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23 décembre 2007

Je suis une légende (bis)

> cinématique, romantique — Copeau à 23:01

Puisque vient de sortir en salles le film avec Will Smith, je me permets de vous renvoyer vers l’article - l’un des tous premiers billets du blog de Copeau, pour ainsi dire ! - que j’avais à l’époque rédigé au sujet du désormais célèbre (à vrai dire, il l’était déjà un peu avant) bouquin de Matheson.

Bonne lecture - et surtout bon film.

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26 octobre 2007

Un roman sentimental

> romantique — Copeau à 15:57

On parle beaucoup ces jours-ci du dernier roman de l’académicien Alain Robbe-Grillet, intitulé Un Roman sentimental, de manière fort peu à propos, si j’en crois la substantifique moëlle de la prose de l’auteur. Je ne suis pas sûr de pouvoir vous résumer en plus d’une phrase le sens de cette nouvelle, qui raconte les pérégrinations et les rencontres plus ou moins forcées de la jeune héroïne dans un mode de vicelards pervers et sadiques. Je ne m’étendrai pas sur le sens des élucubrations séniles d’un Immortel en mal de sexe, je voudrais seulement citer ce petit passage qui illustre selon moi le fait que cet auteur ne saurait être totalement mauvais :

Mais il lui faut montrer maintenant que sa main ne tremble pas plus s’il s’agit de la jolie fillettefrivole dontl’innocence constitue seulementunattrait supplémentaire pour le bourreau aguerri. Elle enfonce donc profondément son aiguille en plusieurs points très douloureux, la retirant ensuite à chaque fois : dans les aines, le pubis, les aisselles, la taille, les hanches… La petite fille est secouée par les convulsions d’une souffrance si aiguë que sa vulve saigne à flots.

Bigre, on dirait du Copeau, mais en mieux. Le Monde des livres ajoute au passage :

Des clitoris seront arrachés pour être dévorés tout crus, des tranches de seins et de fesses seront passées au gril, la jouissance ira jusqu’à l’évanouissement, le sang et le sperme jailliront de toutes parts.

J’invite donc tous les amoureux de Justine à jeter un oeil ou deux sur cet ouvrage, qui fera parler de lui je pense. Comme l’a dit Alain chez Taddéi :

On confond de plus en plus le fantasme et la réalisation du fantasme. Or c’est exactement le contraire. Quelqu’un qui écrit, en général, est quelqu’un qui se soigne lui-même, qui soigne sa perversion en l’écrivant” ; “En tout cas, j’ai Aristote avec moi pour défendre cette thèse, celle de la catharsis. Le lecteur va être purgé de ses passions grâce à mon livre”.

Dont acte.

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25 octobre 2007

La reine dans le palais des courants d’air - Millenium 3

> romantique — Copeau à 20:40

Voici enfin pour moi le moment venu de vous parler du troisième tome de Millenium, intitulé La Reine dans le palais des courants d’air. Comme vous le savez, j’ai déjà chroniqué les deux premiers volumes de la trilogie de Stieg Larsson ici et ici.

Je ne vais pas vous raconter en détail l’intrigue de ce troisième et dernier volume, ce serait profondément impoli de ma part. Je n’ai pas l’intention de déflorer le suspense, sinon en vous indiquant qu’il y a une nette montée en puissance des acteurs et des situations, un peu à la manière du Seigneur des anneaux, si j’ose dire.

Je vais tout de même brosser un rapide état des lieux du contexte d’ouverture de ce tome 3. Si dans le tome précédent, Lisbeth Salander, autiste goth, marginale et hackeuse géniale, était au coeur de l’action, parvenant même à presque éclipser notre ami le journaliste de Millenium Mickael Blomkvist, nous retrouvons dans ces scènes finales un équilibre plus proche du tome 1, où c’est bien le pisse-bleu et non la suicide girl qui mène la danse. On avait laissé cette dernière presque morte, au fond d’un trou d’une maison de campagne isolée. Elle sera en convalescence pendant une grande partie de ce troisième épisode. Pendant ce temps, fort long, Mickael, assisté de tous ses alliés et amis, va tenter d’aider celle que personne n’a jamais aidé, sans même qu’elle le sache vraiment, Lisbeth.

