Poutinni, ou Mussoline ?

Liberopensiero (libre-penseur) présente ici une comparaison, issue des réflexions du conseiller pour la sûreté nationale de l'ex-président américain Jimmy Carter, Zbignew Brzezinski. Selon ce dernier, la tendance à un centralisme de facture stalinienne du régime de Poutine ne doit pas être confondue avec le retour à une certaine forme de totalitarisme communiste. En effet, les Russes ont compris que le communisme équivaut à une régression économique et politque, et l'élite sait que retourner au régime communiste équivaudrait à renoncer à quelques privilèges. Par conséquent, tous les intérêts s'accordent pour promouvoir en Russie un capitalisme d'État, sujet à un contrôle strict de centre, qui offre les avantages de la richesse et des voyages à l'étranger. Il représente pour beaucoup la meilleure formule pour recevoir des gratifications et voir réalisées les aspirations nationalistes.

Brzezinski en tirait la conclusion que le régime de Poutine ressemble toujours plus au fascisme de Mussolini.

Le régime fasciste parlait de la grandeur de la nation italienne et de la discipline, en exaltant le mythe d'un passé plein de gloire. Poutine fait de même.

Le Duce donna de la rigueur aux horaires des trains italiens ; il centralisa le pouvoir politique au nom du nationalisme. Poutine fait de même. Il favorisait les prises de contrôle de l'économie, sans toutefois la nationaliser ou éliminer les oligarques et leur mafia. Poutine également. Poutine - observait le conseiller de Carter -

cherche à unir les traditions de la Tcheka (la gestapo de Lénine), le leadership de Staline, la revendication de l'orthodoxie russe d'une troisième Rome, et rêves panslaves d'un unique grand État guidé du Kremlin.

Brzezinski est optimiste quant à l'avenir, nous le sommes moins.

Voir également cette lettre du Corriere della Serra.

Libéralisme et démocratie - 1

Que Zeus me foudroie, qu'Hephaïstos me brûle, que le Kraken me mange !

Je pense, à rebours de nombre d'éminents représentants de la liberlishaft, qu'il y a un lien ontologique entre le libéralisme et la démocratie.

Mais enfin, nuls remords, comme Huysmans il me plaît d'être à rebours.

Le libéralisme et la démocratie ont le même point de départ : l'individu.

Loin de penser que la démocratie serait une doctrine ancienne et collectiviste, et le libéralisme une pensée moderne et individualiste, comme le dit Constant, je crois que s'opposent en réalité un organicisme, un holisme, ancien et un individualisme moderne.

Voilà la vraie summa divisio.

Le holisme est aussi vieux que l'antiquité grecque : Aristote disait, dès les premières pages de la Politique, que le tout l'emporte nécessairement sur la partie puisque, le tout une fois détruit, il n'y a plus de parties, plus de pieds, plus de mains avec pour conséquence la nécessité naturelle (notons le terme "naturelle") de l'Etat et sa supériorité sur l'individu.[1]

A vrai dire, il faut attendre Grotius et Hobbes pour voir apparaître l'individualisme, plus de quinze siècles plus tard. Celui-ci part d'un état de nature axiomatique où il n'y a que des individus séparés les uns des autres par leurs passions et par leurs intérêts opposés, et contraints à s'unir de commun accord dans une société politique afin d'échapper à la destruction réciproque.

Ce renversement de point de départ a des conséquences décisives pour la naissance de la pensée libérale et démocratique moderne. En effet, le holisme ou organiciscme s'oppose à la fois au libéralisme, puisque le premier ne peut concéder aucun espace à des sphères d'action indépendantes du tout. Le holisme ne peut reconnaître une distinction entre sphère privée et sphère publique, ni justifier la soustraction d'intérêts individuels, qui trouvent leur satisfaction dans les rapports avec d'autres individus (le marché), à l'intérêt public.

Mais le holisme s'oppose aussi à la démocratie. La démocratie se fonde en effet sur une conception ascendante du pouvoir, tandis que l'organiscisme ou holisme se fonde a contrario sur une conception descendante, qui s'inspire des modèles autocratiques de gouvernement. Comme le dit Norberto Bobbio, il est difficile d'imaginer un organisme où les membres commanderaient et non la tête.[2]

Attention, je n'ai pas dit que l'individualisme libéral et l'individualisme démocratique seraient identiques. Il sont simplement cousins et compatibles. Aucune conception individualiste de la société ne fait abstraction du fait que l'homme est un être social ni ne considère l'individu comme isolé. De ce fait, l'individualisme ne doit pas être confondu avec l'anarchisme égotiste d'un Stirner (1806-1856).

