Zeromancer - Doppelgänger I Love You
Voici un petit intermède musical, venu de Norvège !
Voici un petit intermède musical, venu de Norvège !
Je poursuis (quoique tardivement) les chapitres audios du Pouvoir de Bertrand de Jouvenel. Voici donc le chapitre 5, l’Avènement du guerrier. Bonne écoute.
Je suis toujours surpris de voir la fascination qu’exerce pour la plupart de nos semblables le pouvoir. Comme les mouches autour du vinaigre, on ne compte plus les individus, parfois minables, mais parfois aussi brillants, fondre sous le charme des sirènes du pouvoir. Ils déploient mille idées, mille talents d’ingéniosité, concentrent toutes leurs forces autour d’un but unique, l’appropriation du pouvoir, en faisant de celle-ci une fin en soi, quitte à oublier totalement toute autre perspective.
Il y a de cette manière de nombreuses personnes qui courent et qui mobilisent la totalité de leur énergie pour rattraper le train du pouvoir. Qui sont prêts à toutes les vilénies, toutes les magouilles, tous les complots, pour atteindre le pouvoir. C’est le mal préféré de John Milton, probablement pas par hasard.
Il y a bien sûr des collectivistes avides de pouvoir, on ne peut pas véritablement le leur reprocher, puisque pour eux l’individu n’a strictement aucune importance. Il y a aussi des magouilleurs, prêts à défendre n’importe quelle thèse, pourvu qu’une part de marché électoral existe et soit bonne à prendre. Pour parler de ce que je connais, Edouard Fillias est de cette trempe. Mais il y a aussi, et c’est plus surprenant de prime abord, d’authentiques individualistes qui, loin de se réfugier dans une tour d’ivoire et de là critiquer le monde, puisent en eux une force apte à vouloir faire changer le monde. Julien Sorel, le cardinal de Retz, Vigny, Benjamin Constant, sont de cette catégorie.
Je fais mienne la maxime de lord Acton, “le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument”, pour marquer mon désarroi et mon désappointement face à ce type d’individus. Alors que pour ma part je fuis le pouvoir comme Camus fuyait la peste à Oran, je ne parviens pas à comprendre le fondement de l’attitude de ces derniers. Je ne la comprends pas, car l’histoire nous donne mille exemples servitudes abattues, qui toutes ont été remplacées par d’autres. Nous savons tous très bien qu’une minorité victorieuse se transforme toujours en majorité tyrannique. Comme le dit Tocqueville :
Qu’est-ce donc une majorité prise collectivement sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraire à un autre individu qu’on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts ?
Derrière ce titre qui peut sembler provocateur, d’autant que les libéraux sont perçus en nos vertes contrées (devrais-je plutôt dire “rose” ?) comme des fanatiques extrémistes mangeurs d’enfants, incapables de ressentir la moindre émotion face à la misère, face au clodo qui dort dans ses cartons, face à l’enfant malnutri, face aux travailleurs pauvres, face aux sans-papiers qui vivent dans une misère noire.
Outre le fait que - malgré tout et comme d’autres - je revendique l’appellation de “libéral”, il est intéressant de sortir des sentiers battus comme le montre l’exemple de Thierry dans un billet consacré au sujet interdit en France de la génétique sociale. Il y a de nombreux aspects intéressants dans ce texte, que je me permets par conséquent de reproduire ici.
Je vois déjà les sociologues et les politologues français s’esclaffer. Dès que les sciences dures font une incursion dans leur univers, ils montent sur leur perchoir d’intellectuels. Les anglo-saxons, souvent adeptes de la sociobiologie de Wilson, sont moins sectaires. Pour preuve, NewsScientist vient de publier un article intitulé : Les penchants politiques sont-ils définis par les gênes ? (PDF). Point de départ de réflexion : les vrais jumeaux tendent à être plutôt du même bord politique que les faux jumeaux (donc impossible d’invoquer des causes sociologiques).
Pourquoi pas après tout ? Nous savons que la génétique ne définit qu’une partie de ce que nous sommes, mais une partie tout de même. Elle doit avoir tout autant que notre éducation ou notre milieu social une influence sur nos goûts politiques.
L’existentialiste qui sommeille en chacun de nous ne peut pas être d’accord mais nous devons parfois, même souvent, reconnaître que notre libre arbitre n’est pas tout puissant. Comme je le dis souvent, les gâteaux dans les vitrines des pâtisseries brisent ma volonté avec une facilité déconcertante et me démontrent sans cesse que je n’ai pas l’âme d’un Gandhi.
Nous sommes tous en partie conservateur, en partie progressiste. Ceux chez qui le côté progressiste serait le plus fort seraient plus à même de réagir dans des situations nouvelles. D’une certaine façon, leur cerveau serait plus apte à gérer le changement. Dans l’article de NewsScientist, les progressistes sont appelés libéraux, appellation mal comprise en France même si je la revendique.
