Vous connaissez mon goût immodéré et un rien canaillou pour le cinéma bis, qui a l'insigne avantage d'être à la fois trash et malséant, un peu comme ce blog, en somme. Je vous ai donc déjà entretenu tant des superstars du genre, essentiellement transalpins, que sont Tinto Brass (Caligula ou Cosi Fan Tutte, pour n'en citer que deux), Laura Gemser et son stakhanoviste de réalisateur, Joe D'amato, ainsi que des délicats ''snuff movies''. J'ai même abordé le comique léger des films d'Edwige Fenech. Je compte bien vous parler à l'avenir des films de cannibales, autre genre fondateur, des westerns spaghettis, et même de la blaxploitation, pour ne pas parler que de l'Italie. Autre genre injustement méconnu, celui du polar rital, qui, depuis le fameux Cadavres exquis, a tenu durant toutes les années 70 (les années de plomb) la dragée haute aux films français, malgré Melville ou Verneuil.

Cela dit, autant faire tout de suite dans le trash, hardcore, malsain, malfaisant, choquant, ignoble d'entrée de jeu. Le tout sur fond érotico-porno, comme il se doit chez Copeau (y'a tout c'qui faut...). Le cinéma italien des années 60-70-80 ayant été - et de très loin - le plus original et le plus innovateur, nous allons encore une fois nous concentrer sur lui. Levons de voile, ne tardons plus : je veux parler du distingué genre des WIP. Que sont les WIP ? Non pas les White international Protestants. Non, vraiment pas.

Il s'agit des films dit Women in prison, dans lesquels le principe est simple : on réunit en un même lieu clos, des femmes apeurées, des gardiens lubriques, des directeurs sadiques et surtout des voisines de cellule friponnes. Je consacrerai un billet spécifique à ces films.

Mais ce genre a engendré un sous-genre, ô combien plus distingué : celui de la nazixploitation. Là, on va très très loin, à la fois dans le n'importe quoi, et dans le choquant de très mauvais goût. Que du bonheur, en somme.

Je n'ai vu que deux films de ce style, ce qui fait un peu juste pour porter un jugement définitif. Cela dit, sachant qu'il est aujourd'hui absolument méconnu et pour tout dire honni, je me devais d'en parler un peu plus. Il s'agit de Salon Kitty, sans doute la référence du genre, même si tous ne le pensent pas, réalisé par le grand Tinto Brass, et de Love Camp 27, de Mario Caiano. A noter aussi l'existence, notamment, de Night Porter, avec Charlotte Rampling et Dirk Bogarde, tout de même, et de llsa, She Wolf of the SS, que pas mal considèrent comme le meilleur film du genre. Vous en trouverez ici une galerie très fournie.

Par ailleurs, fidèle à mon habitude, à la fin de ce billet vous trouverez à la fois une liste (non exhaustive) de ce genre de films, ainsi qu'un assez grand nombre de photos, à ne pas mettre à la portée de tout le monde, bien entendu.

Nikita offre ici un panorama assez réussi du genre nazixploitation :

