14 juillet 2008

Néo-libéralismes

> historique, philosophique — Copeau à 12:59

Analyse de Serge Audier, Le Colloque Lippmann, Aux origines du néo-libéralisme, Le Bord de l’eau, 2008.

Souvent mentionné, le colloque Lippmann, qui a eu lieu en août 1938, est pourtant très mal connu, y compris parmi les spécialistes de l’histoire du libéralisme, et même du néo-libéralisme. Le terme même de néo-libéralisme a pris, depuis les années soixante-dix, un sens nettement différent de celui qu’il avait du temps de ce colloque. L’Institute of Economic Affairs, créé à Londres en 1955 par Arthur Seldon et Anthony Fischer, sur les bons conseils de Friedrich Hayek, suite à la création de la société du Mont-Pèlerin en avril 1947, serait la quintessence de l’entreprise idéologique néo-libérale. Or, les mots n’avaient pas le même sens avant le second conflit mondial.
Selon Bourdieu, le néo-libéralisme serait un projet politique d’autant plus redoutable qu’il ne s’énonce pas comme tel et que les choix concrets qu’il préconise se présentent comme une description neutre des lois de l’économie(1). Le postulat de Bourdieu et d’une cohorte d’autres auteurs est que la contre-révolution néo-libérale a été planifiée de très longue date par une sorte de « commando » intellectuel qui, avec préscience, n’attendait que l’occasion de passer à l’attaque.
Si Serge Audier ne cache pas que, pour lui, « la connaissance informée du néo-libéralisme n’est pas antinomique avec la possibilité de le combattre politiquement » (ce qui est vrai), il veut même souligner les graves tensions et contradictions « pour en percer les faiblesses et pour dénoncer l’impasse historique de ce qui devait finalement s’imposer comme l’idéologie « néo-libérale » ».
Keith Dixon(2) clame, quant à lui, que les cibles des conférenciers du colloque Lippmann étaient bien Keynes et le keynésianisme(3). Or il semble clair que la cible était plutôt le planisme, le corporatisme, et du reste il est absolument faux d’affirmer, comme le fait pourtant Dixon, que l’ensemble des membres du colloque s’accordaient à voir dans le keynésianisme l’ennemi à abattre.
Serge Halimi, dans Le Grand bond en arrière, ne s’embarrasse pas de plus de détails. Peu importe, pour Dixon comme pour lui, qu’Aron se définissait alors « socialiste ».
Certes, dit Serge Audier, parmi les participants du colloque, il y avait bien un certain nombre d’auteurs importants qui, dans les années 1930-1940, ont assumé des positions qui les opposent nettement à Keynes (Rueff, Mantoux, Mises, Hayek, Röpke). Mais cette position est loin d’être alors entièrement partagée. Même Lippmann évoque, dans la Cité libre(4), Keynes sans le dénigrer. Bien au contraire, le livre de Lippmann constitue une critique radicale des « illusions du laisser-faire »(5) et un bilan des plus sévères de la « débâcle du libéralisme ». Michaël Polanyi, disait, lui, qu’ « une politique keynésienne correcte pourrait régénérer le marché libre et refonder le capitalisme sur de nouvelles bases »(6).
C’est oublier un peu vite que bon nombre des participants du colloque Lippmann n’étaient pas économistes de formation, et que l’aile la plus favorable au marché, celle de la « première » école de Chicago, n’était pas présente à Paris en 1938. A dire vrai, le contexte de l’ère des totalitarismes et de la montée de la guerre pèse alors infiniment plus lourd que la critique de la Théorie générale de Keynes.
François Denord a apporté de nombreux éléments de documentation sur le colloque(7), en soulignant notamment l’importance d’X-crise, le cercle de réflexion de polytechniciens très actif avant et après guerre. Mais on ne peut considérer qu’expliquer les réseaux intellectuels et patronaux suffise à savoir ce qu’il faut penser des thèses de tous ces auteurs.
Audier, s’il offre une bonne présentation du colloque, de ses particularités, liées à la forte présence des Européens au détriment des Américains, peu présents non seulement pour des raisons de fond mais aussi et tout simplement à cause du contexte géopolitique de l’époque, alourdit trop les arguments en faveur de sa thèse. Laquelle consiste à faire de ce colloque fondateur l’un des fondements de la pensée sociale-libérale, sinon social-démocrate, contemporaine. Ce faisant, il mésestime assez nettement l’influence et le magistère unique de Mises, qui n’avait pas à proprement parler de concurrent en termes d’aura parmi les membres du colloque. Même les deux tenants de l’ordo-libéralisme, Röpke et Rustow, ne sauraient sérieusement se comparer au Mises de la fin des années trente.
Par ailleurs, soutenir que les membres du colloque Lippmann étaient favorables à l’interventionnisme économique le plus orthodoxe, à la manière du New Deal Rooseveltien, ne me semble pas du tout correspondre à la réalité, peut-être à l’exception d’un Raymond Aron qui, encore à l’époque, se disait socialiste. D’une façon plus générale, prétendre que le néo-libéralisme serait assimilable au keynésianisme, comme le fait Audier, ne correspond pas à la réalité. Il n’est qu’à lire les textes de l’époque, et ceux parus un peu plus tard sous la plume de ces auteurs, pour se rendre compte de l’erreur d’une telle appréciation. Walter Lippmann lui-même, dans la Cité libre, tient des propos extrêmement éloignés de ceux qu’Audier rapporte dans son livre. A toutes fins utiles et afin que chacun se fasse son propre jugement, je reproduis du reste en ce moment sur Librairal l’intégralité du texte de la Cité libre.
S’il ressort du colloque de 1938 un penchant social prononcé, qu’on ne retrouvera effectivement pas après-guerre, au moment de la création de la Société du Mont-Pèlerin, et qu’aucun des auteurs présents en 1938 ne portera de manière prégnante sur la place publique (à l’exception de Röpke, quoiqu’on puisse en débattre, et bien qu’il ait été lui aussi président de la Société du Mont-Pèlerin), il ne faudrait pas pour autant caricaturer. L’aile libérale la plus orthodoxe, autrichienne ou américaine, reste une voie présente aussi bien dans les débats que dans le rapport final. A aucun moment, les néo-libéraux n’ont pris le pas sur les orthodoxes, pour dire les choses autrement.
Enfin et plus grave, Audier n’a pas du tout saisi la teneur des différents courants qu’il appelle « orthodoxes », terme que je reprends ici comme il m’y invite. Il mélange allègrement les Autrichiens classsiques, qui, à la manière de Mises et plus tard Hayek, reprennent la méthode scientifique professée par Carl Menger(8), il évoque les futurs Austro-Américains, qui ont pourtant développé une voie particulière vers le libéralisme, et plus encore les tenants de l’école de Chicago, sans saisir le moins du monde les oppositions épistémologiques et pratiques extrêmement fortes qui émaillaient déjà, avant-guerre, cette dernière école aux deux premières. Faire des libéraux orthodoxes un tout pour mieux tirer à soi la couverture du libéralisme social est une chose, mais la réalité a été tout autre.
Je passe enfin sur certaines imprécisions(9) qui m’incite à vous dire que cet ouvrage peut constituer une bonne entrée en matière pour saisir les tenants et les aboutissants de cet événement en effet fondateur de la pensée libérale contemporaine. Mais en vous précisant que, si vous souhaitez véritablement approfondir le sens de ce cheminement tortueux, mieux vaut s’orienter vers d’autres ouvrages, à commencer par le Libéralisme américain d’Alain Laurent(10), qui évoque assez longuement le colloque, en des termes nettement plus objectifs.

