8 septembre 2007

Le futur aux trousses

> cinématique, politique — Copeau à 21:24

Film français (1974) de Dolorès Grassian. Avec Andréa Ferréol dans un rôle complètement dingue, Bernard Fresson, Claude Rich, Michel Aumont, Guy Tréjean.

Dans une époque future qui se veut pourtant très proche, Sermeuze, le directeur d’une importante holding spécialisé dans les loisirs, qui occupent désormais quatre jours de la semaine, n’a plus rien à vendre. Au siège central, les informations concernant la situation internationale ne sont pas rassurantes et le bilan est même très pessimiste: la crise économique frappe partout, les meilleures organisations sont touchées comme les autres. Toutes les études de marché sont formelles : chômage, récession, pollution, surpopulation, famine et bien pire encore. La situation est grave. Les Français ne croient plus en rien. Quel sera l’avenir ? Que veulent vraiment les gens ? Que veulent-ils devenir ? Qui veulent-ils être ? Quelqu’un d’autre, alors il faut leur vendre une autre identité.

Un futurologue (irrésistiblement interprété par un Claude Rich chevelu) lui propose d’utiliser les refoulements de chacun, les fantasmes et vices cachés (du trans au maso, en passant par le psychotique, l’incestueux et le pervers, l’éventail est large) comme la richesse de demain. Au conseil d’administration, les pleins pouvoirs sont donc confiés au futurologue Borel qui prétend tenir un plan de relance unique au monde.

Sermeuze décide alors de mettre en place une nouvelle forme inédite et révolutionnaire de distraction : la possibilité de se payer une double identité afin de permettre a tout un chacun de vivre ses fantasmes et ses refoulements. Il pense qu’un nouveau marché va naître : l’imaginaire !

Le calcul est simple : double identité, double consommation, et 1=2. Ce sera alors la prospérité pour tous et le bonheur. Puisque les temps à venir s’annoncent difficiles, il faut vendre de l’imaginaire pour satisfaire les souhaits et faciliter le plein épanouissement; il faut vendre la double identité, car tout le monde aspire à être un autre et, plus encore, posséder le rêve des gens, c’est posséder les gens.

Certains trouvent ce film excellent, acerbe et joyeux ; d’autres n’ont pas de mot assez dur, je cite par exemple ceci :

L’éternel problème des bonnes intentions. Et celle-ci ont une pâleur cadavérique à la vue de cet intordable navet. Décousu, sans idée précise, un semi-reportage foireux, pompeux et franchouillard. Et ceci sans évoquer la froideur du cadre, la petitesse du scénario, la lenteur de ce machin peu digeste. En prime une critique sociale qui arrive après la pluie. Entre ridicule et raté, triste et soporifique.

Je ne partage pas ce point de vue. Ou du moins, pas entièrement. Certes, ce film est réalisé à la truelle, et Dolorès ferait passer l’ami Joe d’Amato pour un digne esthète florentin. Je ne peux le nier. Par ailleurs, si l’idée d’incruster dans le fim plusieurs vrai-faux reportages est sans conteste une bonne idée, assez originale je crois pour l’époque, la réalisation poussive et digne d’un habitué de YouTube parvient à rendre presque pénible ces moments, hormis peut-être l’aspect anthropologique qui consiste à se replonger dans le Paris de l’immédiat après-soixante-huit.

C’est du reste selon moi la principale qualité de ce film pourtant indéniablement à voir. Il concentre jusqu’à la caricature la quintessence d’une époque définitivement révolue. Si aujourd’hui Pan est mort, bien vivace il était en 1974. La double identité (le slogan entêtant présent sur toutes les affiches de Fresson) est propice à tous les excès, toutes les déviances. Le sexe explose, l’échangisme, le transformisme, le n’importe quoi font leur loi. C’est sans doute ce que j’ai adoré dans ce film : l’atmosphère si décalée pour nous qui s’en dégage, si joyeuse, si débridée, celle d’une époque où l’on pensait encore qu’un nouveau monde fut possible, celui où l’ordre moral serait enfin abattu. Cet esprit joyeux irrigue tous les rets des seventies : je pourrais citer sans difficulté nombre d’exemples culturels, musicaux, cinématographiques, y compris dans le monde de l’avant-classement X, qui confirment cette observation. C’est en cela que ce film est grandiose, grinçant malgré tous ses défauts, et au final plus politique qu’il n’y paraît de prime abord (de prime abord, de toutes façons, les choses sont simples : un film de SF français, il y a de quoi se méfier ; des années soixante-dix qui plus est, il y a même de quoi s’inquiéter). Revenons un instant sur ce que j’entends pas l’aspect politique du film.

Malgré le prix de la double identité, en effet, chacun se fait un devoir d’appartenir à la nouvelle société, créée pour l’occasion. Sermeuze récolte le fruit économique de l’événement, mais le Gouvernement (représenté par un ministre de l’Intérieur qui rappelle ouvertement Poniatowski et qui préfigure aussi Peyreffite)  s’octroie le fichier de l’imaginaire en l’extorquant au businessman par la menace.