il s'agit de la vague de la «Nazi-Exploitation», qui fit des ravages dans les années 70, avec une vague de films, majoritairement italiens, étalant des fantasmes sado-sexuels sur fond d’hypocrite dénonciation du nazisme. Cette mode, désagréable entre toutes, avait pourtant des origines nobles, puisque son origine se trouvait dans un film de Luchino Visconti, «Les Damnés » («La Caduta degli Dei», 1969), chef-d’œuvre contant la décadence d’une grande famille Allemande, parmi mille turpitudes sur fond de montée du nazisme. Le film abondait en situations sexuelles perverses, sublimées par la mise en scène d’un Visconti à son sommet. Ce formidable film devait cependant avoir une postérité plus que douteuse dans la décennie suivante : l’année 1974 vit en effet la sortie de deux films qui donnèrent le vrai coup d’envoi de la vogue «Nazi-Exploitation» ou «Nazixploitation», ou «Nazisploitation», ou «Porno-nazi», ou «Gestaporn». Aux USA, «Ilsa, She-Wolf of the SS» («Ilsa la louve SS», alias «Le SS était là, les gretchen aussi» !), était centré sur les méfaits d’une doctoresse nazie sexy et sadique dans une débauche de situations scabreuses(le film donna naissance à toute une série de films avec l’actrice Dyanne Thorne). En Italie, un film plus raffiné, «Portier de nuit» («Portiere di notte»), reprenait deux des acteurs des « Damnés », Dirk Bogarde et Charlotte Rampling, dans une trouble histoire de sado-masochisme entre un ancien SS et une déportée qui se retrouvent après la guerre et recommencent leurs jeux sexuels. Ce dernier film causa un véritable scandale et déclencha aussitôt la ruée des producteurs désireux de surfer sur la vague : en 1975, Tinto Brass signe «Salon Kitty», où Helmut Berger (un autre acteur des «Damnés») sévit au temps du nazisme au sein d’un bordel, où les filles sont notamment obligées de s’accoupler avec des monstres ! (dont déjà l’homme-singe Baccaro !). A partir de là, c’est le déluge de films plus trash et vulgaires les uns que les autres, qui vont pendant deux-trois ans déferler comme un fleuve de boue sur les malheureuses salles de cinéma : «Le Camp des filles perdues », « Les Déportées de la section spéciale SS», «Erika la plus sadique des kapos», et autres «L’Enfer des femmes» ! Ce sous-genre, typique des années 70 où l’on pouvait tout se permettre, a encore quelques fanatiques dégénérés mais, de l’aveu général, compte davantage de navets (antipathiques de surcroît) que de nanars.

Sur La Bestia in Calore, Nikita poursuit

Or, le spectacle se voudrait horrifiant mais atteint des sommets de ridicule rarement vus au cinéma. Visiblement très motivé, l’homme-singe ne fait pas très attention et envoie de la buée sur l'objectif de la caméra lors des gros plans (on n’a pas refait la prise, visiblement). Batzella en rajoute dans l’ignominie dans une scène vers la fin, où le monstre arrache les poils pubiens d’une femme et se met à les manger en bavant. L’image est en effet assez désagréable, mais en partie désamorcée par les grimaces impayables de Salvatore Baccaro et par l’usage très maladroit de ketchup et de peinture rouge lors des scènes de torture.

Le fin du fin est encore dans les croix gammées : j’ai en effet remarqué que dans un certain nombre de scènes, les svastika (sur les brassards ou les drapeaux) sont…à l’envers ! Il ne s’agit pas d’une inversion de l’image, car on voit cohabiter dans la même scène des croix gammées à l’envers et à l’endroit. Soit le costumier et le décorateur ont fait n’importe quoi, soit il ne restait plus que ça dans les stocks de Cinecittà ! Ou alors, à la fin de la guerre, les nazis n’avaient plus le temps de se pencher sur ce genre de détails…La reconstitution historique, globalement, n'est même pas au niveau d'une dramatique télé des années 50. A noter également une scène de folie : lors de l'attaque du village par les nazis, alors que les habitants fuient en pleine panique, nous voyons passer au premier plan un vieux paysan, qui croise les Allemands d'un air placide, sans donner le moindre signe d'inquiétude. Il s'agissait visiblement d'un habitant du village où a été tourné la scène, qui faisait sa promenade...On imagine l'instant : «Hé, papy, barre-toi du champ de la caméra! Rhaaa, on la refait!» «Heu, non, patron, y'a plus de pellicule... » «Crotte, bon c'est pas grave, on la garde, si ça se trouve les spectateurs n'y verront que du feu...»

D'autant que vous pouvez offrir à noël la poupée Ilsa ! Laquelle Ilsa ne s'est pas contentée de films nazixploitation (la voir par exemple ici en gardienne de harem, tout un programme).

