11 août 2008

Carl Menger, entre Aristote et Hayek

> philosophique, économique — Copeau à 12:42

A peine plus d’un an après la sortie de Seuls les extrémistes sont cohérents… Murray Rothbard et l’école austro-américaine dans la querelle de l’herméneutique(1), Gilles Campagnolo, chercheur au CNRS en philosophie des sciences sociales et économiques, signe la biographie intellectuelle du fondateur de l’école autrichienne, lequel est l’un des trois initiateurs de la pensée marginaliste (« découverte » qu’il partage avec l’anglais William Stanley Jevons et le franco-suisse Léon Walras). Assez étrangement, Carl Menger (1840-1921), qui fut pourtant l’un des économistes qui bouleversa le plus l’épistémologie économique, est aussi l’un des moins lus, appelé parfois Charles Menger (2),  parfois Karl (3), et toujours confondu avec les autres tenants de la « révolution marginaliste », dont il ne se distingue pas dans les manuels d’économie. Il mérite pourtant mieux.

Vienne 1900

L’Autriche-Hongrie des Habsbourg n’avait pas encore disparu, et Vienne 1900 fut à l’apogée de son prestige, que seul Paris lui disputa, lorsque Carl Menger connut son apogée. La défaite irréparable contre la Prusse à Sadowa en 1866 avait marqué l’émergence de la Prusse des Hohenzollern, conduite par Bismarck, contre l’Empire finissant. Vienne en fut bouleversée, le décorum des parades militaires abandonné, dans un esprit « fin de siècle » marqué par un bouillonnement intellectuel unique (Wittgenstein, Freud, et tant d’autres). Ce contexte si particulier était propice à l’émergence d’idées nouvelles.

Né en 1840 à Neu-Sandez, dans la province de Galicie occidentale, Carl Menger fut un haut fonctionnaire impérial reconnu et respecté, quoique sa célébrité fût concurrencée par celle de ses deux frères, eux aussi parfaitement insérés dans l’ordre bureaucratique impérial. Max Menger, l’aîné, fut un entrepreneur et longtemps député libéral-national en vue au Parlement de l’Empire. Anton Menger, le cadet, fut un juriste de renom international, le plus connu du vivant de la fratrie, et il lutta sa vie durant avec ferveur pour les droits des couches populaires, lesquelles devaient selon lui bénéficier du « droit au produit intégral du travail ». Anton Menger proposait une voie légaliste vers le socialisme : le produit du travail devait exclure le profit octroyé au capitaliste, et seulement rémunérer intégralement les travailleurs (4).

Carl, quant à lui, suivit une formation au Gymnasium puis étudia le Droit à l’université de Prague et de Vienne. Il obtint plus tard un Doctorat de Droit (jurisprudence) à l’Université de Cracovie, université qu’il quitta dans les années 1860 pour devenir journaliste économique, d’abord au Lemberger Zeitung, puis au Wiener Zeitung. Durant son travail, notant une différence entre ce que les sciences économiques classiques lui avaient enseignées concernant la détermination des prix et ce que croyaient les vrais acteurs du marché mondial, il entreprit, en 1867, une étude d’économie politique, qui fut publiée en 1871 sous le nom de Principes d’économie politique (Grundsätze der Volkswirthschaftslehre). Texte fondateur de l’école autrichienne d’économie, les Principes sont restés cependant largement méconnus, bien qu’ils fussent plus tard perçus comme une contribution majeure à la révolution néoclassique.

En 1872, Carl Menger rejoignit la faculté de droit de l’Université de Vienne. Il fut admis à l’enseignement supérieur (habilitation) par Lorenz von Stein. Il passa plusieurs années à enseigner la finance et l’économie politique à un nombre croissant d’étudiants. En 1873 il devint titulaire de la Chaire de théorie économique, alors qu’il n’avait que 33 ans. En 1876 il commença à enseigner l’économie et les statistiques à l’archiduc Rodolphe de Habsbourg, le prince héritier de la Couronne d’Autriche. Il accompagna le prince dans ses voyages pendant deux ans, d’abord en Europe puis en Grande-Bretagne. Il est probable, par ailleurs, qu’il aida le Prince dans la rédaction d’une brochure anonyme de 1878, qui critiquait violemment la haute aristocratie autrichienne. Il resta près du Prince, jusqu’au suicide de ce dernier en 1889 (lors de l’affaire de Mayerling).

En 1878 l’Empereur (le père du prince Rodolphe) le nomma à la Chaire d’économie politique de Vienne. Le titre de Hofrat lui fut décerné.

A la fin des années 1880, Carl Menger fut nommé à la tête de la commission chargée de reformer le système monétaire autrichien. Durant la décennie suivante, il écrivit une pléthore d’articles qui ont révolutionné la théorie monétaire, notamment sa Theory of Capital (1888) et Money (1892). Le 22 décembre 1894, reconnaissance internationale, il fut élu correspondant de la section d’économie politique à l’Académie française des sciences morales et politiques, en remplacement de Wilhelm Roscher, décédé le 4 juin 1894, et il fut même nommé au Herrenhaus autrichien en 1900. Mais, en grande partie en raison de son pessimisme au sujet de l’état de la bourse allemande, Carl Menger démissionna de son professorat en 1903 pour se concentrer sur ses études. Il mourut en 1921 à Vienne.