C’est alors que Borel comprend son erreur. Médiocres et égoïstes, les hommes ne s’identifient qu’à leurs semblables. Un nouveau monde est impossible. Les exactions se multiplient. Chacun veut commander ou imposer. La population prend peur et manifeste violemment. Le Gouvernement se réunit alors en séance extraordinaire et, à l’issue de celle-ci, un gardien d’immeuble, devenu dictateur grâce à la double identité, est autorisé à rétablir l’ordre à sa façon… Tout devra être répertorié, planifié et classé, chacun portera dorénavant un numéro et devra obéir sans broncher à l’Etat. Faute de quoi la peine de mort sera immédiate.

A noter enfin la présence d’Andrea Ferreol, à une époque exactement intermédiaire entre La Grande Bouffe et les Galettes de Pont-Aven.  Deux autres empreintes définitivement immarescibles d’une époque à jamais révolue.

7 septembre 2007

Les pitres

> politique — Copeau à 21:21

Je me permets de faire un peu de pub pour le blog de l’ami Andrei, pas assez fréquemment mis à jour (là, je ne manque pas de toupet, je crois). Je reproduis donc son intéressant billet.

Aux banquiers, un message a été envoyé hier par le président de la République (…) Nicolas Sarkozy a enjoint les établissements financiers de ne pas prêter “davantage ou plus facilement” aux “spéculateurs” qu’aux ménages et de ne pas fermer les robinets du crédit en réaction à la crise des marchés financiers

LE FIGARO , 31 Aout 2007


M. Sarkozy adresse une lettre-manifeste aux enseignants
[...]
C’est un manifeste de 32 pages que le chef de l’Etat leur consacre, sous le titre “Lettre aux éducateurs”. La présentation est sobre, le style élégant, le propos humaniste. Non sans lyrisme, M. Sarkozy demande “une nouvelle Renaissance, qui n’adviendra que grâce à l’éducation.

LE MONDE, 04 Sept 2007


Nous avons donc:

  • - l’Epître aux Banquiers
  • - l’Epître aux Educateurs


Un Nouveau Testament (”républicain”?) - par
l’Apôtre Saint-Sarkozy ! - serait-il en train de naitre sous nos yeux (éblouis, émerveillés) ?
Du pain sur la planche pour Apologétes, Exegétes, Pères de l’Eglise et autres Biblistes….
(et gare aux Apocryphes…)

En attendant…Repentez-vous, pauvres et misérables mécréants !

27 août 2007

Raymond, le rendez-vous manqué

> politique — Copeau à 7:30

Je voulais écrire un billet retraçant la vie de Raymond Barre, cela étant, je crois que Guy Sorman, dans une autre perspective, a résumé excellement le fond de ma pensée. Je lui laisse donc la main pour les lignes suivantes, et le remercie de sa clairvoyance.

Raymond Barre fut le bon président que la France n’a pas élu au moment où nous en aurions eu le plus besoin.
Le déséquilibre des finances publiques qui plombe aujourd’hui la croissance remonte en effet aux années 1980, quand Barre candidat proposa , en vain , aux Français sa médecine d’urgence. La nouvelle donne économique - pétrole chère , inflation , démarrage de l’économie de l’information aux Etats Unis , révolution Reagano- thatchérienne - aurait exigé à cette époque , un virage dans nos modes de gestion du budget de l’Etat , de la solidarité sociale et du chômage . Virage que la Grande-Bretagne a pris mais pas nous. Mitterrand fit l’autruche, Chirac aussi ; Sarkozy, on ne sait pas encore.

Mais Barre n’avait aucune chance d’être élu dans un régime présidentiel, pas plus que Pierre Mendès-France en son temps ; il ne parlait pas aux tripes et s’en tenait en réunions publiques au même registre didactique qu’avec ses élèves de Sciences Po. Ses étudiants, je suis fier de l’avoir été, ne l’appelèrent jamais que Monsieur le Professeur et non Monsieur le Premier Ministre comme le protocole républicain l’eut exigé ; il en était enchanté et n’aimait rien d ‘autre de que de commenter les progrès de la science économique.

Barre aimait les aphorismes, celui-ci en particulier : « Il faut penser en homme d’action et agir en homme de pensée «, de Henri Bergson. Voilà une autre France, une génération disparue.

A propos de mémoire, il me revient une conversation entre trois complices de cette génération-la , Barre, Louis Pauwels et Henri Amouroux ; tous les trois académiciens , ils s’interrogeaient sur l’au-delà. “Nous sommes immortels , disait Henri Amouroux , aussi longtemps que les vivants se souviennent de nous”.

16 juillet 2007

Agoravox, Wikipédia, liberté, déontologie, objectivité

> numérique, politique — Copeau à 12:30

Vous avez certainement lu les dernières démêlées qui opposent l’école de journalisme de Sciences-Po Paris, et plus encore l’un de ses professeurs, Pierre Assouline, à Wikipédia. Il semble à présent que les journaux dits “sérieux” hurlent avec les hyènes et s’attaquent à la pseudo-information comme au pseudo-journalisme.