Un libéral est quelqu’un qui avant tout se libère des habitudes et préfère le changement à la stagnation. Un libéral est anticonformiste. Un libéral veut que les gens qui l’entourent le surprennent et diffèrent de lui. Un libéral est pour le progrès, entendu au sens biologique d’évolution. Pour obtenir mieux que ce qu’il a déjà, Il accepte le risque d’avoir moins bien. Pour autant il n’est pas inconséquent, il peut très bien pratiquer un super principe de précaution, un tel principe étant libéral puisqu’il suppose que la prudence ultime revient à nous responsabiliser individuellement.
Si l’hypothèse génétique se confirme, il y aurait donc toujours deux grandes factions politiques. L’une à tendance conservatrice, l’autre à tendance libérale. Bug ! Qui sont les libéraux en France ? Qui représente les forces de progrès ? L’UMP qui nous voit tous en industriels plan-plan à la mode au XXe siècle ? Les socialistes qui eux agitent encore les idéologies du XIXe siècle ?
Je suis perdu. Plutôt, je crois que nos politiciens sont perdus. Ils continuent à nous faire des promesses intenables, les gens continuent à voter pour eux puis à les honnir. Et si après tout le camp de libéraux était celui de ceux qui ne votent pas. N’ont-ils pas compris que voter revenait systématiquement à choisir entre des conservateurs à tout crin ?
Gonzague est un fin écrivain. Ses qualités littéraires sont absolument incontestables. Il a vécu dans la demeure de Léonard de Vinci, et, bien qu’autodidacte, il est l’auteur d’une quarantaine de romans et biographies. Du reste, on ne sait pas bien où se trouve, chez lui, la frontière entre le roman et la biographie, tant ces dernières ont soit trait à des écrivains célèbres (Balzac, Flaubert, Dumas, Vigny), soit à des personnages historiques traités sur le mode romanesque. C’est précisément le cas de sa biographie de La Fayette, vendue à 100 000 exemplaires, et qui a offert à Gonzague un prix de littérature (là encore, ce n’est pas un prix d’histoire) de la part de l’Université Kennedy de Californie. Etat que jamais La Fayette n’a connu, et pour cause, il n’existait pas encore à l’époque.
Gonzague signe un plaidoyer pro domo en faveur du grand major-général auvergnat. Il brosse de lui le portait d’un héros de la guerre d’indépendance américaine. Le 20 avril 1777, le marquis de Lafayette, âgé d’à peine 20 ans, embarque en semi-clandestinité, dans le port espagnol de Pasajes, sur La Victoria pour soutenir la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis contre l’ennemi commun : l’Angleterre, et venir en aide aux insurgés. Gagné à la cause de la jeune nation américaine par son ami Benjamin Franklin, Lafayette s’était pris d’une affection quasi filiale pour le général Washington et il devient membre de son état-major. Il est en effet peu contestable que La Fayette, alors âgé de 24 ans, a été l’un des vainqueurs de Yorktown, et à ce titre l’un des héros de l’indépendance américaine. Du reste, outre Franklin et Washington, La Fayette entretiendra toute sa vie durant des liens étroits avec d’autres Pères fondateurs, Jefferson, Adams, et plus tard Madison.
De retour en France, La Fayette vit la période vaste de la vie versaillaise, poudrée, libertine, échangiste, Sofiacoppolesque. Malgré ses idées relativement avancées, il ne verra pas venir la Révolution, ce qui n’empêchera pas cet esprit tempêtueux de jouer un rôle de grande importance, en prenant la tête de la Garde nationale. Militant pour un régime modéré, une monarchie constitutionnelle sinon la République, La Fayette aurait connu le sort des Feuillants, des Girondins, des Jacobins, s’il n’avait été fait prisonnier par les Autrichiens. La Fayette restera sept ans à l’écart. Tant mieux pour lui.
Opposant mou sous Napoléon, mou mais constant, il sera de même aux premières loges de la contestation sous la Restauration, et même sous la monarchie de Juillet, que pourtant, à l’instar de Benjamin Constant, il contribua fortement à mettre en place. Louis-Philippe fut en effet, en quelque sorte, adoubé par La Fayette lors du fameux baiser républicain donné par le vieux marquis sur le balcon de l’Hôtel de ville, qui enveloppa le nouveau monarque dans le drapeau tricolore.
Bref, outre cette vie mouvementée, on peut tout de même s’étonner du plaidoyer monochrome de Gonzague. On aurait aimé un peu plus de nuance, un peu moins de parti pris, le tout au service d’une plume flamboyante, mais dont on ne sent pas très bien la robustesse historique. Ce n’est sans doute pas un hasard si, à plusieurs reprises, Gonzague fait référence à Stephan Sweig, auteur d’une biographie de Marie-Antoinette, car l’un comme l’autre enveloppent le récit historique dans les draps de satin de l’épopée romanesque. C’est très agréable à lire, mais à trop se croire dans un roman d’Alexandre Dumas, on en vient à oublier l’essentiel.