Vous me direz, et à juste titre, mis à part un médecin, un chirurgien, personne ne peut véritablement aider quelqu’un à réussir sa convalescence, autisme ou pas. Vous aurez bien évidemment raison en théorie, mais Lisbeth est vraiment quelqu’un de spécial. Pas seulement à cause de son caractère unique et souvent détestable, mais aussi par son histoire, son passé, et la qualité des gens qui lui veulent du mal.

Lisbeth a des ennemis, nombreux, déterminés, et surtout extrêmement puissants. Ils se terrent peut-être dans l’ombre, mais leur pouvoir de nuisance surpasse des forces que personne ne pourrait imaginer. Blomkvist ne sait pas vraiment à quel morceau il s’affonte ; il va vite l’apprendre, à ses dépends…

Ce troisième et dernier tome clot en apothéose cette histoire, même si le tome 1 forme presque un tout, tandis que les tomes 2 et 3 sont indissociables. En cela, le déséquilibre de l’histoire me rappelle celui de la première odysée de Star Wars. Outre les observations déjà formulées pour les opus précédents, qui restent vraies, je soulignerai juste que Larsson, de mon point de vue, sombre un peu dans le grandiloquent et le grand-guignolesque, et a peut-être poussé un peu loin le bouchon de l’intrigue. D’autres me répondront bien sûr que la fin de l’histoire coiffe d’une couronne étincelante l’ensemble du récit. Je vous laisse seuls juges à l’issue des quelques 2000 pages des trois volumes.

Rien n’enlèvera au demeurant le fait que c’est une excellente série. Je remercie une dernière fois Olivier de me l’avoir conseillée.

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10 octobre 2007

Les courants d’air

> romantique — Copeau à 21:03

Je ne vous ai pas oublié, mais je suis plongé dans la lecture de la Reine dans le palais des courants d’air, le troisième et dernier tome de Millenium, de Stieg Larsson, ce qui occupe la majeure partie de mon temps libre.

Je vous en ferai donc une petite analyse dans les meilleurs délais.

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21 août 2007

Nestor Burma

> romantique, ubique — Copeau à 9:35

Voici, je le pense, un billet qui va vous surprendre. En effet, rien - me semble-t-il - ne pourrait vous laisser un seul instant supposer que je puisse être un fan du détective créé par Léo Malet. Et pourtant, c’est bien le cas. J’ai lu une grande partie des romans de l’auteur, et j’ai vu la quasi totalité des saisons de la série produite par Antenne 2 / France 2, depuis sa première apparition en 1991, dans laquelle Nestor est assez idéalement incarné par un Guy Marchand au flegme inaltérable.

Non, ce n’est pas le charme, parfois discret, parfois incontestable, des petites Hélène qui me font apprécier ces séries romanesques et télévisées. Ce n’est pas non plus le travestissement télévisuel, service public oblige, où l’alcoolo anar de Malet devient un dandy désabusé joueur de saxo. C’est plutôt l’état d’esprit qui s’en dégage, très parisien à l’ancienne, appuyé sur un vieux fond libertaire parfaitement mis en valeur par la bêtise du commissaire Faroux et de son adjoint, l’excellent inspecteur Fabre joué par le non moins excellent Patrick Guillemain.

Il est vrai que Malet a été, parmi les petits boulots  de son début de carrière, journaliste dans divers canards au nom évocateur (En dehors, L’insurgé, Journal de l’Homme aux Sandales, la Revue Anarchiste, etc.). Un temps surréaliste, puis devenu trotskiste, Malet crée après-guerre le personnage de Burma. Chacun de ses romans se déroule dans l’un des arrondissements de la capitale, ou a du moins pour scène principale un seul et même arrondissement.

Je vous conseille tout particulièrement la lecture de Pas de bavard à la Muette,  qui se déroule à Passy, Brouillard au pont de Tolbiac (près de la place d’Italie), ou encore Nestor Burma court la poupée.

Je n’ai jamais eu la chance de lire les BD illustrées par Tardi, mais, pour en avoir vu quelques planches, il me semble que ce dessinateur si particulier parvient très bien à retranscrire l’atmosphère qu’on imagine à la lecture des romans de Malet, où même les beaux quartiers (je me souviens d’une description frissonnante des jardins du Luxembourg et de l’Observatoire) prennent un aspect inquiétant.