Mais les rapports entre l'individu et la société sont toutefois différents entre ces deux notions.

Pour le libéralisme tout d'abord, coupe l'individu du corps organique de la société et le fait vivre, du moins pour une large partie de sa vie, en dehors du ventre maternel, et l'introduit dans un univers inconnu. La démocratie, elle, le réunit aux autres hommes, semblables à lui, afin que de leur union la société se recompose non plus comme un tout organique mais comme une association d'individus libres.

De l'individu, le libéralisme met en évidence sa capacité de se former soi-même, de développer ses propres facultés, de progresser intellectuellement et moralement dans des conditions de liberté maximale par rapport aux liens externes imposés de manière coercitive. La démocratie exalte surtout sa capacité de dépasser l'isolement par différents moyens qui permettent d'instituer un pouvoir commun non tyrannique. Si le libéralisme s'oppose au holisme, c'est par corrosion graduelle de la totalité, par laquelle les individus, tels des fils devenus majeurs, se détachent du groupe primitif omnipotent et omniscient et conquièrent des espaces toujours plus grands d'action personnelle.

Si la démocratie s'oppose au holisme, c'est par dissolution interne de l'unité globale compacte, où se forment des parties indépendantes et qui commencent à vivre leur propre vie.

Le premier processus a pour effet la réduction à ses dimensions minimales du pouvoir public, le second le reconstitue mais comme somme de pouvoirs particuliers, ce qui est évident dans le contractualisme par exemple, qui fonde l'Etat sur une institution juridique comme le contrat, qui appartient en propre à la sphère du droit privé, où se rencontrent des volontés particulières en vue de la formation d'une volonté commune. Bien qu'issus de deux logiques différentes, toutefois indissociables de nos jours tant on n'imaginerait pas un Etat libéral non démocratique ou un Etat démocratique non libéral, libéralisme et démocratie ont un fondement unique - l'individualisme. C'est bel et bien le holisme, et son descendant en ligne directe, le collectivisme, qui sont les véritables ennemis de ces deux notions.

Notes

[1] Aristote, Politique, trad. J. Barthélémy Saint-Hilaire, Paris, Dumont, Livre I, chap. 1, p.8

[2] Norberto Bobbio, Libéralisme et démocratie, Humanités, Cerf, 1996.

Empreinte écologique et liberté

Ce lien vous permettra de calculer votre empreinte écologique.

De quoi s'agit-il ?

de la surface fictive de sol productif nécessaire à une population pour répondre à sa consommation et à ses besoins d'absorption de déchets. On sait qu'elle augmente fortement passée un niveau de développement humain supérieur à 0,900.

Certains en concluent, par une addition simpliste des empreintes écologique de chaque individu, que l'expansion humaine sur Terre ne peut qu'être limitée, dans la mesure où notre niveau de développement, s'il était appliqué aux pays pauvres, nécessiterait une surface productive de 6 fois la Terre.

Seulement voilà, les Cassandre oublient de rappeler une chose pourtant nécessaire : l'empreinte écologique ne saurait se concevoir qu'à technologie courante, et non à technologie constante. Cela signifie que le calcul aboutissant aux six planètes dont je parlais n'a aucun sens. Sauf à supposer que le progrès technique n'apportera aucune intensification productive, ce qui est en contradiction flagrante avec l'histoire économique.

C'est pourquoi j'oppose au concept de développement durable catastrophiste celui de développement durable libéral. Il signifie que la plupart des actifs naturels n'ont de valeur que par les services qu'ils rendent. Pour assurer la durabilité de la croissance, il faut donc que le surplus retiré à l'occasion de l'exploitation d'une ressource naturelle non renouvelable à brève échéance (comme le pétrole par exemple) soit en partie réinvesti, pour augmenter le stock de capital substituable à cette ressource. Dès lors que le progrès technique est constant, voire exponentiel, celui-ci est en mesure d'assurer un jour la substitution.

Henri avait écrit un article sur le principe de précaution qui prolonge ces courtes remarques

The liberal blog explosion

Comme le dit si bien Johan :

20:28 - EXPLAINING THE LIBERAL BLOG EXPLOSION: Another of the big discussions at Bloggforum was why classical liberals, libertarians and free-marketeers seem to be more active bloggers. This was my guess when I got the question:

– We are more dissatisfied with the media, so we have to be the media ourselves to get our point of view across.

– We love technology and the future, so when there are new ways to express ourselves, we are quick adapters.