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1 : Pierre Bourdieu, « le néo-libéralisme, utopie (en voie de réalisation) d’une exploitation sans limites », Contre-feux, Paris, 1998, pp. 108-119.
2 : Keith Dixon, Les Evangélistes du marché. Les intellectuels britanniques et le néo-libéralisme, Paris, Seuil, 1998.
3 : Qu’est-ce que le keynésianisme en 1938 ? On aurait aimé savoir.
4 : W. Lippmann, La Cité libre, trad. G. Blumberg, Paris, Librairie de Médicis, 1946.
5 : Serge Audier n’a pas saisi la différence entre le « laisser faire » et le « laissez-faire », et seul le second concept est revendiqué par les libéraux. Voir  ici en particulier.
6 : M. Polanyi, Full Employement and Free Trade, Cambridge, University Press, 1948, p. XII. Le terme “correcte” n’est peut-être pas le moins important dans la phrase de Polanyi.
7 : F. Denord, Néo-libéralisme, version française. Histoire d’une idéologie politique, Paris, Demopolis, 2007.
8 : Il y a même eu des Autrichiens classiques partisans de l’interventionnisme, ce qui n’est pas en soi incompatible, par exemple von Wieser. A propos de Carl Menger, lire la biographie que je traiterai plus tard de Gilles Campagnolo, Carl Menger, entre Aristote et Hayek, CNRS, 2008. Du même auteur, lire aussi mes commentaires sur Seuls les extrémistes sont cohérents… Rothbard et l’école austro-américaine dans la Querelle de l’herméneutique, ENS Lyon, 2007.
9 : Audier fait de Karl Menger le fondateur de l’école autrichienne (p. 8), alors qu’il s’agit de Carl Menger. Il a confondu le père et le fils, qui, lui est un mathématicien de renom. Il croit qu’un certain Ludwig van Mises, auteur néerlandais je présume, a participé au colloque Lippmann.
10 : Alain Laurent, Le libéralisme américain, Histoire d’un détournement, les Belles Lettres, 2006.  J’ai, sur mon ancien blog, résumé l’ensemble de cet ouvrage, je vous invite donc à vous y référer. Voir en particulier le chapitre 4.