On peut reprocher tout ce qu’on voudra à Agoravox, à Wikipédia, notamment un manque flagrant d’objectivité. Mais il ne sont, après tout, que le reflet des internautes d’un pays donné ; les wikipédiens US ou Néo-Zélandais sont libéraux, les wikipédiens français sociaux-démocrates. En ce sens, si vous croyez encore à l’objectivité des journaux dits “sérieux”, je vous invite à lire les nombreux sondages publiés par la revue Commentaire, après chaque scrutin électoral d’importance, qui montre, comme c’est l’évidence, que les journalistes de la presse écrite ou audiovisuelle ne sont pas moins objectifs que nous amis wikipédiens ou “journalistes citoyens”.  Le procédé qui consiste à instiller des erreurs dans les articles du wiki est détestable ; la volonté de reprise en main - sinon du pouvoir, du moins des grands oligopoles des médias - est largement vraie, et je partage donc l’avis d’Agoravox sur ce point.

12 juillet 2007

Lang, yuppie cultureux quoique traître à la Noble Cause

> politique, ubique — Copeau à 10:59

Jack quitte le PS, pour rejoindre la commission Balladur chargée, en gros, de la réforme des institutions. Jack est un type sympa, on dirait presque Chirac plus jeune ; toute la boboïtude l’a adulé, lui qui l’incarnait presque. Pourtant, Jack n’était pas seulement un adepte des geuletons sans prétention mais gratuits de Blois ; ce fut aussi, jadis, dans une aile du Palais-Royal, du temps de la splendeur du ministère de la Culture - Acte I du rayonnement interstellaire de Mitterrand, un joyeux yuppie de l’Etat culturel, spécialiste du triple cocktail mondain par jour, et qui faisait baver d’envie les très ascètes conseillers d’Etat situés dans l’aile d’en face.

Battu à Blois, Lang se réfugia à Paris, pensant qu’une telle figure de proue, pressentie aux présidentielles de 1995 voire 2002, allait voir le tapis rose se dérouler sous ses pieds rue de Solférino. Il n’en fut rien et, las, désabusé devant tant d’injuste incompréhension, il quitta cette terre inhospitalière pour conquérir une circonscription gagnée d’avance dans le Pas-de-Calais. Mufles, les Nordistes ne l’élirent qu’avec un étriqué 54% au second tour, score indigne d’une telle Majesté. Piqué au vif, c’est bien légitimement que Jack leur fit alors, à toutes et tous, un doigt d’honneur en rejoignant la commission Balladur. Voilà en quelques mots le parcours de la figure de proue sondagèsque du PS, ou plutôt brillant second derrière l’autre traître Kouchner.

Accessoirement, on me dit dans l’oreillette que Lang serait un prof de droit public réputé, bien plus qu’un cultureux. Je demande à voir, n’étant pas totalement débutant en matière de droit public, et n’ayant pour autant jamais entendu parler de lui dans les milieux académiques autorisés, où on s’autorise à penser qu’il manque d’autorité mais pas d’ambition, comme aurait peut-être dit Coluche.

26 juin 2007

Proportionnelle et convoitise

> philosophique, politique — Copeau à 6:56

Depuis l’entrée en service du quinquennat, voulu quoique incompris par Chirac, le rapport au temps politique a changé. En quelque sorte, à présent, l’élection présidentielle se déroule en quatre tours, les deux premiers constituent l’élection présidentielle au sens strict du terme, les deux derniers les élections législatives. Evidemment, l’électeur ne peut qu’être victime d’une certaine lassitude devant une telle mitraillette électorale, et si la participation culmine au soir du second tour des présidentielle, c’est pour mieux retomber ensuite.

La conséquence fondamentale de cet état de fait, c’est la quasi disparition du premier ministre. Vous me direz certes que Villepin et Raffarin avaient tout de même un authentique pouvoir, et vous aurez raison. Mais la logique présidentialiste du régime quinquennal ne pouvait que prendre le dessus ; c’est le cas aujourd’hui avec Sarko, ça l’aurait sans doute tout autant été avec Ségo. Dorénavant, et pour longtemps, tous les premiers ministres se lèveront le matin avec la tête dans le Fillon, c’est inévitable.

Il faudrait donc aller jusqu’au bout de la logique, et supprimer pour de bon le premier ministre. Ce serait une excellente réforme.

Mais il faudrait aussi que la France se dote de contre-pouvoirs, qui n’existent pas aujourd’hui ailleurs que dans la rue. Le parlement ne contrôle rien du tout, il n’a même pas l’initiative des lois. C’est une double chambre d’enregistrement, aux ordres du gouvernement et au garde-à-vous devant un président de la République tout puissant. Ce n’est pas une porte ouverte que j’enfonce, car si j’étais président, je mettrais en œuvre un scrutin proportionnel à coloration majoritaire, comme pour les municipales et les européennes : ces scrutins « mixtes »  permettent à la fois de constituer une majorité solide et de représenter les petits courants, au plus grand détriment de la liste arrivée en seconde position. Ce faisant, j’aurais la certitude de disposer d’une majorité stable et fidèle, tout en réduisant le parlement à néant, car, un peu à l’image des régions, on sait bien qu’il ne sort jamais rien d’une assemblée élue à la proportionnelle.

En ce sens, les partisans de la proportionnelle sont ou bien de sympathiques comiques, car la proportionnelle intégrale rend toute institution ingouvernable, ou bien de machiavéliques partisans du renforcement du pouvoir présidentialiste, et font dans tous les cas parfaitement figure d’idiots utiles. Un beau programme.