L’essentiel, c’est que les détracteurs du marquis ont sans doute raison de penser qu’il fut un grand bêta. Animé d’un indiscutable idéalisme en faveur de la liberté, il fut doté d’un sens politique, et même d’une intelligence de la situation, proche de zéro. Il a, à un moment ou à un autre, effectivement trahi tous les gouvernements et les chefs d’Etat, cela étant je partage l’avis de Gonzague, quant au fait qu’il n’a jamais varié sur son idéal. Plus qu’un personnage historique, La Fayette est une icône, ou devrait l’être chez nous, à tout le moins. Son engagement maçonnique, son combat pour la liberté, son idéalisme sont à saluer. De là à passer sous silence le fait qu’il n’a jamais vraiment su s’il était partisan d’une monarchie constitutionnelle ou d’une république, c’est aller un peu vite en besogne.
Gonzague Saint Bris, La Fayette, 528 pages, Folio, 2007.
J’avais déjà évoqué, lors de la mort du très grand Villeret, ce film cristallin qu’est Malevil (1981), réalisé par Christian de Chalonge. C’est bien sûr l’adaptation du roman éponyme de Robert Merle, l’auteur de la Planète des singes Mort est mon métier. A ceci près que, si l’histoire est la même, les personnages aussi, le film s’écarte progressivement du roman au point de finir de manière radicalement différente. Merle refusera même de voir son nom apparaître sur le générique du film pour le motif qu’il a considéré que cette adaptation tenait plus du travestissement.
L’histoire, en résumé, la voici : à la suite d’une guerre nucléaire, qui a selon toute vraisemblance ravagé la Terre entière, Emmanuel Comte et ses six compagnons (La Menou, Momo, Peyssou, Meysonnier, Colin et Thomas) font du château de Malevil, dont la profonde cave leur a permis de survivre, la base de départ de leurs efforts de reconstruction de la civilisation, qui passera également par l’affrontement avec d’autres groupes de survivants, que ce soient des bandes errantes ou des groupes structurés nomades ou sédentaires.
Je n’entrerai pas dans le débat de fond qui oppose ceux qui pensent que Chalonge a trahi Merle aux autres, sinon pour rappeler que les rets du roman (notamment la place des femmes, ou plutôt de la femme convoitée) ne sont pas présents dans le film, qui, a contrario, contient d’autres considérations, d’ordre plus politique. Sans aller aussi loin que l’auteur de la note dans le Guide des films de Jean Tulard, qui considère que le réalisateur oppose une société socialiste (je suppose les survivants autour de Serrault) à une société fasciste (les survivants terrorisés par Trintignant), pour finir dans le totalitarisme (les hélicos de la scène finale ?), je dirai que ce film laisse un arrière-goût amer. Outre la première moitié du film, excellente, et notamment la scène de la bombe nucléaire, vécue dans l’espace clos, sinon claustrophobique, d’une cave à vin, le reste du tournage reste un peu particulier.
La mise en scène de la survie d’un groupe abasourdi est très réaliste, et le jeu des grands acteurs que sont Serrault, Villeret, Dutronc, y est pour beaucoup. Une bonne part de la première moitié du film se passe ainsi sans aucun dialogue. Outre le fait que les compagnons redoutent que l’environnement leur soit devenu hostile (on se souvient de la scène sur la pluie qui n’est pas, Dieu merci !, radioactive), ils tentent de reconstruire une société fondée non sur le collectivisme comme le sous-entendent des esprits mal intentionnés, mais au contraire sur l’appropriation de la terre par ceux qui la travaillent, ce qui est la base même du libertarianisme. Par ailleurs, le petit groupe devra affronter, parfois les armes à la main, les pillards et autres gredins, et par conséquent à défendre leur propriété privée originelle, celle issue de leur travail. C’est ce même esprit de liberté qui les amènera à délivrer les survivants placés sous le joug de l’infâme Trintignant.
Mais toutes ces considérations politiciennes ne sont que des reconstructions (un comble pour ce film !) a posteriori. Elles me permettent simplement de répondre aux commentaires débiles du Guide des films. Ce qui compte, surtout, c’est la scène finale, antonyme parfait de tout happy end. Le sauveteur est plus inquiétant que h16 avec son masque à gaz, et s’éloigne de beaucoup de ce à quoi on s’attendrait. On ignore si les survivants seront bel et bien sauvés ou au contraire immolés. Quelques-uns, sans doute plus sagaces, fileront même à l’anglaise sur un radeau improvisé. Cette fin parfaitement inquiétante est selon moi la principale force de ce film, qui n’en manque pourtant pas, depuis les décors très réalistes jusqu’à l’excellente distribution.
Si vous avez l’occasion de vous procurer ce film, n’hésitez pas.
Lu chez Hugues :
J’essaie de me tenir au courant, même si j’évite d’en parler ici trop souvent, des aventures de nos amis israélo-palestiniens. Mais vu le petit travers maniaco-dépressif de leur actualité, les phases down succédant aux phases up avec une agaçante régularité, les vraies surprises sont rares.
Je découvre pourtant l’existence d’un mur séparant Gaza de l’Egypte, mur dont je n’avais jamais entendu parler avant que des gazaouites chauffés à blanc par le blocus ne le fassent tomber. Il a d’ailleurs fallu plusieurs jours aux médias avant d’appeler un chat un chat et de qualifier cette construction de trois à six mètres de haut de « mur » stricto sensu, les vocables euphémisants et connotés de « barrière » et de « clôture » ayant d’abord été utilisés.