De façon plus objective, on pourrait dire que les films nazixploitation, ou encore Nazisploitation, ou Nazi-exploitation, ou Porno-nazi ou Gestaporn, sont des films qui ont la particularité d'être intégralement basés sur l'exhibition des tares des nazis, notamment sous leur jour sexuel. Les films de nazisploitation ont pour la plupart été réalisés dans les années 1970, principalement en Italie mais également dans d'autres pays comme les Etats-Unis. Le genre se caractérise par une propension à vouloir choquer le public par tous les moyens, par la description de sévices grand-guignolesques, scènes sado-masochistes et tortures de femmes à poil. La présence de femmes tortionnaires nazies est généralement un plus. Le tout se double parfois d'une dénonciation particulièrement délicate et bien amenée des horreurs de la guerre, histoire de nous rappeler que nous voyons un film à message. Historiquement, la vague des films nazisploitation s'est développée dans la seconde moitié des années 70, s'inspirant du succès de scandale de trois grands films précurseurs (Salo de Pasolini, Portier de Nuit de Lila Cavani et Salon Kitty de Tinto Brass) pour dériver vers toujours plus de Z, tendance trash. Le film Ilsa, la louve des SS avec la sculpturale Dyanne Thorne, est caractéristique du genre. Passée de mode à partir du milieu des années 80, la nazisploitation s'est largement fondue dans le film de prisons de femmes qui n'en est parfois guère qu'un dérivé, les costumes nazis en moins. La carrière du réalisateur Sergio Garrone est à ce titre assez exemplaire, qui illustre bien la grandeur et surtout la décadence du Bis et du Z italien : réalisateur de spaghetti western dans les années 60 (Django le salaud), il se tourna quand le genre fut éteint vers le polar violent (Killer Gold), puis la nazisploitation avant que d'entamer une série de films sur les femmes en prison.

Le premier film, Salon Kitty, mérite le détour. Il raconte l'histoire d'une mère-maquerelle berlinoise dont le bordel va être utilisé, à son insu, par l'officier SS Wallenberg afin d'espionner des hauts-gradés nazis. Piochant un peu dans Salo et Portier de Nuit, et beaucoup dans Les Damnés (on retrouve d'ailleurs ses deux acteurs principaux : Helmut Berger et Ingrid Thulin), Brass ébauche une réflexion sur les dangers du pouvoir, multiplie les séquences déshabillées et fait preuve d'un goût prononcé pour la provocation (surtout dans la première demi-heure) et les délires décoratifs (les étonnants uniformes nazis portés pour Berger). On n'est pas loin de Caligula, au final.

Le second film, Love camp 27, ''Destin de femme'' en français, raconte l'histoire d'une héroïne interprétée par Sirpa Lane, qui est juive, et qui est capturée et obligée de se prostituer dans un bordel SS. Comme le dit la jaquette, plus précisément, un couple de jeunes Allemands vivant dans l'Europe troublée des années 30, s'aime tendrement. Elle est juive, et les persécutions l'obligent à émigrer, pour se réfugier avec sa famille à Paris. Au cours d'une rafle, elle tue un soldat nazi. Sa mère s'accuse de ce meurtre et est exécutée. Elle connaîtra alors de nombreuses expériences fort éprouvantes. Violée par des soldats SS, prostituée dans une maison close, humiliée et offensée, elle sera sauvée d'une mort certaine par l'officier qui commande le camp... J'ai trouvé que ce film est un nanar sans grand intérêt, très complaisant vis-à-vis de la violence et même de l'imagerie nazie.

Je n'ai pas vu d'autres films, notamment Holocaust nazi, si bien que je peux difficilement me faire une opinion définitive. Je navigue bien sûr entre trois pôles : d'une part, bien sûr, le plaisir canaillou des films erotico-kitch, à tendance BDSM ; d'autre part, le bonheur manifeste de foutre un coup de pied au cul du bourgeois bien-pensant, lecteur de Télérama, des Cahiers du Cinéma, du Monde et de Libé ; enfin, le dégoût procuré par ces mises en scène scabreuses et peu râgoutantes. Je ne peux pas juger avec si peu. Les deux films que j'ai vu sont, au final, assez bons, mais apparemment peu représentatifs du reste de la production. Ceci dit, je partage a priori le point de vue de Mad Movies, pour qui ces films, qui hérissèrent le poil de tous les critiques, ne sont, le plus souvent, que des fantasmes d'opérette, plus proche des bédés SM américaines et d'une esthétique grand-guignolesque qui rappelle les couvertures des insanes Men's Adventure Magazines.

Qu'en pensez-vous ?

lire la suite