Je ne dis pas du reste que je suis partisan du scrutin majoritaire ; je dis simplement que le problème n’est pas la représentation, mais l’absence de pouvoirs effectifs du parlement. Ceux qui crient sur tous les toits qu’il faut plus de proportionnelle ne sont mus que par un seul intérêt : celui de la convoitise devant un poste de député qu’ils rêveraient d’inscrire sur leur carte de visite.  Je ne vois pas pourquoi il faudrait distinguer la convoitise des partageux devant les riches et celle des avides de pouvoir devant celui-ci.

22 juin 2007

Patrimoine, rente et libéralisme

> politique, économique — Copeau à 7:29

Puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes (elles seront mises en ligne un peu plus tardivement), la fête de la musique bat son plein, et puisque par ailleurs, au plus fort des dernières campagnes électorales, je me suis penché sur des sujets fort éloignés de ce genre de préoccupations, en évoquant souvent des sujets musicaux d’ailleurs, Queensrÿche et Helloween en particulier, je poursuis ma stratégie anti-blogging en évoquant ce soir un sujet politique. J’aime cet esprit de contradiction, qui me fait penser à Shriyû dans les Chevaliers du Zodiaque, où, aux ordres de son mentor chinois, le héros doit, de la seule force de ses poings, retourner le sens d’un torrent glacial. Permettez-moi de m’inspirer de cet illustre modèle.

J’ai écouté ce soir Europe 1, émission dans laquelle étaient invités, entre autres, Jacques Généreux et Pascal Salin. Bien sûr, les lecteurs réguliers de ce blog connaissent sans doute Pascal, l’un des plus illustres penseurs libertariens contemporains, et Français qui plus est, ce qui en soi est source du plus grand désappointement chez le vulgus gallius. Jacques Généreux, lui, ne joue clairement pas dans la même catégorie, car s’il est sympathique et déterminé, il n’en reste pas moins un prof d’économie de première année, au cours intéressant, présentant avec pédagogie la micro et la macroéconomie (notamment le fameux diagramme IS-LM qu’il adore et dont il s’est fait une spécialité), mais qui n’a strictement rien de comparable avec la qualité de l’œuvre du talentueux Pascal, œuvre reconnue internationalement. Les deux, au-delà de leur corpus professionnel initial, ont en revanche choisi de s’engager dans la voie du combat politique, non en tant qu’acteurs, mais en tant qu’essayistes. Là encore, toutefois, l’honnêteté la plus élémentaire m’oblige à dire que rien n’est comparable entre le lumineux Salin et le dogmatique quoique enfonceur de portes ouvertes, Généreux.

Ceci étant dit, venons-en au fond du débat, très bref au demeurant, qui a bien évidemment opposé Pascal et Jacques. Ce dernier a dit en substance la chose suivante : loin de mettre en branle une « rupture » comme annoncée, le « gouvernement Sarkozy » (si je puis me permettre ce raccourci) a choisi de louvoyer, ne se lançant ni dans une politique de relance de la demande (on se demande bien pourquoi il l’aurait fait, je crains que Jacquouille n’ait pas saisit que les électeurs n’ont pas eu envie de prendre ses désirs pour des réalités), ni dans une politique de l’offre (baisse des charges des entreprises, allègement du coût du travail, soutien aux investissements, etc). Pascal, lui répondant, n’a certes pas pris le même angle d’attaque, mais, s’il a souligné l’impérieuse nécessité de mettre en œuvre une véritable politique de l’offre, c’est pour mieux appuyer le fait que, comme Généreux le disait, le gouvernement ne se lance pas du tout dans une politique suffisamment ambitieuse en l’espèce.

Rien que de très classique.

Ce qui l’est moins, c’est ce que lui a rétorqué Généreux. En substance, il a dit qu’un libéral comme Pascal devrait s’opposer à la politique gouvernementale (chose qu’il fait, au passage) parce que le gouvernement Fillon défend une économie des rentiers, et pas du tout une économie du travail. C’est notamment le cas en exonérant presque entièrement les donations et les droits de succession. Généreux a raison : l’abattement principal, aujourd’hui fixé à 76 000 €, est cumulable avec celui dédié aux enfants (à concurrence de 50 000 € par enfant). Comme la succession moyenne est de 100 000 €, le dispositif actuel exclut déjà près de 90% des transmissions entre époux et 80% des transmissions en ligne directe de toute imposition. En portant ce taux à 95%, Fillon et Sarko cherchent donc à favoriser plus encore l’héritage et la rente.

A cette objection, on peut répondre deux choses, que je vais volontairement écarter. D’une part, que l’héritage découle naturellement du droit de propriété, lui-même un droit naturel, et peut-être le plus sacré. N’étant pas jusnaturaliste, cet argument me laisse de marbre. D’autre part, que critiquer l’économie de rentiers est faire preuve de convoitise envers les plus riches, comme Sade l’écrivait avec son immense talent il y a deux siècles.

Je considère que, malgré le plus ou moins bien-fondé de ces deux objections, la question reste entière : une économie de rentiers, ou le fait de favoriser la transmission du patrimoine au sein de la famille, est-ce économiquement productif ou néfaste ?