Je n’ai pas de sympathie particulière pour le rempart de béton érigé plus à l’Est par Israël pour se protéger des suicide bombers ― même s’il semble remplir sa mission. Je suis aussi scandalisé que n’importe qui par son tracé illégal, empiétant sur les propriétés palestiniennes et aggravant encore les conditions de vie des Cisjordaniens. Je m’étonne pourtant de ce que le même procédé, utilisé par les Egyptiens, n’ait jamais été évoqué auparavant.
Bon, pour être tout à fait honnête, on rappellera que les Israéliens eux mêmes, avant leur départ de Gaza, avaient élevé ce mur. Et qu’ils accusent volontiers Moubarak de ne pas être à la hauteur question contrôles et entretien. Pour autant, construit par les uns et préservé par les autres, il garde le même objet : tenir le Hamas en respect.
Dans un livre aux accents franchement antisémites, l’ex-journaliste de RFI Alain Ménargues développait la théorie selon laquelle « le mur de Sharon » était le symbole du racisme dont le judaïsme (oui, le judaïsme, pas le sionisme) serait porteur. Ah, vraiment, je regrette de ne pas savoir ce que ce spécialiste des « ghettos volontaires » dirait de ce mur-ci…
Il semblerait, à l’écoute des médias français, que l’élection américaine se résume en un duel Obama - Clinton, ce qui n’est pas conforme à la réalité. Déjà que dans l’esprit desdits médias, droite=mauvais et gauche=bon (voir les analyses post-électorales de Duo Caroli, notamment), rengaine à laquelle on est habitué, à présent bien sûr on poursuit le syllogisme simpliste qui ne tient pas compte de l’histoire ni de la complexité des faits en une équation démocrates=bons et républicains=mauvais. Rien que de très classique. La nouveauté, c’est que l’élection présidentielle US semble se résumer en un combat interne au parti démocrate, ce qui est comique et ridicule. On consacre environ 8 fois plus de temps à parler des démocrates qu’à parler des républicains, alors que les primaires ne sont pas moins serrées, et la probabilité qu’un républicain l’emporte importante.
Rien que pour faire la nique à ces médias dans lesquels règne le prêt-à-penser, j’aimerais que les républicains l’emportent, même si, spontanément, mon coeur ne balance pas vers eux.
Vous connaissez les principales propositions du rapport Attali, je ne ferai ici que rappeler les plus sensibles, pour exprimer ma solidarité envers elles, car en effet je les partage toutes. Bravo Attali, je ne pensais jamais écrire cela, mais enfin je le répète : bravo Attali.
2. Le socle commun des connaissances des élèves. Il doit être repensé pour introduire le travail en groupe, l’anglais, l’informatique et l’enseignement de l’économie, qui “dès le primaire”, devra “expliquer et distinguer le rôle de la concurrence et des collectivités publiques dans la création des richesses”.
5. L’évaluation des enseignants. “Evaluer les professeurs sur leur capacité à faire progresser tous les élèves” : le rapport prévoit des évaluations de chaque école, rendues publiques, et une évaluation des enseignants par leurs élèves, en plus des inspections.
6. La suppression totale de la carte scolaire. “Permettre aux parents de choisir librement le lieu de scolarisation de leurs enfants.” Des “droits à l’école”, pécule attribué par l’Etat, seront utilisables dans toutes les écoles.
20. L’évaluation des universités. Audit public et classement annuel “général, simple et clair” de chaque établissement d’enseignement supérieur.
24. Les pôles d’excellence. “Faire émerger par appel d’offres” dix ensembles universitaires “d’excellence” pouvant être financés à 80% par le privé.
30. Le statut des enseignants-chercheurs. “Personne ne devrait pouvoir être chercheur à vie sans enseigner”, dit la proposition. Tous les chercheurs seraient recrutés sur des contrats de quatre ans, dont le renouvellement serait soumis à évaluation.
60. La presse. “Rendre possible dans les faits la liberté de production et d’embauche dans les imprimeries des quotidiens.” 153. Le développement de l’enseignement privé. “Permettre l’installation d’établissements privés conventionnés dans les quartiers”, par dérogation “aux restrictions nationales”.
209 à 218. L’ouverture des professions réglementées à la concurrence. Sont envisagées : l’ouverture complète du marché des taxis parisiens, l’augmentation du nombre des vétérinaires, la fin du numerus clausus des pharmacies et la limitation de leur monopole aux seuls médicaments sur ordonnance, la suppression des avoués. Il est proposé aussi d’”ouvrir largement l’accès aux professions délégataires d’une mission de service public” : notaires et greffiers des tribunaux de commerce notamment.
227 et 228. L’évaluation des services publics. La commission prévoit d’”évaluer les services de l’Etat (école, université, hôpital, administration) et rendre publique cette évaluation”, mais aussi de “faire évaluer tout agent d’un service public (professeur, fonctionnaire, médecin) par ses supérieurs mais aussi par les usagers”.
