12 juillet 2008

Retrouver la foi en la liberté

> historique, philosophique — Copeau à 20:16

Il y a une différence essentielle entre la foi que notre génération a embrassée et celle qu’elle a abjurée. On la découvre en considérant à quel point notre génération croit les hommes capables de diriger la destinée de leurs semblables. La doctrine essentielle de notre âge est qu’il n’y a pas de limite à la capacité de l’homme à gouverner ses semblables ; et que par conséquent il ne doit pas y avoir de limites au pouvoir du gouvernement. La foi ancienne, née de longs siècles de souffrance dans la domination de l’homme par l’homme, proclamait que l’exercice d’un pouvoir illimité par des hommes dont les esprits sont limités et les préjugés égoïstes mène rapidement à la tyrannie, à la réaction et à la corruption. Elle enseignait que la condition même du progrès est de maintenir le pouvoir dans les limites de la capacité et de la vertu des gouvernants.

Cette sagesse éprouvée est aujourd’hui submergée sous un mouvement universel qui, sur tous les points décisifs, est soutenu par les intérêts établis et par le courant des espérances populaires. Mais s’il est vrai que l’homme ne peut rien de plus que ce qu’il peut, le gouvernement ne peut rien de plus que ce que peuvent les gouvernants. Tous les souhaits du monde, toutes les promesses basées sur la supposition qu’il existe des autocrates omniscients et philantropes, ne feront pas naître des hommes capables de dresser le plan d’un avenir qu’ils sont incapables d’imaginer, d’administrer une civilisation qu’ils sont incapables de comprendre.

Le fait que toute notre génération règle sa conduite sur de tels espoirs ne signifie pas que la philosophie libérale soit morte, comme le prétendent les collectivistes et les autoritaires. Au contraire, ce sont peut-être eux qui ont enseigné une hérésie et condamné cette génération à la réaction. Les hommes devront peut-être passer par des terribles souffrances pour retrouver les vérités essentielles qu’ils ont oubliées. Mais ils les retrouveront, comme ils les ont si souvent retrouvées à d’autres époques de réaction, si l’on sait se dresser contre les idées qui les ont égarés et leur résister.

Walter Lippmann, la Cité libre, 1937

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