Il me semble que ce dont nous manquons et avons besoin, c’est de gens qui prennent des risques, il n’y a qu’à comparer le palmarès des entreprises US et françaises pour s’en convaincre. Ce dont nous manquons aussi, c’est de flexibilité, non seulement au niveau de l’emploi, mais aussi au niveau des salaires. Le gouvernement travailliste néo-zélandais a supprimé avec un succès manifeste le salaire minimum, parce qu’il a offert du travail à ceux qui en étaient structurellement privés. Les pays qui ont le taux de chômage le plus bas ont aussi le moins de restrictions aux licenciements, c’est mécanique.

Dans ce contexte, je ne suis pas sûr que le fait de favoriser les rentiers soit un signe de dynamisme économique.

Je ne dis pas, bien évidemment, qu’il faut spolier les conjoints et enfants de ceux qui ont bossé toute leur vie pour se constituer un capital, en instituant des prélèvements faramineux. Je dis simplement que je préférerais, et de loin, que l’on incite les Français aisés à investir, par des crédits d’impôts, des exonérations, des avantages divers, plutôt que de favoriser aveuglément des descendants qui, si les parents étaient des gens riches, n’ont jamais eu et n’auront jamais le moindre goût de l’effort. Ce qui n’est pas la meilleure des incitations à prendre des risques.

20 juin 2007

Bockel, vie et mort du social-libéralisme

> politique — Copeau à 3:11

Je parlais de Kouchner et Besson dans le premier gouvernement Fillon, et à présent, comme on s’y attendait, Jean-Marie Bockel, le député-maire de Mulhouse, vient d’entrer dans le gouvernement Fillon II. Au nez et à la barbe d’Adrien Zeller et de Fabienne Keller, les deux hérauts UMP de la région. La nomination de Bockel me semble certes tout autant dictée par des considérations et ambitions d’ordre personnel que par sa volonté de promouvoir le social-libéralisme. Grand bien lui en fasse.

Il y a certes d’autres nouvelles têtes, dont Wauquiez, Novelli, Amara ou Yade (Najat peut se rhabiller), mais Bockel est le seul élu PS de poids à faire son entrée.

Quand on voit que DSK, social-démocrate, a tant de difficultés à plaider le réformisme et la rénovation sociale-démocrate au sein du
PS, on comprend mieux la liberté que peuvent s’offrir les sociaux-libéraux. Ce parti, totalement fossilisé, plonge la tête en avant dans le piège sarkoziste qui consiste à le repousser toujours plus à gauche ; Kouchner, Hirsch, Besson et d’autres sonnent comme autant de coups de fouet dans le dos meurtri de ce parti qui n’est pas près de s’en relever. Du reste, DSK vient je crois de quitter le bureau national du PS.

Il existe plus de sociaux-libéraux qui se reconnaissent comme tels en dehors du PS qu’à l’intérieur, voyez le PRG, le Parti Radical, le Nouveau Centre (Parti Social Libéral Européen), voire le MoDem. C’est certes une évidence, mais une source de paradoxe à mes yeux, tant ce parti devrait sans aucun doute incarner le mieux le progressisme, ce qu’il ne fait pas du tout.

Fondamentalement, comme l’écrit un militant bockélien (il y en a quelques-uns dans ce parti), être social-libéral au PS,

c’est être perçu comme le vendu à l’économie de marché et être condamné à voir ce parti inefficace à résoudre les problèmes économiques et sociaux car enfermé dans ses schémas idéologiques et de pensées d’un autre âge.

Le résultat pervers de la stratégie sarkozienne, je l’ai dit, est de faire imploser les quelques partisans d’un social-libéralisme assumé à gauche. La logique de parti sera sans doute trop forte pour beaucoup d’entre-eux, qui se rangeront la queue entre les jambes dans un autre courant, social-démocrate par exemple. Peu importe si la Dame aux caméras a balancé, disons, la moitié de son programme entre les deux tours pour draguer les voix centristes, et je n’ai pas entendu beaucoup de socialistes protester, ni pendant, ni après la campagne.

La vraie question est celle-ci, amis socialistes : pourquoi selon vous, par une sorte de réflexe pavlovien, la présence de ministres de gauche ex-PS au sein du gouvernement Fillon I et II nécessiterait-elle que le PS se démarque plus encore à gauche ? Pourquoi l’ouverture politique devrait-elle entraîner la fermeture partisane ? Pourquoi pensez-vous que c’est en racontant les pires fariboles sur l’économie de marché, le capitalisme (le premier de tous les progrès sociaux, très chers) et en défendant les privilèges de la nouvelle aristocratie d’Etat que vous entrerez dans la modernité ?

En un mot : quel est le but ? conquérir le pouvoir à n’importe quel prix, y compris celui du mensonge ? ou reconnaître qu’il fait jour à midi ?

Vous pouvez aussi lire ceci

EDIT : ou encore ça et ça.

7 juin 2007

Poncelet, Virenque et Tapie

> politique — Copeau à 6:50

Je ne sais pas du tout - et me fous un peu à vrai dire - si l’actuel président du Sénat, Christian Poncelet, a trempé dans des magouilles dignes d’un conseiller général de la Creuse sur le retour. On l’accuse d’avoir facilité l’attribution de plusieurs marchés publics à la Sogea, qui est une filiale du célèbre groupe Vinci.

La justice, du moins on peut l’espérer (il y a déjà eu un classement sans suite dans une affaire louche en 2006), tirera tout cela au clair.

