Dans la liberlishaft, plusieurs vouent une grande admiration pour Ronald. Il en est même qui défendent George. Mais rares sont ceux qui éprouvent une quelconque sympathie pour Bill.

Je trouve cela profondément injuste, sans même parler de la sympathie due à Monica.

En effet, il me semble difficile de faire de Ronald le parangon de la pensée libérale. Ce constat est vrai sur le plan politique, il est vrai aussi sur le plan économique. C'est ce second point que je vais tenter de démontrer ici.

Ronald, en arrivant au pouvoir en 1981, peut s'appuyer sur un allié de taille : Paul Volcker, président de la FED depuis octobre 1979. Ils décident, tous deux, de mener une politique monétaire très résolue à réduire l'inflation, qui était en effet élevée, et ce au prix de taux d'intérêt réels très élevés, du moins en début de période (6,2% sur la période 1980-84). Par ailleurs, Ronald mène une "révolution de l'offre", comprenant notamment une baisse des impôts, et réduisant le poids du gouvernement en éliminant le gaspillage et son implication dans l'économie.

Mais cette politique monétaire restricitive, couplée à une politique de l'offre active, n'est qu'un des aspects de l'action de Ronald.

Celui-ci, en effet, a mené une politique budgétaire fortement expansionniste, essentiellement du fait de l'accroissement des dépenses militaires (on se souvient du programme de la Guerre des étoiles).

Je ne conteste pas les résultats positifs de cette politique, dans la mesure où la baisse des impôts, par l'effet Laffer, et la politique monétaire restrictive ont permis de limiter le déficit budgétaire américain (-4% entre 1980 et 1984, -4,3% entre 1985 et 1989, soit une quasi-stabilité).

Mais on ne peut en faire une politique totalement libérale. C'est plutôt un savant dosage de néo-keynésianisme et de politique de l'offre.

Prenons à présent le cas de George W. : un point commun avec Ronald, sa politique de relance par l'offre. Trois plans de relance successifs ont été votés par le Congrès : en juin 2001, pour 1 350 milliards de dollars, en mars 2002, pour les entreprises, et enfin en mai 2003, pour 700 milliards de dollars (réduits de moitié depuis). Ces plans de relance ont consisté en des baisses d'impôts, et en l'abandon de la double taxation des dividendes versés.

L'accroissement budgétaire, pour important qu'il soit, n'atteint toutefois pas celui de Ronald.

La grande différence entre Ronald et George, c'est la politique monétaire suivie : la FED a en effet mené ces dernières années une politiique de soutien à l'activité, passant par une forte baisse des taux d'intérêt, et l'abandon de facto du dollar fort : de 6,5% début 2001, le taux directeur de la FED a été abaissé jusqu'à 1% en 2003, soit un taux d'intérêt réel négatif d'environ -1%, compte tenu de l'inflation.

Cette politique n'est pas inefficace, elle non plus : après un fort ralentissement en 2000, dû à l'éclatement de la bulle internet[1], la reprise a été constatée dès 2003. Elle provient surtout de la consommation des ménages, stimulée par les baisses d'impôts. Mais l'investissement des entreprises, lui, est pour l'instant assez atone. Ce qui est un motif d'inquiétude.

Conclusion (provisoire) :

  • Ronald combine une politique monétaire ultra-restrictive, une politique fiscale volontariste, et une politique budgétaire ultra-keynésienne. Ce policy mix me semble assez éloigné de la vision caricaturale tant des libéraux pour qui Ronald ne saurait être critiqué, que des lefties qui voient en lui la réincarnation du Malin.
  • George W. combine une poltique budgétaire expansionniste, keynésienne de facto, avec une politique fiscale très stimulante et une politique monétaire accomodante. A la différence de celle de Ronald, la politique menée par George est particulièrement risquée : toutes les manettes aboutissent à accroître considérablement le déficit budgétaire US. Lequel sera une dette publique demain. D'un excédent de 2,3% du PIB en 2000, le solde budgétaire est passé à un déficit de 3,4% du PIB en 2002, et atteindrait 4,9% en 2003 et 5,3% en 2004. Le risque est d'autant plus grand que les ménages américains sont particulièrement endettés. Bien sûr, comme je le disais dans un autre billet, le fait d'attirer des capitaux étrangers est un signe de dynamisme. Mais le pari est risqué. Et peu orthodoxe.

Il est surtout trompeur.

En effet, rien n'aurait été possible sans Bill.

C'est en effet son administration qui a engagé la réduction du déficit public, en arrêtant les baisses d'impôt et en contrôlant les dépenses. Le déficit public a non seulement été résorbé, mais plus encore des excédents ont été réalisés. Ce sont eux qui ont permis à George de mener sa politique budgétaire expansionniste. Bill n'a pas augmenté les impôts, ni remis en cause le rôle de l'Etat dans l'économie, tel que Ronald l'avait établi.

Moralité ?

De Ronald, George et Bill, le plus classiquement libéral, au sens économique du terme, c'est le troisième.

Notes

[1] les prêteurs ont pris conscience de l'importance disproportionnée des actifs de la nouvelle économie dans leurs portefeuilles ; la recomposition de ceux-ci s'est donc traduite par une chute des flux nets entrants d'investissements directs, des achats nets d'actions et par des entrées de capitaux courts.