Selon Gilles Campagnolo, Menger fut influencé par la philosophie aristotélicienne, à la vue des annotations approfondies dont celui-ci a émaillé son exemplaire de l’Ethique à Nicomaque. Il produisit aussi une savante réplique philologique, fondée sur la Politique, aux détracteurs historicistes de sa pensée. Il est incontestable que Menger fit usage de catégories puisées chez Aristote (réalisme, « échelle des biens », triptyque « survivre – vivre (zein) – bien vivre (euzein) »). En faire un descendant direct du Stagirite serait en revanche exagéré. Max Alter, l’un des meilleurs exégètes de Menger (5), dégage quant à lui de manière plus convaincante l’arrière-plan historico-intellectuel dans lequel baignait Menger, qu’il caractérise comme marqué au coin du romantisme allemand de type hégélien (6). Nous partageons cette interprétation.

Carl Menger construisit une théorie économique neuve par rapport aux paradigmes classique, historiciste, socialiste, mais il posa aussi ses bases méthodologiques dans le cadre général des sciences sociales, et particulièrement en économie. A la naïveté ontologique de l’universalité supposée de l’homo oeconomicus, le monde germanique répondit par l’insistance mise sur la réalisation de cet agent économique dans le cadre du développement historique du marché mondial. Menger, depuis Vienne, ébranla la théorie économique, puis défendit, au cours d’une véhémente polémique, une philosophie de la connaissance devant prévenir de telles erreurs. Cette théorie, il l’exposa dès 1871 dans ses Principes. Il en approfondit la méthode durant les années ultérieures, et ne se consacra qu’en dernier lieu aux applications concrètes à des cas de politique économique (Menger joua un rôle majeur dans l’orientation de la politique monétaire de son pays, en conseillant directeur l’Empereur). Cela étant, théorie et méthode doivent être lues ensemble chez lui ; les idées théoriques de Menger en économie peuvent recevoir un éclairage profitable si elles sont appréciées à la lumière de ses arguments épistémologiques et méthodologiques. Réciproquement, la doctrine philosophique que Menger développe dans ses investigations épistémologico-méthodologiques, lorsque lue en liaison systématique avec l’exposé que Menger fait des principes fondamentaux de la théorie économique, fait mieux apercevoir ce qui caractérise en propre l’approche théorique de Menger en économie et montre sa fertilité réelle.

Tout le sens de la révolution copernicienne que Menger initia, qui balaya l’économie classique et le rôle pivot de la valeur-travail, se résume en un nouveau sens donné à la science économique. Son objet unique doit être la compréhension du rôle de l’échange. Marx n’était encore qu’un classique, peut-être le dernier, qui mettait les concepts de la science de son temps au service de la révolution. Menger, lui, devait révolutionner la science. Les Grundsätze réorientèrent la compréhension que l’on pouvait avoir des rapports dans lesquels les hommes entrent par l’intermédiaire de l’échange de biens matériels. Il forgea ainsi des concepts nouveaux et inédits, tels que la « satisfaction des besoins » (Bedürfnisbefriedigung), de « disponibilité des biens » (Verfügbarkeit), de « moyen » (Mittel) pour la « réalisation » (Verwirklichung) des « objectifs » de l’individu, qui est l’unité élémentaire de l’analyse économique, car c’est lui l’agent décisif sans lequel il n’y a pas d’échange. Tout comme Descartes pour la douleur, Menger se fonda sur le fait que le sujet est nécessairement seul à connaître pour lui-même ce qui crée son besoin ; l’économiste ne peut ni ne doit décider si les individus sont fous ou rationnels, moraux ou non, quand ils choisissent ce qu’ils choisissent dans le monde qui les environne. L’économiste doit se borner à constater que celui qui agit recherche des biens dont il sait (ou dont il est convaincu savoir) qu’ils satisferont le(s) besoin(s) qu’il ressent. Ainsi un autre penseur germanophone, qui s’est ouvertement inspiré de Menger, écrivait-il dans Economie et société, suivant en cela la même logique que le fondateur Autrichien :

«  (…) comprendre par interprétation l’activité sociale et par là (…) expliquer causalement son déroulement et ses effet. Nous entendons par “activité” un comportement humain (…) quand et pour autant que l’agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et par activité “sociale”, l’activité qui, d’après son sens visé par l’agent ou les agents se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel, s’oriente son déroulement. (7)»

Les biens n’ont aucune valeur intrinsèque ; l’analyse économique se déploie à partir de la relation entre l’individu et les choses. Une chose ne devient un bien qu’en vertu de la relation qu’un individu entretient avec elle, du fait qu’il la juge apte à satisfaire son besoin. La notion même de « prix » des choses est absurde, si l’on entend par là la quantité de peine prise à les produire, et ne peut rien signifier d’autre que ce que l’individu est prêt à céder pour les acquérir s’il pense qu’elles satisferont son besoin.