Ce qui m’interpelle, sinon me scandalise, c’est bien plus la ligne de défense de Poncelet. Bien évidemment, c’est un grand classique, il prétend - alors qu’il a presque la patte entière dans le pot de miel - qu’il n’y est pour rien, qu’il n’a rien fait, qu’il est méchamment accusé par un méchant individu que d’ailleurs il ne connaît pas, ou si peu. Mais, sans doute emporté par sa lancée, le bonhomme Christian trouve judicieux d’ajouter ceci (je cite) :

« Je suis intervenu dans trois ou quatre opérations, mais c’était une démarche normale. Je n’ai perçu aucune somme d’argent, il n’y a pas d’enrichissement personnel. Je suisun homme libre, je me contente de mettre les gens en relation. » Tout juste M. Poncelet reconnaît-il avoir été « imprudent ».

C’est beau comme du Richard Virenque. Je vous laisse donc méditer ces propos. Au passage, on notera le retour en fanfare de l’antienne socialiste désormais connue qui expose que si on pique l’argent du contribuable et celui des actionnaires pour le glisser dans les caisses du parti et non les siennes propres, on commet une bonne action, absolument pas répréhensible. Cette fois-ci, c’est beau comme du Bernard Tapie.

25 mai 2007

Reproduction sociale

> philosophique, politique — Copeau à 10:30

Je sais bien que les libéraux ne portent pas dans leur coeur la sociologie de Pierre Bourdieu, et l’homme qui l’a incarnée encore moins. Du reste, ce dernier, mort en même temps que Robert Nozick, n’était à côté de ce dernier qu’un obscur tâcheron de banlieue, c’est évident. Pour autant, je trouve que le courroux dont il fait l’objet n’est pas justifié. Bien sûr, le personnage, et tout particlièrement l’engagement du crépuscule de sa vie, peut au mieux prêter à rire, au pire vouer à une haine viscérale. Mais ses écrits restent. Et tous ne sont pas à négliger, loin de là.

Son ouvrage intitulé Les Héritiers, écrit en 1964 avec Jean-Claude Passeron, et La Reproduction, écrit en 1970 avec le même, restent d’une cuisante actualité. Je crois volontiers que si l’école aime à proclamer sa fonction d’instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant, par les critères de jugement qu’elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en “dons” personnels. L’Ecole produit des illusions dont les effets sont loin d’être illusoires : ainsi, l’illusion de l’indépendance et de la neutralité scolaires est au principe de la contribution la plus spécifique que l’Ecole apporte à la reproduction de l’ordre établi.

Un exemple, lié à l’actualité, la formation du nouveau gouvernement. Je ne vais parler que de ce que je connais, les gens issus de l’ENA (il y en a quelques-uns, si je ne m’abuse). Pendant la scolarité à l’ENA, il y a deux épreuves discriminantes qui détermineront le classement de sortie, deux, pas une de plus. Il s’agit du stage long effectué en ministère, et de l’anglais. Lorsqu’on décortique les effectifs d’une promotion, on peut laisser de côté les élèves issus du concours interne (déjà fonctionnaires précédemment) et du” troisième concours” (qui travaillaient dans le privé précédemment) ; ils n’occuperont jamais des postes prestigieux à leur sortie. L’élite, ce sont les jeunes diplômés de Sciences-po Paris, âgés d’environ 25 ans. Et parmi cette élite, il y a une vingtaine de personnes qui trusteront les postes des grands corps (Conseil d’Etat, IGF, Cour des comptes, et quelques autres).

Regardons un peu le profil sociologique de ces vingt personnes, et vous comprendrez pourquoi j’évoque la formation du nouveau gouvernement. Vous ne trouverez que des enfants de hauts fonctionnaires, habitant exclusivement dans le VIIe arrondissement. En effet, ces personnes, issues de familles extrêmement aisées, passent fréquemment leurs vacances à l’étranger, et parlent ainsi un anglais sans accent. Ils excellent donc dans l’une des deux épreuves discriminantes. Par ailleurs, fils ou fille de haut fonctionnaire, sous-directeur ou directeur d’un ministère, ils réalisent en général leur stage dans une autre sous-direction. Et, comme par hasard, ils obtiennent toujours une excellente note. Il est bien normal qu’on ne se tire pas dans les pattes entre collègues.

Ces personnes, donc, forment l’élite de la nation (tant il est vrai que la démarche est identique pour Polytechnique, dont on parle insuffisamment).

Ces personnes, par ailleurs, ont suivi toute leur scolarité à Louis-le-Grand ou Henri-IV, avant d’intégrer Sciences-po ou HEC.

Prenez Valérie Pécresse, que je connais directement : née à Neuilly, fille du président de Bolloré, elle a intégré HEC puis l’ENA. L’ayant connu par ailleurs, je n’ai jamais été époustouflé par cette maître des requêtes au Conseil d’Etat, qui n’a mis les pieds (plus de quelques heures ou en villégiature) que dans trois départements français : le 75, le 78 et le 92.

Prenez Xavier Darcos, fils de trésorier-payeur général (le plus haut fonctionnaire d’un département après le préfet).

Prenez MAM, fille de député-maire. Bachelot, de même.

Prenez les innombrables enfants d’enseignants (Hortefeux, Lagarde, etc.) , de médecins (Albanel), et j’en passe.