12 juillet 2008

Retrouver la foi en la liberté

> historique, philosophique — Copeau à 20:16

Il y a une différence essentielle entre la foi que notre génération a embrassée et celle qu’elle a abjurée. On la découvre en considérant à quel point notre génération croit les hommes capables de diriger la destinée de leurs semblables. La doctrine essentielle de notre âge est qu’il n’y a pas de limite à la capacité de l’homme à gouverner ses semblables ; et que par conséquent il ne doit pas y avoir de limites au pouvoir du gouvernement. La foi ancienne, née de longs siècles de souffrance dans la domination de l’homme par l’homme, proclamait que l’exercice d’un pouvoir illimité par des hommes dont les esprits sont limités et les préjugés égoïstes mène rapidement à la tyrannie, à la réaction et à la corruption. Elle enseignait que la condition même du progrès est de maintenir le pouvoir dans les limites de la capacité et de la vertu des gouvernants.

Cette sagesse éprouvée est aujourd’hui submergée sous un mouvement universel qui, sur tous les points décisifs, est soutenu par les intérêts établis et par le courant des espérances populaires. Mais s’il est vrai que l’homme ne peut rien de plus que ce qu’il peut, le gouvernement ne peut rien de plus que ce que peuvent les gouvernants. Tous les souhaits du monde, toutes les promesses basées sur la supposition qu’il existe des autocrates omniscients et philantropes, ne feront pas naître des hommes capables de dresser le plan d’un avenir qu’ils sont incapables d’imaginer, d’administrer une civilisation qu’ils sont incapables de comprendre.

Le fait que toute notre génération règle sa conduite sur de tels espoirs ne signifie pas que la philosophie libérale soit morte, comme le prétendent les collectivistes et les autoritaires. Au contraire, ce sont peut-être eux qui ont enseigné une hérésie et condamné cette génération à la réaction. Les hommes devront peut-être passer par des terribles souffrances pour retrouver les vérités essentielles qu’ils ont oubliées. Mais ils les retrouveront, comme ils les ont si souvent retrouvées à d’autres époques de réaction, si l’on sait se dresser contre les idées qui les ont égarés et leur résister.