A lire, donc, d’autant que je trouve l’écrite de Malet bien supérieure à celle de Frédéric Dard, et que je trouve Burma plus attachant que San-Antonio. Beaucoup de bruit pour rien, je me contenterai de dire, pour ce dernier.

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12 juillet 2007

Millenium 2 - La fille qui rêvait d’un bidon d’essence… et d’une alumette

> romantique — Copeau à 7:45

Voici déjà un bon moment que j’ai lu le tome II de Millénium, ou plutôt des aventures de Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist, la première autiste hackeuse sous curatelle, le second journaliste d’investigation co-directeur d’une revue bobo quoique de grande qualité à Stockholm.

J’avais omis de vous parler de ce deuxième bouquin, par manque de temps et certainement pas par manque d’envie. En effet, ce nouveau volet de la saga Millénium (en attendant le troisième et dernier avatar, qui sortira à la rentrée) est largement à la hauteur du premier. L’intrigue de ce polar nordique se focalise plus sur le rôle de Lisbeth, et moins sur celui de Mikael.

L’histoire débute là où Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes s’arrêtait. Blomkvist triompha avec panache à la fois d’un maniaque sexuel maquillé en capitaine d’industrie, et d’un financier véreux aux méthodes particulièrement douteuses. Il triompha, certes, mais ne tira tout de même pas aussi bien son épingle du jeu que Lisbeth, qui, du haut de ses innombrables talents numériques, rafla la mise, au sens propre comme au figuré. Après s’être mise au vert quelques temps, Lisbeth est de retour en Suède, vit encore plus cachée qu’auparavant, et rien ne semble pouvoir troubler sa quiétude en Powerbook, sinon une copine de temps en temps pour satisfaire ses légitimes désirs lesbiens.

Mikael a retrouvé sa place au sein de Millénium, lui qui a été malmené précédemment par une enquête bâclée qui lui a coûté sa place. Il projette, avec deux collaborateurs free-lance en appui, de sortir un numéro spécial consacré aux méthodes esclavagistes employées par des proxénètes venus de Russie ou de pas loin, à l’encontre de jeunes femmes naïves venues gagner leur croute en Occident. Vous pointez ici du doigt, fidèles lecteurs, la principale faiblesse de cet opus : le thème central, très féministe, n’est pas très différent de celui de Millénium I, ce qui est très dommage et signe d’un manque de renouvellement flagrant de la part de Stieg Larsson.

Je ne veux pas vous dévoiler plus avant l’intrigue, ce serait fort peu urbain de ma part, et probablement vain, dans la mesure où je vous fais confiance pour vous faire votre propre opinion au sujet de ce roman d’excellente facture et haletant. Je me bornerai à dire que Lisbeth est décidément pleine de ressources, et que nous ne sommes sans doute pas encore au bout de nos surprises la concernant. Son passé, son présent et son futur restent au mieux troubles, au pire obscurs.

Ce bouquin-là est à la hauteur du premier, je l’ai dit, et incarne tout autant que celui-ci la nouvelle vague du roman policier suédois. Tout comme le commissaire Wallander d’Henning Mankell, dont j’ai déjà si souvent parlé (je fais ici une piqure de rappel, car je me rends bien compte que tous les lecteurs de ce blog ne sont pas des réguliers, loin de là). Je ne prétends pas que Larsson fasse ici preuve de grande crédibilité, dans la mesure où Lisbeth la punkette gothique est si caricaturale qu’on a du mal à imaginer un seul instant qu’elle puisse avoir la moindre existence réelle, ce qui est pourtant le ressort de base de tout roman. C’est tout aussi vrai pour Blomkvist, qui est encore, comme je l’écrivais dans le billet précédent, le double de Larsson, son prolongement fantasmatique, tellement parfait et gentil qu’il en devient parfaitement lassant.