La vérité est dure à dire : une Rachida Dati ne parviendra pas, à elle seule, à cacher la forêt. Bien sûr, ce gouvernement n’est qu’un exemple, il pourrait être multiplié à l’infini.

22 mai 2007

Communistes, zoophiles et gallinette cendrée

> politique — Copeau à 13:38

Dans Le Monde d’aujourd’hui, vous pourrez lire un intéressant article de Stéphane Courtois, l’illustre leader du projet du Livre Noir du communisme, consacré à la décrépitude, à la déconfiture, à l’effondrement, appelez cela comme vous le voulez, du PCF depuis vingt-cinq ans en France. Comme il l’écrit,

En un quart de siècle, le PCF a dilapidé son capital électoral : si l’on retient comme base 100 le score de Georges Marchais en 1981, M. Hue était déjà tombé à 54 en 1995 puis à 19 en 2002. MmeBuffet plonge à 15.

A cela est venu s’ajouter en 2007 un phénomène inédit : des dirigeants communistes se sont publiquement et collectivement engagés en faveur d’un candidat non communiste, José Bové.

Stéphane explique que le long chemin de croix des cocos a été émaillé de nombreuses stations : 1958, et le face-à-face avec de Gaulle ; 1974, le congrès d’Epinay, le programme commun et le kiss of death de Mitterrand ; l’effondrement des régimes totalitaires à l’Est, à la fin des années quatre-vingt ; l’avènement de la gauche plurielle, en 1997 ; enfin, les législatives cette année, car le PCF n’est pas du tout sûr d’atteindre les vingt sièges lui permettant d’avoir son groupe à l’Assemblée, et les municipales l’an prochain, qui ressemblera sans doute plus à Azincourt qu’au Pont d’Arcole pour les communistes.

Lisons ce qu’écrit au surplus Stéphane :

Cependant, en même temps que M. Mitterrand réussissait à détourner à son profit une partie de l’électorat communiste, le PS était fortement contaminé par la vieille idéologie marxiste, voire léniniste : celle des communistes à travers l’Union de la gauche, et celle des innombrables trotskistes post-soixante-huitards ralliés au PS avant ou après 1981. Le PCF a ainsi conservé un évident magistère idéologique, reposant sur « le charme universel d’Octobre » (François Furet), sur le mythe du « grand parti de la classe ouvrière » et sur une mémoire glorieuse de la Résistance.

Je ne suis pas bien sûr qu’il en soit autrement aujourd’hui ; je veux bien entendre que le PS ait abandonné, de facto, le dirigisme économique et l’étatisme, Jospin ayant plus privatisé que n’importe quel autre premier ministre, Royal s’opposant à Bayrou sur ce point, mais un retour en arrière est à tout moment possible et certains caciques du Parti, à la sauce Emmanuelli-Mélenchon, ne s’en laisseront pas compter. En revanche, je ne crois pas du tout que le PS ait fait son aggiornamento idéologique, et l’opposition binaire entre les riches et les pauvres constitue encore aujourd’hui le fondement de son logos, sinon de son pathos. Souvenez-vous de Hollande avant le premier tour de la présidentielle, par exemple.

Pour dire les choses autrement : s’il y a une évidente aile sociale-démocrate à la tête du PS, et dans les milieux urbains branchouilles à la mode parisianiste, relayée par la blogeoisie, par le mainstream des Sainte-Beuve du dimanche, elle n’a aucune influence sur le terrain. Les principales zones d’influence du PS aujourd’hui (Nord-Pas de Calais, Bouches-du-Rône, grand Sud-Ouest, Puy-de-Dôme, Bretagne) execrent littéralement la social-démocratie parisienne, et ne veulent qu’un coup de barre à gauche. Ce sont dans ces zones que l’extrême gauche fait aussi ses meilleurs scores. Et que, par conséquent, le chemin de Damas du PS sera encore long et semé d’embûches. Il faut pourtant bien qu’il l’emprunte.

Enfin, on pourrait danser sur les cendres du PCF, ou dire, comme Boris Vian, qu’on ira cracher sur leur tombe. Pour ma part, je ne peux me réjouir de la disparition certaine du PCF, à un moment où Besancenot obtient 4,5% des voix. A tout prendre, je préférerais des communistes faibles, qui s’entre-déchirent avec les écolos, les antilibéraux, les altercomprenants, les zoophiles et les gallinettes cendrées, plutôt que des communistes morts, et des trotskystes à 10 ou 15%.

21 mai 2007

Les essais philosophiques, politiques et économiques de Hayek

> philosophique, politique, économique — Copeau à 16:07

Si vous suivez l’actualité littéraire libertarienne, vous savez sans doute qu’est sorti le mois dernier, aux Belles Lettres, les Essais de philosophie, de science politique et d’économie de ce célèbre auteur autrichien. Cet ouvrage regroupe de nombreux articles parus dans des revues diverses et variées, de la fin des années quarante aux années soixante-dix. La première partie, consacrée à l’epistémologie cognitive, à la métaphysique et à la philosophie de l’histoire, est ardue et, en un mot, chiante. Ce fut néanmoins pour moi une découverte de plusieurs textes que je ne connaissais pas, ma connaissance de l’auteur se limitant à vrai dire aux grands ouvrages classiques (Road to Serfdom, Droit, législation et liberté, ou encore la Constitution de la liberté).

