Chapitres précédents :

Si un droit est possible sans Etat, comment allons-nous sortir de l’état de nature pour fonder l’Etat ?

Philippe l’explique, me semble-t-il, de manière absolument utilitariste. Il rappelle les fondements de la courbe convexe des préférences, dite pareto-optimale. En tout point de ladite courbe, on peut améliorer la situation des uns sans nuire à celle des autres. L’efficience est donc atteinte lorsqu’on se situe quelque part sur cette courbe. Tout point situé sur celle-ci est lui-même pareto-optimal. Ce qui ne nous dit pas grand chose de plus. Pour aller plus loin, il faut un autre concept : le principe de justice de Rawls. Celui-ci pose le postulat que l’égalité est un critère de justice. Il faut donc préférer un point inférieur à la courbe pareto-optimale, à un point pareto-optimal mais plus inégalitaire. Ce qui revient à dire qu’il faudrait sacrifier l’efficience à la justice, ou plutôt à l’égalitarisme, utilisé ici comme approximation de la justice.

Si cette approximation apparaît trop grossière, quel autre critère choisir ?

Supposons un état de nature, où existe l’inégalité. On peut déterminer un espace où s’améliore la situation des uns sans entraîner une détérioration de celle des autres. Si les uns et les autres se rencontrent, et instaurent un état de droit, il en résulte une réduction des coûts de transaction : on aboutit à une courbe pareto-optimale. Reste à savoir à quel point de cette courbe on veut parvenir.

Avant que la négociation ne s’engage, les X, une des deux composantes du nouvel état de droit, ont déclaré qu’ils n’accepteraient de conclure que s’ils obtiennent au moins un peu plus ; les Y font la même déclaration. Par conséquent, chaque partie attend une amélioration de son sort, tout en reconnaissant implicitement que son partenaire peut gagner davantage que lui. C’est une façon raisonnable de présenter une négociation.

Il en découle plusieurs conclusions, que je ne ferai que mentionner, vous renvoyant à l’auteur pour les développements :

  • l’état de droit permet d’anticiper un progrès de richesse
  • l’amplitude de la négociation est fonction de l’idéologie ambiante
  • une société, à mesure qu’elle se développe et se complexifie, fait reculer la situation économique d’anarchie, celle de l’état de nature. Ce recul équivaut et a les mêmes effets qu’un élargissement du champ de la négociation.

On peut alors graphiquement présenter l’axiome de Rawls, selon lequel l’inégalité n’est acceptable que si le sort des plus défavorisés est amélioré.

Cela dit, ce modèle a un défaut énorme : il ne se préoccupe que de redistribuer, la production de richesse étant une sorte de donnée. Il n’y aurait pas d’incidence de cette redistribution sur la production de richesse elle-même, ce qui est probablement inexact.

D’autre part, il n’y a pas moyen de savoir comment la population d’une telle société se répartit entre les X et les Y ; on ne peut donc pas mesurer le niveau individuel moyen de satisfaction d’un X et d’un Y, ce qui est très gênant du point de vue de l’individualisme méthodologique.