252 et 253. La rémunération des fonctionnaires. Deux propositions sont faites : “Permettre aux employeurs publics de déterminer les conditions de rémunération de leurs agents et revoir l’avancement automatique pour augmenter la part des promotions faites au choix” ; “[mettre] en place des primes liées à la performance collective et individuelle des agents”.
259. La suppression des départements. Il s’agit de faire disparaître en dix ans l’échelon départemental. “La composition du Sénat devra tenir compte des régions et des agglomérations”, les sénateurs étant désignés pour moitié par les régions. 267. Les allocations familiales. “Conditionner les prestations familiales aux revenus des ménages.” La mesure vise à rendre la politique familiale “plus redistributive”. Economie budgétaire annuelle attendue : 2 milliards d’euros.
297. La supression de tribunaux de commerce. Le rapport prévoit de les “regrouper”. Il souligne qu’outre Paris (10% des affaires), 22 tribunaux sur 191 concentrent 60% du contentieux général.
301. La fin des niches fiscales. “Restructurer l’ensemble des niches de l’impôt sur le revenu”, au nombre de 60. Le rapport propose de ne retenir que “celles qui sont favorables à la croissance et celles qui favorisent le développement de l’activité associative et caritative”.
Film sino-américain (2008), réalisé par Ang Lee. Avec Tony Leung Chiu Wai, Tang Wei, Joan Chen
Dans les années 1940, alors que le Japon occupe une partie de la Chine, la jeune étudiante Wong est chargée d’approcher et de séduire Mr Yee, un des chefs de la collaboration avec les Japonais, homme redoutable et méfiant que la Résistance veut supprimer. Très vite, la relation entre Wong et Mr Yee devient bien plus complexe que ne l’avait imaginé la jeune femme.
Lion d’Or à Venise, ce nouveau film de Lee me permet de renouer quelque peu avec mes billets consacrés au septième art, qui se sont fait bien rares en 2007. Lust, Caution fait suite aux célèbres et excellents Tigre et dragon, film onirique et envoûtant, où déjà on voit le goût immodéré qu’à Lee pour le flash-back comme pivot narratif du film, et le Secret de Brokeback Mountain, ces deux films ayant été récompensés chacun d’un Oscar fort mérité.
Bref, Lee, c’est un gros poisson, pas un menuisier de quartier.
Dans Lust, Caution, nous sommes plongés dans l’univers ô combien réaliste de l’occupation. Pas la nôtre, mais celle des Japonais en Chine. J’écris “pas la nôtre”, mais à de très nombreux points de vue, cette occupation ne fut pas très différente de celle des Allemands en France, aux mêmes périodes. Et si nous avions déjà un lourd passif avec les Allemands, depuis 1871 jusqu’à la Première guerre, les Chinois en avaient tout autant un avec les envahisseurs de la Mandchourie.
L’histoire de cette Mata-Hari d’opérette et d’extrême-Orient aurait tout aussi bien pu s’envisager à Saint-Germain-des-Pres.
D’opérette, car Wang Jiazhi, jeunette étudiant le théâtre à Hong-Kong, ville dans laquelle on se la coule douce en cette saison trouble, devient actrice, avec ses amis de l’université, d’un complot visant l’un des collabos les plus inatteignables de l’Etat. Elle jouera tellement bien son rôle qu’elle en oubliera le coeur de sa mission, et se laissera dévorer - ce n’est pas moins qui le lui reprocherait - par son appétit de luxure. Les scènes de luxure, justement, sont de grande qualité, relevant une sensualité et une lascivité comme seul le cinéma asiatique sait nous les procurer. Je me suis remémoré à cette occasion les scènes brûlantissimes d’Une femme coréenne, et me dis une fois de plus que j’ai vraiment un gros faible pour les Asiatiques. Enfin bref, je ne suis pas le seul.
En conclusion de cette brève note, je citerai ces commentaires d’un internaute, qui me semblent bien résumer l’état d’esprit de la plupart de ceux qui sont allé voir ce film, et qui n’ont pas été déçus. Je vous le conseille donc.
Les images de Shanghai occupée par l’armée japonaise sont saisissantes : des centaines de malheureux font la queue pour obtenir un bol de riz, des blessés sont évacués, rappelant douloureusement que le vieux continent n’était pas le seul à subir une armée d’occupation. Ces scènes sont aussi fortes que celles du “Pianiste” de Roman Polanski. On a peu d’images de cette guerre d’occupation. Les seules qui me viennent en mémoire sont celles de Tintin et le Lotus Bleu de Hergé, mais ici, les images sont moins colorées, moins exotiques et on est au coeur de ces chinois qui souffrent. Dans cette Chine occupée, un petit noyau d’étudiants résiste et c’est la jolie Tang Wei, jeune actrice inconnue ici, qui donne les traits à cette Mata Hari moderne. Elle est fabuleuse, elle irradie le film, c’est une véritable révélation. Tony Leung Chiu Wai donne les traits à l’inquiétant M. Yee. Il est remarquable de froideur et de cynisme, à mille lieues de ses compositions d’amant romantique dans les films de Wong Kar Waï. L’année 2008 commence en beauté avec ce superbe mélodrame. Magnifique !