Walter Lippmann, la Cité libre, 1937

21 juin 2008

Le dogme de notre temps

> historique, philosophique — Copeau à 13:49

Les luttes qui déchirent aujourd’hui le monde sont si meurtrières que les combattants s’imaginent sans doute avoir des raisons très profondes de se battre. Je crois qu’ils se trompent. Si des partis sont très âprement opposés les uns aux autres, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils poursuivent des fins radicalement différentes. La divergence de leurs opinions ne se mesure pas par l’intensité de leur antagonisme. Et l’on a vu des dissensions cruelles mettre aux prises des sectes composées d’adorateurs d’un même dieu.

Les partisans qui luttent pour la maîtrise du monde moderne ont beau porter des chemises de couleur différente, leurs armes viennent du même arsenal, leurs doctrines sont des variations d’un même thème, et ils vont au combat en chantant, sur un même air, des paroles qui se ressemblent beaucoup. Leur arme, c’est la contrainte imposée à la vie et au travail humain. Leur doctrine, c’est que l’on ne peut vaincre le désordre et la misère qu’en organisant et qu’en ordonnant chaque jour davantage. Leur promesse, c’est que l’Etat donnera le bonheur aux hommes.

Dans le monde entier, au nom du progrès, des hommes qui se font appeler communistes, socialistes, fascistes, nationalistes, progressistes, et même libéraux sont tous d’accord pour penser que le gouvernement, armé de la force publique, doit, en imposant aux hommes une manière de vivre, diriger le cours de la civilisation et déterminer l’aspect de l’avenir. Ils croient tous en ce que M. Stuart Chase définit très exactement par « la planification et le contrôle par l’autorité supérieure de l’activité humaine ». Ce dogme est à la base de toutes les autres doctrines en vigueur. C’est dans ce moule que sont coulées les pensées et les actions de notre époque. Personne n’envisage sérieusement, personne ne croit même possible d’aborder sous un autre angle les grands problèmes de l’humanité. Les masses récemment affranchies et les penseurs qui leur fournissent leurs idées sont presque entièrement possédés par ce dogme. Ça et là, une poignée d’hommes, quelques groupes sans influence, des penseurs isolés et dédaignés, continuent seuls à le défier. Les principes du collectivisme autoritaire sont devenus des articles de foi, des affirmations évidentes, des axiomes incontestés non seulement pour tous les régimes révolutionnaires, mais encore pour presque tous les mouvements qui se prétendent partisans des lumières, de l’humanité et du progrès.

L’emprise de ce dogme sur les esprits de nos contemporains et si universelle que quiconque ne propose pas d’exalter le pouvoir des agents de l’autorité, d’étendre et de multiplier leurs interventions dans la vie humaine, n’a aucune chance d’être considéré comme un homme d’Etat ni comme un théoricien sérieux. Quand on n’est pas collectiviste et partisan de l’autorité, on est vieux jeu, on est réactionnaire, ou, dans le meilleur des cas, on est un aimable fantaisiste qui essaie désespérément de nager contre le courant. Et le courant est fort. Le despotisme n’est certes pas une nouveauté, mais il est probable que jamais depuis vingt-cinq siècles aucun gouvernement occidental n’a prétendu exercer sur les vies humaines une autorité comparable à celle à laquelle aspirent ouvertement les Etats totalitaires. Il y a évidemment eu des despotismes plus cruels que ceux de la Russie, de l’Italie et de l’Allemagne. Mais il n’y en a pas eu de plus complets. Dans ces grands centres de civilisation, des centaines de millions d’hommes sont obligés de considérer les agents de l’autorité comme leurs maîtres, et de penser qu’on ne peut vivre, travailler, et trouver le salut que par ordre supérieur.

Walter Lippmann, La Cité libre, 1937.

11 février 2008

La Fayette

> historique — Copeau à 22:29

Gonzague est un fin écrivain. Ses qualités littéraires sont absolument incontestables. Il a vécu dans la demeure de Léonard de Vinci, et, bien qu’autodidacte, il est l’auteur d’une quarantaine de romans et biographies. Du reste, on ne sait pas bien où se trouve, chez lui, la frontière entre le roman et la biographie, tant ces dernières ont soit trait à des écrivains célèbres (Balzac, Flaubert, Dumas, Vigny), soit à des personnages historiques traités sur le mode romanesque. C’est précisément le cas de sa biographie de La Fayette, vendue à 100 000 exemplaires, et qui a offert à Gonzague un prix de littérature (là encore, ce n’est pas un prix d’histoire) de la part de l’Université Kennedy de Californie. Etat que jamais La Fayette n’a connu, et pour cause, il n’existait pas encore à l’époque.