L’explication causaliste que Menger proposa impliquait de prendre position quant à une cause réelle, motrice et première de l’échange. Il la trouva dans le besoin, ou l’utilité, défini subjectivement par l’individu, et qui n’est pas mesurable. La valeur n’est donc qu’une relation, pas une quantité.

C’est ainsi que naquit le célèbre raisonnement dit « à la marge ». Menger mit en évidence la différence d’intensité attribuée par l’agent aux divers biens particuliers qu’il veut se procurer. Pour chaque besoin, il existe une deuxième unité d’un bien dont l’importance est aux yeux de l’agent équivalente à la première unité d’un autre bien, et il sera devant un choix possible. Ces deux options représentent pour lui la même utilité, qu’il est seul à pouvoir connaître. L’utilité de la dernière unité acquise d’un bien, l’utilité « marginale », détermine donc la valeur de ce bien aux yeux de l’agent.

Il serait inexact de dire que Menger a, seul, découvert le raisonnement à la marge. Outre Walras et Jevons, ses « co-découvreurs » selon le mot de Merton, c’est du côté d’un mathématicien obscur, qui, dans un ouvrage publié à compte d’auteur et resté inconnu un demi-siècle après sa parution, qu’il faut se tourner. Hermann Heinrich Gossen (1810-1858) (8) put en effet faire figure de prédécesseur. Toutefois, outre que Menger n’avait pas lu cet ouvrage au moment de la sortie de ses Grundsätze, comme Campagnolo le démontre à la lecture de ses archives, il n’en partagea pas les substrats hédonistes. La morale du carpe diem permanent, qui irrigue l’ouvrage de Gossen, déplut fort au haut fonctionnaire austère Menger. Si l’individu gossénien cherche son bien sous l’unique forme de la plus grande sommation de jouissances terrestres, la jouissance matérielle étant toujours positive et constituant une sorte de salut, Menger défendit au contraire l’absence de tout jugement de moralité sur l’action individuelle. Du reste, la valeur-travail était fondamentale dans le raisonnement de Gossen. Ce qui dénotait, selon les annotations rédigées par Menger sur son propre exemplaire de l’ouvrage, une incapacité à progresser au-delà du raisonnement théorique classique.

Si Carl Menger, Léon Walras et William Stanley Jevons énoncèrent le raisonnement marginal de manière simultanée (et non coordonnée) (9), il faut cesser de regarder celui-ci comme uniforme. Le raisonnement de fond fut longtemps confondu en raison de la fascination pour la révolution scientifique qu’apporta le marginalisme, balayant le classicisme et la vieille valeur-travail simultanément dans les mondes germanique, anglo-saxon et français. Au-delà des analogies possibles, comment en effet imaginer rendre compatibles entre elles une théorie de l’équilibre général statique et mathématique (Walras), une théorie des équilibres partiels calqués sur les systèmes mécaniques et fortement imprégnée de l’utilitarisme benthamien (Jevons), et l’analyse dynamique de l’action humaine des agents économiques (Menger) ?

Du reste, alors que Walras et Jevons forgeaient des outils qu’Alfred Marshall devait plus tard combiner avec les débris du classicisme britannique pour donner la célèbre « synthèse néo-classique », les spécificités « autrichiennes » devaient se révéler incompatibles par principe avec tout renouveau de l’économie classique. Pour Menger, la relation que l’économie étudie ne peut jamais déboucher sur la représentation d’un marché un et uniforme d’agents représentatifs identiques. Car sinon, pourquoi même échangeraient-ils ? La double vision de la concurrence pure et parfaite, et de l’homo œconomicus, illustre l’idée d’homogénéité des besoins, dont la variété est au contraire aux yeux de Menger responsable de l’entrée de l’agent dans le processus d’échange.

Par ailleurs, chez Walras, et plus encore chez Jevons, une caractérisation psychologique a minima de l’individu est requise. Chez Menger, au contraire, l’instrument d’analyse par excellence est la variation de ce qu’il nommait Realtypen, méthode que Max Weber allait rendre célèbre quelques années plus tard. Le mécanisme de l’action individuelle n’opère pas du fait du seul ajustement prix-quantités conçu comme « automatique », mais prend en compte les coûts associés (au temps passé à chercher des biens, par exemple), les limitations cognitives de l’acteur, ou encore les avantages éventuels à manipuler l’information (10).

