Raymond Boudon sort un nouvel ouvrage, intitulé Tocqueville aujourd'hui, chez Odile Jacob (300 p.).

Celui-ci vise à expliquer en quoi et pourquoi Tocqueville doit être considéré comme un sociologue, dans la mesure où sa réflexion s'est toujours voulue scientifique, à la fois comparative et méthodique. Tocqueville a fondé l'individualisme méthodologique ; il a établi les bases de la méthode compréhensive. Si Dilthey s'est, durant des pages et des pages, épanché sur l'epistémologie sociologique, l'un des principaux courants de cette discipline doit tout à Tocqueville. Max Weber et Emile Durkheim en sont les illustres successeurs. C'est cette méthode qui explique pourquoi les Américains sont plus religieux que les Français ; pourquoi l'Etat français ne sait se réformer ; pourquoi les idées reçues et le politiquement correct connaissent un grand succès. Pourquoi une chape de plomb empêche de dire que l'intérêt général impose de supprimer l'ISF ou le salaire minimum. Pourquoi la réforme de l'école a accouché d'une souris. Pourquoi, dès que la France décide de réformer, les fonctionnaires - dont je suis - sont et seront toujours mieux traités (retraites, service "garanti", 35 heures, etc.)

En un mot, des deux Démocraties à L'Ancien Régime et la Révolution, Tocqueville n'a pas simplement marqué son temps ; il marque le nôtre aussi.