Après la traduction d'un texte de capmag, je me risque à présent à la traduction d'un article espagnol paru sur le blog Todo un hombre de estado, hébergé par liberalismo.org.

Comme pour tant d'autres choses, le 11 septembre marque défintiivement le mouvement libéral lui aussi. Il n'a probablement fait qu'accentuer des tendances implicites de désagrégation interne ; mais le fait est que, dans l'histoire du libéralisme, nous pouvons établir un avant et après ce jour fatidique. (...)

Au sein du libéralisme il existe deux tendances qui, évidemment, sont irréconciliables à long terme. L'anarcho-capitalisme et le minarchisme, dans ses différentes intensités. Je dis que, à long terme, ils sont irréconciliables, parce qu'ils poursuivent des fins différentes ; lorsque nous atteindrons l'État minimal, le schisme deviendra inévitable. Les anarcho-capitalistes essayeront de détruire un État minimal que, par contre, les miniarchistes considèrent comme indispensable.

Or, pour l'instant cette friction interne s'avère seulement significative dans le cadre académique. Tant que l'État restera dans sa dimension acuelle, ceux-ci comme d'autres poursuivront le même objectif : le réduire.

Toutefois, malgré tout ceci, le 11 septembre a touché le sujet probablement le plus sensible pour les deux mouvements : la défense. Le minarchisme a considéré qu'était arrivée l'heure où l'État devait exercer SA compétence, tandis que l'anarcho-capitalisme a vu dans le 11 septembre l'occasion historique pour l'État de devenir totalitaire.

Tant le minarchisme comme l'anarcho-capitalisme justifient leur position (pro ou anti-guerre) par la sauvegarde de leur bien le plus précieux, la liberté. Le minarchisme croit que sans la guerre contre le terrorisme nous serons réduits en esclavage ou assassinés par le fanatisme islamiste, et l'anarcho-capitalisme croit qu'avec la guerre le Leviathan étatiste surgira en détruisant notre liberté. Dans les deux cas, la guerre est un élément décisif ; dans les deux cas un élément de discorde. Chaque camp considère l'autre comme celui des ennemis de la liberté, en prescrivant le contraire de ce dont, selon eux, la liberté a besoin. Un minarchiste en défendant la guerre est un suppôt du Leviathan, un anarcho-capitaliste, en défendant l'isolationnisme, est un allié des terroristes.

Il ne ratent pas une occasion de s'affubler mutuellement de noms d'oiseaux communistes ou socialistes. "La défense de l'État est socaliste" ; "L'opposition à la guerre est socialiste" ;. Un jeu dialectique dangereux qui nous sépare chaque fois un peu plus de ce qui, aujourd'hui comme hier, est notre objectif commun. De plus, ce jeu donne des ailes tant à la gauche qu'à l'islamisme, tandis que nous nous tordons dans nos luttes internes. Ceci permet à la gauche ne pas affronter la faillite de son Welfare State, et au terrorisme de masquer le manque d'originalité de sa lutte.

Le problème insoluble réside dans le fait que les deux parties ont en partie raison. La guerre peut s'avérer nécessaire pour mettre un terme aux régimes qu'ils soutiennent le terrorisme, mais, sans doute, il ne sera pas suffisant pour mettre un terme au terrorisme. Le terrorisme est un phénomène qui dépasse les frontières étatiques, il s'ensuit que les machines étatiques rigides sont incapables de le déraciner. C'est un phénomène parfaitement compréhensible pour les anarcho-capitalistes, qui ont toujours critiqué la défense étatique considérée comme inefficace.

Or, la solution posée par les anarcaps, l'isolationnisme (principalement "don't thread on me" ;), ne résout pas les problèmes de fond ; il oublie que (quelles qu'en soient les causes) nous sommes déjà en guerre et que cette guerre, grosso modo, est approuvée par d'autres États.

Aux libéraux, qui aimons la liberté, nous disons que cela nous impose de gagner cette guerre. Mais gagner la guerre ne peut pas être synonyme, ni antonyme, de gagner la guerre avec la défense publique. Ce peut être actuellement une bonne méthode, mais seulement partiellement. Minarchistes et anarcho-capitalistes devons chercher tous des solutions nouvelles pour un phénomène nouveau. Ni les solutions de certains (la guerre totale) ni celles d'autres (l'isolationnisme inégal) ne parviendront à mettre en échec les totalitaires.

Malheureusement je ne connais pas la solution à l'énigme de comment gagner la guerre. Cela oui, je crois savoir le chemin par lequel nous pouvons la trouver : par la conjonction des réflexions de tous les libéraux. In fine, il s'agit ici d'une croisade contre contre notre liberté. Nous sommes tous également volontaires pour la gagner. Tous, par conséquent, nous devrions abandonner le fanatisme aveugle des solutions monochromes qui, avec clarté, ont montré leurs limites.

En tout état de cause, si le 11 septembre sonne comme le schisme du libéralisme, à un moment où il doit être absolument soudé, la guerre sera perdue ; et avec elle, notre liberté.