Si le trait qui dessine les personnages est grossier, le déroulé de l’histoire est haletant et extrêmement bien pensé, c’est le premier pilier de l’œuvre de l’auteur. Le second pilier réside, quant à lui, dans l’état d’esprit qui se dégage des romans de Larsson. Un état d’esprit joyeusement libertaire, à l’amour libre assumé, à l’homosexualité latente, au contournement des autorités stériles ou collabos. On se croirait retourné dans un film du début des années soixante-dix, et c’est, je crois, ce qui me plaît le plus chez Larsson. C’est ce qui le rend si joyeusement sympathique.

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26 juin 2007

Kurt Wallander ou l’inertie au service du mouvement

> romantique — Olivier à 13:31

J’accueille sur ce blog un billet rédigé par mon ami Olivier, et consacré à l’oeuvre de Henning Mankell, auteur suédois dont je vous ai déjà parlé ici à plusieurs reprises.  Je le remercie et vous souhaite au passage une bonne lecture de cet excellent texte.

Voici donc un billet sur la série des Kurt Wallander. Je m’efforcerai de parler de la psychologie du personnage plutôt que d’éplucher chacun des romans, je vous laisse les découvrir au gré de vos envies.

C’est à croire que plus on se rapproche du grand nord, plus l’activité artistique y est féconde et bouillonnante, à l’image des geysers d’Islande, les talents jaillissent régulièrement. Pour ne citer que les plus connus nous trouvons Bjork, Nils Petter Molvaer, Eivind Aarset, Danielsson, pour la musique, Larsson, Edwardson, Joensuu pour les écrivains « noirs ». ( cette liste étant totalement arbitraire et subjective bien sûr !)

Les neuf romans qui composent la saga de Kurt Wallander trahissent tous à leur manière les inquiétudes qui assaillent Henning Mankell. La société suédoise et plus largement l’Europe s’est peu à peu modifiée, les frontières se sont ouvertes, les murs sont tombés, la monnaie s’unifie, les langues s’anglicisent. Comment s’adapter à cette nouvelle donne géo-politico-économico sociologique ? La saga Wallander pourrait tout aussi bien se sous-titrer, « l’inertie au service du mouvement » Je m’explique.

Wallander ne comprend pas le monde qui se construit sous ses yeux. La criminalité, les mœurs, la politique, les enfants, tout se métamorphose sans qu’il ne se sente concerné par ce changement. Le monde poursuit un cycle de dilatation et de rétrécissement de plus en plus rapide et incohérent. Le mur de Berlin s’écroule, chacun y va de son couplet en faveur des libertés retrouvées. Quelques années plus tard, les murs fleurissent à nouveau, en Israël, aux états unis, bientôt au sud de l’Europe. Le flux et le reflux idéologique casse puis reconstruit pour défaire à nouveau.

Wallander c’est la contradiction de l’inertie au service de l’action. Il est souvent prit de court, tétanisé par la violence qui se mue rapidement en comportement banalisé. Kurt est un arrêt sur image perpétuel, il s’immobilise, lutte, refuse, tergiverse, fait marche arrière. Ce côté quasi minéral du héros de Mankell sert tout aussi bien la narration que la perspective sociologique sous-jacente, lui donne force et rapidité.

Le polar est le style littéraire par excellence lorsqu’il s’agit de décortiquer au scalpel les dérives d’une société. Mankell s’emploie, en bon chirurgien, roman après roman, avec plus ou moins de succès d’ailleurs, à brosser un état des lieux de la Suède. Il y arrive brillamment, même si son analyse dérive trop souvent dans les marécages de la nostalgie.

Kurt Wallander est un personnage attachant, lucide, scrupuleux, fainéant, malheureux en amour mais il ne joue pas, comme quoi les dictons …Il voudrait faire du sport, acheter une maison ,un chien, se marier, renouer les liens distendus avec son ex femme, comprendre sa fille, trouver une place dans un pays qui se transforme trop vite pour lui. C’est sur ce dernier point que Mankell tourne en rond, à mon grand regret. Le stéréotype du flic qui refuse de s’adapter lorsque tout change autour de lui est une ficelle un peu courte pour un écrivain de son talent, mais bon, passons…

Je ne saurai trop vous conseiller de lire les romans de Mankell dans l’ordre chronologique. Il n’y a pas de liens entre les romans, cependant le héros évolue tout en gardant les trames des épisodes précédents. Voici pour commencer la liste des romans, du premier au dernier.