…Je vous conseille la lecture de ce plaidoyer de Piotr Smolar en faveur du président Saakachvili, auquel on peut certes reprocher pas mal de choses, mais un peu moins tout de même que ce que l’on entend ici ou là, notamment dans les médias.
‘état de grâce de Mikheïl Saakachvili a duré deux heures. Vainqueur de l’élection présidentielle géorgienne, le 5 janvier, avec 53,3 % des voix, il a célébré cette performance devant ses partisans, avant que ses adversaires lancent l’offensive contre les fraudes électorales. Le 13 janvier, une grande manifestation était destinée à donner la parole à la rue contre les urnes. Le confort politique a disparu de la vie du président, élu pour son premier mandat, en 2004, avec un score étourdissant (96 %).
En quelques mois, l’incarnation de la “révolution des roses” a vu monter l’opposition intérieure et fondre une partie de son crédit à l’étranger. Pourtant, le procès fait à M. Saakachvili, qui comporte des pièces à charge réelles, inspire des doutes sur la crédibilité de ses accusateurs publics. Une ambiguïté traverse la coalition des partis d’opposition, nourrie par le flou de leurs projets : revendiquent-ils la révolution de 2003, en considérant que M. Saakachvili l’a dévoyée, ou bien s’inscrivent-ils dans une sorte de contre-révolution cachée ?
Beaucoup de reproches peuvent être adressés à M. Saakachvili : sur son mode de gouvernement brutal ; sur sa découverte tardive des traumatismes subis par une partie de la population au gré de réformes extraordinairement ambitieuses, menées au pas de charge et sans consultation ; sur sa stratégie de la tension vis-à-vis de la Russie, qui le conduit à exploiter ou à exagérer le moindre incident entre les deux pays en Abkhazie et en Ossétie-du-Sud, les deux régions séparatistes.
Mais les procureurs les plus sévères doivent admettre que la transformation de la Géorgie est visible à l’oeil nu. Il faut entendre les habitants de la capitale, Tbilissi, évoquer ces temps récents où l’insécurité les empêchait de sortir le soir, où l’électricité manquait dans de nombreuses rues du centre, où les routes étaient toutes défoncées. Aujourd’hui, la croissance semble forte, malgré l’inflation ; la Banque mondiale vient de classer le pays parmi les 25 les plus favorables au monde pour les investisseurs ; l’épuration dans les administrations et la lutte contre la corruption ont constitué des épreuves douloureuses, mais indispensables, jamais entamées en Russie.
Il est curieux de voir comment l’image de M. Saakachvili a basculé à l’étranger. En 2003, la révolution pacifique l’avait consacré pionnier de la démocratie dans l’ex-URSS. Pendant trois ans, il fut loué pour sa modernité et ses réformes libérales, soutenu sans conditions. On pardonnait tout à David parce qu’il sentait le souffle du Goliath russe sur sa nuque fragile. L’automne 2007 a plongé la plupart des observateurs dans un excès inverse. Le pouvoir a été accusé d’usage démesuré de la force, de répression contre les médias et d’autoritarisme.
Le 7 novembre, le recours aux balles en caoutchouc et au gaz lacrymogène contre les manifestants, l’instauration de l’état d’urgence et le raid contre la chaîne privée Imedi ont constitué le point d’orgue d’une escalade dommageable pour le pouvoir. Dès lors, le président géorgien a décidé d’abréger son mandat de seize mois pour se présenter de nouveau devant les électeurs. Un fait unique dans la zone.
Existe-t-il des doubles standards à l’égard de la Géorgie ? Oublie-t-on à quelles pesanteurs soviétiques - mentales et structurelles - le pays continue de s’arracher ? On reproche à M. Saakachvili d’avoir fait un coup politique en décidant d’organiser des élections anticipées. Mais la stratégie est autorisée en démocratie et on connaît des exemples où elle tourne mal, lorsqu’on dissout l’Assemblée nationale pour disposer d’une majorité plus confortable. M. Saakachvili a refusé de débattre avec l’opposition avant le premier tour ? Là encore, l’exemple de l’élection présidentielle françaises montre que ce cas n’est pas unique. On le dit narcissique ; on en connaît d’autres. On fustige sa communication à l’américaine, formatée pour la télévision ; quel candidat majeur, dans les pays démocratiques de la planète, se passe-t-il de ces recettes ?
UNE DÉMOCRATIE FAITE D’ARGILE
Argument plus sérieux, l’opposition s’est plainte d’une campagne électorale inéquitable et de falsifications, qui l’auraient privée de plus de 100 000 voix. La mobilisation des ressources administratives et la fermeture pendant un mois de la chaîne Imedi ont été soulignées par les observateurs. Le déséquilibre était clair. On est tout de même loin du contexte russe : les candidats d’opposition passaient quotidiennement à la télévision, sans parler de la diffusion de leurs clips sur toutes les chaînes. En outre, leurs représentants ont scrupuleusement surveillé les bureaux de vote, ce qui explique le nombre de contestations. Il y eut des irrégularités - volontaires ou causées par l’amateurisme des autorités locales -, qu’a soulignées l’OSCE en termes embarrassés : un mauvais usage de l’encre marquant chaque électeur sur le pouce ; une présence policière exagérée près des bureaux ; des transmissions de protocoles suspectes.