Sur le plan de la méthode, Menger eut pour ambition de faire de l’économie politique une science moderne, au même titre que les sciences de la nature, véritablement théorique, pouvant prétendre à une portée et une validité générales par des relations typiques qu’elle rend manifestes entre les phénomènes. Cette volonté de réforme de la pensée économique fut le véritable enjeu de la célèbre et virulente « Querelle des méthodes », qui opposa Menger à l’école historicisme allemande, Schmoller en particulier (11). Menger n’est pas entré spontanément dans cette querelle, il s’en serait même passé pour approfondir son œuvre théorique. Toutefois, il défendait la légitimité et la possibilité d’étudier en toute tranquillité et intégrité les phénomènes économique et sociaux sans chercher à orienter des politiques favorables à telle ou telle partie de la société. L’économie en tant que science exacte avait à se détacher aussi bien de la théorie de la valeur-travail que de la défense des « causes » de toutes les « meilleures intentions morales », cette prise de partie n’étant pas de son ressort. Ses travaux ne furent pas dirigés d’emblée contre la science historique, mais contre le projet des historicistes allemands qui tendaient à exclure l’orientation théorique de la science en vue d’évincer le paradigme classique. En rejetant la théorie, les historicistes ne contestaient finalement plus tant le contenu conceptuel de la valeur-travail classique, qu’ils ne souhaitaient pallier les conséquences jugées funestes du libre-échangisme qu’ils refusaient. Par l’établissement de monographies historiques, de parallèles, et de « conseils au Prince », selon la pure tradition caméraliste, l’historicisme voulait forger l’économie de la nation allemande unifiée, au-delà des frontières d’un Sonderweg prussien, autour de concepts collectifs de Volk et de Nation. Ces errements empirico-réaliste excluaient de facto selon Menger la théorie du savoir économique, en niant la pertinence de l’analyse fondée sur le raisonnement.

La raison d’être de l’empirisme méthodologique

La méthode de recherche que Menger préconisait était considérée par lui comme étant universellement acceptée dans les sciences naturelles, et non pas, comme on aurait peut-être pu s’y attendre, parce qu’elle serait adéquate pour saisir ce qui fait la nature spécifique et irréductible des phénomènes économiques par comparaison avec les phénomènes de la nature. Par conséquent, si l’on insistait exclusivement sur ce qui fait la particularité (voire l’irréductibilité) de l’économie à la science physique, on se méprendrait sur la thèse de Menger. Mais l’on se tromperait tout autant si l’on se contentait d’affirmer que, suivant Menger, sciences sociales et sciences naturelles sont méthodologiquement assimilables les unes aux autres. En effet, dire que deux domaines de recherche sont épistémologiquement analogues parce que chacun applique à sa façon une même méthode, ce n’est pas dire qu’ils sont en tous points identiques. De même, dire que deux sortes de sciences se ressemblent entre elles précisément parce qu’elles procèdent en appliquant chacune à sa façon une même approche de la réalité, ce n’est pas dire qu’elles sont en tous points identiques. C’est, bien au contraire, prendre d’infinies précautions pour dire à la fois que ces disciplines scientifiques sont comparables sans être assimilables, et aussi qu’elles sont distinctes sans être de nature différente. Toute autre interprétation du texte de Menger lui ferait inutilement violence.

Il ne faudra donc pas comprendre l’apriorisme de Menger, comme signifiant que les lois découvertes par le travail du théoricien sont à ce point certaines qu’il n’est pas utile de chercher à voir dans le monde réel si elles s’appliquent exactement comme nous les concevons. La thèse aprioriste se présente chez Menger comme une stratégie épistémologique destinée à assumer le succès de l’entreprise de l’économie théorique conçue comme science exacte. Cet apriorisme reste hermétique à notre entendement, dans la mesure où l’empirisme est à ce point dominant aujourd’hui qu’on a peine à comprendre le sens, la portée et la valeur philosophiques d’une telle thèse. Car, loin que cette thèse serve d’aucune façon, chez Menger du moins, à immuniser la science théorique contre les assauts de l’expérience ou encore à justifier dogmatiquement un parti-pris libéraliste en matière de politique socio-économique, cette thèse est destinée par Menger à faire valoir les droits de la théorie pure dans un champ de connaissances qui, à l’époque où il se situait, ne lui en reconnaissait à peu près aucun. Le non-réalisme et l’apriorisme proposés par Carl Menger n’ont de sens que compris dans cette perspective.

Sans l’identification de relations typiques entre événements sociaux eux-mêmes typiques, il nous serait radicalement impossible d’agrandir et d’approfondir notre connaissance du monde social réel, et, partant, il nous serait impossible aussi bien de chercher à prédire le cours futur de certains phénomènes que de chercher à contrôler l’incidence de certains facteurs sur notre existence sociale. Du point de vue où Menger se plaçait ici, la toute première erreur capitale commise par l’École Historique Allemande fut précisément de ne pas saisir la différence entre ces deux entreprises scientifiques radicalement distinctes, mais tout également légitimes l’une que l’autre. Car une théorie doit donner accès à une compréhension véritable ou à une explication du phénomène par l’identification de sa raison d’être : elle doit donc pouvoir rendre compte aussi bien du fait que ce phénomène existe que de la manière effective dont il existe.