Meurtriers sans visage,

Les chiens de Riga

La lionne blanche

L’homme qui souriait

Le guerrier solitaire

La cinquième femme

Les morts de la Saint-Jean

La muraille invisible

Avant le gel

Mise à part Wallander, le personnage récurrent de la série est sans aucun doute Rydberg, le vieux flic, sage et mesuré, qui apparaît dans « Meurtriers sans visage ». Il meurt à la fin de ce premier opus mais continuera, enquête après enquête, à hanter la mémoire de Kurt, à tel point qu’il devient un double métaphysique, la personne qui se tient de l’autre côté du miroir, qui connaît la vérité ou du moins l’entrevoit. Wallander y fait souvent référence, lui demande conseil, s’interroge sur l’attitude qu’aurait adopté Rydberg face à telle ou telle énigme. L’osmose entre les deux personnages est telle, que peu à peu, Wallander se mue en Rydberg, clonage inéluctable du à son penchant récurrent pour le passé.

Le second personnage clé pour comprendre Wallander est celui de Baïba Leipa, la belle Lettonne, avec qui il entretiendra une relation tumultueuse, voire chaotique, à partir des chiens de Riga. Baïba est le symbole de l’auto castration qu’il s’inflige en permanence. Wallander est réfractaire à toute idée de changement ou de compromission, dans son travail et dans sa vie privée. Former un couple nécessite des compromis, chose qu’il est incapable d’envisager, malgré l’amour ( mais est-ce vraiment de l’amour ?) qu’il a pour cette femme.

Pour comprendre Kurt, il faut s’attacher aux personnages qui l’entourent, ce sont finalement eux qui parviennent à dresser un profil psychologique du héros. Citons Sten Widen, son camarade de jeunesse, éleveur de chevaux alcoolique, Ebba, la réceptionniste du commissariat, un de ces personnages périphériques qui ont une importance cruciale dans le récit, Björk, le supérieur de Wallander, soucieux de l’image de la police, il fait deux pas en arrière quand Wallander en fait un en avant, Linda, sa fille, un ovni selon lui, elle est le symbole de son incompréhension, surtout lorsque cette dernière lui annonce dans la muraille invisible qu’elle veut à son tour devenir flic.

Ses collègues de travail sont les personnes qu’il côtoie le plus, cependant, il ignore tout de leur vie, la preuve en est, lorsque Svedberg est assassiné, il découvre qu’il cachait son homosexualité tout autant que son admiration pour lui. La mort est le seul lien qui lie Wallander à ses proches et au reste du monde.

Chacun de ces personnages définit un trait de caractère de Wallander. Widen pour la nostalgie des occasions manquées, il voulait être son impresario et le propulser comme chanteur d’opéra, Ebba représente le côté maternel, la femme qui comprend, s’inquiète et s’occupe de lui trouver une chemise propre, Björk, son opposé, pour son refus de transiger avec les journalistes, les notables et la hiérarchie, Linda et son incapacité à s’intégrer au changement. Si Baïba est éros, Rydberg est sans aucun doute Thanatos, une voix d’outre tombe, un point d’ancrage, une façon de s’accrocher à ce qui lui reste du passé. C’est précisément là que se trouve ma principale critique, Wallander est trop passéiste, Mankell se complaisant dans une critique de la société suédoise sans apporter un contre modèle crédible. Wallander voyage peu, la Lettonie pour les chiens de Riga, un voyage aux Caraïbes entre la lionne blanche et l’homme qui souriait, l’Italie avec son père. Son approche de l’extérieur, de l’autre, celui qui ne parle pas sa langue et ne partage pas ses coutumes est motivée, soit par le travail ( Riga) soit par la volonté de tout oublier ( les Caraïbes) contre voyage par excellence, soit le désir de se faire accepter par son père (l’Italie). Wallander est suédois et le restera jusqu’au bout, le mondialisme est une bestiole étrange qu’il regarde de loin, sans prendre la peine de la comprendre.

Chacune des énigmes des neufs romans est un modèle de construction. Wallander s’y montre d’une lucidité peu commune, se fiant à son instinct, remettant systématiquement en cause ses analyses, ses conclusions, acceptant les critiques de ses camarades de travail. Il doute de ses capacités, c’est sa principale qualité, cette déconstruction cartésienne qui lui permet de renouer les fils invisibles de l’enquête.