Difficile de savoir si l’opposition a été ainsi privée d’un second tour. Mais celle-ci a conquis Tbilissi, la capitale, malgré une absence de programme et un candidat médiocre. Le seul projet de Levan Gatchetchiladze consistait à démissionner en cas de victoire, pour supprimer le régime présidentiel. Si les tricheries étaient massives, comment aurait-il obtenu ce succès symbolique ?
Autre point soulevé par l’opposition : elle s’est dite dépourvue de financements d’entrepreneurs privés. Or le plus riche d’entre eux, Badri Patarkatsichvili, lui-même candidat, se disait prêt au début de la campagne à financer les partis opposés à M. Saakachvili, démobilisant les contributeurs moins célèbres. La coalition prétend ne rien avoir touché. Toutefois, sa crédibilité a été entamée par la tentation du recours au milliardaire.
L’ambition de M. Patarkatsichvili et sa détestation pour le président étaient telles qu’il avait bâti un scénario de coup d’Etat, prévoyant dès le 5 janvier des manifestations pour dénoncer les fraudes électorales et la neutralisation du ministre de l’intérieur, pour contrôler la police. Ce plan a été déjoué par la révélation, à dix jours du vote, d’une vidéo hallucinante où il converse avec un haut responsable du ministère de l’intérieur. Aujourd’hui poursuivi pour “complot terroriste” et “conspiration contre l’Etat”, M. Patarkatsichvili croyait acheter ses faveurs avec 100 millions de dollars ; le fonctionnaire, lui, enregistrait tout grâce à un micro dissimulé dans une chaussure. Des méthodes dignes de la Russie des années 1990 où sifflaient comme des balles les documents compromettants. Des méthodes qui témoignent d’une évidence : la démocratie géorgienne est faite d’argile, et pas encore de l’airain de ses modèles.
Piotr Smolar
Voici bien longtemps que je n’ai écrit ici, j’en suis fortement désolé, mais diverses raisons légitimes m’ont tenu éloigné ces derniers temps d’internet en général et de ce blog en particulier.
Loin de moi le désir de me faire pardonner, car je suis bien incapable de renverser la vapeur et de vous offrir sans discontinuer une série longue et fructueuse de billets d’actualité, d’humeur, ou de que sais-je.
Je voudrais toutefois dire quelques mots sur le dernier numéro de la revue Commentaire, que je dois être le seul avec La Lime à évoquer dans mon blog.
Je présenterai les articles à mon sens intéressants par ordre de ceux-ci dans le sommaire.
Tout d’abord, Denis Bachelot nous offre un article intitulé “Islam et Occident. “Choc des civilisations” ou “guerre sexuelle ?”". Il expose qu’en Asie non musulmane, les représentations sexuelles circulent librement, tandis qu’elles sont bannies et détestées dans les pays musulmans. Cette représentation de la différence sexuelle serait ainsi la véritable matrice de l’opposition entre le monde musulman et l’Occident. Alors que la Chine ou le Japon ne cherchent pas, au nom de valeurs supérieures, à détruire les production culturelles occidentales, mais à donner à leurs propres créations la part de marché la plus large possible, il y aurait une absolue singularité du monde musulman en ce que celui-ci, exclut totalement de la compétition mondiale pour la production / consommation, est le seul à poser un discours de rejet fondé sur des valeurs transcendentales. Ce sont ces représentations sexuelles qui sont condamnées, et non pas les valeurs de la liberté et de la démocratie, que seuls les plus extrémistes des musulmans rejettent. La “rue” musulmane s’enflamme beaucoup plus facilement pour des principes et symboles que pour les violences réelles qui touchent telle ou telle communauté musulmane de par le monde. En un mot, pour les Musulmans, nous ne sommes pas à leurs yeux un modèle humain à imiter ou à s’approprier.
Ensuite, Joseph Joffe, dans “L’état de guerre au XXIe siècle”, revient sur la guerre en Irak. C’est pour lui une “guerre asymétrique”. Elle oppose des armes primitives et bon marché à de la high-tech, elle s’appuie sur la surprise tactique de David face à Goliath, elle s’ancre dans une idéologie magnétisante. Alors que la guerre asymétrique était jadis du côté occidental (bataille d’Omdurman au Soudan en 1898, conquête de l’Algérie par les Français en 1830), ce n’est plus du tout le cas à présent. Alors qu’ils avaient conquis l’Algérie avec 30 000 hommes au milieu du XIXe siècle, les Français ne purent pas tenir le pays avec 600 000 hommes un siècle plus tard. Par ailleurs, alors que la sacro-sainte disctinction entre combattants et non-combattants est aujourd’hui profondément ancrée dans l’esprit occidental, le Hezbollah, le Hamas, les terroristes sunnites ou les escadrons de la mort chiites n’ont au contraire absolument aucun scrupule à tuer des civils (cela fait partie de leur stratégie). Enfin, la vocation “impériale” de la civilisation occidentale aurait disparu.