– We are individualists, who think what we do because we personally think that the arguments point in that direction, and we are used to fighting for our views in opposition to others (in school, in the family, in the workplace). If you are more collectivist and want to compromise and reach a consensus, or just think what is politically correct or socially acceptable, it’s more difficult to explain your views and the reasons for them. And it becomes much less interesting to read.

Class 1984

Film de Mark Lester, avec Perry King, Roddy McDowall, Timothy Van Patten, Michael J. Fox.

CLASS 1984 de Mark Lester se présente comme un film de très légère anticipation : en effet, il est supposé se dérouler deux ans après 1982, l'année de sa sortie. Certains détails aperçus dans cette oeuvre relevaient alors de la science-fiction, notamment le portail détecteur de métal, qui est depuis apparu réellement dans certains lycées américains ! Lester reprend l'argument classique de GRAINE DE VIOLENCE réalisé en 1955 par Richard Brooks, réalisateur hollywoodien proposant des oeuvres "engagées" : un professeur se retrouve confronté à des élèves indisciplinés et violents...

CLASS 1984 dresse d'abord le portrait alarmiste d'un enseignement en crise. Les lycées se retrouvent confrontés à de dramatiques problèmes de violence et de trafic de drogue. L'école, censée être un sanctuaire protégé et réservé à l'éducation, devient le territoire d'un gang de délinquants qui y font prospérer toutes sortes d'affaires illicites. Si la situation a pu paraître excessive à certains spectateurs de 1982, elle nous semble aujourd'hui tristement réaliste.

Je laisse d'emblée la parole à DVDRama :

Critiques cinématographiques françaises d’époque dont la collection donne une idée typique de la réception du cinéma populaire américain par la critique cinématographique parisienne dans la France qui venait de porter Mitterrand au pouvoir. Une liberté de jugement – mis à part une ou deux exceptions d’ailleurs très relatives - étouffée d’avance par le préjugé qu’un film violent américain est a priori mauvais, attaques contre le public qui apprécie le film, prise de défense des voyous contre le metteur en scène du film, etc.

• Le Monde du 11/09/1982 : anonyme et médiocre…

• Le Monde du 05/10/1982 : Louis Marcorelles par une subtile dialectique pense que le film, en montrant des actes violents, passe à côté de son sujet : la réhabilitation du dialogue entre les jeunes et les adultes : écroulé de rire tant la mauvaise foi est patente !!!

• France Soir du 11/09/1982 : Robert Chazal attaque le public du film ! Il faut tout de même oser et j’ai rarement lu un texte aussi hallucinant.

• France Soir du 25/09/1982 : Monique Patel écrit un texte enfin honnête mais sans plus.

• Le Canard Enchaîné du 06/10/1982 : Patrice Vautier cite une intéressante remarque de Frankenheimer qui détestait et aimait à la fois Orange mécanique de Kubrick. La conclusion de la critique n’est pas triste : Vautier propose qu’on fusille Lester ! Parfait exemple d’une critique qui aurait pu être intelligente puisque son auteur avait les connaissances historiques pour l’écrire mais qui s’avère moralement ignoble.

• Télérama du 02/10/1982 : Pierre Murat qualifie le film « d’ignoble » : drôle.

• La Croix du 10/09/1982 : Jean Rochereau trouve que Lester exagère : ce n’est pas parce que la violence des faits est authentique qu’il faut l’étaler. Savoureux effroi : voyons Jean, n’ayez pas peur, revenez devant votre écran, il n’y a plus de violence, c’est terminé ! Bon allez, on va voir Les demoiselles de Rochefort pour changer un peu ?

• Révolution du 01/10/1982 : Joel Jouanneau déteste ce film « idéologique » (sic) à « l’écriture vulgaire et raccoleuse » (re-sic). D’une certaine conception du cinéma populaire chez les tenants de la conscience de classe (laborieuse).

• L’Humanité du 08/10/1982 : un anonyme écrit une critique négative mais pas inintéressante.

• Le Matin du 10/09/1982 : Marie-Elisabeth Rouchy écrit une critique qui n’est pas antipathique mais qui est assez drôle avec le recul sociologique et historique : décalage que je vous recommande de savourer.

• La Vie Ouvrière du 04/10/1982 : J.-C. Catala parle d’une « féroce ambiguïté » et, bien entendu, conclut négativement.

• Déclaration de Mark Lester à Brigitte Baudun pour le Figaro le 24/09/1982 qui revendique la sincérité de son film haut et fort ! Quelque part, encore une fois, c’est dans le Figaro de l’époque qu’on trouve la meilleure critique !

