15 juillet 2008

Les instits, les profs et la grève

> juridique, politique — Copeau à 15:48

A lire dans Le Monde daté de demain, une excellente tribune de Bertrand Le Gendre, dont je partage largement le point de vue, et dont je reproduis ici la substantifique moëlle :

La grève est un quasi-réflexe chez les enseignants. A eux seuls, les profs et les chercheurs totalisent 70 % des arrêts de travail des fonctionnaires de l’Etat, alors qu’ils ne représentent que 52 % de la corporation. (…) Lorsque le pourcentage de grévistes grimpe à 70 %, cela s’est vu, le nombre d’enfants sans « instit » atteint alors 4 millions.

Cette culture de la grève heurtait moins l’opinion dans le passé, lorsque les femmes ne travaillaient pas. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. (…)

Qui gardera les enfants ? La question tarabuste les parents chaque fois que les « instits » se mettent en grève. La solution est toute trouvée lorsque l’un des parents ne travaille pas (un tiers des familles), quand le grand-père ou la grand-mère ne sont pas loin et quand les revenus du couple permettent de faire appel à une baby-sitter. Les autres sont obligés de s’arranger, en prenant un jour de congé ou de RTT s’ils le peuvent (c’est plus facile dans une grande entreprise que dans une PME), en laissant les enfants seuls à la maison ou en les confiant à des voisins.

Les enseignants grévistes n’ignorent rien de ces tracasseries. Mais ils ont tendance à les minimiser. De bonne foi, ils jugent prioritaire la défense du « service public de l’éducation », dont ils se sont érigés
en seuls garants. Persuadés de leur bon droit, ils estiment que leur magistère les met à l’abri des critiques. Et découvrent avec étonnement que les usagers ont des exigences, eux aussi : le respect du droit au travail.

Cette exigence bouscule les syndicats mais aussi la gauche. Elle les place devant le même dilemme qu’il y a dix ans lorsque les socialistes ont reconsidéré leur point de vue sur la délinquance, après s’être rendu compte que l’insécurité nuisait surtout aux plus défavorisés – aux habitants des« quartiers ». Ils privilégiaient jusque-là la prévention et condamnaient le « tout-répressif ».

Pour les enseignants, l’alternative est la même. Ils ont le choix entre perpétuer le rituel de la grève ou admettre que ce sont les familles les plus vulnérables qui en souffrent, celles qui ne bénéficient ni de la sécurité de l’emploi ni d’autant de vacances qu’eux, et qui font inévitablement la comparaison.