Par ailleurs, Armand Laferrère, patron d’Areva Canada, revient sur les paradoxes liés à l’engouement médiatico-politique autour du réchauffement climatique, ce que La Lime appelle de manière éclairante le “réchauffisme”. Il rappelle que l’origine humaine du réchauffement n’est pas du tout prouvée scientifiquement (les Romains faisaient pousser de la vigne en Angleterre ; à l’inverse du XIVe au XIXe siècle des armées entières sont passées de Suède au Danemark à pied sur une mer gelée ; la planète Mars se réchauffe). Ce qu’on observe en réalité, c’est une politisation de la science, alors même que 59% des savants considèrent que l’activité humaine joue un rôle déterminant - 59% “seulement”, et non pas la totalité comme le GIEC voudrait le faire croire. Laferrère présente la manière dont le romancier Michael Crichton théorise le mouvement contemporain : nous serions en train de vivre une chute de l’état de grâce à l’état de pollution, parce que nous avons mangé à l’arbre de la connaissance. Nous sommes tous des pécheurs énergétiques, et nous allons tous mourir, à moins que nous ne trouvions le salut sous la forme d’une gestion soutenable des ressources. La gestion soutenable est le salut de l’Eglise écologique, et les aliments organiques sont sa communion.
Les bonnes feuilles du dernier ouvrage d’Olivier Beaud, Théorie de la Fédération (PUF), sont reproduites sous le titre “Penser le fédéralisme”. Sa thèse : la doctrine juridique assimile depuis un siècle la fédération à l’Etat fédéral ; et elle considère qu’opposer la fédération à la confédération d’Etats suffit à épuiser la question. Beaud nous explique ainsi que toute la doctrine classique est fondée autour de l’idée de la souveraineté (à la Jean Bodin, si vous voulez). En effet, une confédération serait composée d’entités restant maîtres de leur destin, tandis que la fédération ne serait composée que d’entités ayant perdu leur souveraineté. Si cette explication éclaire les cas les plus connus (Allemagne, USA, Suisse), elle ne rend pas compte de tous les droits positifs. Lorsque les USA ou l’Allemagne étaient des confédérations, des actes normatifs restreignant la souveraineté de leurs Etats-membres ont été promulgués (Congrès continental américain, Diète fédérale suisse, les lois du Conseil d’Etat et du capitaine général Leicester, …). A l’inverse, le droit de sécession n’a pas toujours été reconnu dans une confédération (Beaud cite ainsi le cas des sept cantons du Sonderbund en 1847, que la Confédération a qualifié de “rébellion” et a maté en conséquence). Cette erreur doctrinale a trois conséquences : 1) elle sous-tend un jugement de valeur, selon lequel la confédération serait nécessairement un état transitoire, vers une solution stable qui serait la fédération, alors que rien ne permet de le prouver ; 2) elle ne rend pas compte du cas américain, mi-fédéral mi-confédéral ; 3) elle gomme l’utilité intrinsèque du fédéralisme, qui, en réalité, groupe des entités ayant chacune une face externe et une face interne, relevant tantôt du droit public interne, tantôt du droit international.
Laurent Wauquiez, l’actuel porte-parole du gouvernement Sarkozy Fillon, évoque les problématiques nouvelles de la communication politique dans un article intitulé “Nouvelle politique, nouvelle communication ?”. Alors que le secret était vénéré par Machiavel, Richelieu, la montée en puissance de la démocratie au XIXe siècle suscite la montée des débats démocratiques par voie de presse. Malgré cela, la raison d’Etat se portait encore bien sous Clemenceau. L’avènement des médias audiovisuels (des causeries au coin du feu de Roosevelt à l’ORTF de de Gaulle) n’a pas fondamentalement changé la donne : l’information reste asymétrique et verticale, on écoute le Général qui parle. A présent, nous serions entrés dans l’ère de la transparence, avec internet, la pluralité des médias (ce qui est un faux argument, il y avait d’innombrables journaux il y a un siècle), et surtout l’émergence du besoin participatif. C’en est fini du secret. Puisque plus personne ne peut être assuré que sa parole privée restera bien privée, il n’y a plus de secret possible. C’est une présentation caricaturale que je ne partage pas.
Enfin, Pierre Gras évoque la mémoire du cinéaste allemand bien connu, célébré à Beaubourg l’an dernier, Werner Fassbinder, et plus précisément sa série télé, Berlin Alexanderplatz. Il a refusé l’activisme politique béta, adopté un point de vue médiatisé (en écartant le cinéma “objectif” pour s’incarner dans le point de vue des personnages), tout en ayant le souci de s’adresser à des publics variés. En cela, Berlin Alexanderplatz c’est un peu le Twin Peaks de Fassbinder.
Puisque vient de sortir en salles le film avec Will Smith, je me permets de vous renvoyer vers l’article - l’un des tous premiers billets du blog de Copeau, pour ainsi dire ! - que j’avais à l’époque rédigé au sujet du désormais célèbre (à vrai dire, il l’était déjà un peu avant) bouquin de Matheson.
Bonne lecture - et surtout bon film.