Heureusement, peut-on se dire après la lecture de cet impressionnant et dément florilège, que les temps ont un peu changé. Mais tout de même, tout cela conserve un goût amer : celui de la nullité morale et intellectuelle ambiante de 1982. Quand on pense que les critiques méprisaient le public à ce point-là, on en a rétrospectivement des frissons…





Ce film, basé sur des faits réels, rassemble deux genres relativement classiques : celui du gang de jeunes (depuis l'Equipée sauvage jusqu'à Orange mécanique), et d'autre part, pour paraphraser là encore dvdrama, ce film se veut une version actualisée – on pourrait presque dire « revue et corrigée » - d’une section particulière de l’espèce du genre précédent : les films consacrés aux gangs d’élèves opérant dans un environnement scolaire illustrés par Blackboard Jungle Graine de violence (USA 1955) de Richard Brooks, Up the Down Staircase Escalier interdit (USA 1967) de Robert Mulligan, Unman, Wittering and Zigo Les assassins au collège (GB 1970) de John MacKenzie, Why shoot the teacher Pitié pour le prof (Canada 1977) de Silvio Narrizano.





Class of 1984 est, de fait, une synthèse parfaite et définitive de ces deux lignes génériques et cela d’abord en raison de sa situation historique. Il renie définitivement l’optimisme et l’humanisme qui étaient les raisons d’être du film pataud et laborieux de Richard Brooks (cinéaste « liberal » c’est-à-dire « préoccupé par la question sociale et au cœur à gauche » dans le vocabulaire politique américain) qui était – faut-il le rappeler ? - encensé par un Georges Sadoul et de celui plus fin et intelligent de Robert Mulligan dont le même Sadoul, grand historien du cinéma mais communiste – faut-il aussi le rappeler ? - ignore tout bonnement l’existence, sans doute parce que Mulligan se définissait comme catholique ! – ainsi que de celui de Narizzano.





En revanche, Lester approfondit le portrait déjà quasi-impitoyable du jeune criminel psychopathe incarné par John Cassavetes dans le film de Siegel de 1956 : le Stegman de Class of 1984 est un bien un psychopathe mais surtout un criminel inexcusable. Sa mère est « aisée », il vit dans le bien-être matériel le plus évident mais il est maladivement animé par la volonté de puissance, tout comme les barbares qui constituent son gang. Le scénario du film de Lester reprend l’idée initiée par Brooks et MacKenzie (tentative - avortée – de viol d’une enseignante par un élève) mais, comme Kubrick en 1971, la mène à son terme. Alors que Kubrick ménageait sur le fond la chèvre et le choux en réalisant un film volontairement confus – Alex est-il bon ou mauvais ? La société est-elle responsable ou non de son comportement ? – et finalement déplaisant puisqu’il oscillait entre dénonciation et bonne conscience avec une constante mauvaise foi dont la violence visuelle fut seule garante d’un excellent résultat au box-office, Lester adopte la position réaliste d’un Siegel, d’un Corman ou d’un MacKenzie : le mal existe et la société, loin d’en être responsable, ne doit pas d’abord le « pardonner » ou le « soigner » mais se défendre contre lui, quitte à exterminer ses agents. De ce fait, on peut dire que Class of 1984 est à l’origine thématique et spirituelle de la récente série très violente des quatre The Substitute dont l’habileté scénaristique est de redoubler la donne : un mercenaire rompu aux techniques de combat se fait passer pour un professeur afin de venger les professeurs véritables qui ont été auparavant brutalisés voire tués par leurs élèves…

Comme ajoute par ailleurs Devildead :

CLASS 1984 est construit avant tout comme un affrontement entre Andrew Morris et Peter Stegman. Aucun des deux ne va céder, et la tension entre l'enseignant et l'élève va s'élever progressivement. Ni le système scolaire, ni la police ne vont rien faire pour régler la situation une fois pour toute. Cette lutte atteindra son paroxysme lorsque Stegman violera et kidnappera la femme de Morris. Il paraît injuste de considérer CLASS 1984 comme une simple apologie de l'autodéfense ou de la vengeance privée. Lorsque Morris se déchaîne, c'est qu'il doit agir à ce moment précis pour sauver son épouse. De même certains lui ont reproché de décrire une jeunesse complètement irrécupérable et détestable : là-aussi, le reproche est injuste et revient à faire l'impasse sur toute l'intrigue, assez humaniste, liée à l'organisation du concert. De même, les dialogues soulignent régulièrement que Stegman et ses compagnons sont des exceptions, très nuisibles, mais tout à fait minoritaires.