L’empirisme n’a aucune valeur objective

Cette distinction entre deux sortes de tâches épistémiques en sciences sociales, rejoint tout à fait le combat mené par Karl Popper dans Misère de l’historicisme (12). Elle a également, dans le contexte polémique où s’était délibérément installé Menger, une tout autre fonction : elle servit à fonder une analyse méthodologique dont l’effet critique nous paraît beaucoup plus dévastateur. Menger put désormais s’employer, en effet, à couper l’herbe sous le pied de tous ceux qui, comme Gustav Schmoller, voudront prétendre que, dans son souci de généralisation, non seulement l’histoire économique peut servir à élaborer la théorie dont l’économie a besoin, mais encore qu’elle est la seule à permettre de le faire en toute légitimité méthodologique. Car, même si l’on devait apprendre à se passer de lois exactes en sciences sociales, et même s’il fallait se contenter ici de lois moins universelles et moins absolues, il n’en resterait pas moins qu’en cherchant à formuler de telles lois empiriques, c’est de la théorie que nous ferions et non de l’histoire. Entre lois empiriques et lois exactes, il y a, suivant Menger, non pas une différence de principe, mais seulement une différence de degré. Les lois empiriques basées sur un nombre fini d’observations, que l’on observe des rapports de coexistence ou des rapports de succession entre phénomènes, n’ont, à strictement parler, aucune validité projective. Une tout autre orientation est possible en recherche théorique, à savoir l’orientation « exacte ». Nous la pensons comme exacte parce que nous la concevons selon une procédure logique qui lui impose le sceau de la nécessité. Pour y parvenir, Menger exposa deux principes. Le principe de causalité d’une part, le principe de pertinence d’autre part. Le principe de causalité signifie que des phénomènes strictement typiques d’une espèce définie doivent toujours être suivis par des phénomènes strictement typiques d’un type tout aussi défini mais différent, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets. Menger est d’avis qu’un tel principe ne peut jamais être contredit par l’expérience, voire qu’une exception à ce principe est inconcevable. Le principe de pertinence signifie que, s’il est vrai que la présence d’un certain facteur ne trouble pas une relation de causalité ne serait-ce qu’au cours d’une seule observation, alors, sous exactement les mêmes conditions, ce même facteur restera toujours négligeable.

Roscher, le précurseur de l’historicisme, pensait que la science devait, à l’instar du récit historique, se nourrir des faits livrés par l’enquête sur le passé. Il était souvent prêt à reconnaître la supériorité théorique des classiques, à condition que ces résultats soient « adaptés » à la réalité (historique) du peuple allemand. Ses successeurs allèrent encore plus loin. Pour Schmoller et les siens, l’objet de la recherche n’était en réalité plus d’identifier les limites des théorèmes libéraux de l’échange entre les agents, en établissant des parallèles dans l’histoire nationale. Il s’agissait plutôt d’identifier des différences par comparaison entre les cas précis singuliers dans l’histoire allemande et de gérer les rapports entre l’Etat à la société civile en vue d’éviter tant les « périls » de l’industrialisation (chômage, paupérisation), que la révolution. Schmoller revendiqua même un véritable rejet de la dimension théorique, jugée arrogante et, au terme de l’analyse, souvent insignifiante.

Menger, lui, pensait que ce qui appartient par définition au passé ne permet pas de déduire ce qui est valide dans le savoir économique, mais seulement ce qui a été fréquent. Leur valeur est heuristique, pas démonstrative. Inversement, en aval de la théorie, le fait pratique des politiques économiques n’apparaît que comme application de l’analyse générale, spécifiée sur des cas particuliers du présent.

Si Max Weber reformula le projet historiciste pour lui donner son dernier éclat, il ne le put qu’en prenant en compte les critiques véhémentes, mais judicieuses, de Menger. Il écrivit à son collègue Liefmann, que « la sociologie, elle aussi, ne peut se pratiquer qu’en partant de l’agir d’un, de plusieurs ou d’un grand nombre d’individus, par conséquent de manière strictement ‘’individualiste’’ quant à la méthode » (13).

Menger n’a pas renié les sujets pratiques. Il a écrit, conseillé le prince, sur nombre de sujets économiques de l’actualité de son temps. Le rôle qu’il assignait à la monnaie est à cet égard typique : il ne déduisit rien de l’histoire, mais put établir que la monnaie réalise historiquement les caractéristiques d’une essence qui est de rendre les biens « écoulables ». Gilles Campagnolo souligne ainsi, et à juste titre, l’écart qui sépare le père fondateur des laudateurs de la vulgate autrichienne contemporaine : pour Menger, « un Etat, ou un groupe d’Etats, peuvent décider de la quotité de numéraire à distribuer ». La politique monétaire menée par l’Etat est favorable à la mesure des variations de prix des biens et de la monnaie, et par là même une condition souhaitable de leur stabilité. L’Etat peut jouer un rôle de stabilisateur éminemment utile pour le niveau des prix. Il ne le peut qu’avec le monopole de l’émission de la monnaie introduite sur le marché. La divergence – sinon la trahison – est ici patente avec les « Autrichiens » qui devaient plus tard refuser tout rôle à l’Etat et ne voir en lui qu’un tiers bloquant le fonctionnement « normal » de l’économie (14).