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux essais d’économie. Rien de bien folichon ni nouveau, il s’agit ici tout au plus d’approfondissement de ce qui a fait le corpus de base de la pensée hayékienne (la monnaie vecteur de l’information, les cycles de formation du capital, etc ; mieux vaut lire sa Théorie pure du capital, si vous avez la chance de la trouver. Sinon, les articles présents sur Catallaxia permettent de se faire une bonne idée des thèses de l’auteur, je crois).

La partie la plus intéressante, et de loin de mon point de vue, est par conséquent la deuxième, consacrée aux articles “politiques” de Hayek, plus liés à l’actualité de son époque, quoique très profonds. Evidemment, on y trouve des développements de thèses ultérieures (ordre spontané, poids de la tradition, lutte contre le rationalisme extrême, etc). On y trouve surtout des éclairages tout à fait intéressants sur la synthèse qu’il a mené jusqu’à la fondation de la Société du Mont-Pèlerin ; des explications sur le poids des mythes en histoire ; ou encore le désormais célèbre texte consacré aux intellectuels et au socialisme, où Hayek explique que ce sont souvent les plus intelligents qui pourtant se fourvoient dans l’erreur collectiviste, et donne des éléments d’explication tout à fait convaincants. Ce texte est à lire avec celui-là, qui d’une certaine manière le prolonge.

Enfin, je voudrais souligner la qualité irréprochable, voire la qualité littéraire tout court, de la traduction diligentée par Christophe Piton (lequel a du reste rédigé une préface de bonne tenue). Comparée à d’autres traductions (celles d’Hervé de Quengo, qui je l’espère ne m’en voudras pas ; mais aussi celles de Raul Audouin, ce qui n’est pas une mince comparaison), je trouve que Christophe a réalisé un excellent travail. Qu’il en soit félicité, la lecture de ce bouquin de Hayek s’en révèle d’autant plus plaisante.

20 mai 2007

Le nouveau gouvernement

> politique — Copeau à 7:42

Je n’ai pas encore commenté l’élection de Sarko, la nomination de Fillon ni même celle de son gouvernement, je ne souhaite pas nécessairement me rattraper ici, car je mène par ailleurs un projet long, un peu fastidieux et chronophage, dont je vous ferai part bientôt.

Il y a au sein du gouvernement quelques points que je voudrais souligner. Le premier est la nomination d’Eric Besson. Je la trouve inutile et néfaste. Il s’agit d’un lieutenant de Jospin (voire même un sergent), qui n’a pas pour l’instant fait montre de compétence aiguë à ma connaissance, qui, essentiellement par le truchement de sa femme Sylvie Brunel (l’excellente Sylvie, dont je vous conseille tous les bouquins, notamment la Faim dans le monde - une tragédie banalisée), a déterré le tomahawk contre le parti socialiste il y a peu. Sarko, par cette nomination, ne cherche qu’à atomiser un peu plus le PS. Il n’y a rien d’autre qui justifie cette entrée au gouvernement, et c’est un peu famélique comme argument. D’autant qu’il s’agit d’un beau ministère, celui de la prospective et de l’évaluation de la politique publique, l’un des plus intéressants, où il y a tant à faire. Il aurait mérité un bien meilleur traitement politique qu’un Besson dont on n’entendra plus parler dans les prochaines années.

Je vois en revanche d’un très bon oeil la nomination de Kouchner au Quai d’Orsay. Je ne comprends pas ceux qui parlent de débauchage. Ces derniers continuent de raisonner sur un axe débile gauche/droite, dont on ne sortirait pas, ils n’ont pas compris le score de Bayrou, le fait qu’il y a à droite comme à gauche des personnalités qui sont bien plus proches du centre que de la polarité. C’est le cas de Kouchner, qui n’a strictement rien à voir avec Mélenchon, si toutefois il a quelque chose à voir avec Hollande, ce qui reste à prouver. Sa nomination ne me surprend donc pas du tout.

Je suis aussi très satisfait de la création d’un grand ministère du développement durable. Je ne partage pas les craintes de nombre de mes amis sur ce sujet épineux, ou pour être plus précis je n’ai pas d’opposition de principe. Je ne m’étends pas plus ici.

Le reste est assez classique et indifférent, y compris la nomination de Rachida, pour ne citer qu’elle.

Un dernier point : c’est bien que Sarko assume sa vie privée, sa famille recomposée. C’est vrai que pour cette génération de politiques, c’est monnaie courante d’avoir une vie privée tumultueuse. Regardez aussi Juppé, MAM, et tant d’autres. Mais Sarko a la particularité de mieux assumer cet état de fait, cette femme qui vote vraisemblablement à gauche, les deux filles de Jacques Martin. Ségo et son faux couple feraient bien d’en prendre de la graine. Mais c’est bien aussi qu’il y a une nouvelle génération qui entre au gouvernement, et notez bien que leur vie privée est bien moins compliquée que celle de leurs aînés. Je n’ai rien contre les famille recomposées, mais il me semble que la génération des quadras est un peu plus en phase avec l’ensemble de la population que celle des quinquas, qui est la vraie génération soixante-huitarde, à droite comme à gauche.