Perry King, cet acteur révélé en France par Mandingo Mandigo (USA 1974) de Richard Fleischer et Choirboys Bande de flics (USA 1977) de Robert Aldrich est ici hallucinant et trouve un de ses plus beaux rôles. Les autres rôles principaux sont très bien servis et parfaitement « épaulés » par la mise en scène : on n’est pas près d’oublier la construction de la scène où Roddy McDowall fait cours à une classe soudain sage et attentive parce qu’un contrechamp nous révèle qu’il braque sur elle un Colt 45ACP, celle de l’élève drogué montant le long de la hampe et s’écrasant mortellement avec le drapeau américain et toutes les séquences nocturnes de la dernière partie. Thimothy Van Patten (Stegman) est très étonnant et on s’étonne en effet qu’il n’ait pas fait une carrière plus riche. Stefan Arngrim (Drugstore) était la vedette du curieux film fantastique Fear No Evil Effroi (USA 1980) de Frank Lallogia mais joue ici les utilités. Roddy McDowall fournit une prestation certes attendue mais très réussie, conférant au film un surcroît de folie et d’humanité. Ce second terme a valeur pour une bonne partie du film : « - Ils ne sont pas tous comme ça » disent régulièrement les personnages positifs du film et, de fait, Lester filme des élèves en majorité « normaux » - confrontés à un engrenage infernal imposé par une minorité malfaisante. La déclaration de Lester reproduite dans les bonus du DVD a valeur de témoignage : la sincérité de sa position n’est au fond pas si éloignée de celle d’un Brooks et on la ressent dans celle de sa mise en scène, notamment dans la première partie et même dans l’un des derniers plans du film : celui où King veut une dernière fois sauver Stegman dont l’attitude est une dernière fois conforme à celle du Satan dépeint par Milton dans Lost Paradise. Raison pour laquelle il chute…





La peinture du mal est évidemment davantage l’objet esthétique de Lester et on ne s’étonne pas que le film, commencé sous les auspices d’un néo-réalisme « authentique » s’achève – quasiment – comme un film fantastique.





Andy Norris est soigneusement confronté à une situation dont tous les éléments sont pesés et soupesés pour paraître réels et découvre finalement qu’il n’a aucun moyen d’action autre que le meurtre pour combattre le mal. Faillite des institutions, rédemption par la lutte individuelle, volonté du dévoilement de la vérité derrière les apparences : le cinéma de Class of 1984 est porté par ce que le cinéma policier américain a toujours manifesté de plus puissant et de plus virulent. Il constitue le bouclage d’une boucle et un point de non-retour du genre spécifique auquel il appartient.

Évidemment, il s'agit d'une oeuvre d'exploitation, dont le discours est avant tout un alibi pour la représentation de séquences dures et à une certaine surenchère dans la brutalité. Nudité, viol, torture, scènes sanglantes sont bien au rendez-vous, avec notamment quelques clous restés fameux : Stegman se blessant lui-même en se cognant violemment contre des murs, un viol collectif, l'usage célébrissime d'une scie circulaire, un enseignant faisant la classe en pointant une arme automatique vers ses élèves... Voici toutefois un excellent film d'exploitation, peut-être pas au niveau de ses frères italiens, mais qui mérite d'être découvert ou redécouvert.

Stalker

in transit you pass among the strangers of the world paying tibute to the thief who stole away your shadow you look into the bedrock and listen to the bells calling liquid lust call for solid white

I see the stalker in your face the secrets of your skin

I keep the wisdom that you need the password that you want

I feel the stalker in your mind the fire in your veins

no hope to be released

I'm a multitude of travel to the other side through the broken wall I saw your fellow man to the west of the horizon there's a bitter world and if you try to sense the smell of your face for you found the keyhole but lost your backbone no courage left to join the march of endless time you saw the sleep of habit on those who walk in trance to their catatonic aimless lives

so let them start the engine grinding mountain dust and reproduce your ego too much is not enough you dig holes through the earth to meet the king of worms to steal away his wisdom and learn to decompose

you chant like fifty indians to charm the prince of eagles to learn the art of seeing and the tounge of the winds so don't you try to fool me for I watch your every move we are kindred spirits like two voices in the wild

Un score décevant pour Michael

Michael n'a recueilli que 376 000 voix, sur 112 millions de suffrages exprimés. Ce qui est peu (0,3%).

C'est bien la seule nouvelle qui mérite de retenir mon attention.

A propos, je ne comprends pas le bushisme béat des conservateurs, et des autres qui, à l'instar de Madelin, prennent sa défense. Pour ma part, je m'étais rangé à l'opinion de The Economist, et par conséquent, s'il avait vraiment fallu que je choisisse entre Kerry et Bush, j'aurais choisi le premier.

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