D’un point de vue stylistique, Mankell fait un sans faute, il faut le reconnaître. Ses intros sont percutantes, souvent très éloignées géographiquement d’Ystad ( l’Afrique du sud pour la lionne blanche, l’Algérie , la cinquième femme, la république dominicaine, le guerrier solitaire ) . Les énigmes contiennent cette part de crédibilité qui embarque le lecteur très rapidement, les personnages sont précis, affûtés, un vrai travail d’orfèvrerie littéraire si je puis dire. Un seul bémol cependant, Avant le gel, est, à mes yeux, le plus médiocre de la série, Mankell s’embourbant dans le personnage de Lisa comme une twingo dans un chemin de montagne. Mise à part cet opus, le reste de la série est fabuleuse, notamment « la muraille invisible » qui reste, de loin, mon préféré. A noter aussi l’épisode sans véritable intérêt de L’homme qui souriait .

Les chiens de Riga est une plongée claustrophobe dans une Lettonie verrouillée, cadenassée par l’union soviétique, La lionne blanche et ce mystérieux doigt noir retrouvé dans les décombres d’une maison, les scènes macabres des morts de la Saint Jean, les vieillards mutilés de « meurtriers sans visage », tous les romans de Mankell ont cette indéniable force narrative, sans jamais tomber dans le gore ou la sur-exploitation de la violence.

La violence est présente, c’est une nécessité, mais elle ne se trouve pas là où on l’attend. La véritable violence se trouve dans ce rapport conflictuel qu’entretient Wallander avec un monde qui perd ses fondamentaux sociologiques, moraux, intellectuels. La cruauté des crimes trouve son échos dans le malaise du commissaire Wallander, seul, divorcé, flic, amateur d’opéra.

Le fil conducteur des romans de Mankell est la solitude et la mort, son frère de sang. Wallander crèvera comme Rydberg, seul, flic en retraite, rongé par la nostalgie, l’incompréhension et les remords, il crèvera une fin d’après-midi venteuse, glaciale, en regardant la lumière vacillante du réverbère, assis derrière la fenêtre de sa cuisine, en écoutant un opéra de Verdi.

Je ne résiste pas à l’envie toute égocentrique, je le reconnais, de classer les neuf épisodes par ordre décroissant d’intérêt.

La muraille invisible

Les morts de la Saint-Jean

La lionne blanche

Les chiens de Riga

La cinquième femme

Meurtriers sans visage

Le guerrier solitaire

L’homme qui souriait

Avant le gel

A noter enfin la sortie en poche du retour du professeur de danse, nouvel opus de Mankell, mais sans Kurt Wallander.

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18 juin 2007

Millenium 1 - Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

> romantique — Copeau à 15:31

Voici un long moment que je n’ai donné signe de vie ici. Je vous prie, fidèles quoique clairsemés lecteurs, de m’en excuser. Olivier nous a conseillé, il y a peu, un polar intitulé Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, du Suédois Stig Larsson. Comme j’écrivais par ailleurs tout le bien que je pensais, en général, du désormais célèbre Henning Mankell (voir là, là et là), il me fallait donc de toute évidence et avec célérité me pencher sur cet auteur que je connaissais pas, tant je ne doutais pas un seul instant des goûts et des conseils de l’excellent Olivier.

Evidemment, j’ai été parfaitement satisfait par la qualité, tout bonnement excellente, de ce premier volet d’une trilogie baptisée Millénium, du nom de la revue que publient, à Stockholm, deux des principaux protagonistes et néanmoins amants, Mikael Blomkvist et Erika, la directrice du journal.

Sans vouloir vous dévoiler l’intrigue, je vous conseille de vous jeter sur ce bouquin sitôt que vous le trouverez. Larsson a un sens inné de la narration, de l’agilité imaginative, du tempo, du style. J’adore cet air de ne pas y toucher, qui débute comme une histoire de magouilles diligentées par d’obscurs capitaines d’industrie, qui, par le détour d’un vieil industriel sénile, obsédé par la mort de sa nièce dans les années soixante, vient à prendre une toute autre dimension. Du grand art.