L’ « école autrichienne », entre exégèse et trahison

Contrairement à nombre de ses descendants contemporains, Menger ne fut partisan d’aucune cause – il voulait plutôt toutes les écarter au profit de la seule recherche scientifique. Il voulait délivrer la science de ceux qu’il nommait les Advokaten nombreux qui l’encombraient.

Alors que le courant principal de l’économie moderne, dans sa synthèse néo-classique comme dans sa critique keynésienne, a fait évoluer la découverte marginaliste vers différentes versions de l’équilibre général formalisé, de Walras à Debreu et Arrow dans les années 1950, puis Samuelson jusqu’à nous, une « école autrichienne » s’est inscrite en faux contre ces concepts. A partir d’un noyau de postures communes (la théorie subjective de la valeur, à la fois individuelle, amorale et « neutre en jugements de valeur » ; le concept d’une substitution entre biens désirés par l’agent ; le raisonnement « à la marge » ; le rejet de la mathématisation et de la psychologisation de la science du comportement de l’agent économique ; une vision réaliste et causaliste stricte) chacun d’eux apporta néanmoins sa propre contribution, visant à refondre toute la théorie pour son propre compte plutôt que de la répéter et l’approfondir. La première génération de disciples fut la plus modérée. Böhm-Bawerk, l’un des créateurs de l’imposition sur le revenu, von Wieser, partisan d’une économie mixte dirigée, Philippovich, « Fabien autrichien », montrent tous trois ce qui sépare ces premiers économistes de leurs épigones ultérieurs. Karl Menger, le fils de Carl, donna le premier la démonstration formelle exacte de l’équilibre général walrassien, et le positivisme logique et hypothético-déductif s’y substituait à ce que Carl Menger avait retenu comme la méthode exacte en économie, un réalisme causaliste. L’idée, présente aussi bien chez Karl Menger, que chez Ludwig von Mises, selon laquelle il est loisible de poser n’importe quel axiome au départ de la science, ou encore le privilège donné à la formulation de lois contre l’affirmation des causes réelles, étaient incompatibles avec la position affirmée en 1871 par Menger. Certes, les historicistes que Menger avait combattus s’étaient trompés : leurs études empiriques ne pouvaient engendrer une théorie. Les thèses du positivisme logique viennois ou plutôt celles révisées dans leur version américaine (Friedman), établissant des lois par déduction sans autre fondement que la liberté axiomatique de « poser » les termes initiaux, étaient étrangères à Menger.

Après leur exil américain, les Autrichiens (Hayek, Mises, Machlup, Schumpeter, …) se heurtèrent au courant dominant des Chicago Boys, et en particulier à Friedman, Buchanan, North, Stigler ou Becker. Campagnolo soutient que l’objet de la querelle épistémologique entre ces deux courants a été accru du fait du manque de reconnaissance académique et intellectuel dont souffraient des émigrés placés ça ou là dans l’université américaine, et souvent relégués au rang d’illustres inconnus au milieu de leurs confrères américains (15). Du reste, le renouveau de l’école autrichienne, devenue austro-américaine, se fit bien plus sous la houlette de l’apriorisme misésien que sous le patronage de Menger. Israël Kirzner tenta de synthétiser la pensée autrichienne avec le néo-classicisme. Il fut un théoricien de la tendance à l’équilibre dans la ligne droite de Friedrich von Hayek. Ludwig Lachmann incarna un deuxième courant austro-américain. Proche de Max Weber, un prôna un subjectivisme intégral. Enfin, Murray Rothbard anima le troisième courant austro-américain, le plus radical, louant, défendant et illustrant la vérité révélée de l’action humaine dont la science véritable et la liberté absolue du marché se déduisent logiquement. Le slogan « il est interdit d’interdire » n’a jamais trouvé de défenseur plus zélé que Rothbard. Prônant de privatiser toutes les tâches régaliennes de l’Etat, critiquant au nom de son idéal de pureté jusqu’à son maître Mises, Rothbard fut extrême, et il est vrai que ce qui est extrême fascine (16).

