irresponsable, et ses enfants (Dakota Fanning et Justin Chatwin) sont presque sérieusement plus adultes que lui. La Guerre des mondes sera donc pour lui une conquête du rôle du père grâce aux évènements, ou comment assumer ses responsabilités et accepter un devenir adulte au regard de ses enfants. C'est vrai que ce point est important, et nombre de commentateurs l'ont souligné. Toutefois, ce thème reste des plus banals, et a été mieux traité ailleurs.

Reste donc l'atmosphère oppressante, la peur, le sentiment de n'être que des fourmis. Ce qui compte ici c'est de survivre, de sauver sa peau, Tom n'ayant comme seule gloire que d'avoir sauvé sa fille et non l'humanité (ce qui est déjà beaucoup). Un film individualiste, comme l'attaque de la voiture assaillie par une centaine d'individus désespérés (rappelant presque le remake de Zombie) le montre clairement. On pense aussi à l'état d'esprit des films de Carpenter. La Guerre des mondes joue d'une mise en scène très « actualité » (un trait façon Fuller), en suivant au plus près l'affolement de son héros (psychologiquement, physiquement). L'attaque menée par Steven est massive, totale, définitive, imparable. On ne sort pas indemne d'un tel déluge.

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