Ce bouquin, certes, respire le politiquement correct, c’est un peu bobo-féministe, mais ça n’enlève rien à sa qualité, au contraire je dirais, ça lui donne une coloration particulière et non filandreuse. D’autant qu’il y a en réalité dans ce polar non pas une mais au moins deux intrigues, celle que je viens de citer, et la vie obscure et déjantée d’une freak piercée et tatouée, au look goth-grunge assumé du haut de son anorexie, sous curatelle et pourtant géniale, répondant au doux nom de Lisbeth Salander. La conjonction de l’érotomane pisse-bleu et de la junkie numérique formera un cocktail détonant.

A lire, ou plutôt à dévorer très vite. Je chroniquerai sans doute très bientôt le tome 2, La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une alumette. Et peut-être aussi le tome 3, le dernier, puisque Larsson a eu la très mauvaise idée de disparaître soudainement à peine son manuscrit arrivé chez son éditeur.

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11 mai 2007

Les chiens de Riga

> romantique — Copeau à 8:09

Je voudrais vous parler brièvement d’un roman de Mankell qui s’intitule Les Chiens de Riga. Il s’agit bien sûr d’un épisode des aventures du désormais célèbre (au moins sur ce blog) commissaire Wallander. Mais ce roman a la particularité de se dérouler ailleurs qu’en Suède, et c’est, je crois bien, le seul de Mankell à subir un tel sort. Plus exactement, l’histoire débute en Scanie, donc en Suède, par la mystérieuse découverte d’un canot pneumatique échoué sur les côtes, avec à son bord deux macchabées trentenaires, sapés en Kenzo, et d’apparence étrangère. Nous sommes début 1989.

Les flics d’Ystad, dirigés pour l’enquête par Wallander, ne tarderont en effet pas à découvrir l’origine lettone des deux types, deux dealers yuppies de la mafia russe implantée dans les pays baltes. Tout semble donc correspondre à un parfait règlement de compte.

Pourtant, la police lettone choisit de dépêcher un commandant, Karlis Liepa, en Suède, pour prêter main forte aux policiers locaux dans l’élucidation de ce mystère. Tous feront choux blancs, si bien que le commandant Liepa retournera bien vite au pays.

Sitôt sorti de l’avion de l’Aeroflot ou presque, on le liquide. Etrange, non ?

Wallander est sollicité, à son tour, pour renforcer la police lettone dans l’élucidation de ce meurtre. Le meurtre d’un flic dans un pays communiste, c’est la peine de mort assurée.

C’est du moins le motif officiel avancé par le gouvernement letton. Sur place, il découvrira progressivement que la réalité est un peu différente…

Par ailleurs, Wallander subit un formidable choc des cultures, et ne comprend pas grand-chose au monde si particulier et plein d’espièglerie des pays communistes. Il en fera d’ailleurs les frais assez rapidement.

Je vous conseille vivement ce roman, rien moins que l’un des meilleurs de Mankell, et sans nul doute le plus original. Il fait partie de son top five sans forcer. Je vous souhaite donc une excellente lecture.

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9 mars 2007

Avant le gel

> romantique — Copeau à 11:39

Poursuivons, si vous en êtes d’accord, notre étude des romans de Mankell. Voici l’un des plus récents, intitulé Avant le gel, et qui, pour la première fois, met en scène la fille du commissaire Wallander, Linda, plutôt que le héros récurrent lui-même.

Lisons le quatrième de couverture, qui en général résume mieux que je pourrai le faire l’intrigue : des animaux immolés par le feu, la tête et les mains d’une femme gisant près d’une bible aux pages griffonnées… Le commissaire Wallander est inquiet. Ces actes seraient-ils un prélude à des sacrifices humains de plus vaste envergure ? La propre fille de Wallander, impatiente d’entrer dans la police, se lance dans une enquête parallèle. Entraînée vers une secte fanatique résolue à punir le monde de ses péchés, elle va rapidement le regretter.