Le héraut de la science exacte

Ce qui fait l’originalité de Menger, c’est d’avoir soutenu que, loin que l’irréalisme des hypothèses cause quelque préjudice à l’entreprise théorique, il faut plutôt convenir que c’est à ce prix que celle-ci atteint à l’exactitude, et donc que la théorie peut prétendre accéder au royaume des vérités nécessaires. Carl Menger s’inscrit en faux contre deux erreurs, celle qui viserait à considérer que son approche théoriques et l’approche historiciste sont « complémentaires », alors qu’elles sont selon lui incompatibles (17). La deuxième erreur à éviter serait de considérer que le critère de vérité pour les lois empiriques et pour les lois exactes est le même, à savoir la plus ou moins grande conformité de la formule énoncée avec les données d’observation. C’est ici que prend place un argument crucial de Menger. Cette conception touche, selon lui, le point le plus sensible de l’orientation exacte en économie. En fait, à bien y regarder, elle implique la négation de la valeur propre de la recherche exacte. Le risque est très grand de se méprendre complètement sur la nature de la recherche exacte et sur la relation que cette recherche fondamentale entretient avec la recherche empirique. Il est épistémologiquement illégitime, si l’on en croit Menger, d’appliquer à la recherche exacte ou théorique des contraintes que l’on a raison d’adopter uniquement en recherche empirique. Menger est le premier à reconnaître que, lorsqu’ils sont mesurés à l’aune du réalisme, les résultats théoriques de la recherche exacte doivent inévitablement apparaître comme insuffisants, voire comme non empiriques. Mais il ne saurait en être autrement, et pas davantage en économie qu’en toute autre science, puisque les lois dites exactes ne sont vraies que relativement à un corpus de suppositions qui, comme telles, ne sont jamais réalisées en pratique ou encore ne s’appliquent pas toujours exactement comme telles dans la réalité. Il doit donc être absolument clair que vouloir chercher à tester la théorie économique exacte à l’aide de la méthode empirique envisagée dans la totalité de ses exigences constitue rien de moins qu’une absurdité méthodologique. Cela équivaut, dit Menger, à vouloir corriger les principes de la géométrie par la mesure des objets physiques réels.

Or les grandeurs auxquelles en appelle la géométrie, et Menger a raison d’y insister, sont en fait des idéalités et ne sont pas, comme telles, des grandeurs observables, et encore moins sont-elles des grandeurs réellement observées. De plus, eu égard aux idéalités géométriques, il convient de reconnaître que toute mesure concrète, par exemple en arpentage ou en astronomie, fait place à certaines inexactitudes liées aux estimations, aux extrapolations, aux approximations, aux simplifications et aux réductions qu’il est nécessaire d’opérer en pratique. Il est parfaitement juste, cependant, de considérer que les résultats de la recherche empirico-réaliste doivent être appréciés suivant leur degré de conformité plus ou moins grand avec les phénomènes observés. Mais cela veut dire justement qu’ « une loi empirique n’a pas de garantie de validité a priori absolue, et cela en vertu même de ses présupposés méthodologiques propres ». Alors qu’il n’y a aucune nécessité absolue des lois empiriques qui affirment l’existence de certaines régularités dans la succession et la coexistence de phénomènes donnés, c’est à cette validité a priori, nécessaire et absolue, que tente d’atteindre la recherche exacte. Et bien qu’il soit le premier à reconnaître qu’il serait extrêmement désirable que la science exacte s’accorde en tous points avec la réalité empirique, tout comme il peut paraître désirable que la science empirique offre les mêmes avantages épistémologiques que la connaissance exacte, Menger pense néanmoins que cet idéal est condamné à rester à jamais inaccessible. L’économie théorique ne peut pas et ne doit pas avoir moins de validité qu’une science naturelle, dont les modèles paradigmatiques sont déjà bien établis, qu’il s’agisse de physiologie (Helmholtz), de chimie (Lavoisier) ou de physique (Newton).

Comme l’écrit Robert Nadeau (18), « L’apriorisme de Menger n’a, par contre, rien à voir avec l’idée que les suppositions ou les axiomes fondamentaux de la théorie économique seraient nécessairement vrais parce qu’évidents par eux-mêmes ou parce qu’établis par voie d’introspection. L’anti-réalisme de Menger n’a rien à voir non plus avec l’idée que la théorie économique pourrait se satisfaire d’hypothèses ou de suppositions fausses. Par contre, l’anti-empirisme de Menger en matière de théorie économique a tout à voir avec l’impossibilité de recourir à l’induction pour fonder la théorie, une thèse que Popper contribuera plus que quiconque à rendre célèbre. Que Menger ait pu l’influencer à ce sujet est tout à fait plausible.

Cela étant, l’argumentation de Menger a-t-elle eu pour effet de débouter l’histoire économique de ses prétentions à être la seule science économique légitime ? Schumpeter est d’avis, quant à lui, que le débat méthodologique en question n’eut aucun impact réel si ce n’est en Allemagne (…). Mais c’est, me semble-t-il, une façon de reconnaître que la querelle des méthodes eut précisément, pour l’essentiel, l’effet immédiat que Menger recherchait ouvertement : débouter les chercheurs allemands partisans de l’historisme en sciences sociales, et tout particulièrement en science économique, de leurs prétentions épistémologiques et méthodologiques. Pour ma part, bénéficiant d’un recul historique dont ne bénéficièrent évidemment pas ses contemporains, je ne doute pas le moins du monde que Menger ait, sur l’essentiel, gagné le Methodenstreit. »

Notes

[1] Lyon, ENS-éditions, 2006.

[2] C’est le prénom qui lui a été attribué dans la Revue d’économie politique, dans un article rédigé par l’auteur en français et encore aujourd’hui méconnu de ses hagiographes, germanophones ou anglophones, en 1892, et intitulé « La monnaie mesure de valeur », n°6, p. 159-175.