Gonzague signe un plaidoyer pro domo en faveur du grand major-général auvergnat. Il brosse de lui le portait d’un héros de la guerre d’indépendance américaine. Le 20 avril 1777, le marquis de Lafayette, âgé d’à peine 20 ans, embarque en semi-clandestinité, dans le port espagnol de Pasajes, sur La Victoria pour soutenir la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis contre l’ennemi commun : l’Angleterre, et venir en aide aux insurgés. Gagné à la cause de la jeune nation américaine par son ami Benjamin Franklin, Lafayette s’était pris d’une affection quasi filiale pour le général Washington et il devient membre de son état-major. Il est en effet peu contestable que La Fayette, alors âgé de 24 ans, a été l’un des vainqueurs de Yorktown, et à ce titre l’un des héros de l’indépendance américaine. Du reste, outre Franklin et Washington, La Fayette entretiendra toute sa vie durant des liens étroits avec d’autres Pères fondateurs, Jefferson, Adams, et plus tard Madison.

De retour en France, La Fayette vit la période vaste de la vie versaillaise, poudrée, libertine, échangiste, Sofiacoppolesque. Malgré ses idées relativement avancées, il ne verra pas venir la Révolution,  ce qui n’empêchera pas cet esprit tempêtueux de jouer un rôle de grande importance, en prenant la tête de la Garde nationale. Militant pour un régime modéré, une monarchie constitutionnelle sinon la République, La Fayette aurait connu le sort des Feuillants, des Girondins, des Jacobins, s’il n’avait été fait prisonnier par les Autrichiens. La Fayette restera sept ans à l’écart. Tant mieux pour lui.

Opposant mou sous Napoléon, mou mais constant, il sera de même aux premières loges de la contestation sous la Restauration, et même sous la monarchie de Juillet, que pourtant, à l’instar de Benjamin Constant, il contribua fortement à mettre en place.  Louis-Philippe fut en effet, en quelque sorte, adoubé par La Fayette lors du fameux baiser républicain donné par le vieux marquis sur le balcon de l’Hôtel de ville, qui enveloppa le nouveau monarque dans le drapeau tricolore.

Bref, outre cette vie mouvementée, on peut tout de même s’étonner du plaidoyer monochrome de Gonzague. On aurait aimé un peu plus de nuance, un peu moins de parti pris, le tout au service d’une plume flamboyante, mais dont on ne sent pas très bien la robustesse historique. Ce n’est sans doute pas un hasard si, à plusieurs reprises, Gonzague fait référence à Stephan Sweig, auteur d’une biographie de Marie-Antoinette, car l’un comme l’autre enveloppent le récit historique dans les draps de satin de l’épopée romanesque. C’est très agréable à lire, mais à trop se croire dans un roman d’Alexandre Dumas, on en vient à oublier l’essentiel.

L’essentiel, c’est que les détracteurs du marquis ont sans doute raison de penser qu’il fut un grand bêta. Animé d’un indiscutable idéalisme en faveur de la liberté, il fut doté d’un sens politique, et même d’une intelligence de la situation, proche de zéro. Il a, à un moment ou à un autre, effectivement trahi tous les gouvernements et les chefs d’Etat, cela étant je partage l’avis de Gonzague, quant au fait qu’il n’a jamais varié sur son idéal. Plus qu’un personnage historique, La Fayette est une icône, ou devrait l’être chez nous, à tout le moins. Son engagement maçonnique, son combat pour la liberté, son idéalisme sont à saluer. De là à passer sous silence le fait qu’il n’a jamais vraiment su s’il était partisan d’une monarchie constitutionnelle ou d’une république, c’est aller un peu vite en besogne.

Gonzague Saint Bris, La Fayette, 528 pages, Folio, 2007.