Mankell innove ici, en incluant dans l’intrigue la propre fille de Wallander, qui, de tapissière, a finalement choisi de rejoindre les rangs de la police suédoise, affectée qui plus est à Ystad, en Scanie, à l’extrémité sud du pays, région frontalière du Danemark. Bref, là où officie son père. Linda va mener une enquête parallèle, partant à la recherche de sa meilleure amie, Anna Westin, qui, étrangement, a disparu du jour au lendemain. A plusieurs reprises, notamment lorsqu’elle prend connaissance du journal intime de son amie, Linda trouve des indices qui, étrangement, recoupent pour partie le meutre sauvage d’une femme amoureuse de l’histoire des chemins suédois. Elle croise aussi des hurluberlus fanatisés par un gourou sectaire, mais qui, de prime abord, ne semblent pas bien méchants.

L’innovation majeure de Mankell, plus que l’entrée d’un nouveau personnage, qui anticipe la suite, c’est la double enquête du père et de la fille. Chacun de son côté va suivre ses intuitions, ne pas donner la totalité des informations à l’autre, tomber dans des embûches diverses, au final ne pas se faire entièrement confiance. Ce rapport père-fille sonne vrai, mélange d’amour et de révulsion, d’autorité paternelle et de rébellion juvénile. C’est cela la qualité premère de ce roman.

Par ailleurs, je dirai presque comme toujours, Mankell sait rendre comme personne l’atmosphère sombre, froide, pastorale et lente de la Suède profonde. Le tout au service d’une intrigue aux multiples rebondissements, l’une des plus charpentées de Mankell. On plonge dans le monde des sectes, des religions en carton-pâte, du sadisme envers les animaux et les hommes. Mankell nous expose, une fois de plus, les faiblesses de l’âme et de la condition humaine. Un excellent roman. A la différence de ma précédente chronique, je vous le conseille donc, celui-là.

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10 février 2007

L’Homme qui souriait

> romantique — Copeau à 18:25

J’ai évoqué très récemment les tribulations du commissaire Wallander, de la police d’Ystad (Scanie, Suède). J’ai lu presque tous les épisodes du héros de Mankell, hormis les plus récents, et celui-ci, qui date plutôt des débuts de la série. Un vieil avocat de la province scanienne est retrouvé mort dans ce que l’on croit être un accident. Son fils, avocat lui aussi, est assassiné, peu de temps après être allé à la rencontre de Wallander, qui, en pleine dépression (il a fait usage de son arme peu avant) envisage, depuis les plages danoises, de quitter définitivement la police.

Wallander ne peut donc pas abandonner aussi vite celui qui est allé le chercher, celui qui ne croyait pas en la thèse de la mort accidentelle de son père.

De retour d’un congé maladie de plus d’an an, Wallander fera la connaissance d’Ann-Brit, qui de fait et immédiatement, devient sa plus proche collègue. Elle doit faire sa place dans le monde d’hommes un peu machos du commissariat d’Ystad. Hansson, tout particulièrement, la redoute et la défie.

Qui peut bien être à l’origine de ce meurtre, de cet accident qui n’en est pas un ? Qui peut bien en vouloir à ces pauvres avocats de province, dont l’activité ferait mourir d’ennui le plus chevronné des sénateurs obsédé de l’amendement inutile ? Wallander, Ann-Brit, et toute la petite équipe de la police d’Ystad doit le deviner, le procureur doit les appuyer. On partage leurs doutes, leurs moments de faiblesse, lorsqu’on croit faire fausse route.

Toutefois, même si je ne suis pas un obsédé du suspense, et si j’accorde a contrario la plus grande importance à l’épaisseur humaine des personnages, qui Mankell retranscrit assez bien ici encore, et à la crédibilité du travail des policiers, il faut bien avouer qu’ici l’histoire est d’une platitude étonnante. On connaît le coupable dès l’introduction, et toute l’enquête visera à réunir suffisamment de preuves contre un individu si mystérieux, toujours souriant, toujours bronzé, et a priori intouchable…

Pour la faiblesse scénaristique qu’il s’en dégage, je ne vous conseillerai pas ce bouquin, hormis si bien sûr vous voulez approfondir l’œuvre de Mankell, ou bien si, comme je me permets de vous le suggérer, vous choisissez de lire par ordre chronologique ses aventures. Pour les autres, passez ici votre chemin, et mieux vaut me semble-t-il s’orienter vers les quelques titres que je listais brièvement ici.

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