[3] Dans les premières pages de l’ouvrage qu’il consacre au néo-libéralisme et au colloque Walter Lippmann, Serge Audier confond Carl Menger, le père, avec Karl, son fils, mathématicien de renom. Voir Serge Audier, Le Colloque Lippmann, Aux origines du néo-libéralisme, Le Bord de l’eau, 2008

[4] Pareto étudia longuement le système proposé par Anton Menger dans son analyse des Systèmes socialistes.

[5] Max Alter, Carl Menger and the Origins of Austrian Economics, 1990, Boulder, Co. : Westview Press.

[6] On peut se demander, à la suite de Robert Nadeau, si la lecture aristotélisante de la méthodologie de Menger à laquelle se livrent tant Alter que Campagnolo n’est pas exagérée, et si ces auteurs n’accordent pas trop d’importance à l’image du romantisme et de l’idéalisme allemands, dominée par la figure magistrale et charismatique de Hegel et certes caractérisé également par une redécouverte de la pensée d’Aristote. Voir Robert Nadeau, Carl Menger et le conflit des méthodes, Université du Québec à Montréal, 2004.

[7] Max Weber, Économie et société, Plon, 1971, p. 4.

[8] Hermann Heinrich Gossen, Entwicklung der Gesetze des menschlichen Verkehrs und der daraus fließenden Regeln für menschliches Handeln, Braunschweig, 1854.

[9] Les dates de parution de leurs ouvrages en font foi : Grundsätze de Menger en 1871, Theory of Political Economy de Jevons la même année, Principes d’économie politique pure de Walras en 1874. Pour Menger, c’était son premier ouvrage, et la popularité ne devait lui venir qu’avec sa polémique contre l’école historique allemande. Les deux autres économistes commençaient, eux, à avoir déjà une réputation – qui valut notamment à Walras, car elle était sulfureuse – de ne pas pouvoir enseigner en France et de devoir prendre un poste à Lausanne. Il est connu que Menger et Walras correspondirent, mais ultérieurement, alors que « leur » découverte devait être défendue.

[10] Hayek devait d’ailleurs développer plus tard ses propres conceptions à partir de ces divers points.

[11] Le contexte historique de cette querelle est bien connu maintenant pour avoir fait l’objet d’études minutieuses et approfondies, voir notamment les travaux de Raimondo Cubeddu, de Barry Smith, d’Erich Streissler et de Karen Vaughn.

[12] Karl Raimund Popper, Misère de l’historicisme, Presses Pocket, Agora, 1988. Voir aussi du même auteur La Connaissance objective, Champs Flammarion, 1999.

[13] Lettre adressée par Max Weber, traduite et publiée dans la Revue française de sociologie, numéro « lire Weber », oct.-déc. 2005, trad. de J.P. Grossein.

[14] Voir l’article fondateur de Friedrich A. Hayek, « La dénationalisation de la monnaie », 1978, The Institute of Economic Affairs (Hobart Paper Special 70) ; Cyriac Poupinel de Valencé, Théorie de la banque libre, thèse, 2006, à lire sur le site contrepoints.org ; Mathieu Laine, « La monnaie privée », Revue trimestrielle du droit commercial, avril-juin 2004. Hayek, selon Campagnolo, a été le principal artisan de cette radicalisation de la pensée de Menger, l’instrumentalisant au service d’une cause politique, et outrepassant en cela largement l’interdiction méthodologique de Menger, dans sa réédition de ses ouvrages opérée entre 1934 et 1936.

[15] C’est particulièrement vrai de Ludwig von Mises, qui était passé de son célèbre Privatseminar, étape obligée à Vienne des personnalités du monde économique, de l’université et de la haute administration, au quasi anonymat d’un « professeur invité » de la New York University. Voir Jörg Guido Hülsmann, Mises : The Last Knight of Liberalism, Mises Institute, Auburn, 2007.

[16] Voir Gilles Campagnolo, Seuls les extrémistes sont cohérents… Murray Rothbard et l’école austro-américaine dans la querelle de l’herméneutique, op. cit. , et les commentaires de Copeau sur le site Contrepoints.org.

[17] Nonobstant les travaux de Böhm-Bawerk qui, justement, à chercher à les concilier.

[18] Robert Nadeau, Carl Menger et le conflit des méthodes, op. cit.

2 réactions »

  1. Tonton Jack dit le 14 août 2008 à 15:47

    Bonjour,

    Merci pour ce résumé d’un livre qui paraît excellent et rend hommage à un révolutionnaire scientifique.

    Je me permets d’ajouter qu’un français entrevoit très clairement dès la fin du XVIII s. la question marginaliste. C’est l’Abbé de Condillac.
    Vous pouvez trouver un de ses ouvrages majeurs en ligne à l’adresse http://www.efm.bris.ac.uk/het/Condillac/Commerce.html

    Cordialement

  2. Copeau dit le 14 août 2008 à 19:27

    Merci pour cette précision. J’avais d’ailleurs rédigé un article sur Condillac pour le prix liberaux.org dédié à Serge Schweitzer, il est disponible ici :

    http://www.wikiberal.org/w/images/0/08/Prix_liborg_2008_Serge_Schweitzer.pdf

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